– ANA­LYSE Di­plo­ma­ties du Nil dans la Corne de l’Afrique : Égypte - Éthio­pie - Sou­dan

Diplomatie - - Sommaire - Jean-Ni­co­las Bach et Jean-Pierre Bat

Que l’on re­garde le Nil bleu, vers l’Éthio­pie, le Nil blanc, vers l’Ou­gan­da, ou leur point de con­fluence, au Sou­dan, la po­li­tique d’hy­dro­hé­gé­mo­nie in­duite par la construc­tion du bar­rage de la Re­nais­sance ré­vo­lu­tionne la lec­ture des rap­ports de force éco­no­miques, éco­lo­giques, po­li­tiques et di­plo­ma­tiques dans tout le bas­sin du plus grand fleuve d’Afrique.

Pour la pre­mière fois de son his­toire, l’Égypte ne do­mine plus la géo­po­li­tique du Nil. La construc­tion du Grand Bar­rage éthio­pien de la Re­nais­sance (GERD – Grand Ethio­pian Re­nais­sance Dam) a ré­vé­lé de­puis son lan­ce­ment en 2011 ce ren­ver­se­ment géo­po­li­tique. Khar­toum, al­lié his­to­rique et « na­tu­rel » de l’Égypte, s’est pro­gres­si­ve­ment dé­tour­né du Caire pour s’ali­gner sur Ad­dis-Abe­ba. L’Égypte dé­couvre que l’Éthio­pie s’avère un par­te­naire in­tran­si­geant et dur en né­go­cia­tion, tan­dis que le Sou­dan a dé­jà ac­té ce chan­ge­ment. La construc­tion du bar­rage étant ad­mise de fac­to par les Égyp­tiens ain­si que par l’en­semble des États du bas­sin du Nil et des ac­teurs in­ter­na­tio­naux, l’en­jeu ma­jeur ré­side dé­sor­mais dans le rem­plis­sage du ré­ser­voir du bar­rage de la Re­nais­sance. Une in­ter­pré­ta­tion de la nou­velle géo­po­li­tique du Nil à trois ni­veaux a donc vu le jour, dans un ré­per­toire to­ta­le­ment dé­ca­lé pour cha­cun des trois pays : pour l’Éthio­pie, ce sym­bole na­tio­nal re­pré­sente un en­jeu éner­gé­tique si­gni­fi­ca­tif et un le­vier d’hé­gé­mo­nisme ré­gio­nal ; pour le Sou­dan

en re­struc­tu­ra­tion éco­no­mique, l’en­jeu re­lève no­tam­ment de l’hy­droa­gri­cul­ture, et pour l’Égypte, l’en­jeu est pré­sen­té comme re­le­vant de la « sé­cu­ri­té na­tio­nale ». Ce triple ré­per­toire est au coeur des pro­blèmes d’in­ter­pré­ta­tion de la ques­tion de l’hy­dro­hé­gé­mo­nie du Nil en cours de re­com­po­si­tion.

Des dis­cours na­tio­na­listes qui s’en­tre­choquent

Les tra­vaux d’Open Wa­ter Di­plo­ma­cy, di­ri­gés par Ema­nuele Fan­ti­ni, ont mis en lu­mière les re­pré­sen­ta­tions na­tio­na­listes mises en scène mé­dia­ti­que­ment à dif­fé­rents ni­veaux (1). Il ap­pa­raît que les bar­rages, de­puis As­souan jus­qu’au GERD au­jourd’hui, ren­voient ex­pli­ci­te­ment à une gran­deur ins­crite dans un hé­ri­tage ci­vi­li­sa­tion­nel (l’Égypte pha­rao­nique, le royaume de Mé­roé, la dy­nas­tie sa­lo­mo­nienne et l’em­pire

Le GERD re­pré­sente une re­mise en cause de la re­pré­sen­ta­tion in­ter­na­tio­nale et géo­po­li­tique de la puis­sance égyp­tienne, dé­sor­mais fra­gi­li­sée par le sud et par la ques­tion de l’eau qui consti­tuait de­puis l’An­ti­qui­té sa force.

éthio­pien) qui trouve au XXIe siècle des échos na­tio­na­listes. Le bar­rage re­pré­sente un ou­til de puis­sance sur le Nil. Mais ja­mais, jus­qu’à pré­sent et mal­gré des pro­jets pré­cé­dents de bar­rage, le su­jet n’avait pris cette am­pleur di­plo­ma­tique. Cel­le­ci se tra­duit par un ré­cit quelque peu sché­ma­tique – mais sus­cep­tible de mo­bi­li­ser les opi­nions pu­bliques na­tio­nales et in­ter­na­tio­nales – du risque de dé­clin égyp­tien pour prix de l’émer­gence éthio­pienne au­tour du contrôle du Nil bleu et de la géo­po­li­tique de l’eau.

L’Égypte per­çoit le GERD comme un risque éco­no­mique et éco­lo­gique pour sa so­cié­té, avec la fra­gi­li­sa­tion de sa val­lée fer­tile du Nil : outre la perte de contrôle sur le dé­bit du Nil et donc le po­ten­tiel bou­le­ver­se­ment des cycles éco­no­miques de pro­duc­tion agri­cole, l’in­quié­tude porte sur les an­nées de rem­plis­sage du bas­sin du GERD (es­ti­mées entre 5 et 15 ans) dont les cri­tères et les consé­quences res­tent to­ta­le­ment in­con­nus à ce jour. Les deux prin­ci­pales me­naces se­raient d’ordre éco­no­mique (dé­sta­bi­li­sa­tion des cycles et ré­duc­tion de pro­duc­tion agri­coles re­met­tant en cause la sé­cu­ri­té ali­men­taire des po­pu­la­tions égyp­tiennes) et éco­lo­gique (risque de sa­li­ni­sa­tion des sols no­tam­ment). Le ca­bi­net fran­çais BRL, man­da­té de­puis 2016 par les trois gou­ver­ne­ments égyp­tien, sou­da­nais et éthio­pien, est char­gé de conduire l’étude sur les im­pacts du GERD jus­qu’en Égypte, dans des condi­tions ren­dues com­plexes par le ca­rac­tère sen­sible de ce su­jet – l’étude en est à sa troi­sième ver­sion. L’Égypte per­çoit éga­le­ment le GERD comme une me­nace géo­po­li­tique aux consé­quences ex­té­rieures (une dé­pen­dance ac­crue de l’Égypte en­vers les États en amont du Nil) et in­té­rieures (un risque de crise éco­no­mique, so­ciale et donc po­li­tique non seule­ment dans la phase de rem­plis­sage du bas­sin du GERD, mais aus­si à la suite de l’usage de l’eau que le Sou­dan pla­ni­fie­ra pour l’ir­ri­ga­tion). Le GERD re­pré­sente en­fin une re­mise en cause de la re­pré­sen­ta­tion in­ter­na­tio­nale et géo­po­li­tique de la puis­sance égyp­tienne, dé­sor­mais fra­gi­li­sée par le sud et par la ques­tion de l’eau qui consti­tuait de­puis l’An­ti­qui­té sa force. Pour toutes ces rai­sons, l’ap­pro­vi­sion­ne­ment en eau consti­tue une af­faire de sé­cu­ri­té na­tio­nale pour Le Caire. La cir­cu­la­tion sur la Toile de vi­déos ac­ti­vistes de si­mu­la­tion d’ex­pé­di­tions aé­ro­por­tées pu­ni­tives sur le bar­rage té­moigne de ma­nière in­for­melle de cet ima­gi­naire po­pu­laire en Égypte. Tou­te­fois, les gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs égyp­tiens ont dû, entre 2011 et 2016, prendre conscience du ca­rac­tère in­ter­na­tio­nal de la crise et quit­ter le ré­per­toire du hard po­wer pour abor­der la ques­tion de ma­nière plus di­plo­ma­tique. De­puis 2011, le gou­ver­ne­ment égyp­tien a ap­pris à ses dé­pens à né­go­cier avec le gou­ver­ne­ment éthio­pien. Le Caire a mo­bi­li­sé un ré­per­toire met­tant en avant ses droits his­to­riques dans le cadre du droit in­ter­na­tio­nal (ac­cords de 1929 et 1959, tou­jours en vi­gueur, qui ont ré­gi la thèse du sta­tu quo plai­dé par l’Égypte) [voir en­ca­dré en marge].

Mais si, en 2014, le Pre­mier mi­nistre égyp­tien pro­met­tait de faire va­loir di­plo­ma­ti­que­ment ses droits en s’ap­puyant sur des al­liances afri­caines, force est de consta­ter en 2018 l’échec de cette stra­té­gie. Le Sou­dan, his­to­ri­que­ment al­lié de l’Égypte, s’est ra­pi­de­ment tour­né vers les thèses éthio­piennes. À la dif­fé­rence des li­tiges de tra­cés fron­ta­liers, au coeur d’in­ter­ac­tions di­plo­ma­tiques au sein de l’Union afri­caine (UA) de­puis 1963, les que­relles hy­dro­hé­gé­mo­niques se règlent pour l’ins­tant plus par des rap­ports de force géo­po­li­tiques que par un cadre lé­gal in­ter­na­tio­nal. Du reste, le gou­ver­ne­ment éthio­pien s’est ra­pi­de­ment ar­mé pour ré­pondre aux cri­tiques ju­ri­diques in­ter­na­tio­nales adres­sées par Le Caire en convo­quant un ré­per­toire tour­né vers l’ave­nir et ses ou­tils d’émer­gence éco­no­mique. En­fin, le tête-à-tête entre l’Égypte et l’Éthio­pie a eu ten­dance à ou­blier les autres ac­teurs di­rec­te­ment ou in­di­rec­te­ment af­fec­tés par cette crise du bas­sin ver­sant du Nil bleu. Kam­pa­la et Khar­toum aus­si ont pris conscience du rôle di­plo­ma­tique des États ri­ve­rains des Nils bleu et blanc et pensent, cha­cun à leur

ma­nière, à dé­ve­lop­per une par­tie de leur di­plo­ma­tie ré­gio­nale sur cette base, in­vi­tant les di­plo­ma­ties ré­gio­nales et in­ter­na­tio­nales à re­pen­ser la géo­po­li­tique du Nil et ses ac­teurs [voir en­ca­dré ci-contre].

Le GERD : sym­bole du pro­jet dé­ve­lop­pe­men­ta­liste et na­tio­na­liste éthio­pien

Le pro­jet de construc­tion du GERD s’ins­crit avant toute chose dans un pro­jet po­li­ti­co-éco­no­mique ex­trê­me­ment am­bi­tieux, ini­tié par Meles Ze­na­wi dans la se­conde moi­tié des an­nées 2000, et vi­sant à in­té­grer l’Éthio­pie dans l’éco­no­mie mon­diale pour en faire un État à re­ve­nu in­ter­mé­diaire d’ici 2025. Les plans quin­quen­naux mis en oeuvre dans cette op­tique visent de­puis 2010 la re­struc­tu­ra­tion de l’éco­no­mie éthio­pienne (tran­si­tion du pri­maire vers l’in­dus­trie et les ser­vices) à moyen terme, à par­tir d’une po­li­tique vo­lon­ta­riste de ce qu’on ap­pelle au­jourd’hui le « de­ve­lop­men­tal state » éthio­pien. Le pre­mier plan quin­quen­nal (2010-2015), des­ti­né à lan­cer la pre­mière phase de cette re­struc­tu­ra­tion et pré­pa­rer l’ar­ri­vée des in­ves­tis­seurs étran­gers, se concen­trait sur le lan­ce­ment de « mé­ga-pro­jets » d’in­fra­struc­tures : routes, au­to­routes, ponts, im­meubles, ré­seau élec­trique, voie fer­rée et, bien sûr, ré­seau de bar­rages hy­dro­élec­triques. Le GERD n’est donc qu’un élé­ment, certes em­blé­ma­tique, d’un dis­po­si­tif re­cou­vrant une am­bi­tion beau­coup plus vaste.

Ces bar­rages avaient jus­qu’à pré­sent été construits sur des fleuves dont la di­mi­nu­tion du dé­bit n’avait de ré­per­cus­sions ma­jeures que sur l’éco­sys­tème proche dans les pé­ri­phé­ries éthio­piennes : Gil­gel Gibe I, sur la ri­vière Omo, ache­vé en 2004 (avec une ca­pa­ci­té an­nuelle de 184 MW) ; Gil­gel Gibe II, sur la même ri­vière, ache­vé en 2009 (420 MW) ; la même an­née est inau­gu­ré le bar­rage sur le fleuve Te­keze, au nord (310 MW), et le bar­rage Gil­gel Gibe III sur la ri­vière Omo au sud (1870 MW) – des pro­jets mis en oeuvre par le construc­teur ita­lien Sa­li­ni. Néan­moins, le GERD re­pré­sente le pro­jet le plus in­édit et le plus ti­ta­nesque, non seule­ment à l’échelle de l’État dé­ve­lop­peur éthio­pien, mais aus­si à l’échelle du conti­nent.

Le dis­cours na­tio­na­liste éthio­pien ne doit pas non plus être né­gli­gé. Le ré­gime de Meles Ze­na­wi au­rait en ef­fet pu lan­cer un pro­jet moins pro­blé­ma­tique vis-à-vis des pays en aval en op­tant pour une sé­rie de bar­rages dont le rem­plis­sage des lacs ar­ti­fi­ciels au­rait en­gen­dré moins de ten­sions au ni­veau ré­gio­nal. Mais le GERD est aus­si un sym­bole na­tio­nal qui

Le pro­jet de construc­tion du GERD s’ins­crit avant toute chose dans un pro­jet po­li­ti­co­éco­no­mique ex­trê­me­ment am­bi­tieux, ini­tié par Meles Ze­na­wi dans la se­conde moi­tié des an­nées 2000.

s’ins­crit dans une po­li­tique de re­con­quête des ci­toyens après l’épi­sode violent des élec­tions de 2005 (2). Le nom ini­tial du bar­rage ( Millen­nium Dam) montre à quel point le pro­jet s’in­sère dans l’im­mense cam­pagne de pro­mo­tion du Millen­nium en 2007 (pas­sage à l’an 2000 se­lon le ca­len­drier éthio­pien or­tho­doxe) et de­vient ain­si un sym­bole na­tio­nal du ci­ment pa­né­thio­pien (des­ti­né à se su­per­po­ser au fé­dé­ra­lisme eth­nique). Le sou­tien re­cher­ché au­près de la po­pu­la­tion doit éga­le­ment per­mettre, de fa­çon ex­trê­me­ment prag­ma­tique, d’as­su­rer le fi­nan­ce­ment du bar­rage par les Éthio­piens via l’émis­sion de bons du tré­sor, les Millen­nium Bonds. Chaque fonc­tion­naire se trouve par exemple contraint de payer l’équi­valent d’un sa­laire par an. Le gou­ver­ne­ment en­tend ain­si of­frir la preuve du sou­tien po­pu­laire dont il joui­rait. Si cette lé­gi­ti­mi­té est dif­fi­cile à éva­luer, la stra­té­gie crée ef­fec­ti­ve­ment une in­ter­dé­pen­dance fas­ci­nante entre le GERD et la po­pu­la­tion, qui doit per­mettre de re­cons­truire la lé­gi­ti­mi­té du ré­gime abî­mée par la crise de 2005, et al­ler de l’avant. La po­li­tique à la fois ex­trê­me­ment dy­na­mique et apai­sante du nou­veau Pre­mier mi­nistre éthio­pien Abiy Ah­med se si­tue en ce sens dans la droite ligne du pro­jet na­tio­na­liste éthio­pien de Meles Ze­na­wi, bien plus qu’en rup­ture avec ce­lui-ci.

On ne peut donc pas sai­sir les im­pul­sions et les im­pli­ca­tions de ce pro­jet sans consi­dé­rer, en pre­mier lieu, l’his­toire po­li­tique et éco­no­mique ré­cente de l’Éthio­pie. Meles Ze­na­wi a su sai­sir l’op­por­tu­ni­té du lan­ce­ment du pro­jet lorsque l’Égypte était bous­cu­lée par la ré­vo­lu­tion égyp­tienne pour re­mettre en cause de fac­to les trai­tés in­ter­na­tio­naux et mon­trer aux Éthio­piens, aux Égyp­tiens, et au monde en­tier que l’Éthio­pie avait dé­sor­mais les moyens de ses am­bi­tions. Entre Égypte et Éthio­pie, le Sou­dan a ra­pi­de­ment sai­si l’op­por­tu­ni­té de re­joindre le nou­veau maître du Nil.

Le Sou­dan, ac­teur et pi­vot des pro­jets de ré­gu­la­tion du Nil

His­to­ri­que­ment ali­gné sur l’Égypte et re­ven­di­quant le res­pect des trai­tés, le Sou­dan n’a a prio­ri ja­mais joué un rôle dé­ter­mi­nant dans le par­tage des eaux du Nil, et par­ti­ci­pait plu­tôt au blo­cage de toute re­né­go­cia­tion des ac­cords. La fo­ca­li­sa­tion des dis­cus­sions au­tour de l’op­po­si­tion entre l’Éthio­pie et l’Égypte a éga­le­ment pla­cé Khar­toum dans un angle mort. La né­gli­gence des ob­ser­va­teurs à l’égard de cet État où se re­joignent pour­tant les deux Nils est au­jourd’hui re­mise en cause. La construc­tion du GERD et ses consé­quences ré­gio­nales ont en ef­fet re­pla­cé lit­té­ra­le­ment le Sou­dan au centre des en­jeux de l’hy­dro­hé­gé­mo­nie du fleuve au­tour de trois élé­ment ma­jeurs : le po­si­tion­ne­ment géo­gra­phique (la réunion des Nils bleu et

Entre Égypte et Éthio­pie, le Sou­dan a ra­pi­de­ment sai­si l’op­por­tu­ni­té de re­joindre le nou­veau maître du Nil.

blanc au ni­veau de Khar­toum), la ques­tion éco­no­mique (agri­cul­ture, ir­ri­ga­tion, rap­port au Golfe post-2011, re­struc­tu­ra­tion éco­no­mique), et celle des bar­rages (de­puis As­souan jus­qu’au GERD).

Les bar­rages que dé­ve­loppe le Sou­dan à tra­vers son ter­ri­toire n’ont pas vo­ca­tion à créer de l’éner­gie, mais à ré­gu­ler la res­source hy­drau­lique pour per­mettre l’agri­cul­ture. Les pro­jets de bar­rages sur le Nil exis­taient de­puis la pé­riode co­lo­niale bri­tan­nique et vi­saient à dé­ve­lop­per la cul­ture du co­ton tout en contrô­lant les inon­da­tions. Ces am­bi­tions éco­no­miques se sont pour­sui­vies après l’in­dé­pen­dance (1956) et sous le ré­gime du gé­né­ral Ni­mei­ry (1969-1985) qui sou­hai­tait faire du Sou­dan le gre­nier de la ré­gion et dé­ve­lop­per un ré­seau hy­dro­élec­trique. Mais le manque de fonds em­pê­chait la réa­li­sa­tion de pro­jets si am­bi­tieux. Fort des fruits du pé­trole au dé­but des an­nées 2000, le ré­gime Al-In­qaz (au pou­voir de­puis 1989, sous la di­rec­tion d’Omar el-Bé­chir) a fait de la construc­tion d’une sé­rie de bar­rages sur le Nil une nou­velle clé de sa po­li­tique éco­no­mique dé­ve­lop­pe­men­ta­liste. Le plus cé­lèbre est ce­lui de Mé­rowé (1250 MW pro­duits au­jourd’hui), en amont de la qua­trième ca­ta­racte, inau­gu­ré en 2009, où l’on trouve dé­jà en­ga­gées tech­ni­que­ment les en­tre­prises chi­noises, al­le­mandes, et fran­çaise (Al­stom pour les tur­bines). La créa­tion d’une Dam Im­ple­men­ta­tion Unit confirme la vo­lon­té du Sou­dan de mul­ti­plier les pro­jets de bar­rages. Ces pro­jets ne sont pas sans po­ser de nou­veaux dé­fis po­li­tiques. L’an­nonce de la construc­tion à ve­nir des bar­rages de Dal et de Ka­j­bar, dans le Nord, a pro­vo­qué de vives ré­ac­tions de la part des po­pu­la­tions lo­cales (nu­biennes) qui avaient dé­jà été af­fec­tées par le bar­rage d’As­souan. La mé­moire des dé­pla­ce­ments de po­pu­la­tions dont les ter­ri­toires et les villes ont été re­cou­verts, au Sou­dan, par le lac Nas­ser, et les souf­frances so­ciales qui en dé­coulent, ont en­gen­dré de nom­breuses ré­sis­tances dans la ré­gion et à Khar­toum de­puis 2007 (3), pour les­quelles de nom­breux par­tis po­li­tiques sou­da­nais se sont dé­cla­rés so­li­daires. Pour­tant, comme en Éthio­pie, le gou­ver­ne­ment sou­da­nais sait au­jourd’hui que sa sur­vie dé­pend en par­tie du suc­cès de ces pro­jets et de leur ca­pa­ci­té à pro­duire de la ri­chesse, par­ti­cu­liè­re­ment de­puis l’in­dé­pen­dance du Sou­dan du Sud en 2011 et la perte des deux tiers de la pro­duc­tion en pé­trole. La construc­tion du GERD entre donc en écho avec les évo­lu­tions éco­no­miques sou­da­naises. En pous­sant Khar­toum à di­ver­si­fier ses sou­tiens éco­no­miques, le pro­gramme de dé­ve­lop­pe­ment sou­da­nais a in­duit des in­no­va­tions géo­po­li­tiques dans la zone qui ont conduit à la rup­ture, dès 2012 – soit un an après le dé­but du chan­tier du GERD –, du duo hy­dro­hé­gé­mo­nique qu’il for­mait avec Le Caire. Pre­miè­re­ment, les pays du golfe Ara­bique ont été des sou­tiens es­sen­tiels du ré­gime de Ni­mei­ry, in­té­grant à tra­vers dif­fé­rents ou­tils di­plo­ma­tiques le Sou­dan à l’en­vi­ron­ne­ment ara­bo-mu­sul­man (no­tam­ment via le Fonds arabe pour le dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique et so­cial). Deuxiè­me­ment, la Chine a su ex­por­ter au Sou­dan un mo­dèle éco­no­mique éta­tique de dé­ve­lop­pe­ment par les bar­rages. Face au faible en­ga­ge­ment de la Banque mon­diale au Sou­dan, les ca­pi­taux chi­nois ont consti­tué une al­ter­na­tive fon­da­men­tale pour Khar­toum. Pé­kin a ain­si pu pro­po­ser une ac­tion en trois di­men­sions : un mo­dèle (le bar­rage des Trois Gorges), un opé­ra­teur (Si­no­hy­dro Cor­po­ra­tion, lea­der mon­dial de l’hy­dro­élec­tri­ci­té) et un sou­tien fi­nan­cier (Exim Bank, dont la par­ti­ci­pa­tion pour le bar­rage de Mé­rowé est es­ti­mée

à 520 mil­lions de dol­lars). Dans cette éco­no­mie gé­né­rale éta­tique si­no-sou­da­naise des an­nées 2000 est ap­pa­rue la Chi­na Na­tio­nal Pe­tro­leum Com­pa­ny (CNPC).

Bâ­tie entre le pa­ra­digme de la con­ver­gence li­bé­rale et la construc­tion d’État dé­ve­lop­pe­men­ta­liste, cette (re)construc­tion sur fond de crise per­ma­nente au Sou­dan se fonde sur la stra­té­gie des « Afri­ca’s illi­be­ral state buil­ders » (4) – ces États qui ont pris pour mo­dèle et al­lié la Chine, et plus lar­ge­ment les « dra­gons asia­tiques ». Cette in­cu­ba­tion éco­no­mique sur deux dé­cen­nies a pro­vo­qué dans le bas­sin du Nil l’éro­sion de la lo­gique du sta­tu quo hy­dro­po­li­tique de ma­nière dif­fi­ci­le­ment ré­ver­sible car ce­la re­met­trait dé­sor­mais en cause des lo­giques éta­tiques.

Le Nil dans son en­vi­ron­ne­ment géo­po­li­tique : de l’hy­dro­lo­gie à la di­plo­ma­tie

La ques­tion de l’hy­dro­hé­gé­mo­nie du Nil pro­voque un re­tour­ne­ment di­plo­ma­tique, non seule­ment à cause de la somme

Le conflit hy­dro­hé­gé­mo­nique doit être connec­té à la construc­tion du De­ve­lop­men­tal State dans le­quel la Chine a consti­tué un mo­dèle et un sou­tien po­li­ti­que­ment plus puis­sant que les ins­ti­tu­tions in­ter­na­tio­nales.

des re­la­tions bi­la­té­rales entre l’Égypte, le Sou­dan et l’Éthio­pie, mais sur­tout parce qu’elle consti­tue un en­jeu des po­si­tion­ne­ments géo­po­li­tiques d’ac­teurs éta­tiques et non éta­tiques dans la Corne de l’Afrique et au-de­là.

Pre­miè­re­ment, le bras de fer éthio-égyp­tien qui se joue le long du Nil bleu ren­force la ca­pa­ci­té d’ac­teur di­plo­ma­tique du Sou­dan dans la zone, et contri­bue à le sor­tir un peu plus de son iso­le­ment di­plo­ma­tique ré­gio­nal. Alors que les ef­forts de nor­ma­li­sa­tion de Khar­toum vis-à-vis de la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale com­mencent à por­ter leurs fruits, consa­crés par la le­vée dé­fi­ni­tive de sanc­tions éco­no­miques états-uniennes en oc­tobre 2017, la stra­té­gie me­née par le ré­gime d’Omar el-Bé­chir mé­rite d’être consi­dé­rée à l’aune de la po­si­tion d’in­ter­mé­diaire qu’il re­cherche. Il s’agit no­tam­ment pour Khar­toum d’at­ti­rer les fonds in­ter­na­tio­naux des­ti­nés à mettre en va­leur son agri­cul­ture et à contrô­ler les risques d’inon­da­tions. La crise éco­no­mique pro­fonde dans la­quelle le Sou­dan se trouve au­jourd’hui rend ces in­ves­tis­se­ments d’au­tant plus né­ces­saires, voire vi­taux. Mais la mul­ti­pli­ca­tion des par­te­naires et le suc­cès de ces am­bi­tions res­te­ront condi­tion­nés à court terme par des choix po­li­tiques ma­jeurs d’un ré­gime qui de­meure sur la liste amé­ri­caine des pays sou­te­nant le ter­ro­risme, et dont le pré­sident reste pour­sui­vi par la Cour pé­nale in­ter­na­tio­nale.

Deuxiè­me­ment, le conflit hy­dro­hé­gé­mo­nique doit être connec­té à la construc­tion du De­ve­lop­men­tal State dans le­quel la Chine a consti­tué un mo­dèle et un sou­tien po­li­ti­que­ment

plus puis­sant que les ins­ti­tu­tions in­ter­na­tio­nales (5). C’est la rai­son pour la­quelle cette ques­tion nour­rit prio­ri­tai­re­ment des dis­cours na­tio­naux ou na­tio­na­listes, et non une stra­té­gie d’in­té­gra­tion éco­no­mique ré­gio­nale. Il s’agit pour le Sou­dan et l’Éthio­pie de construire une stra­té­gie ori­gi­nale, qui s’ap­puie sur le par­te­na­riat chi­nois en même temps qu’ils pour­suivent son dia­logue (pour l’Éthio­pie) et son ou­ver­ture (pour le Sou­dan) en di­rec­tion de l’Ouest et des ins­ti­tu­tions in­ter­na­tio­nales.

Troi­siè­me­ment, par-de­là les trois pays prin­ci­pa­le­ment évo­qués (Égypte, Sou­dan et Éthio­pie), il convient d’élar­gir le dé­bat aux États ri­ve­rains du Nil blanc, qui com­mencent à me­su­rer leur ca­pi­tal hy­dro-di­plo­ma­tique dans ce contexte, à tra­vers l’Ini­tia­tive du bas­sin du Nil (IBN), créée en 1999. Si la ré­gion reste ca­rac­té­ri­sée par le che­vau­che­ment des struc­tures ré­gio­nales (6), l’IBN consti­tue un ou­til di­plo­ma­tique pour les États du sud de la zone. C’est ain­si que l’Ou­gan­da de Yo­we­ri Mu­se­ve­ni est par­ve­nu à pe­ser de tout son poids au sein de l’IBN : com­po­sée de dix membres (7), le vote des États du Sud pour at­teindre la ma­jo­ri­té des six membres est stra­té­gique. Le cas par­ti­cu­lier de l’Éry­thrée est ici d’im­por­tance : ce­lui-ci y bé­né­fi­cie d’un sta­tut d’ob­ser­va­teur, mais le ré­chauf­fe­ment ré­cent et ra­pide des re­la­tions avec l’Éthio­pie du Pre­mier mi­nistre Abiy risque de re­battre par­tiel­le­ment les cartes. En ef­fet, Le Caire bé­né­fi­ciait jusque-là via As­ma­ra d’un ap­pui à la dé­sta­bi­li­sa­tion de l’en­ne­mi com­mun éthio­pien. La paix sur la­quelle semblent en­ga­gées Ad­dis-Abe­ba et As­ma­ra de­vrait donc ac­cen­tuer l’iso­le­ment di­plo­ma­tique de l’Égypte sur ce dos­sier.

Qua­triè­me­ment, au-de­là des struc­tures in­ter­gou­ver­ne­men­tales, cette hy­dro­di­plo­ma­tie pose la ques­tion des ac­teurs de la gou­ver­nance de l’eau : l’ex­pé­rience de BRL In­gé­nie­rie té­moigne de l’émer­gence de ces opé­ra­teurs tech­niques non gou­ver­ne­men­taux mais aus­si des blo­cages qu’ils ren­contrent face aux contra­dic­tions di­plo­ma­tiques des États. Dans ces cir­cons­tances, le risque est double : faire por­ter à une ex­per­tise tech­nique une conclu­sion po­li­tique ; as­su­jet­tir des ex­per­tises tech­niques à des stra­té­gies po­li­tiques en mul­ti­pliant ces opé­ra­teurs au gré des thèses di­plo­ma­tiques en confron­ta­tion. La ques­tion émer­gente de la « gou­ver­nance éco­lo­gique » consti­tue ain­si un en­jeu di­plo­ma­tique dont les contours sont ap­pe­lés à échap­per aux di­plo­ma­ties tra­di­tion­nelles et à voir se dé­ve­lop­per les in­ter­mé­diaires non gou­ver­ne­men­taux sur des su­jets aus­si ré­ga­liens que l’eau, tout par­ti­cu­liè­re­ment en Afrique avec le Nil et le Con­go.

En­jeux hy­dro­di­plo­ma­tiques et pers­pec­tives

Au len­de­main des ini­tia­tives de di­plo­ma­tie éco­lo­gique por­tées par la France (COP21, « One Pla­net Sum­mit »), il convient de consi­dé­rer les en­jeux d’hy­dro­hé­gé­mo­nie du Nil comme un biais pour sai­sir les re­con­fi­gu­ra­tions des rap­ports de force ré­gio­naux et, au-de­là, l’in­ter­ac­tion des ac­teurs étran­gers dans la ré­gion. Ceux-ci sont ap­pe­lés à oc­cu­per une place crois­sante pour la France dans le dia­logue avec ses par­te­naires afri­cains dans la « gou­ver­nance éco­lo­gique » in­ter­na­tio­nale en cours de re­dé­fi­ni­tion.

Alors que l’hy­dro­hé­gé­mo­nie reste avant tout entre les mains des États, la ques­tion se pose de sa­voir si des struc­tures telles que l’IBN sont en ca­pa­ci­té de de­ve­nir des es­paces di­plo­ma­tiques ef­fi­caces – ou ap­pe­lées à ga­gner en ef­fi­ca­ci­té. L’hy­dro­di­plo­ma­tie, quant à elle, est ap­pe­lée à ga­gner en puis­sance dans les dé­cen­nies à ve­nir, au­tant pour des rai­sons di­plo­ma­tiques qu’éco­lo­giques et dé­mo­gra­phiques. En ce sens, elle va (re)des­si­ner de fac­to au­tour des États ri­ve­rains du bas­sin du Nil (mais aus­si du Con­go) une car­to­gra­phie d’in­té­gra­tion ré­gio­nale qui trans­cende les or­ga­ni­sa­tions éco­no­miques ré­gio­nales tra­cées dans les an­nées 1990.

Le gou­ver­ne­ment sou­da­nais, quant à lui, ren­force son ca­pi­tal de pi­vot di­plo­ma­tique dans la zone, dans un agen­da d’ou­ver­ture di­plo­ma­tique jus­qu’à pré­sent do­mi­né par des puis­sances non oc­ci­den­tales. Les dos­siers éco­lo­giques et agri­coles peuvent consti­tuer un ou­til de dia­logue avec le Sou­dan dans ce contexte, en l’ab­sence de coo­pé­ra­tion po­li­tique di­recte.

Par Jean-Ni­co­las Bach, di­rec­teur du Centre d’études et de do­cu­men­ta­tion éco­no­miques, ju­ri­diques et so­ciales (CEDEJ) Khar­toum – Ins­ti­tut fran­çais de re­cherche en Afrique (CNRSMi­nis­tère de l’Eu­rope et des Af­faires étran­gères), et Jean-Pierre Bat, char­gé de mis­sion « Afrique » au Centre d’ana­lyse, de pré­vi­sion et de stra­té­gie (CAPS, mi­nis­tère de l’Eu­rope et des Af­faires étran­gères). Pho­to ci-des­sus : Le 23 mars 2015, lePre­mier mi­nistre éthio­pien, Hai­le­ma­riam De­sa­le­gn (à droite), le pré­sident égyp­tien, Ab­del Fat­tah al-Sis­si (à gauche) et le pré­sident sou­da­nais Omar el-Bé­chir, réunis à Khar­toum, ont dé­ci­dé de si­gner un ac­cord de « prin­cipe » sur le par­tage des eaux du Nil. Si l’ac­cord ne règle rien en soi, il marque à l’époque une vo­lon­té de né­go­cier de ma­nière plus apai­sée sur ce dos­sier, alors que le pro­jet de construc­tion par le gou­ver­ne­ment éthio­pien d’un bar­rage sur le Nil bleu en­ve­nime les re­la­tions entre les trois États de­puis 2011. (© Ash­raf Shaz­ly/AFP)

Pho­to ci-des­sous : Gra­vure re­pré­sen­tant le Nil près de la fron­tière entre l’Ou­gan­da et le Sou­dan, réa­li­sée par G. Erhard et pu­bliée dans Le Tour du Monde (Pa­ris, 1864). Pour re­ven­di­quer ses « droits his­to­riques » sur le Nil, l’Égypte rap­pelle sou­vent les dif­fé­rents ac­cords por­tant sur la ges­tion de sa crue, à com­men­cer par le trai­té de 1929. (© Shut­ter­stock/Mar­zo­li­no)

Pho­to ci-des­sus : Vue du site de construc­tion du Grand Bar­rage éthio­pien de la Re­nais­sance à Gu­ba, dans le Nord-Ouest de l’Éthio­pie, en jan­vier 2016. Com­men­cé en 2011 et ap­pe­lé à être le plus grand d’Afrique, il ne de­vrait pas être ache­vé avant les deux pro­chaines an­nées. Cette fu­ture in­fra­struc­ture hy­dro­élec­trique ma­jeure du conti­nent, qui doit faire plus que dou­bler la pro­duc­tion élec­trique éthio­pienne, a ac­cu­mu­lé non seule­ment les re­tards et les dif­fi­cul­tés mais aus­si les sur­coûts de­puis son lan­ce­ment. (© Google Maps/Di­gi­tal Globe)

Pho­to ci-des­sus : Terres agri­coles en Hau­teÉ­gypte, le long du Nil qui leur offre une ir­ri­ga­tion bien­fai­trice. Manne mul­ti­mil­lé­naire pour l’Égypte, le Nil est au­jourd’hui d’au­tant plus vi­tal pour elle que c’est l’un des pays les plus confron­tés au stress hy­drique. L’ex­plo­sion dé­mo­gra­phique, l’in­ten­si­fi­ca­tion de l’éle­vage en amont (Sou­dan, Éthio­pie) et l’ur­ba­ni­sa­tion ont en­traî­né une consom­ma­tion gran­dis­sante d’eau tan­dis que la plu­vio­mé­trie dé­croît sous l’ef­fet du ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique. (© Shut­ter­stock/Al­bert6712)

Les en­jeux hy­drau­liques au­tour du bas­sin du Nil

Pho­to ci-des­sus : Vue pa­no­ra­mique de la con­fluence des Nils bleu et blanc à Khar­toum, la ca­pi­tale du Sou­dan. An­cien sou­tien de l’Égypte, le pays s’est ran­gé au cô­té d’Ad­dis-Abe­ba et es­père ti­rer quelques bé­né­fices de la construc­tion du bar­rage Re­nais­sance. Ce­lui-ci de­vrait no­tam­ment mettre fin aux inon­da­tions en aval et re­te­nir le li­mon éthio­pien qui freine les tur­bines des bar­rages sou­da­nais. Le gou­ver­ne­ment sou­da­nais de­vrait éga­le­ment im­por­ter une par­tie du sur­plus d’éner­gie pro­duit par l’Éthio­pie. (© Shut­ter­stock/Clau­dio­vi­dri)

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