DES DRONES CONTRE LES DIS­PO­SI­TIFS A2/AD

DSI Hors-Série - - SOMMAIRE - Jean-jacques MER­CIER

Les der­nières an­nées ont in­du­bi­ta­ble­ment été mar­quées par la mon­tée en puis­sance des drones dans les ordres de ba­taille, et par la di­ver­si­fi­ca­tion des mis­sions qui leur sont confiées. Dans un contexte de lutte contre les dis­po­si­tifs A2/AD, ces der­niers sont ap­pe­lés à jouer un rôle im­por­tant, si­non es­sen­tiel.

En tant qu’ins­tru­ment ISR, le drone joue un rôle de pre­mière im­por­tance dans la lutte contre-a2/ad, en per­met­tant de nour­rir les dif­fé­rents cycles du ren­sei­gne­ment. Cette mis­sion est his­to­rique. Dès les an­nées 1960, le drone est ain­si uti­li­sé en ap­pui de la dé­si­gna­tion d’ar­tille­rie, en France comme ailleurs. Reste ce­pen­dant que la donne, pour l’ins­tant as­sez per­mis­sive, risque de chan­ger. Dans l’hy­po­thèse d’un conflit où les plates-formes MALE (Moyenne Al­ti­tude, Longue En­du­rance) se trou­ve­raient face à un dis­po­si­tif an­ti­aé­rien com­pre­nant plu­sieurs couches, il est pro­bable qu’elles se­raient ra­pi­de­ment éli­mi­nées. La ca­pa­ci­té dis­pa­raî­trait d’au­tant plus ra­pi­de­ment que peu de ma­chines sont dis­po­nibles en Eu­rope. La ques­tion reste po­sée pour les HALE (Haute Al­ti­tude, Longue En­du­rance), dont les cap­teurs per­mettent des or­bites plus éloi­gnées des me­naces.

LE RE­NOU­VEAU DU DRONE DE LEURRAGE

Reste que l’on ne peut ré­duire la ca­té­go­rie des drones aux uti­li­sa­tions qui en sont faites de­puis ces vingt der­nières an­nées. Leurs mis­sions peuvent éga­le­ment être de ser­vir d’ap­pâts. Leur usage par les Is­raé­liens, en 1982, a ain­si été dé­ter­mi­nant dans la réus­site de la des­truc­tion du dis­po­si­tif sy­rien dans la plaine de la Be­kaa(1). À vrai dire ce­pen­dant, elle ne consti­tue pas un cas unique. Dès les an­nées 1950, L’US Air Force s’est ain­si in­ter­ro­gée sur sa ca­pa­ci­té à pé­né­trer l’es­pace aé­rien so­vié­tique, qui a ra­pi­de­ment bé­né­fi­cié d’une sanc­tua­ri­sa­tion par­tielle, là aus­si avec dif­fé­rents types de mis­siles an­ti­aé­riens se cou­vrant mu­tuel­le­ment. Si l’une des ré­ponses a été de dé­ve­lop­per des mis­siles per­met­tant de conser­ver les bom­bar­diers à dis­tance de sé­cu­ri­té, une autre ap­proche a consti­tué à em­bar­quer des drones-leurres. Ain­si, de 1960 à 1978, les B-52 amé­ri­cains em­bar­quaient en soute deux drones ADM-20 Quail (2), ser­vant de leurres au­to­pro­pul­sés et lar­gués une fois la pé­né­tra­tion dans l’es­pace aé­rien hos­tile réa­li­sée. Les pe­tits ap­pa­reils re­pro­dui­saient la si­gna­ture des B-52, mais em­bar­quaient aus­si des leurres in­fra­rouges.

En 1991, la lo­gique avait été pous­sée plus avant avec le lar­gage de drones ADM-141 TALD (Tac­ti­cal Air Laun­ched De­coy) par les ap­pa­reils de L’US Na­vy. Le sys­tème était d’abord un pla­neur, mais L’ADM-141C I-TALD a été do­té d’un pe­tit ré­ac­teur. Ces pe­tits en­gins (2,34 m de long pour 180 kg) ont consti­tué des leurres ef­fi­caces, nombre de ra­dars ira­kiens se ver­rouillant des­sus, per­met­tant en­suite de

“(2,34

Les ADM-141 TALD m de long pour 180 kg) ont consti­tué des leurres ef­fi­caces, nombre de ra­dars ira­kiens se ver­rouillant des­sus, per­met­tant en­suite de les trai­ter avec des mis­siles an­ti­ra­dia­tions. Pho­to ci-des­sus :

Deux MQ-9 et un MQ-1 amé­ri­cains. Les drones MALE sont in­té­res­sants en tant que plates-formes por­te­cap­teurs, mais il est pro­bable qu'ils soient ra­pi­de­ment éli­mi­nés dans l'hy­po­thèse d'une lutte contre-a2/ad. (© DOD)

les trai­ter avec des mis­siles an­ti­ra­dia­tions. La for­mule a été conser­vée pour la concep­tion de la gé­né­ra­tion sui­vante, L’ADM-160 MALD (Mi­nia­ture Air Laun­ched De­coy), au mi­lieu des an­nées 1990. S’il conser­vait une lon­gueur si­mi­laire, sa masse était ce­pen­dant ré­duite à 45 kg, ce qui per­met­tait d’ac­croître le nombre d’en­gins em­por­tés. Le pro­gramme fut an­nu­lé en 2001, L’US Air Force es­ti­mant que sa por­tée et son en­du­rance étaient in­suf­fi­santes.

L’an­née sui­vante, une nou­velle com­pé­ti­tion fut lan­cée, qui per­mit de conce­voir L’ADM-160B, opé­ra­tion­nel de­puis 2010 et dont la masse est pas­sée à 115 kg. En contre­par­tie, une fois lan­cé, son en­du­rance est de 45 mi­nutes et sa por­tée de 920 km. Comme pour son pré­dé­ces­seur, sa tra­jec­toire peut être pro­gram­mée et il em­barque des ré­pé­ti­teurs ra­dars. Outre une masse plus im­por­tante, son in­con­vé­nient est éga­le­ment son coût : plus de 300000 dol­lars l’uni­té. Une nou­velle évo­lu­tion est in­ter­ve­nue avec L’ADM-160C MALD-J (Jam­ming), opé­ra­tion­nel de­puis 2012 et tou­jours en cours de li­vrai­son pour les forces amé­ri­caines. Do­té d’équi­pe­ments de brouillage ra­dar, il conserve éga­le­ment sa fonc­tion de leurrage. Dans tous les cas de fi­gure, la ra­tio­na­li­té de ces sys­tèmes est la sa­tu­ra­tion des sys­tèmes ra­dars ad­verses. Mais la pla­te­forme, dé­sor­mais éprou­vée, pour­rait ser­vir à d’autres mis­sions. Une va­riante du MALD do­tée d’un ra­dar mil­li­mé­trique, d’un ima­geur in­fra­rouge et de liai­sons de don­nées a ain­si été pro­po­sée. Équi­pée d’une pe­tite charge ex­plo­sive, elle per­met­trait de créer une nuée de « chas­seurs-tueurs » de lan­ceurs mis­siles.

LES NOU­VEAUX CHAS­SEURS-TUEURS

À ce mo­ment, la dis­tinc­tion entre le drone et le missile de croi­sière est ar­due. C’est d’au­tant plus le cas que ces der­niers ont eux aus­si connu des évo­lu­tions, prin­ci­pa­le­ment par une ca­pa­ci­té à pa­trouiller une zone don­née, avant, si une cible est dé­tec­tée, d’at­ta­quer. L’ins­tal­la­tion de liai­sons de don­nées per­met ain­si au To­ma­hawk d’être ex­pé­dié sur une zone pour en­suite être pro­je­té «en cas de be­soin» sur une cible. En Is­raël, le missile De­li­lah – lui-même is­su d’un leurre au­to­pro­pul­sé – a une ca­pa­ci­té si­mi­laire, mais est do­té d’un ima­geur in­fra­rouge et d’une ca­mé­ra TV. Il peut donc agir comme un drone à pro­pre­ment par­ler et, avec 187 kg et un en­com­bre­ment ré­duit (une lon­gueur de 1,15 m), pré­sente néan­moins une por­tée de 250 km. Il peut être lan­cé de­puis des plates-formes aus­si bien terrestres que navales et aé­riennes. Ce type de ra­tio­na­li­té se rap­proche éga­le­ment du Har­py (dé­tec­tion et at­taque de ra­dars) et du Ha­rop (mul­ti­cible, avec une boule op­tro­nique), lan­cé de­puis le sol. On note par ailleurs que ces deux der­niers sys­tèmes ont connu une cer­taine dif­fu­sion (3).

Cette ca­pa­ci­té à rô­der – et du­rant ce temps, à re­cueillir des in­for­ma­tions – a éga­le­ment été in­ves­ti­guée par MBDA, avec le Fire Sha­dow. Simple, re­la­ti­ve­ment rus­tique, l’en­gin doit consti­tuer la ré­ponse à la de­mande bri­tan­nique d’un en­gin tous-temps ca­pable de rô­der au-des­sus d’une zone de ba­taille et d’être lan­cé contre son ob­jec­tif « à la de­mande » (pro­gramme In­di­rect Fire Pre­ci­sion At­tack, d’un mon­tant de 500 mil­lions de livres). Pour la Bri­tish Ar­my, il s’agit ain­si de pou­voir trai­ter des ob­jec­tifs « time sen­si­tive » plus ra­pi­de­ment que par l’ar­tille­rie ou l’avia­tion, à un coût peu éle­vé. L’en­gin doit ain­si pou­voir vo­ler six heures au-des­sus d’une zone don­née ou cou­vrir d’une traite une dis­tance de 100 km (4). Il peut alors être « ac­ti­vé » par un opé­ra­teur au sol ou en­core via les in­for­ma­tions trans­mises par un en­gin tel que le drone MALE Wat­ch­kee­per. Lan­cé de­puis des ca­mions, il pour­rait éga­le­ment l’être de­puis des M-270 MLRS, le dia­mètre du missile ayant été ar­rê­té en fonc­tion de cette contrainte. Il avait éga­le­ment été ques­tion de pou­voir le lan­cer de­puis les si­los de lan­ce­ment ver­ti­caux des des­troyers de Type-45. Le sys­tème a été ache­té par l’ar­mée bri­tan­nique.

La lo­gique de la nuée de drones per­met­tant de sa­tu­rer les ra­dars ad­verses et, le cas échéant, de conduire des frappes n’a donc échap­pé ni au monde in­dus­triel ni aux forces. Reste ce­pen­dant qu’une telle ap­proche ren­contre ra­pi­de­ment la li­mite de son coût. L’es­poir de MBDA, lors­qu’il tra­vaillait sur le Fire Sha­dow, était d’ob­te­nir un coût uni­taire in­fé­rieur à ce­lui d’une «ro­quette» GMLRS. De fac­to, l’in­té­gra­tion d’une charge ex­plo­sive, mais sur­tout de cap­teurs et des liai­sons de don­nées as­so­ciés, fait sen­si­ble­ment aug­men­ter le prix. Il n’en de­meure pas moins que la re­cherche a évo­lué, dé­bou­chant sur de nou­velles concep­tions de l’em­ploi des drones. Il s’agit bien d’une « oc­cu­pa­tion aé­rienne » par le cou­plage de tech­no­lo­gies ro­bo­tiques et d’ap­pa­reils pi­lo­tés. L’oc­cu­pa­tion n’est cette fois-ci plus le fait d’ap­pa­reils té­lé­com­man­dés et as­su­rant une per­sis­tance aé­rienne – à

La lo­gique de la nuée de drones per­met­tant de sa­tu­rer les ra­dars ad­verses et, le cas échéant, de conduire des frappes n'a donc échap­pé ni au monde in­dus­triel ni aux forces. Reste ce­pen­dant qu'une telle ap­proche ren­contre ra­pi­de­ment la li­mite de son coût.

l’ins­tar des drones MALE ac­tuels –, mais d’en­gins plus pe­tits, ré­en­se­men­çant les es­paces aé­riens au fur et à me­sure du pas­sage des ap­pa­reils de com­bat.

LES EF­FETS DE LA MARSUPIALISATION

Plu­sieurs gou­lets d’étran­gle­ment tech­no­lo­giques ont ré­cem­ment été dé­pas­sés (ca­pa­ci­té de cal­cul et mi­nia­tu­ri­sa­tion), au­gu­rant d’une marsupialisation aé­rienne. La lo­gique est alors celle de la mise en oeuvre de drones de­puis des avions, voire de­puis… d’autres drones. Le prin­cipe avait ra­pi­de­ment été évo­qué dans le cas des P-8 Po­sei­don de pa­trouille ma­ri­time. Des drones High Al­ti­tude ASW (HAASW) Un­man­ned Tar­ge­ting Air Sys­tem (UTAS) do­tés d’un dé­tec­teur d’ano­ma­lie ma­gné­tique au­raient été éjec­tés de­puis les tubes des­ti­nés aux bouées acous­tiques, per­met­tant de me­ner des ac­tions ASM. Le contrat pour leur dé­ve­lop­pe­ment a été confié à BAE Sys­tems en jan­vier 2015. Par ailleurs, l’in­té­gra­tion de drones sur des ap­pa­reils de com­bat in­té­resse éga­le­ment L’US Air Force. En l’oc­cur­rence, ils sont éjec­tés de­puis les lance-leurres de F-16 et de F/A-18. Cette op­tion a été tes­tée en Alas­ka du­rant l’été 2015. Une fois lan­cés, les drones sont sta­bi­li­sés par pa­ra­chute avant que leur voi­lure ne se dé­ploie, de même que de pe­tites hé­lices. L’ex­pé­rience, me­née sous les aus­pices du Stra­te­gic Ca­pa­bi­li­ties Of­fice du Pen­ta­gone, doit per­mettre de va­li­der un cer­tain nombre de concepts liés aux mi­cro­drones. Le Per­dix, d’une masse d’en­vi­ron 500 g, est do­té d’ailes souples en fibre de car­bone, de sorte qu’un lance-leurres ALE-47 pour­rait en lan­cer trente. Do­té d’une pro­pul­sion élec­trique, le

La DARPA amé­ri­caine tra­vaille sur un concept de mise en oeuvre de my­riades de drones – pour le mo­ment ap­pe­lés « Grem­lins » – lan­cés de­puis des C-130, des ap­pa­reils de com­bat, des bom­bar­diers ou d'autres drones.

pe­tit drone dis­pose de ses propres contrôles de vol et est des­ti­né à fonc­tion­ner en es­saim. Si ses mis­sions pré­cises n’ont pas été dé­voi­lées, il est ques­tion de leurrage, mais aus­si de re­cueil de ren­sei­gne­ments. Le pro­gramme est sur­tout un dé­mons­tra­teur, dont les es­sais se pour­suivent, mais la mise en ser­vice d’une ver­sion opé­ra­tion­nelle n’est pas in­en­vi­sa­geable. Les concep­teurs, en l’oc­cur­rence, in­sistent sur le fait que les tech­no­lo­gies mo­bi­li­sées sont toutes dis­po­nibles et que le prin­ci­pal ef­fort s’ef­fec­tue au ni­veau de l’in­té­gra­tion.

Avec la taille d’une ca­nette de bois­son, le Per­dix pré­sente lo­gi­que­ment un cer­tain nombre de li­mites quant à ses fonc­tions, qui pour­raient ce­pen­dant être dé­pas­sées par l’uti­li­sa­tion d’un autre vec­teur qu’un avion de com­bat. La DARPA amé­ri­caine tra­vaille ain­si sur un concept de mise en oeuvre de my­riades de drones – pour le mo­ment ap­pe­lés « Grem­lins » – lan­cés de­puis des C-130, des ap­pa­reils de com­bat, des bom­bar­diers ou d’autres drones. Une fois leur mis­sion ac­com­plie, les Grem­lins se­raient ré­cu­pé­rés par un C-130 en vue d’un re­con­di­tion­ne­ment et d’une réuti­li­sa­tion dans les 24 heures, cha­cun pou­vant ser­vir 20 fois. Ils se­raient des­ti­nés à des mis­sions ISR de même qu’à des mis­sions de frappe ou en­core de ra­vi­taille­ment (5).

La pre­mière phase du pro­gramme por­tait sur le lan­ce­ment et la ré­cu­pé­ra­tion. La deuxième, lan­cée en mars 2017 et confiée à Ge­ne­ral Ato­mics, porte sur les charges utiles des drones. Le mode opé­ra­toire en­vi­sage un lan­ce­ment hors de por­tée des sys­tèmes de dé­fense aé­rienne, une pé­né­tra­tion de l’es­pace dé­fen­du et un temps de pa­trouille d’une heure, avant la ré­cu­pé­ra­tion par C-130. La por­tée du drone se­rait de 480 km. Concrè­te­ment, les Grem­lins se­raient sur­tout af­fec­tés à des mis­sions ISR, per­met­tant de lo­ca­li­ser les cibles ad­verses dans des en­vi­ron­ne­ments peu per­mis­sifs. Leur confi­gu­ra­tion gé­né­rale, plus proche du missile de croi­sière que de l’avion, et sur­tout leur nombre per­met­traient ain­si d’of­frir une cou­ver­ture in­for­ma­tion­nelle

re­la­ti­ve­ment dense et ré­si­liente. Le pro­gramme n’est ce­pen­dant en­core que ce­lui d’un dé­mons­tra­teur, mais tout semble in­di­quer qu’il pour­rait ra­pi­de­ment bas­cu­ler vers une pro­duc­tion en sé­rie.

LE RE­TOUR DU DRONE DE COM­BAT

En­fin, une autre piste, plus tra­di­tion­nelle, n’a pas été to­ta­le­ment aban­don­née : celle de L’UCAV (Un­man­ned Air Com­bat Ve­hicle). Ces der­niers ont per­du de leur at­trait ces der­nières an­nées. Ain­si, L’US Na­vy n’en­vi­sage plus qu’une fonc­tion de sou­tien pour son MQ-25 Stin­gray – qui se­ra d’abord af­fec­té au ra­vi­taille­ment en vol avant, éven­tuel­le­ment, d’être adap­té au lan­ce­ment de mu­ni­tions. L’US Air Force n’a au­cun pro­jet, tan­dis que les an­nonces russes ou chi­noises semblent por­ter plus sur des dé­mons­tra­teurs que sur des ap­pa­reils de­vant dé­bou­cher sur de réelles ca­pa­ci­tés opé­ra­tion­nelles. En France, L’UCAV est loin de faire l’una­ni­mi­té dans les forces, dès lors que les for­mules ac­tuel­le­ment re­te­nues ne lui offrent qu’une faible ma­noeu­vra­bi­li­té. Son ap­ti­tude à suivre des Ra­fale, par exemple, est ques­tion­nable.

Kra­tos a pro­po­sé le XQ-222 Val­ky­rie. L'en­gin doit ré­pondre à un pro­gramme de L'US Air Force lan­cé en 2016, le Low Cost At­tri­table Air­craft Tech­no­lo­gy (LCAAT).

En re­vanche, le monde in­dus­triel conti­nue de pro­po­ser des pro­jets. C’est no­tam­ment le cas de Kra­tos, une firme amé­ri­caine qui a pro­po­sé le XQ-222 Val­ky­rie. L’en­gin doit ré­pondre à un pro­gramme de L’US Air Force lan­cé en 2016, le Low Cost At­tri­table Air­craft Tech­no­lo­gy (LCAAT). Concrè­te­ment, il s’agit d’un drone de com­bat do­té d’une pe­tite soute à ar­me­ment et dont la mis­sion est de ser­vir de « re­morque à mu­ni­tions vo­lante » ac­com­pa­gnant les raids d’ap­pa­reils pi­lo­tés. Le drone n’est donc pas in­té­gra­le­ment au­to­nome, ce qui per­met de ré­duire son coût, es­ti­mé entre 2 et 3 mil­lions de dol­lars. Évo­luant dans le haut supersonique, il peut fran­chir plus de 5500 km et, grâce à sa confi­gu­ra­tion, est ma­noeu­vrant. L’appareil est évi­dem­ment réuti­li­sable, mais son faible coût ga­ran­tit que d’éven­tuelles pertes ne se­ront pas un pro­blème.

L’usage de tels drones offre évi­dem­ment des pos­si­bi­li­tés de com­bi­nai­sons, en leur per­met­tant d’en­trer en avance de phase sur un raid et de dis­per­ser des MALD-J, par exemple, ou en­core des Per­dix. En l’oc­cur­rence, Kra­tos s’est spé­cia­li­sé dans les grands drones ser­vant, jus­qu’ici, de cibles, à l’ins­tar du BQM-167. C’est sur la base de ce der­nier que la firme a conçu un autre appareil plus pe­tit, le Ma­ko, éga­le­ment ca­pable de me­ner des mis­sions de frappes. Contrai­re­ment au Val­ky­rie qui dé­colle et at­ter­rit clas­si­que­ment, le Ma­ko est lan­cé avec l’aide de fu­sées, avant que

son ré­ac­teur ne prenne le re­lais. Il pour­rait être ca­pable de ma­noeu­vrer sous 12 G. Avan­tage de la for­mule re­te­nue, l’in­té­gra­tion de ces drones n’a pas à se faire dans un cadre plus vaste, du point de vue des com­mu­ni­ca­tions. Ils bé­né­fi­cient en ef­fet d’une liai­son de don­nées avec les ap­pa­reils pi­lo­tés qui les ac­com­pagnent, leurs évo­lu­tions dé­ter­mi­nant au­to­ma­ti­que­ment celles des drones. L’in­ter­ven­tion hu­maine se pro­duit alors au ni­veau du ci­blage et du lar­gage des armes, exac­te­ment comme si les mu­ni­tions em­bar­quées sur le drone l’étaient sur l’avion qu’il suit. En l’oc­cur­rence, ce mode de fonc­tion­ne­ment a dé­jà été tes­té avec suc­cès.

LE GOULET

DES COM­MU­NI­CA­TIONS

Tra­vailler de la sorte per­met d’évi­ter l’épi­neuse ques­tion des ré­seaux. Certes, l’usage de drones de tous types per­met de com­pen­ser la perte de masse des forces aé­riennes. Mais ces drones ont aus­si à ac­com­plir des mis­sions né­ces­si­tant de forts vo­lumes de bande pas­sante. Qui sait quel se­ra le vo­lume de don­nées gé­né­ré par des mil­liers de drones de toutes tailles et d’ap­pa­reils de com­bat opé­rant dans un en­vi­ron­ne­ment A2/AD ? Et ce, en sa­chant que plu­sieurs types de ré­seaux se­ront pro­ba­ble­ment à in­ter­con­nec­ter?

L'US Air Force teste de­puis peu un nou­veau type de pod de­vant ser­vir de sys­tème d'in­ter­con­nexion, le Talon HATE.

Cette ques­tion des com­mu­ni­ca­tions sou­lève éga­le­ment, par contre­coup, celle de leur fia­bi­li­té ou des me­sures à adop­ter si un drone connec­té aux dif­fé­rents ré­seaux mis en oeuvre ve­nait à être ré­cu­pé­ré par l’ad­ver­saire. Pra­ti­que­ment ce­pen­dant, la ques­tion n’est pas res­tée sans ré­ponse. L’US Air Force teste ain­si de­puis peu un nou­veau type de pod de­vant ser­vir de sys­tème d’in­ter­con­nexion, le Talon HATE (la si­gni­fi­ca­tion de l’acro­nyme n’a pas été ré­vé­lée).

Le sys­tème joue au ni­veau tac­tique le même rôle que le Bat­tle­field Air­borne Com­mu­ni­ca­tions Node (BACN) sur le plan opé­ra­tif(6) et se pré­sente sous la forme d’un pod ins­tal­lé en po­si­tion ven­trale sous un F-15C. As­sez mas­sif, il per­met de fu­sion­ner et de «tra­duire» les in­for­ma­tions pro­ve­nant des dif­fé­rentes liai­sons de don­nées ac­tuel­le­ment uti­li­sées, pour en­suite les re­dis­tri­buer, y com­pris aux na­vires et aux uni­tés terrestres – mais joue aus­si un rôle de cap­teur pour le F-15C qui l’em­barque(7). C’est no­tam­ment lui qui per­met­tra aux ap­pa­reils de 4e et de 5e gé­né­ra­tion de com­mu­ni­quer sans pro­blème (8). Tes­té avec suc­cès en mai 2017, il ne semble pour l’ins­tant pas en­core en pro­duc­tion. La ques­tion, évi­dem­ment, reste celle de la ré­si­lience du sys­tème et des vo­lumes de don­nées qu’il per­met­tra de faire pas­ser.

Notes

(1) Voir l’ar­ticle de J. Hen­ro­tin sur la ques­tion dans ce hors-sé­rie.

(2) Jus­qu’à huit pou­vaient être em­bar­qués par bom­bar­dier.

(3) Inde et Azer­baïd­jan pour le Ha­rop; Inde, Co­rée du Sud, Tur­quie et Chine pour le Har­py. La Chine semble avoir dé­ve­lop­pé sa propre ver­sion du Har­py. Le De­li­lah pour­rait, par ailleurs, in­té­res­ser le Viet­nam.

(4) La de­mande ini­tiale por­tait sur 10 heures d’en­du­rance et 150 km de por­tée.

(5) On note au pas­sage que l’usage de concept de C-130 por­teurs de drones n’est pas nou­veau : dès la fin des an­nées 1960, des DC-130 avaient été uti­li­sés pour des mis­sions de re­con­nais­sance ou en­core pour le lar­gage de drones cibles – qu’il ne ré­cu­pé­rait ce­pen­dant pas.

(6) Le sys­tème est dé­ployé sur des WB-57 de la NA­SA, les EQ-4B et des E-11A. Il est opé­ra­tion­nel de­puis 2010. (7) Le pod est do­té, à la pointe avant, d’un cap­teur IRST. (8) Ce qui rend d’ailleurs l’ar­gu­ment d’un Ra­fale « in­com­pa­tible avec la 5e gé­né­ra­tion» non per­ti­nent : L’US Air Force se­ra, bien avant les forces OTAN, confron­tée à la ques­tion des re­la­tions entre ap­pa­reils de 4e et de 5e gé­né­ra­tion.

Des drones-leurres MALD sous l'un des points d'em­port ex­té­rieurs d'un B-52. (© Ray­theon)

Vue d'ar­tiste du concept de drones Grem­lins. (© DARPA)

Es­sais en vol du pod Talon HATE sous un F-15C. (© US Air Force)

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.