Peut-on boire l’eau du ro­bi­net en toute confiance ?

L’EAU PO­TABLE AC­CES­SIBLE EST UNE RA­RE­TÉ À L’ÉCHELLE MON­DIALE ET LES BOU­TEILLES EN PLAS­TIQUE POL­LUENT LA PLA­NÈTE. POUR­TANT, 20 % DES FRAN­ÇAIS SE MÉFIENT DE L’EAU DU RO­BI­NET. À TORT OU À RAI­SON?

Dossier Familial - - SOMMAIRE - Par Émi­lie Tran Phong

Evi­dem­ment que nous pou­vons boire l’eau du ro­bi­net, puis­qu’elle est po­table ! » Pour Yves Lé­vi, pro­fes­seur de san­té pu­blique, la ques­tion ne de­vrait même pas se po­ser. « En France, du moins en mé­tro­pole, nous avons la chance d’avoir ac­cès par­tout à une eau ré­pon­dant aux normes de qua­li­té dé­fi­nies par l’or­ga­ni­sa­tion mon­diale de la san­té et im­po­sées par l’union eu­ro­péenne. » Et ce, pour seule­ment 0,0037 euro par litre en moyenne, quand les bou­teilles d’eau se vendent entre 0,15 et 2 eu­ros par litre, soit 40 à 500 fois plus cher. Alors, comment ex­pli­quer que, dans le der­nier ba­ro­mètre réa­li­sé pour le Centre d’in­for­ma­tion sur l’eau, 20 % des Fran­çais disent se mé­fier de l’eau du ro­bi­net ? Le mar­ke­ting n’y est sans doute pas étran­ger. Pu­bli­ci­tés fil­mées dans la na­ture, images de mon­tagnes sur les éti­quettes… tout est fait pour sou­li­gner l’ori­gine na­tu­relle des eaux de source et mi­né­rales. Le contraste avec l’eau du ro­bi­net, pro­duite en « usine », est tel qu’il peut ques­tion­ner sur la pu­re­té du li­quide. Pour­tant, la France est le seul pays où l’eau est sou­mise à une double surveillance, ce qui en fait l’ali­ment le plus contrô­lé de l’hexa­gone : celle des dis­tri­bu­teurs d’eau (ré­gie de la com­mune ou en­tre­prises pri­vées comme Veo­lia, Suez Environnement, Saur ou So­ge­do) et celle des agences ré­gio­nales de san­té (ARS), qui dé­pendent de l’état. Ce sui­vi per­ma­nent porte sur 63 points : bac­té­ries, mé­taux,

pes­ti­cides, chlore, cal­caire, so­dium, etc. Pour cha­cun, des li­mites et des ré­fé­rences de qua­li­té sont fixées par la di­rec­tive eu­ro­péenne 98/83/CE et le Code na­tio­nal de la San­té pu­blique, qui visent à ga­ran­tir l’ab­sence de risque pour les consom­ma­teurs, y com­pris pour les nour­ris­sons et les femmes en­ceintes.

Au moindre dé­pas­se­ment, les dis­tri­bu­teurs d’eau, sous la res­pon­sa­bi­li­té des mai­ries, sont som­més d’aver­tir sans dé­lai L’ARS et de re­mé­dier au pro­blème au plus vite. Par­fois, l’ex­cès me­su­ré ne fait qu’af­fec­ter le goût ou la cou­leur de l’eau (ocre pour une sur­charge en fer, par exemple). Si l’ano­ma­lie pré­sente un risque sa­ni­taire, des consignes de res­tric­tion sont im­mé­dia­te­ment dif­fu­sées au­près de la po­pu­la­tion. C’est ar­ri­vé ré­cem­ment dans qua­torze com­munes de Cha­rente-ma­ri­time, à la suite d’une panne dans la sta­tion de trai­te­ment de Saintes ayant en­traî­né un lé­ger ex­cès de ni­trates au ro­bi­net, ou en Sa­voie, dans le vil­lage de La Bri­doire, après que quelques di­zaines de per­sonnes ont souf­fert de diar­rhées et de vo­mis­se­ments. Alors, peut-on vrai­ment boire l’eau du ro­bi­net sans dan­ger ? Nos ré­ponses aux sept ques­tions les plus fré­quentes.

L’EAU QUI CHANGE DE GOÛT OU D’AS­PECT, EST-CE GRAVE ?

Si elle a une sa­veur de chlore, une odeur bi­zarre, est co­lo­rée ou contient de pe­tites par­ti­cules, ce­la peut être le signe d’une rup­ture de ca­na­li­sa­tion ou d’une ano­ma­lie de trai­te­ment pas en­core re­pé­rée. Si­gna­lez le fait à la mai­rie. Res­pon­sable de la qua­li­té de l’eau dis­tri­buée à ses ad­mi­nis­trés, y com­pris de sa qua­li­té gus­ta­tive, elle di­li­gen­te­ra les ana­lyses né­ces­saires.

À sa­voir : mieux vaut d’abord de­man­der à ses voi­sins s’ils constatent les mêmes phé­no­mènes. Car si le pro­blème vient des ca­na­li­sa­tions in­ternes à l’im­meuble ou à la mai­son in­di­vi­duelle, ce­la ne re­lève pas de la res­pon­sa­bi­li­té de la mai­rie.

L’EAU CAL­CAIRE EST-ELLE DAN­GE­REUSE POUR LA SAN­TÉ ?

L’eau dite « dure » en­crasse les ap­pa­reils mé­na­gers et peut être mal sup­por­tée par la peau, mais « le tartre ne pose au­cun pro­blème dans l’eau de bois­son », as­sure le Pr Yves Lé­vi. À sa­voir : at­ten­tion aux adou­cis­seurs d’eau fonc­tion­nant avec des ré­sines ! Ils rem­placent le cal­cium par du so­dium. Ils sont donc à ban­nir en cas de ré­gime sans sel.

L’EAU FILTRÉE ACHE­TÉE EN VRAC EN SU­PER­MAR­CHÉ A-T-ELLE UN IN­TÉ­RÊT ?

En France mé­tro­po­li­taine, sauf consignes contraires du pro­duc­teur d’eau, de la mai­rie ou de L’ARS, tout le monde peut boire l’eau du ro­bi­net. « Je n’ai au­cune in­quié­tude là-des­sus, ré­pète le Pr Yves Lé­vi. En re­vanche, ce n’est pas for­cé­ment le cas en outre-mer. Dans cer­taines col­lec­ti­vi­tés de Guyane, de la Réunion et de Po­ly­né­sie no­tam­ment, les moyens dé­ployés pour le trai­te­ment de l’eau ne sont pas les

mêmes. » Dans ces cas par­ti­cu­liers, eau filtrée en vrac ou bou­teilles doivent très sou­vent s’im­po­ser, à moins de faire bouillir l’eau du ro­bi­net avant de la consom­mer.

LA VÉ­TUS­TÉ D’UNE HA­BI­TA­TION NUIT-ELLE À LA PO­TA­BI­LI­TÉ DE L’EAU ?

Le ré­seau de la com­mune s’en­gage à dé­li­vrer une eau po­table ré­pon­dant à toutes les exi­gences ré­gle­men­taires au pied de chaque bâ­ti­ment. Mais c’est aux pro­prié­taires d’as­su­rer le bon état des tuyaux jus­qu’aux ro­bi­nets.

Si les ca­na­li­sa­tions sont vé­tustes, le plomb peut po­ser un pro­blème de po­ta­bi­li­té, sur­tout si la plom­be­rie date d’avant 1950.

À sa­voir: il est pos­sible de de­man­der à la mai­rie ou à L’ARS de ve­nir ana­ly­ser la qua­li­té de l’eau chez soi. En pré­sence de plomb, ne bri­co­lez pas : il faut faire rem­pla­cer l’en­semble des ca­na­li­sa­tions par un pro­fes­sion­nel.

En France, un adulte consomme en moyenne 150 litres d’eau po­table par jour.

Le la­bo­ra­toire d’ana­lyse du ser­vice de l’eau et de l’as­sai­nis­se­ment de Cler­mont-fer­rand.

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