La vi­tesse tue

DSI Hors-Série - - QUELLES TECHNOLOGIES ? -

Le fait de tra­vailler à des vi­tesses hypersoniques fait pri­mer le fac­teur temps. Les 240 se­condes de vol de l’x‑51 au cours de son es­sai de mai 2013 peuvent pa‑ raître courtes, mais elles ont per­mis à l’en­gin de par­cou­rir plus de 450 km avant de s’abî­mer en mer. En ad­met­tant que l’x‑51 soit un missile de croi­sière, il est pos­sible de com­pres­ser le dé­lai de ré­ac­tion entre une de­mande de tir et la frappe ef­fec­tive à quatre mi­nutes, et ce à grande dis­tance. Ce qui n’est pas sans chan­ger la donne en stra­té­gie aé­rienne. D’une part, il est pra­ti­que­ment illu­soire de vou­loir in­ter­cep­ter un en­gin qui at­tein­drait cette vi­tesse : si c’est pos­sible dans l’ab­so­lu, les ca­pa­ci­tés de cal­cul et de dé­tec­tion aé­rienne avan­cées qui se­raient né­ces­saires au dé­fen­seur se­raient consi­dé­rables.

D’autre part, le dé­lai très court de ré­ac­tion ré­duit la pro­ba­bi­li­té de mo­di­fi­ca­tion de la si­tua­tion tac­tique au sol. Jus­qu’ici, le prin­ci­pal pro­blème de l’uti­li­sa­tion du missile de croi­sière est qu’il va ar­ri­ver sur une cible dont la confi­gu­ra­tion pour­rait avoir évo­lué : il est donc ré­ser­vé à des sites fixes clai­re­ment va­li­dés à l’avance comme étant des cibles en bonne et due forme. Or un missile de croi­sière hypersonique change la donne : il de­vient pos­sible d’ef­fec­tuer un ci­blage « dy­na­mique », ajus­té en fonc­tion des chan­ge­ments de cir­cons­tances sur le ter­rain. Par consé­quent, et c’est là le coeur de l’en­jeu, il de­vient pos­sible de me­ner des at­taques à dis­tance de sé­cu­ri­té dans le même dé­lai que si des ap­pa­reils étaient pré­sents sur le théâtre des opé­ra­tions. Or, éloi­gnés, les mis­siles de ce type sont évi­dem­ment en sé­cu­ri­té, mais, sur­tout, ils rendent l’ac­tuelle gé­né­ra­tion de sys­tèmes dé­fen­sifs ob­so­lète. Par ri­co­chet, ils li­mitent aus­si l’uti­li­té de tech­no­lo­gies comme la fur­ti­vi­té – dont on sait qu’elle se­ra tôt ou tard dé­pas­sée –, voire des drones de com­bat (1).

De fait, un des prin­ci­paux dé­bats en stra­té­gie aé­rienne de ces der­nières an­nées tourne au­tour du chan­ge­ment de po­la­ri­té de la puis­sance aé­rienne in­duit par les pos­tures A2/AD : sa va­leur his­to­ri­que­ment of­fen­sive est re­mise en ques­tion par la pro­li­fé­ra­tion des mis­siles an­ti­aé­riens double di­gits. On com­prend donc à quel point les mis­siles hypersoniques peuvent chan­ger la donne, en ré­ta­blis­sant la pré­émi­nence de l’of­fen­sive sur les théâtres à forte den­si­té d’ar­me­ment de pointe. Nous n’en sommes ce­pen­dant pas en­core là. Si tant est que ce type de missile puisse être fa­ci­le­ment pro­duit – et à re­la­ti­ve­ment bas coût –, nombre d’obs­tacles res­tent à dé­pas­ser. À com­men­cer par la ques­tion de la frappe elle‑même : com­ment in­flé­chir la course d’un en­gin vo­lant à Mach 6 de fa­çon qu’il frappe de ma­nière pré­cise un site ?

Note

(1) On rap­pel­le­ra qu’ils ne consti­tuent ab­so­lu­ment pas une prio­ri­té pour L’US Air Force, a contra­rio de la Na­vy.

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