Pas­ser du chô­mage à la re­traite

Un quart des de­man­deurs d’em­ploi a 50 ans ou plus. À cet âge, re­trou­ver du tra­vail reste sou­vent dif­fi­cile. Sur quels re­ve­nus comp­ter en at­ten­dant d’ob­te­nir le sta­tut de re­trai­té ?

Dossier Familial - - SOMMAIRE - Par Na­tha­lie Cheys­son Ka­plan Marc DARNAULT As­so­cié di­ri­geant d’op­ti­ma­re­traite

L’IN­DEM­NI­SA­TION DES SE­NIORS PAR PÔLE EM­PLOI

Si vous vous re­trou­vez pri­vé d’em­ploi après 50 ans, vous se­rez in­dem­ni­sé, sous condi­tions, par Pôle em­ploi. Pour re­ce­voir l’al­lo­ca­tion de re­tour à l’em­ploi (ARE), il convient tou­jours d’avoir été in­vo­lon­tai­re­ment pri­vé d’em­ploi : consé­cu­ti­ve­ment à un li­cen­cie­ment – même s’il s’agit d’un li­cen­cie­ment pour faute –, une rup­ture conven­tion­nelle ou en­core la fin d’un CDD. Si vous avez dé­mis­sion­né, vous n’avez pas droit au chô­mage, sauf s’il s’agit d’une dé­mis­sion « lé­gi­time », par exemple, si vous avez dé­mis­sion­né pour suivre votre conjoint(e) ou par­te­naire de pacs qui a trou­vé un em­ploi à l’autre bout de la France. En vi­gueur de­puis no­vembre 2017, la nou­velle conven­tion d’as­su­rance chô­mage a mo­di­fié cer­taines règles d’in­dem­ni­sa­tion. Il faut dé­sor­mais jus­ti­fier d’un mi­ni­mum de

88 jours d’ac­ti­vi­té ou 610 heures (comme dans la conven­tion pré­cé­dente) au cours des der­niers 28 mois si vous avez moins de 53 ans (36 der­niers mois à par­tir de 53 ans). Au­pa­ra­vant, il fal­lait avoir tra­vaillé au mi­ni­mum quatre mois, soit 122 jours ou

610 heures au cours des der­niers 28 mois pour les per­sonnes de moins de 50 ans, ou au cours des 36 der­niers mois pour les per­sonnes de 50 ans et plus.

Chaque jour tra­vaillé donne droit à un jour d’in­dem­ni­té. Mais at­ten­tion, si vous avez moins de 53 ans, la du­rée maxi­male d’in­dem­ni­sa­tion est do­ré­na­vant li­mi­tée à 24 mois, comme pour les plus jeunes. Si vous avez entre 53 ans et 54 ans, cette du­rée est por­tée à 30 mois, et 6 mois sup­plé­men­taires si vous sui­vez une for­ma­tion. À par­tir de 55 ans, la du­rée maxi­male d’in­dem­ni­sa­tion est main­te­nue à 36 mois (trois ans), comme dans l’an­cienne conven­tion d’as­su­rance chô­mage. Le mon­tant de vos al­lo­ca­tions dé­pend tou­jours de votre ré­mu­né­ra­tion des douze der­niers mois.

LES PÉ­RIODES DE CHÔ­MAGE RE­TE­NUES POUR LA RE­TRAITE

Dès lors que vous êtes in­dem­ni­sé, vos pé­riodes de chô­mage sont re­te­nues pour cal­cu­ler vos droits à re­traite, dans le ré­gime de base comme dans les ré­gimes com­plé­men­taires. Dans le ré­gime de base, chaque pé­riode de 50 jours de chô­mage vous donne droit à un tri­mestre. Mais au­cun re­port de sa­laire n’est en­re­gis­tré sur votre compte. Ce­la si­gni­fie que le mon­tant de vos al­lo­ca­tions chô­mage ne se­ra pas re­te­nu pour cal­cu­ler la moyenne de vos 25 meilleures an­nées. Ce qui n’est pas for­cé­ment avan­ta­geux lorsque vous vous re­trou­vez au chô­mage en fin de car­rière.

Car il se­ra né­ces­saire de re­mon­ter plus loin en ar­rière pour établir cette moyenne, et par consé­quent te­nir compte de vos an­nées de dé­but de car­rière au cours des­quelles, vrai­sem­bla­ble­ment, votre ré­mu­né­ra­tion était moins im­por­tante qu’avant votre li­cen­cie­ment et le mon­tant de votre sa­laire in­fé­rieur aux al­lo­ca­tions que vous per­ce­vez au chô­mage.

Dans les ré­gimes com­plé­men­taires Arr­co et Agirc (et bien­tôt, dans le fu­tur ré­gime unique Agirc-arr­co), vous conti­nue­rez éga­le­ment à ac­cu­mu­ler des points pen­dant vos pé­riodes de chô­mage in­dem­ni­sé. Ces points sont es­ti­més sur la base du sa­laire jour­na­lier de ré­fé­rence qui sert de base de cal­cul à vos al­lo­ca­tions chô­mage. À no­ter, les pé­riodes de ca­rence et de dif­fé­ré d’in­dem­ni­sa­tion ne vous donnent droit à rien.

LORSQUE LES DROITS SONT ÉPUISÉS ?

Une fois vos droits à al­lo­ca­tion épuisés, si vous n’avez pas re­trou­vé de tra­vail et que vous n’avez pas en­core at­teint l’âge de la re­traite, la pre­mière an­née de chô­mage non in­dem­ni­sé qui fait im­mé­dia­te­ment suite à votre pé­riode de chô­mage in­dem­ni­sé est prise en compte au­to­ma­ti­que­ment. Si vous avez au moins 55 ans à la date à la­quelle vous avez ces­sé d’être in­dem­ni­sé, vos pé­riodes de chô­mage non in­dem­ni­sé peuvent même être re­te­nues dans la li­mite de cinq ans. Pour ce­la, vous de­vez jus­ti­fier d’une du­rée de co­ti­sa­tions d’au moins 20 ans, tous ré­gimes de base confon­dus, et ne pas re­le­ver pas d’un autre ré­gime d’as­su­rance vieillesse. En clair, ce­la si­gni­fie que, si vous êtes en fin de droits à 55 ans,

56 ans, 57 ans ou plus et que vous ne par­ve­nez pas à re­trou­ver un em­ploi, vous avez le droit à cinq an­nées va­li­dées gra­tui­te­ment. Ces an­nées se­ront prises en compte pour le cal­cul du taux de votre re­traite (et peuvent vous per­mettre d’ob­te­nir votre re­traite à taux plein plus fa­ci­le­ment). Mais elles ne vous don­ne­ront droit à au­cun point dans le nou­veau ré­gime com­plé­men­taire.

At­ten­tion, si vous re­pre­nez une ac­ti­vi­té dans l’an­née ou dans les cinq ans qui suivent la fin de vos droits, se­lon le cas, vous per­dez le droit à cette va­li­da­tion gra­tuite, même si cette nou­velle ac­ti­vi­té ne vous a pas per­mis de vous consti­tuer de nou­veaux droits au chô­mage.

MAIN­TIEN DES AL­LO­CA­TIONS JUS­QU’À LA RE­TRAITE

Si vous êtes tou­jours en cours d’in­dem­ni­sa­tion à 62 ans mais que vous avez le nombre de tri­mestres né­ces­saires pour faire va­loir votre re­traite à taux plein, vous de­vez de­man­der son ver­se­ment, même si vous n’avez pas épui­sé vos 36 mois d’in­dem­ni­tés.

Vos pen­sions de re­traite pren­dront le re­lais de vos al­lo­ca­tions chô­mage. À l’in­verse, si, à 62 ans, vous êtes tou­jours in­dem­ni­sé par Pôle em­ploi mais sans avoir le nombre de tri­mestres né­ces­saire pour pré­tendre à une re­traite à taux plein, vous pou­vez conti­nuer à per­ce­voir vos al­lo­ca­tions chô­mage, même si vous avez épui­sé vos 36 mois d’in­dem­ni­sa­tion. Au­tre­ment dit, vous n’êtes pas obli­gé de faire va­loir vos droits à la re­traite. Pôle em­ploi conti­nue­ra à vous ver­ser vos al­lo­ca­tions jus­qu’à ce que vous ayez le nombre de tri­mestres re­quis pour re­ce­voir une re­traite à taux plein ou, à dé­faut, jus­qu’à

67 ans, âge du taux plein au­to­ma­tique.

Pour bé­né­fi­cier de ce main­tien de droits, il faut tou­te­fois réunir les condi­tions sui­vantes : être en cours d’in­dem­ni­sa­tion de­puis au moins un an à 62 ans, avoir va­li­dé au moins

100 tri­mestres pour sa re­traite et être af­fi­lié de­puis douze ans à l’as­su­rance chô­mage, dont une an­née conti­nue ou deux an­nées dis­con­ti­nues dans les cinq der­nières an­nées. En pra­tique, deux mois avant la fin de vos droits, Pôle em­ploi vous adres­se­ra un ques­tion­naire pour vé­ri­fier si vous rem­plis­sez ces condi­tions. Vos droits se­ront au­to­ma­ti­que­ment main­te­nus sans autre dé­marche de votre part.

UN DIS­PO­SI­TIF AVAN­TA­GEUX

Consé­quence pra­tique : si vous per­dez votre em­ploi à 59 ans, voire un peu avant compte te­nu des dif­fé­rés, et que vous ne pou­vez pas per­ce­voir votre re­traite à taux plein à 62 ans, vous pour­rez conti­nuer à être in­dem­ni­sé jus­qu’à l’âge où vous comp­ta­bi­li­se­rez le nombre de tri­mestres né­ces­saire pour per­ce­voir votre re­traite à taux plein ou, à dé­faut, jus­qu’à 67 ans. Soit une pé­riode d’in­dem­ni­sa­tion qui peut at­teindre huit ans, au cours de la­quelle vous n’au­rez au­cune in­ter­rup­tion de re­ve­nus. « Ce dis­po­si­tif est très avan­ta­geux. Les as­su­rés dans cette si­tua­tion n’ont donc au­cun in­té­rêt à ra­che­ter des tri­mestres pour at­teindre plus fa­ci­le­ment le taux plein ; ce se­rait une très mau­vaise af­faire fi­nan­cière puis­qu’ils at­tein­dront le taux plein en étant au chô­mage. C’est pour­quoi nous dé­con­seillons le ra­chat de tri­mestres pré­coce »,

EN CAS DE CHÔ­MAGE NON IN­DEM­NI­SÉ AVANT 59 ANS

En re­vanche, si vous êtes au chô­mage avant 59 ans et ne re­trou­vez pas d’em­ploi à l’is­sue de vos trois ans d’in­dem­ni­sa­tion, vous ris­quez de connaître une pé­riode de chô­mage non in­dem­ni­sé, et donc sans re­ve­nus. Comme Ch­ris­tophe M., li­cen­cié à 55 ans : « Compte te­nu des trois ans d’al­lo­ca­tions dont je bé­né­fi­cie, à 58 ans, lorsque mes droits se­ront épuisés, je se­rai trop jeune pour bé­né­fi­cier du main­tien de mes al­lo­ca­tions jus­qu’à la re­traite. Si je ne trouve pas d’em­ploi après avoir épui­sé mes droits aux al­lo­ca­tions chô­mage, je vais conti­nuer à ac­qué­rir des tri­mestres. Ce­la me per­met­tra vrai­sem­bla­ble­ment de faire li­qui­der mes re­traites à taux plein. Je n’ai pas trop d’in­quié­tude là-des­sus. En re­vanche, ce que je re­doute da­van­tage, c’est qu’après ma pé­riode de chô­mage in­dem­ni­sé, je n’ac­quière plus de points de re­traite com­plé­men­taire. »

Dans cette si­tua­tion, il peut être in­té­res­sant pour Ch­ris­tophe, s’il ne trouve pas d’em­ploi conforme à ses sou­haits, de re­prendre une ac­ti­vi­té ponc­tuelle ou ré­duite. Quelques jours par mois ou un ou deux mois par an. En prin­cipe, lorsque vous re­pre­nez un tra­vail, sa­la­rié ou non, Pôle em­ploi cesse de vous in­dem­ni­ser. Mais avec une ac­ti­vi­té ré­duite, vous pou­vez conti­nuer à per­ce­voir vos in­dem­ni­tés et les cu­mu­ler (sous condi­tions) avec votre sa­laire. Pen­dant ces jours d’ac­ti­vi­té, Pôle em­ploi ne vous in­dem­ni­se­ra pas. « Mais ces jours non in­dem­ni­sés ne sont pas per­dus. Ils sont re­por­tés en fin de pé­riode d’in­dem­ni­sa­tion. C’est l’ef­fet “glis­ser-dé­pla­cer”. La suc­ces­sion de pé­riodes d’ac­ti­vi­té ré­duite peut per­mettre d’at­teindre l’âge de 62 ans en étant en­core in­dem­ni­sé, puis de bé­né­fi­cier du main­tien de droits jus­qu’à la date de la re­traite », sug­gère Phi­lippe Ca­ré, di­rec­teur des mu­ta­tions éco­no­miques et so­ciales chez Sia­ci Saint Ho­no­ré, au­teur de Construire sa re­traite (édi­tions Ey­rolles, 2017).

Au pre­mier tri­mestre 2018, Pôle em­ploi en­re­gis­trait 917 000 de­man­deurs d’em­ploi de plus de 50 ans (soit 27 % de la ca­té­go­rie A).

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.