À mau­vaise école

Faut-il en fi­nir avec l’école ? Et que se pas­se­rait-il si nous lais­sions nos en­fants jouer à la mai­son au lieu de les en­voyer à l’école ? L’au­teur et confé­ren­cier au­to­di­dacte An­dré Stern est convain­cu qu’ils se­raient plus heu­reux. Et même plus in­tel­li­gent

Doolittle - - Sommaire - texte Fran­çois Blet illus­tra­tions Mai­wenn Phi­louze

Faut-il en fi­nir avec l’école ? Et que se pas­se­rait-il si nous lais­sions nos en­fants jouer à la mai­son au lieu de les en­voyer à l’école ? L’au­teur et confé­ren­cier au­to­di­dacte An­dré Stern est convain­cu qu’ils se­raient plus heu­reux. Et même plus in­tel­li­gents. À tel point qu’il en a fait une cause : l’en­fan­tisme.

Alors se­lon vous, nous sommes en guerre ? Oui, contre nos en­fants. Et pour une rai­son très simple : on ne les prend pas au sé­rieux. On les parque dans le ghet­to de l’en­fance, et par notre at­ti­tude, nous avons ten­dance à leur dire qu’ils se­ront da­van­tage pris en consi­dé­ra­tion quand ils en se­ront sor­tis. Un exemple ? J’ai un pe­tit gar­çon de 7 ans, qui est pas­sion­né de fu­sées. Hier, il était au sa­lon du Bour­get, et il y avait une ses­sion or­ga­ni­sée pour les en­fants. Un spé­cia­liste lui a de­man­dé qui était le pre­mier homme sur la lune, mais avant même qu’il ait eu le temps de ré­pondre, l’adulte a en­chaî­né en lui di­sant (il prend une voix idiote) “Ah tu vois, tu ne le sa­vais pas. Viens, je vais te le dire à l’oreille.” Voi­là, non seule­ment on es­saie sys­té­ma­ti­que­ment de rendre amu­sante leur ex­pé­rience du monde, mais on leur mâche et re­mâche le tra­vail. On adapte. Or, les en­fants n’ont pas be­soin d’adap­ta­tion. Ils n’ont pas be­soin de livres adap­tés aux en­fants. Ils ont juste be­soin de livres. Et d’être trai­tés, donc, comme des adultes ? D’égal à égal. Les en­fants, en ve­nant au monde, ne font au­cune hié­rar­chie entre les gens, les âges, les es­pèces ou les mé­tiers. Ils voient un océan de pos­si­bi­li­tés et se sentent un élé­ment de cet océan. Ils pensent être tou­jours la bonne per­sonne au bon mo­ment au bon en­droit. Mais on leur fait com­prendre qu’ils sont dans un état hié­rar­chi­que­ment in­fé­rieur, dès le dé­but. C’est-à-dire dès la nais­sance ? Bien sûr. On connaît tous la fa­meuse ques­tion po­sée aux jeunes pa­rents : “Alors, il fait ses nuits ?” Ça a l’air ano­din, mais ça a de lourdes consé­quences. La so­cié­té consi­dère qu’il est im­por­tant que ton en­fant fasse ses nuits. Et der­rière, tu ne peux pas t’em­pê­cher de re­layer

une cer­taine in­quié­tude. Tu fi­nis par faire com­prendre à ton en­fant que tu l’ai­me­rais plus s’il les fai­sait. Il faut dé­jà qu’il cor­res­ponde à tes at­tentes. Et ça n’ar­rête plus. D’un cô­té, il pense que tout est pos­sible, et de l’autre, il y a une so­cié­té qui lui dit : “T’es zé­ro, t’es en­core rien. Tu vas de­voir chan­ger.” C’est une dé­chi­rure. Pour moins souf­frir, l’en­fant va es­sayer de ré­ta­blir l’équi­libre. Et comme on ne peut pas chan­ger l’opi­nion des autres, on change l’opi­nion qu’on a de soi. C’est pour ça qu’on fi­nit par se dire des choses comme “je suis nul en maths”. Ce qu’il fau­drait chan­ger, sur­tout, c’est notre at­ti­tude gé­né­rale face aux en­fants. Cer­tains cou­rants pé­da­go­giques es­saient pour­tant de faire évo­luer ce rap­port, non ? Je ne veux pas faire la cri­tique ou l’apo­lo­gie d’une mé­thode en par­ti­cu­lier. Moi, je n’ai pas une bonne so­lu­tion va­lable pour tout le monde, et quand on m’en pro­pose une, je prends la fuite. C’est im­pos­sible. Ce que je peux dire, c’est que ces mé­thodes, qu’elles s’ap­pellent les lois na­tu­relles de l’en­fant ou qu’elles aient une conso­nance ita­lienne (An­dré parle évi­dem­ment de Mon­tes­so­ri, ndlr), com­mettent une er­reur fon­da­men­tale : elles partent de l’adulte, de ses idées, de ses concepts, de ses ex­pé­riences, mais pas de l’en­fant. Pas comme l’en­fan­tisme… La cause en­fan­tiste, que j’ap­pelle aus­si éco­lo­gie de l’en­fance, em­brasse bien plus que l’édu­ca­tion. En­core une fois, c’est une ques­tion d’at­ti­tude gé­né­rale. Nous de­vons faire confiance à nos en­fants, et ces­ser de mettre des in­ten­tions pé­da­go­giques der­rière tout ce que nous fai­sons vis-à-vis d’eux. Dans mon nou­veau livre, So­phie Rabhi écrit un jo­li texte dans le­quel elle ex­plique qu’elle a es­sayé pen­dant des an­nées de mettre sur pied une pé­da­go­gie in­vi­tant les en­fants à la non-vio­lence. Jus­qu’au mo­ment où elle s’est ren­du compte que for­cer l’en­fant à ap­prendre quelque chose qui ne l’in­té­resse pas, à un mo­ment où il n’a pas en­vie de l’ap­prendre, quel que soit le jo­li pa­quet ca­deau qu’on met au­tour, c’est un acte de vio­lence. La science nous prouve que nous re­te­nons une in­for­ma­tion uni­que­ment si elle ac­tive nos centres émo­tion­nels. Si elle nous touche, si nous avons en­vie de l’as­si­mi­ler. Vous tra­vaillez avec des scien­ti­fiques ? Oui, un neu­ro­bio­lo­giste al­le­mand. Par exemple, nous sa­vions dé­jà que per­sonne ne naît bête ou in­tel­li­gent. Le cer­veau se dé­ve­loppe se­lon l’usage que nous en fai­sons. Comme un muscle. Mais ce que nous avons dé­cou­vert ré­cem­ment, c’est que c’est seule­ment le cas lorsque nous le fai­sons avec en­thou­siasme. Nous sé­cré­tons alors des cock­tails de neu­ro­trans­met­teurs qui agissent sur le cer­veau comme de l’en­grais. Ce qui ex­plique pour­quoi nous avons ou­blié 80 % de ce que nous avons été contraints d’ap­prendre. Les 20 % res­tants nous ont tou­chés. Je suis une ex­cep­tion, mal­gré moi, parce que je me sou­viens de tout ce que j’ai ap­pris en­fant. Parce que vous n’êtes pas al­lé à l’école ? Oui. J’ai joué toute ma vie, c’est-à-dire pen­dant 46 ans, et mon jeu a été pris au sé­rieux. Il n’y a rien que je ne pou­vais as­si­mi­ler, et je pou­vais y consa­crer tout mon temps sans avoir à m’in­ter­rompre. Et je dis que ce qui m’est ar­ri­vé ar­ri­ve­rait à chaque en­fant au­quel on fe­rait confiance et qu’on lais­se­rait tran­quille. Je ne suis pas un sur­doué, je suis ter­ri­ble­ment ba­nal. Je suis comme un noyau de mangue qu’on met­trait dans l’eau et qui se met­trait à pous­ser. On ne s’écrie­rait pas : “Oh, un noyau de mangue sur­doué !” Pour­quoi vos pa­rents ont-ils dé­ci­dé de ne pas vous y en­voyer à l’ori­gine ? Parce que votre père, Ar­no, cher­cheur et pé­da­gogue, en a dé­ci­dé ain­si ? Eh bien, ils ne se sont pas de­man­dé ce qu’ils pou­vaient m’ap­prendre, mais ce qu’ils pou­vaient ap­prendre en me voyant vivre. Et ils ont aus­si dé­ci­dé de res­pec­ter mon rythme na­tu­rel. Vous sa­vez que nous sommes la seule es­pèce qui ré­veille ses en­fants ? Il faut un cas de force ma­jeure pour que les autres es­pèces le fassent. C’est aus­si pour ça, pour ne pas avoir à me ré­veiller le ma­tin, qu’ils ont pris cette dé­ci­sion. Ce n’était pas contre l’école, mais pour l’en­fant, si on veut. Mais pour pou­voir gar­der un en­fant à la mai­son, il faut re­pen­ser sa vie en­tière, non ? Être là pour lui toute l’an­née ? Si ma ma­man a ar­rê­té de tra­vailler pour nous voir gran­dir, ce n’était pas pour être là pour moi, mais pour elle, parce qu’elle ne vou­lait pas ra­ter ça. D’ailleurs, elle était beau­coup à la mai­son, et moi très peu. Je sor­tais dé­cou­vrir le monde, tout pe­tit. Mes pa­rents ont juste in­ven­té les condi­tions qui ont per­mis cette vie-là. C’est à la por­tée de tout le monde. Ceux qui pensent ne pas pou­voir le faire se voilent la face. Et quels étaient vos rap­ports avec les autres en­fants, ceux qui al­laient à l’école ? Je ne les fré­quen­tais pas beau­coup. Ils me di­saient juste, quand je les croi­sais, que j’avais du bol ! (Rires) On me pose sou­vent la ques­tion de la so­cia­li­sa­tion, mais je pense qu’un en­fant n’a au­cune rai­son a prio­ri de s’iden­ti­fier aux autres en­fants. Moi, mon cercle était com­po­sé de gens de tous les âges. Ce qui nous réunis­sait, c’étaient nos in­té­rêts com­muns. J’étais très com­blé et très oc­cu­pé. Je voyais juste que les autres n’avaient pas de temps pour jouer, et ça n’était pas très ap­pé­tis­sant. Mais vous êtes mal­gré tout de­ve­nu lu­thier, jour­na­liste, au­teur…Vous de­viez quand même avoir des jeux par­ti­cu­liers, non ? Le jeu est le meilleur ou­til d’ap­pren­tis­sage qui soit. Quand on joue, on ap­prend sans avoir l’im­pres­sion d’ap­prendre. Et pas parce que quel­qu’un a dé­ci­dé de rendre ça lu­dique. Mais notre so­cié­té a peur que ce ne soit pas as­sez. Sauf qu’il n’y a que dans l’es­prit des adultes que jeu et di­ver­tis­se­ment sont sy­no­nymes.

“Si vous dites à une salle de 200 per­sonnes ‘les en­fants ont be­soin de li­mites’, tout le monde se­ra d’ac­cord. Si vous chan­gez un mot et que vous dites ‘les femmes ont be­soin de li­mites’, ça pas­se­ra beau­coup moins bien.”

Un en­fant qui joue est ex­trê­me­ment sé­rieux. Il ne se dis­perse pas. Mieux, il pré­sente toutes les qua­li­tés dont on rêve qu’un adulte fasse montre : la concen­tra­tion, la constance dans l’ef­fort, le dé­pas­se­ment cons­tant de ses li­mites, et sur­tout la créa­ti­vi­té. Pour lui, la même boîte d’al­lu­mettes a 250 fonc­tions. Elle peut être un ba­teau, un pla­card, un té­lé­phone… on de­mande aux adultes, dans leur tra­vail, de faire preuve d’ima­gi­na­tion et d’ap­por­ter des solutions in­at­ten­dues à des pro­blèmes don­nés, mais on les a pa­ra­doxa­le­ment ar­ra­chés au jeu très tôt pour les pré­pa­rer à avoir une qua­li­té qu’ils ont dé­jà. On pense à l’en­vers. Et puis il y a la li­ber­té. Nous, on vole uni­que­ment dans nos rêves, eux, dans leurs jeux, volent quand ils veulent. Il fau­drait donc lais­ser les en­fants suivre leurs dé­si­rs en per­ma­nence ? Si vous dites à une salle de 200 per­sonnes “Les en­fants ont be­soin de li­mites”, tout le monde se­ra d’ac­cord. Si vous chan­gez un mot et que vous dites “Les femmes ont be­soin de li­mites”, ça pas­se­ra beau­coup moins bien. Si c’est dis­cri­mi­nant dans un cas, ça l’est aus­si dans l’autre. Il faut dire à nos en­fants que nous les ai­mons comme ils sont, et les lais­ser al­ler dans le vaste monde. Il n’y a pas de portes qui res­tent fer­mées de­vant un en­fant. Mon fils s’est fait ou­vrir, tout seul, celles des cock­pits, des mois­son­neuses bat­teuses, des trac­teurs, des voi­tures de police ou des ca­bines de pi­lo­tage du mé­tro. Votre fils ne va pas à l’école lui non plus, c’est bien ça ? Mon épouse et moi avons fait ce choix, oui. C’était lo­gique, et nous avons pris la dé­ci­sion avant sa nais­sance. Mais s’il veut y al­ler un jour, il pour­ra. Mon autre fils aus­si. Nous ne rem­pla­çons pas un dogme par un autre. Cer­tains en­fants non sco­la­ri­sés vont par­fois à l’école, ils y passent une jour­née et en re­viennent en di­sant : “C’est sym­pa, si j’avais du temps j’irais plus sou­vent.” (Rires) En France, on es­time que 13 500 fa­milles n’y en­voient pas leurs en­fants. Par­mi elles, cer­taines re­font l’école à la mai­son, c’est le ho­mes­choo­ling. On ima­gine que ce n’est pas votre truc… Oui, je prends mes dis­tances avec ce cou­rant. Vous vous ren­dez compte de ce que ça veut dire ? Que non seule­ment vous os­tra­ci­sez l’en­fant, mais que vous l’obli­gez à par­ta­ger le peu de sa­voir qu’il y a dans la mai­son, et sur­tout toutes les peurs de ses pa­rents. Mon fils adore grim­per aux arbres par exemple. Moi, ça me ter­ro­rise. S’il ne vi­vait qu’avec moi, il ne grim­pe­rait ja­mais aux arbres. Par chance, il va dans le monde, et il ren­contre plein de gens qui n’ont pas de pro­blèmes avec ça. Vous êtes donc plus proche du un­schoo­ling ? Qui consiste, comme vous le faites, à ne mettre en place au­cun sys­tème édu­ca­tif ? Je fré­quente peu ce mi­lieu. D’abord parce que cer­tains l’érigent en mé­thode et que ça me dé­range. Et puis, pour moi, ne pas al­ler à l’école n’est pas une rai­son suf­fi­sante pour se ren­con­trer. Il y a plein de mau­vaises rai­sons de ne pas en­voyer ses en­fants à l’école. Je le ré­pète, tout est une ques­tion d’at­ti­tude. Il vaut mieux chan­ger d’at­ti­tude et ne pas re­ti­rer son en­fant de l’école plu­tôt que l’in­verse. Cer­tains pa­rents doivent avoir peur de ne pas trans­mettre as­sez de choses… Il existe un documentaire, Al­pha­bet, qui re­met en cause le sys­tème édu­ca­tif, et dont le sous-titre est “la peur ou l’amour”. Cette peur vient de l’en­fant bles­sé que beau­coup portent en eux. Moi, je n’ai pas ces craintes, mais je les vois chez les autres. On met au­tant

“Nous de­vons faire confiance à nos en­fants, et ces­ser de mettre des in­ten­tions pé­da­go­giques der­rière tout ce que nous fai­sons vis-à-vis d’eux.”

la pres­sion aux pa­rents qu’aux en­fants. Il y a des courbes, des moyennes, on a peur que notre en­fant ne soit pas de­dans. On s’in­quiète s’il n’est pas propre as­sez tôt, s’il ne lit pas as­sez vite, etc. On se dit que si on ne pousse pas l’en­fant, il n’ira nulle part. Or c’est une ma­chine d’une puis­sance désar­mante. Si on ne le blesse pas, il va apai­ser ces peurs. Mais il faut aus­si que nous nous li­bé­rions de cer­taines hié­rar­chies. Comme ? Celle des mé­tiers, par exemple. Qui consiste à pen­ser que cer­taines ac­ti­vi­tés sont plus nobles que d’autres. Au lieu de voir que l’en­fant de­vient un spé­cia­liste du la­vage de car­reaux, on va se dire : “Zut, il ne fait pas de maths”. Alors que na­tu­rel­le­ment, l’en­fant n’a au­cune rai­son de s’en­thou­sias­mer da­van­tage pour un do­maine que pour un autre. C’est le cas de mon fils.

Sauf qu’on ne fait pas vrai­ment ce qu’on veut. En France, par exemple, ne pas al­ler à l’école est lé­gal. Par contre, les en­fants sont te­nus de re­ce­voir une ins­truc­tion entre 6 et 16 ans. Et se­lon un dé­cret ré­cent, les ins­pec­teurs de l’Édu­ca­tion na­tio­nale ont le droit d’éva­luer leur pro­gres­sion par rap­port au socle com­mun…

Oui, c’est as­sez li­ber­ti­cide d’ailleurs. Mais je ne sais pas comment vont opé­rer les ins­pec­teurs, parce qu’ils ont un grand écart à faire. D’une part, il faut éva­luer les connais­sances des en­fants, mais d’autre part, ils ont l’obli­ga­tion de res­pec­ter les convic­tions pé­da­go­giques des pa­rents. Et la mienne est qu’on ne teste pas les en­fants. Pour plu­sieurs rai­sons que j’ai évo­quées, mais aus­si parce qu’un en­fant ne fait pas de dis­tin­guo entre la mau­vaise note et lui. Il est sa mau­vaise note. Moi, je n’ai ja­mais été ins­pec­té, mais mon fils oui. Bon, il se trouve qu’il sa­vait lire à deux ans, ce qui va ras­su­rer plein de gens (rires), et ça s’est bien pas­sé. Et si ça n’avait pas été le cas ? Moi, je n’ai su qu’à 8 ans. J’au­rais été qua­li­fié de per­sonne à pro­blème ? Je veux qu’on nous laisse tran­quilles. Il ne s’agit plus seule­ment de notre li­ber­té pé­da­go­gique, mais de notre li­ber­té tout court. Pre­nons le pro­blème comme ça : les femmes, parce qu’elles se sont bat­tues pour ça, ont le droit de faire ou ne pas faire ce qu’elles veulent en France. Mais pas en tant que mères. Ça m’in­ter­pelle.

Mais le fonc­tion­ne­ment de la so­cié­té est aus­si struc­tu­ré au­tour du sys­tème sco­laire. Que faire quand on veut pos­tu­ler pour un job qui nous pas­sionne, mais que l’on n’a pas les bons di­plômes ?

On les ob­tient s’il faut. Moi, je dis tou­jours que je n’ai pas­sé au­cun exa­men, mais c’est faux. J’ai pas­sé mon per­mis de conduire. Et je me suis ren­du compte qu’on ne m’ap­pre­nait pas à conduire, mais à pas­ser un exa­men. Quand on a confiance en soi, tout est plus simple, parce qu’on ne prend pas ces choses au sé­rieux. On joue le jeu et c’est tout. J’ai une cou­sine qui a gran­di comme moi, et qui a pas­sé le bac as­sez tard ex­trê­me­ment fa­ci­le­ment. Et puis je ne pense pas qu’un chef d’en­tre­prise re­fu­se­rait un poste à quel­qu’un d’en­thou­siaste ca­pable de bien faire ce qu’on lui de­mande. L’en­thou­siasme a un ef­fet se­con­daire qui est la com­pé­tence. Et l’ef­fet se­con­daire de la com­pé­tence, c’est la réus­site.

L’idée gé­né­rale, c’est donc de de­man­der aux pa­rents d’en faire moins ?

Oui c’est ça. Si vous leur don­nez de l’at­ta­che­ment à vos en­fants, vous n’au­rez plus à bos­ser toute votre vie pour prou­ver, très dé­mons­tra­ti­ve­ment, que vous êtes de bons pa­rents. C’est très li­bé­ra­toire. Mais ça n’est pas du lais­ser­faire ab­so­lu pour au­tant. Les en­fants ont be­soin de struc­tures et de ri­tuels, mais il faut les faire naître en­semble, or­ga­ni­que­ment, na­tu­rel­le­ment. Mon fils se couche à 23 h, moi c’était plu­tôt 20 h 30. Ce n’était pas une heure que mes pa­rents avaient dé­ci­dé. Ça s’était juste fait comme ça. Il n’y a pas deux en­fants pa­reils.

Sen­tez-vous que d’autres gens par­tagent votre vi­sion des choses au­jourd’hui ?

Oh oui, je ren­contre beau­coup de gens, et il y a un mou­ve­ment de fond, une vague d’amour qui se lève. Des en­sei­gnants fa­ti­gués, en larmes, viennent me voir pour ré­veiller l’en­thou­siasme chez leurs élèves. Mais ce n’est pas un simple bou­ton sur le­quel ap­puyer, l’en­thou­siasme. Les ré­ponses po­li­tiques et so­ciales manquent en­core, mais l’en­vie est là. Nous pou­vons de­ve­nir les ar­chi­tectes d’un monde gé­nial. Et on ne re­vien­dra pas en ar­rière, quoi qu’en dise M. Trump. À lire : “Et je ne suis ja­mais al­lé à l'école - His­toire d'une en­fance heu­reuse” An­dré Stern (Actes Sud, 2011)

“Vous sa­vez que nous sommes la seule es­pèce qui ré­veille ses en­fants ? Il faut un cas de force ma­jeure pour que les autres es­pèces le fassent. C’est aus­si pour ça, pour ne pas avoir à me ré­veiller le ma­tin, que mes pa­rents ne m’ont ja­mais mis à l’école…”

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