AVOIR DES PRO­JETS

In­ves­tir dans des pan­neaux so­laires, est-ce ren­table ?

Dossier Familial - - SOMMAIRE - Par Jean Sa­va­ry

Les Fran­çais qui consomment l’élec­tri­ci­té pro­duite par leurs propres pan­neaux pho­to­vol­taïques sont en­core peu nom­breux : vingt mille foyers seule­ment, contre un mil­lion et de­mi d’al­le­mands. Mais la donne est en train de chan­ger de­puis qu’un ar­rê­té du 9 mai 2017 l’a ren­due fi­nan­ciè­re­ment plus in­té­res­sante (voir L’avis d’ex­pert). Même si une ins­tal­la­tion pho­to­vol­taïque pro­duit en moyenne 30 % plus d’élec­tri­ci­té dans le sud que dans le nord de la France grâce à un en­so­leille­ment plus fort, « elle n’y est pas for­cé­ment plus ren­table, re­lève An­toine Ebel res­pon­sable du dé­ve­lop­pe­ment du ré­seau d’ins­tal­la­teurs In Sun We Trust, car les ins­tal­la­teurs y pra­tiquent sou­vent des ta­rifs plus éle­vés. En fait, c’est da­van­tage l’adé­qua­tion entre l’ins­tal­la­tion et l’ha­bi­ta­tion, et la per­ti­nence du choix d’au­to­con­som­mer l’éner­gie pro­duite ou de la re­vendre qui condi­tionnent la ren­ta­bi­li­té. De même que le taux du cré­dit, si l’on em­prunte pour fi­nan­cer l’opé­ra­tion ».

DES PRÉREQUIS IN­DIS­PEN­SABLES

La condi­tion mi­ni­male est d’avoir une toi­ture bien ex­po­sée – pas au nord –, qui ne soit pas om­bra­gée par un re­lief, des arbres ou un im­meuble. La pente idéale est de 30 % pour un toit au sud. L’état de la toi­ture est un autre cri­tère im­por­tant. « Les pan­neaux so­laires ne doivent ja­mais être un pan­se­ment sur une toi­ture vieillis­sante, pré­vient Joël Mer­cy, pré­sident du Grou­pe­ment des par­ti­cu­liers pro­duc­teurs d’élec­tri­ci­té pho­to­vol­taïque (GPPEP). Si elle est en mau­vais état, il faut se po­ser la ques­tion de la re­faire avec des pan­neaux so­laires plu­tôt qu’avec des tuiles : ce­la ne re­pré­sente pas un énorme sur­coût. » À l’in­verse, si la toi­ture a en­core une es­pé­rance de vie au moins égale à celle des pan­neaux, soit vingt à trente ans, la meilleure so­lu­tion est la pose en sur­im­po­si­tion, moins coû­teuse et plus fiable, avec en prime l’avan­tage de li­mi­ter l’usure du toit et l’échauf­fe­ment des pièces si­tuées en des­sous.

FAIRE UN CHOIX DÉ­FI­NI­TIF

Ceux qui se lancent doivent se dé­ci­der entre deux types de contrats, sans pos­si­bi­li­té de re­vi­re­ment par la suite.

Op­tion n° 1 : consom­mer sa propre élec­tri­ci­té, tout en ven­dant le sur­plus à EDF pour 0,10 euro* le kwh jus­qu’à 9 ki­lo­watts

crête (kwc, l’uni­té uti­li­sée pour le so­laire pho­to­vol­taïque) de puis­sance ins­tal­lée. Op­tion n° 2 : vendre l’in­té­gra­li­té de l’élec­tri­ci­té pro­duite par ses pan­neaux à meilleur prix (de 0,16 à 0,20 euro* le kwh se­lon le type de pose jus­qu’à 9 kwc).

L’AU­TO­NO­MIE ÉNER­GÉ­TIQUE N’EXISTE PAS

Pas de mé­prise : même en choi­sis­sant l’au­to­con­som­ma­tion, im­pos­sible de ré­duire sa fac­ture d’élec­tri­ci­té à néant ou de s’épar­gner les cou­pures de cou­rant. Les pan­neaux ne peuvent pas ali­men­ter tous les équi­pe­ments d’une mai­son. Ils ne pro­duisent que de jour et, en cas de cou­pure, ils cessent au­to­ma­ti­que­ment de fonc­tion­ner par sé­cu­ri­té. Reste que le choix est éco­no­mi­que­ment per­ti­nent dès lors que l’on consomme 1 000 eu­ros d’élec­tri­ci­té par an, idéa­le­ment 1 500 eu­ros ou plus, sans que le lo­ge­ment soit pour au­tant une pas­soire éner­gé­tique. Avis aux ha­bi­tants de mai­sons dans les­quelles bal­lon d’eau chaude, plaques de cuis­son et sur­tout chauf­fage et cli­ma­ti­sa­tion fonc­tionnent à l’élec­tri­ci­té… La toi­ture plein sud n’est alors pas la pa­na­cée car elle pro­duit à plein aux heures où, sou­vent, la mai­son est vide. Un choix qui im­pose des ra­dia­teurs élec­triques à iner­tie. « Mieux vaut avoir un pan à l’est et l’autre à l’ouest, pour pro­duire le ma­tin et en fin d’après­mi­di », avise An­toine Ebel. Ce qui im­plique de faire tour­ner le gros élec­tro­mé­na­ger de jour et d’avoir une ges­tion in­tel­li­gente, élec­tro­nique ou hu­maine, de son bal­lon d’eau chaude.

PEN­SEZ-Y //

Si votre fac­ture d’élec­tri­ci­té est sa­lée faute d’une bonne iso­la­tion, il faut y re­mé­dier avant d’in­ves­tir dans du pho­to­vol­taïque.

AU­TO­CON­SOM­MER OU VENDRE ?

Si l’on choi­sit l’au­to­con­som­ma­tion avec une ins­tal­la­tion de 3 à 9 kwc, on peut es­pé­rer une di­mi­nu­tion de 30 à 40 % de sa fac­ture, en in­cluant le gain de 0,10 euro * par kwh de

sur­plus ven­du à EDF et une prime de 1 170 à 2 610 eu­ros * dont le paie­ment est éta­lé sur cinq ans. « Une ins­tal­la­tion de 3 kwc dans le sud de la France se­ra amor­tie en dix ans en­vi­ron », com­mente Tris­tan Car­rère, in­gé­nieur pho­to­vol­taïque à l’ademe. Les pan­neaux et les ta­rifs d’achat de l’élec­tri­ci­té étant ga­ran­tis vingt ans, avec une es­pé­rance de vie de trente ans, le jeu en vaut la chan­delle, d’au­tant que les frais d’en­tre­tien sont qua­si nuls. Cet amor­tis­se­ment peut même être plus ra­pide si l’on en croit ceux qui an­ti­cipent une hausse de 3 % par an des ta­rifs de l’élec­tri­ci­té, voire de 5 % avec le coût du dé­man­tè­le­ment ou de la ré­no­va­tion des cen­trales nu­cléaires.

La se­conde so­lu­tion – la re­vente to­tale – garde son in­té­rêt, mal­gré des ta­rifs de re­vente à EDF di­vi­sés par trois en 2017 (0,20 euro le kwh au­jourd’hui au lieu de 0,60 euro) car le prix des pan­neaux a consi­dé­ra­ble­ment di­mi­nué.

« On s’offre une ins­tal­la­tion de 9 kwc pour le prix d’une de 3 kwc il y a dix ans », re­lève Joël Mer­cy. Cette puis­sance de 9 kwc est un op­ti­mum puis­qu’au-de­là, le ta­rif de re­vente chute à 0,12 euro le kwh. Cô­té im­pôt, les re­ve­nus de la vente d’élec­tri­ci­té sont exo­né­rés jus­qu’à 3 kwc ins­tal­lés, puis bé­né­fi­cient d’un abat­te­ment de 71 % jus­qu’à 9 kwc.

GARE AUX AR­NAQUES !

Ceux qui pos­sèdent une mai­son pré­sen­tant une grande sur­face de toit orien­tée plein sud et qui consomment peu d’élec­tri­ci­té peuvent vrai­ment avoir un coup à jouer en si­gnant pour un contrat de re­vente pure. Mais la vi­gi­lance est in­dis­pen­sable : « J’ai mis six ans à ob­te­nir gain de cause en jus­tice, ra­conte Yves, un re­trai­té bre­ton. On m’a ven­du un mon­tage avec le­quel la vente d’élec­tri­ci­té était cen­sée rem­bour­ser in­té­gra­le­ment le cré­dit. J’ai si­gné ce contrat qui

a en­suite été fal­si­fié par des ajouts de men­sua­li­tés avec un taux d’in­té­rêt à 5,5 % qui n’y fi­gu­raient pas. Notre avo­cat a ar­gu­men­té qu’une telle ins­tal­la­tion de­man­de­rait trente-sept ans pour être amor­tie, mais l’or­ga­nisme de cré­dit a fait de la résistance. » Cal­culs de ren­ta­bi­li­té mi­ri­fiques, prix d’ins­tal­la­tion dé­li­rants, pro­messes de cré­dit d’im­pôt bi­don, prêt à taux d’in­té­rêt exor­bi­tant ou en­tre­prise in­com­pé­tente… Comment dé­ce­ler la mal­hon­nê­te­té ? D’abord, vé­ri­fier la cer­ti­fi­ca­tion ou qua­li­fi­ca­tion pro­fes­sion­nelle de l’ins­tal­la­teur. Elle est obli­ga­toire de­puis le 1er jan­vier 2018 pour bé­né­fi­cier du ta­rif re­vente et de la prime d’ins­tal­la­tion. En­suite, « se mé­fier des en­tre­prises opé­rant dans les grandes foires, comme celles de Pa­ris ou de Bor­deaux », aver­tit Joël Mer­cy. Comme il n’y a pas de pos­si­bi­li­té de ré­trac­ta­tion lors des ventes sur foire, les mar­gou­lins y pros­pèrent avec des pro­messes du genre « Dites adieu à vos fac­tures d’élec­tri­ci­té ». En­fin, ne si­gnez ja­mais sans avoir com­pa­ré dif­fé­rentes offres. Même entre des en­tre­prises sé­rieuses et ré­pu­tées, l’écart de prix at­teint sou­vent 30 % à qua­li­té égale.

FUYEZ LE DÉMARCHAGE

Autre moyen d’ar­naque, le démarchage. « Cer­tains se ré­clament D’EDF pour mettre le pied dans la porte et pro­po­ser des solutions mi­ra­cu­leuses, com­mente Ca­ro­line Pou­pet di­rec­trice du mar­ke­ting D’EDF Éner­gies nou­velles. Or, nous ne dé­mar­chons ja­mais, ni phy­si­que­ment ni par té­lé­phone, pour vendre du pho­to­vol­taïque. » La ré­gion, l’ademe ou le mi­nis­tère de l’environnement non plus. La Cour de cas­sa­tion a ré­cem­ment don­né es­poir à ceux qui se sont fait avoir en dé­ci­dant qu’une banque n’a pas à être rem­bour­sée du fi­nan­ce­ment ac­cor­dé si elle a omis de vé­ri­fier que son client n’a pas été vic­time d’un démarchage abu­sif.

*Ta­rifs de re­vente et prime à l’ins­tal­la­tion va­lables jus­qu’au 30 juin 2018.

Contacts utiles Bdpv.fr : base de don­nées d’ins­tal­la­tions pho­to­vol­taïques. Ce site as­so­cia­tif per­met de vé­ri­fier un de­vis avec des si­mu­la­tions de pro­duc­tion, des com­pa­rai­sons ré­gio­nales et de contrô­ler sa pro­duc­tion d’éner­gie (ins­crip­tion 20 eu­ros à vie). Gppep.org : le Grou­pe­ment des par­ti­cu­liers pro­duc­teurs d’éner­gie pho­to­vol­taïque dé­fend les in­té­rêts des pro­prié­taires de pan­neaux so­laires, donne des conseils pour choi­sir l’ins­tal­la­tion.

La pre­mière mo­ti­va­tion des foyers qui s’équipent de pan­neaux pho­to­vol­taïques est au­jourd’hui la ré­duc­tion de leur fac­ture d’élec­tri­ci­té.

Faites ins­tal­ler vos pan­neaux par des pro­fes­sion­nels.

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