FORCE AÉ­RIENNE CHI­NOISE : QUELS DÉ­VE­LOP­PE­MENTS ?

Des avions si dif­fé­rents... ...un même sa­voir-faire

DSI Hors-Série - - MOYEN-ORIENT, ASIE ET OCÉANIE -

Si l’at­ten­tion des ob­ser­va­teurs se porte sur l’aé­ro­na­vale chi­noise, la force aé­rienne de

Pé­kin a connu elle aus­si des dé­ve­lop­pe­ments re­mar­quables ces dix der­nières an­nées, qui conduisent à s’in­ter­ro­ger sur son rôle dans la stra­té­gie chi­noise. Avec des am­bi­tions af­fi­chées tou­jours plus im­por­tantes, fran­chi­ra-t-elle le pas d’une ap­ti­tude aux opé­ra­tions au­to­nomes ?

His­to­ri­que­ment, la force aé­rienne chi­noise est de na­ture dé­fen­sive et s’est cen­trée sur la su­pé­rio­ri­té aé­rienne, par ailleurs es­sen­tiel­le­ment de jour. La tâche était alors par­ta­gée, pour la dé­fense aé­rienne, avec l’ar­mée de terre. Ce n’est que dans les an­nées 1960 qu’elle a com­men­cé à dé­ve­lop­per des ap­ti­tudes, qui sont res­tées li­mi­tées jus­qu’à la fin des an­nées 1990, pour l’ap­pui aé­rien rap­pro­ché. C’est donc peu dire que si sa masse peut im­pres­sion­ner, il existe un dé­ca­lage avec ses ca­pa­ci­tés ef­fec­tives. Pour au­tant, de­puis le dé­but des an­nées 2000, les pro­grès en­re­gis­trés ont été bien réels. C’est d’abord le cas dans le sec­teur de la dé­fense aé­rienne et de ses mis­sions tra­di­tion­nelles. Pé­kin s’est do­té avec l’aide de Mos­cou de sys­tèmes S-300, en­suite lo­ca­le­ment dé­cli­nés en HQ-9, et peu à peu mis en ré­seau. En avril 2015,

les res­pon­sables russes confir­maient éga­le­ment l’ac­qui­si­tion de sys­tèmes S-400 par la Chine. À la mo­der­ni­sa­tion des ra­dars se sont ajou­tées la dis­po­si­tion de sys­tèmes mo­biles

Phi­lippe LANGLOIT Char­gé de re­cherche au CAPRI.

“Les ap­pa­reils de dé­tec­tion aé­rienne avan­cée ne sont pas uti­li­sés uni­que­ment comme « pi­quets ra­dars » : il semble que les in­ter­ac­tions avec des ap­pa­reils de com­bat soient de plus en

plus nom­breuses.

– dont le ré­cent JY-26, op­ti­mi­sé pour la dé­tec­tion d’ap­pa­reils fur­tifs – et l’in­té­gra­tion de l’en­semble dans un sys­tème ré­si­lient.

Ce der­nier a aus­si pu comp­ter sur la concep­tion de trois types d’ap­pa­reils de dé­tec­tion aé­rienne avan­cée. Après la ten­ta­tive in­fruc­tueuse de dis­po­ser d’un Phal­con is­raé­lien, la Chine s’est do­tée d’un A-50, avant de dé­ve­lop­per lo­ca­le­ment le KJ-2000 (plate-forme Il-76, quatre exem­plaires), puis le KJ-200 (plate-forme Y-8, sept exem­plaires). Dans ces deux der­niers cas, les ra­dars sont des sys­tèmes AESA – un sec­teur que la Chine est par­ve­nue à maî­tri­ser. Il est pro­bable que les 12 ap­pa­reils dis­po­nibles soient ren­for­cés par d’autres à l’ave­nir. Sur­tout, ils ne sont pas uti­li­sés uni­que­ment comme « pi­quets ra­dars » : il semble que les in­ter­ac­tions avec des ap­pa­reils de com­bat soient de plus en plus nom­breuses, même s’il n’est pas cer­tain que leur ni­veau (et in­ci­dem­ment la sû­re­té des com­mu­ni­ca­tions) soit équi­valent à ce­lui que l’on peut trou­ver en Eu­rope ou aux États-Unis.

LE TOUR­NANT DES AP­PA­REILS

PO­LY­VA­LENTS

La flotte de chas­seurs a elle-même évo­lué. Ces der­nières an­nées ont vu le dé­part du res­tant des J-5 (MiG-17) Fres­co et J-6 (MiG-19) Far­mer. Dans ce der­nier cas, nombre d’ap­pa­reils ont été dro­ni­sés, sans que leur uti­li­sa­tion

Pho­to ci-des­sus :

Le J-20 est le sym­bole de la mo­der­ni­sa­tion aé­ro­nau­tique chi­noise. L’ap­pa­reil entre à peine en ser­vice et ses fonc­tions exactes ne sont pas en­core connues. (© Xin­hua)

fi­nale soit connue. Ils pour­raient tout aus­si bien ser­vir de cibles vo­lantes – à l’ins­tar des QF-4 et QF-16 amé­ri­cains – que de sys­tèmes of­fen­sifs, no­tam­ment comme por­teurs de contre-me­sures et de brouilleurs afin de sa­tu­rer des ré­seaux ra­dars ad­verses. Près de 400 J-7 res­tent en ser­vice – ils étaient en­core plus de 700 au tour­nant des an­nées 2010. Les ver­sions les plus an­ciennes semblent avoir été ver­sées à la ré­serve, mais quelques uni­tés d’ac­tives en conservent – sa­chant que la der­nière ver­sion n’a ef­fec­tué son pre­mier vol qu’en 2002, sa pro­duc­tion ayant ces­sé dix ans plus tard. Ces ap­pa­reils res­tent af­fec­tés à des mis­sions de su­pé­rio­ri­té aé­rienne. C’est aus­si le cas des bi­réac­teurs J-8, dont près de 200 ont été pro­duits, et dont la flotte a éga­le­ment connu une dé­crois­sance ces vingt der­nières an­nées.

Sur­tout, une nou­velle gé­né­ra­tion d’ap­pa­reils de com­bat est en­trée en ser­vice. Le J-10 « Vi­go­rous Dra­gon » est en­tré en ser­vice à par­tir de 2006, avec 265 J-10A et B li­vrés à ce jour à la force aé­rienne comme à la ma­rine (1). Ce mo­no­réac­teur, de concep­tion simple et très ma­noeu­vrant, est of­fi­ciel­le­ment po­ly­va­lent, mais a le plus sou­vent été ob­ser­vé dans des mis­sions air-air. Le J-10C est ap­pa­ru ré­cem­ment : ex­té­rieu­re­ment, il pré­sente peu de dif­fé­rences avec ses pré­dé­ces­seurs, mais semble équi­pé d’un ra­dar AESA. S’il rem­place prio­ri­tai­re­ment les ap­pa­reils de la gé­né­ra­tion pré­cé­dente, la cible de pro­duc­tion n’est pas connue : il pa­raît ce­pen­dant dou­teux que la Chine mette en ser­vice plus de 500 exem­plaires du J-10, toutes ver­sions confon­dues. Les tra­vaux au­tour de son dé­ve­lop­pe­ment ont com­men­cé à la fin des an­nées 1980, en pre­nant ap­pui sur ceux conduits avec Grum­man avant que ne soit im­po­sé l’em­bar­go à la suite de l’af­faire de Tie­nan­men. Les in­gé­nieurs chi­nois ont en­suite tra­vaillé seuls, avec l’ap­pui des ser­vices de ren­sei­gne­ment lorsque ce­la a été né­ces­saire.

Cette dé­pen­dance vis-à-vis de l’étran­ger se re­marque éga­le­ment dans le dé­ve­lop­pe­ment de la flotte chi­noise de Flan­ker. L’achat de Su-27 et de Su-30 a ain­si été le préa­lable au dé­ve­lop­pe­ment du J-11 et du J-16, mais aus­si du J-15 em­bar­qué(2) – au grand dam de la Rus­sie. Avec près de 300 ap­pa­reils ac­tuel­le­ment en ser­vice, la «fa­mille élar­gie» Flan­ker offre des ca­pa­ci­tés in­té­res­santes, y com­pris dans la frappe air-sol. Il semble par ailleurs qu’une ver­sion du J-16 des­ti­née à l’at­taque élec­tro­nique soit en cours d’es­sais. La Chine dis­po­se­rait alors d’un large éven­tail de ca­pa­ci­tés. C’est d’au­tant plus le cas que les né­go­cia­tions au­tour de la vente de Su-35 par la Rus­sie ont fi­na­le­ment abou­ti. Évo­quées de­puis le mi­lieu des an­nées 2000 – il était alors ques­tion de 120 exem­plaires –, elles s’étaient heur­tées à la crainte de Mos­cou de

AESA. S’il rem­place prio­ri­tai­re­ment les ap­pa­reils de la gé­né­ra­tion pré­cé­dente, la cible de pro­duc­tion n’est pas connue : il pa­raît ce­pen­dant dou­teux que la Chine mette en ser­vice plus de 500 exem­plaires du J-10, toutes ver­sions

voir le chas­seur co­pié pour en­suite être pro­duit lo­ca­le­ment. Fi­na­le­ment, 24 ap­pa­reils ont été ache­tés en no­vembre 2015, les pre­miers ayant été li­vrés à la fin de l’an­née. Il n’est pas im­pos­sible que d’autres soient com­man­dés plus tard.

“Le J-10C est ap­pa­ru ré­cem­ment : ex­té­rieu­re­ment, il pré­sente peu de dif­fé­rences avec ses pré­dé­ces­seurs, mais semble équi­pé d’un ra­dar

confon­dues.

Reste ce­pen­dant à voir comment ces nou­velles ca­pa­ci­tés, of­fi­ciel­le­ment po­ly­va­lentes, se­ront mi­li­tai­re­ment ex­ploi­tées et, sur­tout, à quelle échéance. Pour l’ins­tant, la prio­ri­té est don­née à la su­pé­rio­ri­té aé­rienne, avec le dé­ploie­ment de mis­siles adap­tés, comme le

PL-12, com­pa­rable à l’AMRAAM amé­ri­cain ou au R-77 (AA-12) russe. Une va­rié­té de mu­ni­tions à gui­dage la­ser, TV ou sa­tel­lite a éga­le­ment été mise au point et est en­trée en ser­vice, en plus des pods de dé­si­gna­tion adap­tés. De plus, de­puis quelques an­nées, des exer­cices sont conduits avec des équipes de gui­dage au sol, de jour comme de nuit. Ces évo­lu­tions se pro­duisent, au de­meu­rant, alors même que les forces ter­restres connaissent une ré­forme en pro­fon­deur, qui cherche à les rap­pro­cher des stan­dards oc­ci­den­taux, y com­pris en ma­tière d’in­té­gra­tion des feux sol-sol et air-sol. De ce point de vue, l’his­toire ré­cente de la Chine en ma­tière d’ac­qui­si­tion de sa­voir-faire a sou­vent été sur­pre­nante : une fois qu’un ob­jec­tif ca­pa­ci­taire a été dé­fi­ni, son at­teinte est re­la­ti­ve­ment ra­pide, no­tam­ment du fait de la concen­tra­tion des moyens bud­gé­taires et hu­mains né­ces­saires.

LA FRAPPE AIR-SOL

L’évo­lu­tion pousse, là aus­si, un vé­té­ran vers la porte de sor­tie : le Q-5 Fan­tan. Cet ap­pa­reil dont le pre­mier vol re­monte à 1965 a été pro­duit de­puis 1969 et, comme le J-7, jusque re­la­ti­ve­ment tard – 2009 en l’oc­cur­rence(3). Le Q-5F, der­nière ver­sion en date, in­tègre un dé­si­gna­teur la­ser cou­plé à un sys­tème IR et des ca­mé­ras TV po­si­tion­nés dans le nez, per­met­tant d’uti­li­ser des armes à gui­dage la­ser de ma­nière au­to­nome. Il reste le seul ap­pa­reil réel­le­ment spé­cia­li­sé dans l’at­taque rap­pro­chée uti­li­sé en Chine, avec près de 150 exem­plaires en ser­vice dans la force aé­rienne et la ma­rine. Pra­ti­que­ment, il ne semble pas exis­ter de pro­gramme d’ap­pa­reil de com­bat des­ti­né à lui suc­cé­der. La fonc­tion «com­bat rap­pro­ché», ce­pen­dant,

Un J-10A (re­con­nais­sable à son en­trée d’air rec­tan­gu­laire). Le pe­tit mo­no­réac­teur a été ex­por­té au Pa­kis­tan et pour­rait avoir un ave­nir pro­met­teur en Afrique. (© Xin­hua)

a connu une réelle mo­der­ni­sa­tion, avec des li­vrai­sons d’hé­li­co­ptères Z-10 se pour­sui­vant dans l’ar­mée de terre (4), aux­quels il faut ajou­ter 120 Z-19 de re­con­nais­sance ar­mée plus lé­gers.

Le chan­ge­ment de pos­ture de la force aé­rienne chi­noise a sur­tout été ren­du plus sen­sible avec l’ar­ri­vée des pre­miers JH-7 Floun­der à la fin des an­nées 1990. Le lourd bi­réac­teur bi­place est le pre­mier in­ter­dic­teur chi­nois, une cen­taine de ma­chines étant en ser­vice, dont 71 dans la force aé­rienne. En réa­li­té, le Floun­der semble sur­tout ré­ser­vé aux mis­sions de lutte an­ti­na­vire (5). Plu­sieurs se­raient ce­pen­dant do­tés d’équi­pe­ments de brouillage élec­tro­nique, d’autres étant sus­cep­tibles d’être af­fec­tés aux mis­sions SEAD. Il n’est pas im­pos­sible que les ap­pa­reils fi­nissent par être ef­fec­ti­ve­ment en­ga­gés en tant qu’in­ter­dic­teurs air-sol, mais plu­sieurs ques­tions se posent, là aus­si. L’achat de Su-34 a quel­que­fois été évo­qué, sans avoir en­core trou­vé de concré­ti­sa­tion. Le Full­back a une charge mi­li­taire maxi­male de 12 t, su­pé­rieure de 3 t à celle du Bad­ger, de même qu’un rayon d’ac­tion de 1000 km. Si ce der­nier est in­fé­rieur à ce­lui des bom­bar­diers H-6, l’ap­pa­reil est aus­si plus po­ly­va­lent et peut être ra­vi­taillé en vol. La ques­tion de l’in­ter­dic­teur lourd se pose éga­le­ment, au de­meu­rant, con­cer­nant le J-20, dont les ca­rac­té­ris­tiques n’en font que dif­fi­ci­le­ment un chas­seur (6).

Dans le do­maine du bom­bar­de­ment, la Chine reste at­ta­chée à la fa­mille H-6,

en pro­duc­tion conti­nuelle de­puis les an­nées 1960(7). La der­nière ver­sion en date est le H-6K, do­té de six py­lônes po­si­tion­nés sous les ailes et qui a vo­lé pour la pre­mière fois en 2007. En­tré en ser­vice deux ans plus

“Le Floun­der semble sur­tout ré­ser­vé aux mis­sions de lutte an­ti­na­vire. Plu­sieurs se­raient ce­pen­dant do­tés d’équi­pe­ments de brouillage élec­tro­nique, d’autres étant sus­cep­tibles d’être af­fec­tés aux mis­sions

SEAD (Sup­pres­sion of En­ne­my Air De­fenses, sup­pres­sion des dé­fenses an­ti­aé­riennes

en­ne­mies).

tard, l’ap­pa­reil est une évo­lu­tion ma­jeure com­pa­ra­ti­ve­ment aux Bad­ger pré­cé­dents. Équi­pé d’un nou­veau cock­pit com­pre­nant des écrans di­gi­taux, d’un nez re­des­si­né abri­tant

un puis­sant ra­dar, il est pro­pul­sé par des ré­ac­teurs D30 (équi­pant les Tu-154 ou les Il-76) of­frant 12 t de pous­sée uni­taire, ce qui a im­po­sé de re­des­si­ner les en­trées d’air. Nombre de com­po­sants de struc­ture ont éga­le­ment été rem­pla­cés avec des pièces en com­po­sites, ce qui per­met, à ré­sis­tance égale, d’al­lé­ger l’ap­pa­reil et donc d’em­por­ter plus de charge mi­li­taire. Par ailleurs, son équi­page se­rait plus ré­duit, bé­né­fi­cie­rait de sièges éjec­tables – qui ne sont pas en do­ta­tion sur les ver­sions pré­cé­dentes –, et sa dis­tance fran­chis­sable se­rait de 3 500 km. Il est de plus ca­pable de ti­rer le mis­sile de croi­sière CJ/DH-10 d’une por­tée es­ti­mée à 2000 km – l’en­gin, à pré­sent opé­ra­tion­nel, au­rait été dé­ve­lop­pé de­puis une ving­taine d’an­nées sur la base du Kh-55 russe – ou en­core des YJ-12 an­ti­na­vires.

Moins d’une tren­taine d’exem­plaires se­raient ac­tuel­le­ment en ser­vice. Sa com­bi­nai­son avec le CJ-10 in­quiète les ana­lystes, qui voient Pé­kin dis­po­ser d’un sys­tème ayant une por­tée de l’ordre de 5 000 km,voire plus, l’ap­pa­reil étant sus­cep­tible d’être ra­vi­taillé en vol. Les bases amé­ri­caines au Ja­pon, à Guam, ou même à Ha­waï pour­raient ain­si être ci­blées par Pé­kin à dis­tance de sé­cu­ri­té, la réus­site de l’at­taque re­po­sant alors sur la sa­tu­ra­tion. Se­lon cette lo­gique et vu le nombre de cibles po­ten­tielles, la pro­duc­tion de l’ap­pa­reil de­vrait donc se pour­suivre. Tou­te­fois, les ana­lystes en sont, en la ma­tière, ré­duits aux conjec­tures, tant les in­for­ma­tions sont par­cel­laires. Le H-6K ne se­rait qu’un ap­pa­reil de tran­si­tion, en

Le JH-7 Floun­der est un gros ap­pa­reil. On note le pod de ro­quettes, un type d’ar­me­ment en­core très fré­quem­ment uti­li­sé en Chine. (© D.R.)

Le Q-5F est la der­nière ver­sion en date du vé­né­rable Fan­tan, lui-même évo­lu­tion du MiG-19… (© D.R.)

at­ten­dant que d’autres op­tions émergent. Au­de­là de l’évo­ca­tion ré­cur­rente de né­go­cia­tions avec la Rus­sie au­tour de l’achat de Tu-22M3 Back­fire – qui n’ont ja­mais été sui­vies d’une confir­ma­tion et que la plu­part des ana­lystes consi­dèrent comme ir­réa­listes – d’autres op­tions sont en­vi­sa­gées.

La pre­mière et la plus évi­dente porte sur la pour­suite du ren­for­ce­ment, qua­li­ta­tif et quan­ti­ta­tif, de la Force de mis­siles stra­té­giques, ex-Deuxième Ar­tille­rie, qui consti­tue con­crè­te­ment l’es­sen­tiel des ca­pa­ci­tés de frappe à longue dis­tance de Pé­kin(8). Cette force de 100 000 hommes met ain­si en oeuvre des ca­pa­ci­tés nu­cléaires comme conven­tion­nelles, se­lon une concep­tion ori­gi­nale. Ses ca­pa­ci­tés conven­tion­nelles in­cluent des mis­siles ba­lis­tiques de courte et moyenne por­tée, ain­si que de por­tée in­ter­mé­diaire dont le gui­dage offre une pré­ci­sion ter­mi­nale plus que cor­recte. S’y ajoutent des lan­ceurs de mis­siles de croi­sière sol-sol. De ce point de vue, la Chine, dont on qua­li­fiait en­core vo­lon­tiers les forces aé­riennes de « tac­tiques », dis­pose bel et bien d’une concep­tion d’em­ploi de la puis­sance aé­rienne stra­té­gique et d’une ré­flexion adap­tée en la ma­tière (9).

Une deuxième op­tion porte sur la concep­tion d’un bom­bar­dier stra­té­gique, que cer­tains n’hé­sitent pas à voir comme un qua­dri­réac­teur fur­tif uti­li­sant une for­mule de type aile vo­lante et pour l’ins­tant qua­li­fié de « H-20 ». Si le pro­jet a été évo­qué à plu­sieurs re­prises dans la presse chi­noise, très peu d’in­for­ma­tions sont dis­po­nibles. En tout état de cause, les am­bi­tions de ce pro­gramme de bom­bar­dier stra­té­gique se heurtent à un pro­blème struc­tu­rant : le manque de ca­pa­ci­tés de

ra­vi­taille­ment en vol. Moins d’une ving­taine de ra­vi­tailleurs, dont seule­ment trois Il-78 Mi­das, sont au­jourd’hui en ser­vice. Reste ce­pen­dant à voir si le dé­ve­lop­pe­ment des ca­pa­ci­tés de trans­port – en par­ti­cu­lier de l’Y-20, qui entre ac­tuel­le­ment en ser­vice –, pour­ra ef­fec­ti­ve­ment dé­bou­cher sur la mise en oeuvre d’une ver­sion de ra­vi­taille­ment en vol, par­fois évo­quée. La con­ver­sion de car­gos lourds en ra­vi­tailleurs, au de­meu­rant, n’est pas to­ta­le­ment op­ti­male au re­gard d’op­tions telles que celle d’ap­pa­reils ci­vils à grand rayon d’ac­tion. Mais l’in­dus­trie chi­noise, en l’oc­cur­rence, est en­core loin de pro­po­ser un équi­valent du B-767 ou de l’A330…

LE FU­TUR DES CA­PA­CI­TÉS

Les pro­grès chi­nois en ma­tière de ca­pa­ci­té de com­bat ne de­vraient pas s’ar­rê­ter avec l’ar­ri­vée des J-10 et la pour­suite de la pro­duc­tion d’ap­pa­reils de la fa­mille Flan­ker. Le pre­mier es­ca­dron do­té de J-20 a ain­si été mis sur pied en 2016 et une pre­mière ca­pa­ci­té opé­ra­tion­nelle dé­cla­rée en 2017 – soit six ans seule­ment après le pre­mier vol. Si les formes de ce gros bi­réac­teur sont fur­tives et qu’il em­barque son ar­me­ment en soute, les ca­pa­ci­tés de son ra­dar, pro­ba­ble­ment AESA, sont en­core in­con­nues, de même que celles du sys­tème de dé­si­gna­tion/vi­sua­li­sa­tion in­fra­rouge po­si­tion­né sous le nez, à la ma­nière de l’EOTS du F-35. La fonc­tion exacte de l’ap­pa­reil reste éga­le­ment su­jette à cau­tion : il est peu ma­noeu­vrant, et ses di­men­sions et sa struc­ture en fe­raient plus vo­lon­tiers un

ap­pa­reil d’in­ter­dic­tion. Reste aus­si que la Chine pour­rait tout à fait s’orien­ter vers une concep­tion hy­bride. Le J-20 se­rait alors une plate-forme d’in­ter­dic­tion et un por­te­mis­siles de dé­fense aé­rienne, à l’image du F-14 ou du MiG-31. La for­mule a l’avan­tage de pou­voir s’in­sé­rer dans un ré­seau dé­fen­sif

“Les am­bi­tions du pro­gramme de bom­bar­dier stra­té­gique se heurtent à un pro­blème struc­tu­rant : le manque de ca­pa­ci­tés de ra­vi­taille­ment en vol. Moins d’une ving­taine de ra­vi­tailleurs, dont seule­ment trois Il-78 Mi­das, sont au­jourd’hui en ser­vice. „

à deux ni­veaux, dont il consti­tue­rait l’étage le plus lourd, en com­bi­nai­son avec les J-10 plus lé­gers.

Le dé­ve­lop­pe­ment du J-31 se pour­suit par ailleurs de­puis son pre­mier vol en oc­tobre 2012. Il n’est ce­pen­dant pas cer­tain qu’il en­tre­ra en ser­vice dans la force aé­rienne chi­noise : il semble ré­ser­vé à l’exportation, mais pour­rait être em­bar­qué sur les porte-avions de la ma­rine.

Cer­taines sources évoquent son uti­li­sa­tion comme ap­pa­reil d’at­taque, en fai­sant l’équi­valent chi­nois du F-35. Le bi­réac­teur pré­sente éga­le­ment des formes fur­tives. Comme tous les ap­pa­reils chi­nois, le J-31 reste li­mi­té par la ques­tion de la mo­to­ri­sa­tion, pa­ra­doxa­le­ment pen­dante de­puis une ving­taine d’an­nées. Au­tant les pro­grès réa­li­sés sur les struc­tures, l’avio­nique, les com­mandes de vol ou en­core les cap­teurs ont été im­por­tants, au­tant Pé­kin a peu pro­gres­sé sur la ques­tion de la mo­to­ri­sa­tion. En août 2016, un ins­ti­tut spé­ci­fique, au ca­pi­tal de 7,5 mil­liards de dol­lars, a été mis en place, re­grou­pant l’en­semble des ac­teurs du sec­teur, mais les ré­sul­tats se font tou­jours at­tendre.

Les re­tards en la ma­tière n’af­fectent ce­pen­dant pas le do­maine des drones, où Pé­kin de­vient un ac­teur de classe mon­diale, en par­ti­cu­lier après la vente de plus de 200 MALE (Me­dium Al­ti­tude, Long En­du­rance) à l’Ara­bie saou­dite. Il s’agit d’une nou­velle ver­sion du Wing Loong – l’équi­valent lo­cal du Pre­da­tor –, qui a ré­cem­ment ef­fec­tué son pre­mier vol(10). Mais Pé­kin tra­vaille éga­le­ment sur d’autres pro­grammes :

• le Sharp Sword, dont les es­sais en vol se pour­suivent. L’ap­pa­reil est un dé­mons­tra­teur de drone de com­bat, do­té d’un ré­ac­teur et ayant une forme clas­sique d’aile vo­lante. On ne sait ce­pen­dant pas s’il dé­bou­che­ra sur une ver­sion de sé­rie ;

“Au­tant les pro­grès réa­li­sés sur les struc­tures, l’avio­nique, les com­mandes de vol ou en­core les cap­teurs ont été im­por­tants, au­tant

Pé­kin a peu pro­gres­sé sur la ques­tion de la

mo­to­ri­sa­tion.

• le Xian­glong Soar Dra­gon, un drone

HALE (High Al­ti­tude, Long En­du­rance) pro­pul­sé par un ré­ac­teur et ayant une struc­ture de voi­lure en tan­dem. Avec 10 à 12 t de masse maxi­male au dé­col­lage, il semble des­ti­né aux mis­sions ISR, mais pour­rait éga­le­ment ser­vir à un ré­seau de drones de brouillage des com­mu­ni­ca­tions et des ra­dars d’une force as­saillante ;

• le Di­vine Eagle, à la struc­ture par­ti­cu­lière, consti­tuée de deux cel­lules. Son en­ver­gure est de l’ordre de 45 m et sa masse maxi­male au dé­col­lage est es­ti­mée à 15 t. Il au­rait ef­fec­tué son pre­mier vol fin 2014 ou dé­but 2015. Très en­du­rant, il se­rait des­ti­né à un ré­seau de dé­tec­tion aé­rienne avan­cée, au bé­né­fice des forces aé­riennes, en par­ti­cu­lier pour la dé­tec­tion d’ap­pa­reils fur­tifs ou de mis­siles de croi­sière, ou à la dé­si­gna­tion de

cible des mis­siles ba­lis­tiques an­ti­na­vires. Il pour­rait aus­si as­su­rer la dé­tec­tion aé­rienne avan­cée au pro­fit d’une force aé­ro­na­vale.

Cor­ré­la­ti­ve­ment, d’autres évo­lu­tions étaient éga­le­ment ob­ser­vées, no­tam­ment dans l’en­traî­ne­ment. Les vieux CJ-6 d’en­traî­ne­ment de base de­vraient ain­si être rem­pla­cés par le CJ-7, dont le pre­mier vol est in­ter­ve­nu fin 2010. L’ap­pa­reil d’en­traî­ne­ment avan­cé est ac­tuel­le­ment le JL-8 (K-8 Ka­ra­ko­rum), mais il pour­rait cé­der sa place au L-15, un pe­tit bi­réac­teur aux fonc­tions LIFT (Lead-In Figh­ter Trai­ner). Ce der­nier, comme le JL-9 est ain­si sus­cep­tible de rem­pla­cer aus­si les JJ-7 Fi­sh­bed af­fec­tés à l’en­traî­ne­ment au com­bat (11).

En tout état de cause, en dé­pit des in­con­nues sur la na­ture exacte du sys­tème de forces chi­nois, il ap­pa­raît clai­re­ment que le pro­ces­sus de mo­der­ni­sa­tion en­ga­gé a dé­jà pro­duit ses ef­fets. Si la Chine a per­du en masse, elle a ga­gné en ca­pa­ci­tés : 580 ap­pa­reils mo­dernes sont en ser­vice dans l’ar­mée de l’air, un chiffre qui ne peut plus que croître. S’y ajoutent un sys­tème de com­man­de­ment et de contrôle qui s’étoffe, de bons moyens de for­ma­tion et un nombre im­por­tant d’heures de vol, sans ou­blier l’at­trait que pré­sente le mé­tier de pi­lote. Dans pa­reilles condi­tions, l’ou­til mi­li­taire semble de plus en plus af­fû­té : reste à voir ce qu’en fe­ra la di­rec­tion po­li­ti­co-stra­té­gique… g

Notes

(1) Voir la fiche tech­nique que nous lui consa­crions dans Dé­fense & Sé­cu­ri­té In­ter­na­tio­nale, no 15, mai 2006.

(2) Voir l’ana­lyse de J. Hen­ro­tin sur les dif­fé­rences entre le J-15 et le Su-33 dans Dé­fense & Sé­cu­ri­té In­ter­na­tio­nale, no 126, no­vembre-dé­cembre 2016.

(3) Voir la fiche tech­nique que nous lui consa­crions dans

Dé­fense & Sé­cu­ri­té In­ter­na­tio­nale, no 119, no­vembre 2015.

(4) Se­lon les sources, entre 110 et 180 ma­chines au­raient été li­vrées. Voir Dé­fense & Sé­cu­ri­té In­ter­na­tio­nale, no 89, fé­vrier 2013.

(5) Il semble ain­si sur­tout être le ré­sul­tat d’une de­mande de la ma­rine, plus que de la vo­lon­té de la force aé­rienne de dis­po­ser d’un ap­pa­reil d’in­ter­dic­tion. Voir Dé­fense & Sé­cu­ri­té In­ter­na­tio­nale, no 72, juillet-août 2011.

(6) Jo­seph Hen­ro­tin, « Force aé­rienne chi­noise : éva­luer le

J-20 », Dé­fense & Sé­cu­ri­té In­ter­na­tio­nale, no 78, jan­vier 2012.

(7) Voir Jean-Jacques Mer­cier, « L’orient est rouge. L’évo­lu­tion de la fa­mille H-6 », Dé­fense & Sé­cu­ri­té In­ter­na­tio­nale, hors-sé­rie no 39, dé­cembre 2014-jan­vier 2015.

(8) Voir Jo­seph Hen­ro­tin, « La dis­sua­sion chi­noise et la Force de mis­siles stra­té­giques », Dé­fense & Sé­cu­ri­té In­ter­na­tio­nale, no 124, juillet-août 2016.

(9) Voir Erik Lin-Green­berg, « Of­fen­sive Air­po­wer with Chi­nese Cha­rac­te­ris­tics. De­ve­lop­ment, Ca­pa­bi­li­ties, and In­ten­tions », Air and Space Po­wer Jour­nal, au­tomne 2007; Richard P. Hal­lion, Ro­ger Cliff et Phi­lipp

C. Saun­ders (dir.), The Chi­nese Air Force. Evol­ving Concepts, Roles and Ca­pa­bi­li­ties, Na­tio­nal Defense Uni­ver­si­ty Press, Wa­shing­ton, 2012.

(10) Voir Dé­fense & Sé­cu­ri­té In­ter­na­tio­nale, no 128, fé­vrier-mars 2017.

(11) Le JL-9, sans doute la der­nière évo­lu­tion du MiG-21, semble sur­tout des­ti­né à la ma­rine (JL-9G), per­met­tant d’ef­fec­tuer des vols de­puis une piste et un trem­plin construits au sol.

Dé­mons­tra­tion en vol du bi­réac­teur d’en­traî­ne­ment su­per­so­nique L-15 Fal­con. Un L-15B, adap­tés aux mis­sions d’at­taque lé­gère, a ré­cem­ment été pré­sen­té. (© D.R.)

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