Pré­pa­rer une ré­serve sup­plé­men­taire

Dossier Familial - - DOSSIER - Par Ro­se­lyne Poz­nans­ki

APRÈS LES LI­VRETS RÉ­GLE­MEN­TÉS QUI OFFRENT UNE TO­TALE LI­QUI­DI­TÉ, L’AS­SU­RANCE-VIE EST UN PLA­CE­MENT DE PLUS LONG TERME, SÛR ET MO­DU­LABLE, À ADAPTER À SES OB­JEC­TIFS.

54 MIL­LIONS D’AS­SU­RANCES-VIE

Les Fran­çais, à la re­cherche de pla­ce­ments sûrs, plé­bis­citent l’as­su­rance-vie in­ves­tie sur le fonds en eu­ros. Mais est-ce tou­jours ju­di­cieux ? Fai­sons le point sur ce pro­duit. Pour ne faire prendre au­cun risque à votre épargne de pré­cau­tion et la mettre à l’abri des fluc­tua­tions bour­sières, il suf­fit de la pla­cer sur le fonds en eu­ros de n’im­porte quelle as­su­rance-vie. La dé­marche est d’au­tant plus simple que tous les contrats com­portent au moins un fonds en eu­ros. Les plus vieux contrats peuvent ne pro­po­ser que le fonds en eu­ros. Ils sont dits « mo­no­sup­ports ». Mais seuls les contrats mul­ti­sup­ports sont dé­sor­mais com­mer­cia­li­sés. Ils com­portent, en plus du fonds en eu­ros, plu­sieurs autres fonds ou uni­tés de compte (UC). Chaque com­pa­gnie d’as­su­rance-vie dis­pose de son propre fonds en eu­ros : il est obli­ga­toi­re­ment, et très ma­jo­ri­tai­re­ment (à hau­teur de 80 % en­vi­ron), in­ves­ti en obli­ga­tions d’état et d’en­tre­prises. L’an pas­sé, le rendement moyen de ces fonds, toutes com­pa­gnies confon­dues, a été de 1,8 % après frais de ges­tion, d’après la Fé­dé­ra­tion fran­çaise de l’as­su­rance (FFA), soit 1,52 % après dé­duc­tion des pré­lè­ve­ments so­ciaux à

15,50 %. Voi­là qui reste en­core deux fois plus éle­vé que ce­lui des autres pro­duits à ca­pi­tal garanti (li­vrets d’épargne et PEL, no­tam­ment).

AVAN­TAGES

Avant tout, la sé­cu­ri­té. Le suc­cès de l’as­su­rance-vie tient en grande par­tie à la sé­cu­ri­té of­ferte par les fonds en eu­ros. L’ar­gent in­ves­ti (moins les frais sur ver­se­ments), est garanti an­née après an­née, même si les mar­chés bour­siers sont du­ra­ble­ment en chute. En­suite, pas de risque de moins-va­lue : vous êtes sûr de per­ce­voir une ré­mu­né­ra­tion chaque an­née, sa­chant que celle-ci va­rie se­lon les as­su­reurs et se­lon les contrats. De plus, ces in­té­rêts an­nuels sont dé­fi­ni­ti­ve­ment ac­quis au fil du temps : c’est ce que les as­su­reurs dé­si­gnent sous le terme d’ef­fet de cli­quet.

De l’ar­gent tou­jours dis­po­nible. Quelques mois ou plu­sieurs an­nées après la sous­crip­tion, les sommes in­ves­ties sur un fonds en eu­ros quel qu’il soit sont dis­po­nibles. Pour ré­pondre à cette obli­ga­tion de li­qui­di­té per­ma­nente, les as­su­reurs sont sou­mis à des règles fi­nan­cières pru­den­tielles spé­ci­fiques.

« Celles-ci se sont consi­dé­ra­ble­ment ren­for­cées de­puis jan­vier 2016, date d’en­trée en vi­gueur de la der­nière di­rec­tive eu­ro­péenne en la ma­tière », note Phi­lippe Crevel, di­rec­teur du Cercle de l’épargne. Une fis­ca­li­té clé­mente. Les in­té­rêts ac­quis au fil du temps ne sont sou­mis à l’im­pôt sur le re­ve­nu qu’en cas de re­trait d’ar­gent (voir pp. 36 et 37). Jus­qu’ici plus le contrat était an­cien, plus la fis­ca­li­té était dé­gres­sive. Dans le pro­jet de loi de fi­nances pour 2018, ce n’est plus sys­té­ma­ti­que­ment le cas, mais elle reste très avan­ta­geuse lorsque le contrat at­teint son hui­tième an­ni­ver­saire puisque, chaque an­née, les gains in­clus dans un ra­chat bé­né­fi­cient d’une exonération d’im­pôt à hau­teur de 4 600 eu­ros pour une per­sonne seule ou de 9 200 eu­ros pour un couple. Seuls les pré­lè­ve­ments so­ciaux sont dus (+ 1,7 % de CSG en 2018). Quant au nou­veau pré­lè­ve­ment for­fai­taire unique de 30 %, il ne concer­ne­rait que les ti­tu­laires de plus de 150 000 eu­ros d’en­cours en contrats d’as­su­rances-vie. Les contri­buables dont la tranche marginale d’im­po­si­tion est de 41 ou de 45 % au­ront in­té­rêt à op­ter pour cette forme d’im­po­si­tion. Adap­té à des ob­jec­tifs de vie mul­tiples. Se­lon une étude Ip­sos-ffa de mars der­nier, toutes les classes d’âges et toutes les ca­té­go­ries so­cio­pro­fes­sion­nelles sont dé­ten­trices d’as­su­rances-vie. Cette di­ver­si­té des pro­fils n’est pas éton­nante car ce pro­duit s’adapte à tous les ob­jec­tifs : pla­cer une épargne de

pré­cau­tion, faire fructifier à plus long terme un ca­pi­tal, le trans­mettre, ou se ga­ran­tir des re­ve­nus com­plé­men­taires. À condi­tion de dis­po­ser d’un contrat de bonne te­nue (voir p. 33), il est pos­sible de le faire évo­luer au fil du temps. Vous pou­vez aus­si ou­vrir plu­sieurs as­su­rances-vie – leur nombre n’est pas li­mi­té à un par per­sonne – et des­ti­ner cha­cun d’entre eux à un ob­jec­tif de pla­ce­ment dé­ter­mi­né.

INCONVÉNIENTS

Un rendement en baisse. De­puis tou­jours, le rendement des fonds en eu­ros suit l’évo­lu­tion des taux longs, ceux des obli­ga­tions d’états à dix ans. « Leur rentabilité de­vrait at­teindre un point bas en 2018, pré­vient Cy­rille Char­tier­kast­ler, pré­sident du site good­va­lue­for­mo­neu.eu. En 2017, le rendement moyen pour­rait être de l’ordre de 1,48 % net de frais et brut de pré­lè­ve­ments so­ciaux, et de 1,40 % en 2018.» Pour contrer cette éro­sion, plu­sieurs pos­si­bi­li­tés. La pre­mière consiste à pla­cer une par­tie de son épargne en uni­tés de compte (UC), c’est-à-dire dans des fonds autres que le fonds en eu­ros (voir p. 68). Une so­lu­tion plus ris­quée, en­vi­sa­geable si l’on ne pense pas avoir be­soin de l’ar­gent dans les deux ou les trois an­nées qui viennent. La se­conde est d’in­ves­tir une par­tie de son ca­pi­tal dans un fonds en eu­ros dy­na­mique, plus ré­mu­né­ra­teur que le fonds clas­sique, sous ré­serve d’avoir sous­crit un contrat ré­cent qui dis­pose de deux fonds en eu­ros.

Un ac­cès par­fois li­mi­té. Face à cette conjonc­ture bais­sière et alors que les ga­ran­ties du fonds en eu­ros leur coûtent cher, de plus en plus d’as­su­reurs mo­di­fient les condi­tions de leurs nou­veaux contrats afin que leurs clients se dé­tournent de ce fonds. Cer­tains les obligent à in­ves­tir jus­qu’à 30 % en UC à chaque ver­se­ment. Ou, de fa­çon plus in­ci­ta­tive, leur font bé­né­fi­cier de ma­jo­ra­tions de rendement du fonds en eu­ros (de 0,10 à 0,30 % en moyenne) lors­qu’une part mi­ni­male des nou­veaux ver­se­ments est flé­chée vers les UC ou lorsque la part glo­bale des UC du contrat re­pré­sente un cer­tain pour­cen­tage (10 à 50 %).

Une ga­ran­tie en ca­pi­tal qui se trans­forme. En gé­né­ral, cette ga­ran­tie est « nette » des frais de ges­tion du contrat : pour 100 eu­ros pla­cés, l’as­su­reur doit ver­ser 100 eu­ros à l’épar­gnant, ma­jo­rés des in­té­rêts ac­quis au fil des an­nées. Mais, dans les nou­velles gé­né­ra­tions de contrats, ce ca­pi­tal peut être « brut » des frais de ges­tion : pour 100 eu­ros pla­cés, l’as­su­reur ne de­vra donc ver­ser que 99 eu­ros si ces frais sont de 1 %, par exemple.

Des frais plus pé­na­li­sants. Dans ce contexte, por­tez une at­ten­tion par­ti­cu­lière aux frais de chaque contrat. Ain­si, des frais sur ver­se­ment de 1,5 %, qui sont ponc­tion­nés d’em­blée, peuvent ab­sor­ber la ré­mu­né­ra­tion du fonds en eu­ros du­rant la pre­mière an­née de pla­ce­ment si celle-ci est de 1,5 % net (voir p. 34) S’ils sont plus éle­vés en­core, l’ar­gent ne rap­porte rien du­rant dix-huit mois ou deux ans ! Autre point de vi­gi­lance : les frais de ges­tion qui s’ap­pliquent à la to­ta­li­té de l’épargne gé­rée dont l’en­cours aug­mente, an­née après an­née. Même si l’on n’y prend garde à la sous­crip­tion, ces frais di­mi­nuent le rendement fi­nal du fonds en eu­ros : 0,60 % l’an consti­tue une bonne moyenne.

Cy­rille CHARTIER-KASTLER Pré­sident du site good­va­lue­for­mo­ney.eu

Pas­cale MICOLEAU-MARCEL Dé­lé­guée gé­né­rale de La Fi­nance pour tous

Phi­lippe CREVEL Di­rec­teur du Cercle de l’épargne

Gilles ÉTIENNE Di­rec­teur as­so­cié de Cy­rus Conseil

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