L’AR­MÉE NA­TIO­NALE LIBYENNE : UN ES­SAIM DE MILICES AU­TOUR D'UNE AR­MÉE RÉ­GU­LIÈRE

UN ES­SAIM DE MILICES AU­TOUR D’UNE AR­MÉE RÉ­GU­LIÈRE

DSI Hors-Série - - SOMMAIRE - Ar­naud DELALANDE Spé­cia­liste des ques­tions de dé­fense.

Ar­naud DELALANDE

Près de quatre ans après la scis­sion des deux gou­ver­ne­ments qui a me­né les ré­gions orien­tale et oc­ci­den­tale à une guerre ci­vile et deux ans après la si­gna­ture de «l’ac­cord po­li­tique li­byen» né­go­cié par L’ONU à Skhi­rat, au Ma­roc, qui a confir­mé la Chambre des re­pré­sen­tants en tant que Par­le­ment in­ter­na­tio­na­le­ment re­con­nu en Li­bye et ins­ti­tu­tion­na­li­sé un Gou­ver­ne­ment d’ac­cord na­tio­nal (GNA) avec un Conseil pré­si­den­tiel, la Li­bye n’est tou­jours pas un État sta­bi­li­sé. La plu­part des fac­tions bel­li­gé­rantes y sont frag­men­tées, cha­cune d’entre elles ayant son propre agen­da.

Le bras ar­mé de la Chambre des re­pré­sen­tants est l’ar­mée na­tio­nale libyenne, com­man­dée par le ma­ré­chal Kha­li­fa Haf­tar, qui n’est, en fait, qu’un re­grou­pe­ment de milices au­tour d’un noyau d’ar­mée ré­gu­lière, re­pré­sen­tant une force de 25000 hommes en­vi­ron.

Après avoir opé­ré en Tu­ni­sie, le Pre­mier mi­nistre, Fayez el-ser­raj, et quelques autres membres du GNA sont ar­ri­vés à Tri­po­li fin mars 2016. Après une an­née de pré­sence dans la ca­pi­tale, Fayez el-ser­raj a échoué à réunir les dif­fé­rentes fac­tions. La Chambre des re­pré­sen­tants, dé­pla­cée à Al-bay­da et To­brouk en sep­tembre 2014, a re­fu­sé de cau­tion­ner le GNA. Le Gou­ver­ne­ment de sa­lut na­tio­nal a dé­mis­sion­né et re­mis le pou­voir au Con­grès gé­né­ral na­tio­nal le 1er avril 2016, mais s’est re­for­mé six mois plus tard à la suite de la prise de contrôle du bâ­ti­ment du Haut Conseil d’état par une fac­tion op­po­sée à Tri­po­li.

L’ac­cord po­li­tique li­byen était cen­sé ex­pi­rer deux ans après un vote de confiance par la Chambre des re­pré­sen­tants, mais comme il n’a pas en­core été ap­prou­vé par celle-ci, cer­tains consi­dèrent qu’il est tou­jours en vi­gueur. Le bras ar­mé de la Chambre des re­pré­sen­tants est l’ar­mée na­tio­nale libyenne (ANL), com­man­dée par le ma­ré­chal Kha­li­fa Haf­tar, qui n’est, en fait, qu’un re­grou­pe­ment de milices au­tour d’un noyau d’ar­mée ré­gu­lière, re­pré­sen­tant une force de 25 000 hommes en­vi­ron. Elle ne forme pas un bloc so­lide et co­hé­rent. Chaque mi­lice a son agen­da et ses am­bi­tions. Il n’est pas rare que des uni­tés de L’ANL s’af­frontent entre elles pour di­verses rai­sons (pos­ses­sion de ter­rains, ar­res­ta­tion d’un ou plu­sieurs de leurs membres, tra­fic, etc.). La co­hé­sion de l’en­semble est fra­gile ; aus­si, la ré­cente hos­pi­ta­li­sa­tion du ma­ré­chal Haf­tar à Pa­ris et l’in­cer­ti­tude quant à son état de san­té me­nacent-elles à tout mo­ment de faire écla­ter cette ar­mée…

L’AR­MÉE NA­TIO­NALE LIBYENNE « RÉ­GU­LIÈRE »

Les forces ter­restres ré­gu­lières du ma­ré­chal Kha­li­fa Haf­tar sont com­po­sées de plu­sieurs di­zaines d’uni­tés – deux bri­gades d’in­fan­te­rie mé­ca­ni­sée ; une bri­gade de chars ; trois bri­gades d’ar­tille­rie; une bri­gade des forces spé­ciales ; deux « Forces Ra­da de dis­sua­sion », re­grou­pe­ment plu­sieurs bri­gades ; et en­vi­ron une cen­taine d’uni­tés de taille plus ou moins im­por­tante de type bri­gades,

ba­taillons d’in­fan­te­ries, ba­taillons lé­gers, gardes-fron­tières, forces de sé­cu­ri­té – avec un to­tal d’en­vi­ron 7000 membres. Dres­ser un in­ven­taire com­plet de l’en­semble de ces uni­tés re­lève du dé­fi et seules un tiers d’entre elles en­vi­ron ont pu être iden­ti­fiées, car elles ont été plus ou moins ac­tives sur le ter­rain. En sep­tembre 2017, le pré­sident de la Chambre des re­pré­sen­tants, Agui­la Sa­leh, a or­don­né la créa­tion de quatre zones mi­li­taires cou­vrant la par­tie cen­trale et la ma­jeure par­tie de la côte ouest de la Li­bye :

• la zone mi­li­taire du golfe de Syrte, avec

son siège à Aj­da­biya ;

• la zone mi­li­taire de Mis­ra­ta, dont le siège

est à Khoms ;

• la zone mi­li­taire de Tri­po­li, dont le siège

est à Suq al-kha­mis ;

• la zone mi­li­taire d’az-za­wiyah, dont le

siège est à Sa­bra­tha.

Cette an­nonce fut as­sez sym­bo­lique puisque seule une par­tie de la pre­mière, la zone du golfe de Syrte, est entre les mains de L’ANL. Elle s’étend de Syrte à l’ouest jus­qu’à Si­di Ab­de­la­ti, à une soixan­taine de ki­lo­mètres

au nord d’aj­da­biya. Sa li­mite sud est Zillah. Il

existe deux autres zones mi­li­taires : une qui s’étend du sud de la zone cen­trale (golfe de Syrte) aux fron­tières sud du pays et la zone

orien­tale de Ben­gha­zi à To­brouk.

ZONE MI­LI­TAIRE DU GOLFE DE SYRTE

Les 276e et 302e bri­gades d’in­fan­te­rie ain­si que la 210e bri­gade d’in­fan­te­rie mé­ca­ni­sée sont dé­ployées dans une zone si­tuée entre Syrte et No­fa­lia afin de sur­veiller les mi­li­tants de l’état is­la­mique (EI) qui mettent ré­gu­liè­re­ment en place des check­points, mènent des pa­trouilles de sé­cu­ri­té et at­taquent L’ANL de­puis août 2017. Mo­ham­med Da­wood alGab­si, le com­man­dant de la 302e – une uni­té sa­la­fiste éga­le­ment ap­pe­lée « bri­gade Al

Ja­wa­reh » – a été tué par un vé­hi­cule équi­pé

d’un en­gin ex­plo­sif im­pro­vi­sé (VBIED) en jan­vier 2018 à Ben­gha­zi.

La pro­tec­tion des ter­mi­naux pé­tro­liers re­lève de la 152e bri­gade d’in­fan­te­rie mé­ca­ni­sée qui est sou­te­nue par les 308e et 298e bri­gades d’in­fan­te­rie. Cette der­nière

est di­ri­gée par Na­ji al-magh­ra­bi, qui a quit­té Ben­gha­zi, et est ar­ri­vée dans la zone du crois­sant pé­tro­lier, sous com­man­de­ment mi­li­taire cen­tral, en dé­cembre 2017. Les deux uni­tés mé­ca­ni­sées (210e et 152e) sont équi­pées de vé­hi­cules blin­dés ré­cents Nimr et APC Pan­the­ra T6. La 106e bri­gade d’in­fan­te­rie, éga­le­ment ap­pe­lée «ba­taillon sa­la­fiste Sa­bel as-sa­lam» et di­ri­gée par Ab­dul­rah­man Ha­shim al-ki­la­ni, de la ré­gion sud de Kou­fra, a par­ti­ci­pé aux com­bats de Ben­gha­zi et est éga­le­ment dé­ployée dans la zone des ter­mi­naux pé­tro­liers. En jan­vier 2018, six de ses membres ont été tués dans une em­bus­cade dans l’oa­sis de Jagh­boub dans le sud-est du pays.

En oc­tobre 2017, le bri­ga­dier Mo­ham­med

ben Nayel, com­man­dant de la zone mi­li­taire sud, a an­non­cé la créa­tion d’une nou­velle uni­té Ra­da, di­ri­gée par le lieu­te­nant Mo­ha­med

Ha­med al-se­nus­si al-bui­shi et ba­sée à Aj­da­biya, pour la nou­velle ré­gion mi­li­taire cen­trale. Cette uni­té est com­po­sée des 304e et 519e bri­gades – cette der­nière équi­pée de jeeps KADDB Iris et D’APC Ra­tel-20. Quatre

membres de la 304e ont été tués par un VBIED de L’EI le 29 mars 2018. Quelques jours plus

tard, le ma­ré­chal Kha­li­fa Haf­tar a or­don­né la créa­tion d’une nou­velle uni­té de L’ANL à Ba­ni Wa­lid. La 27e bri­gade d’in­fan­te­rie lé­gère fe­ra par­tie de la zone mi­li­taire du golfe de Syrte (ou cen­trale) et se­ra di­ri­gée par Ab­dul­lah al-war­fa­li, de la tri­bu lo­cale de War­fa­la. La bri­gade des Mar­tyrs d’az-za­wiyah est un ba­taillon

d’élite qui a long­temps com­bat­tu à Ben­gha­zi, no­tam­ment dans le dis­trict de Gan­fou­da qui a été re­pris en jan­vier 2017. Après les af­fron­te­ments du Fez­zan en avril sui­vant, cer­tains élé­ments de cette force di­ri­gée par le bri­ga­dier Ja­mal al-za­ha­wi avaient quit­té Ben­gha­zi

pour at­ta­quer la base aé­rienne d’al-jou­fra.

La pro­tec­tion des ter­mi­naux pé­tro­liers re­lève de la 152e bri­gade d’in­fan­te­rie mé­ca­ni­sée qui est sou­te­nue par les 308e et 298e bri­gades d’in­fan­te­rie.

ZONE MI­LI­TAIRE ORIEN­TALE

L’ANL compte deux bri­gades d’ar­tille­rie – la 321e et la 322e (in­té­grée à la 106e bri­gade d’in­fan­te­rie) – qui sont ac­tuel­le­ment en­ga­gées dans les com­bats à Der­na contre les mi­li­tants du DMSC (Conseil de la chou­ra des moud­ja­hi­dines de Der­na). Six ou sept pe­tits ba­taillons jouent le rôle de gardes-fron­tières, mais ont éga­le­ment des tâches de sé­cu­ri­té, no­tam­ment les 415e (ex-108e), 471e (ex-71e), ain­si que la 501e bri­gade qui est une uni­té de re­con­nais­sance char­gée de la pro­tec­tion et de la sé­cu­ri­sa­tion de l’aé­ro­port in­ter­na­tio­nal de

To­brouk et de la base aé­rienne Ga­mal Ab­del Nas­ser. En avril 2018, plu­sieurs bri­gades ont fait mou­ve­ment vers Der­na en vue de la bataille an­non­cée pour la re­con­quête de la ville. Il s’agit des 106e, 128e, 155e et 166e bri­gades d’in­fan­te­rie et de la bri­gade Ta­riq bin Ziyad.

LES FORCES SPÉ­CIALES

La 17e bri­gade des forces spé­ciales («Thun­der­bolt») – éga­le­ment connue sous le nom de « bri­gade des forces spé­ciales d’al-sai­qa » – est l’uni­té des forces spé­ciales de L’ANL et est com­po­sée d’en­vi­ron 5000 pa­ra­chu­tistes, forces pa­ra­mi­li­taires et com­man­dos. C’est une an­cienne uni­té d’élite for­mée en 1964 et qui fut l’une des pre­mières uni­tés mi­li­taires à faire dé­fec­tion en fé­vrier 2011. En mai 2014, le co­lo­nel Wa­nis Abou Kha­ma­da, chef des forces spé­ciales, s’est ran­gé du cô­té des troupes du ma­ré­chal Haf­tar pour com­battre les milices is­la­mistes lors du dé­but de l’opé­ra­tion « Di­gni­té ».

En 2016, la bri­gade Al-sai­qa a été char­gée de re­prendre les dis­tricts de Gan­fou­da, Sa­bri et Suq al-hout à Ben­gha­zi. En août 2017, la Cour pé­nale in­ter­na­tio­nale a émis un man­dat d’ar­rêt contre Mah­moud Mus­ta­fa al-wer­fal­li, un com­man­dant de la bri­gade Al-sai­qa, pour des exé­cu­tions de masse dans la ré­gion de Ben­gha­zi. À la fin du mois de dé­cembre, les forces spé­ciales de L’ANL a an­non­cé que les opé­ra­tions mi­li­taires étaient ache­vées à Ben­gha­zi, mal­gré l’exis­tence de poches de ré­sis­tance dans la ville.

ZONE MI­LI­TAIRE SUD

La prin­ci­pale uni­té de la zone sud est la force «Ra­da» («dis­sua­sion») pour le sud, sous le com­man­de­ment du bri­ga­dier Mo­ham­med ben Nayel et for­mée en sep­tembre 2017 par le re­grou­pe­ment des 12e, 116e et 181e bri­gades d’in­fan­te­rie. La 12e bri­gade d’in­fan­te­rie était ba­sée dans la ré­gion du Fez­zan. Elle est consi­dé­rée comme la force prin­ci­pale de la «branche sud» de L’ANL, mais suit gé­né­ra­le­ment son propre agen­da. La bri­gade se com­pose prin­ci­pa­le­ment de com­bat­tants de l’al-ma­qar­ba et d’autres tri­bus ins­tal­lées à Wa­di al-sha­ti, du Ghad­dad­fa et des Tou­bous. La plu­part de ces tri­bus étaient d’an­ciens loya­listes de Kadha­fi. La base aé­rienne de Brak al-sha­ti, si­tuée à Wa­di al-sha­ti, à en­vi­ron 70 km au nord de Seb­ha, a été cap­tu­rée sans com­bat, le 7 dé­cembre 2016, par la 12e bri­gade d’in­fan­te­rie. Mais le site, une an­cienne base d’en­traî­ne­ment de feu la force aé­rienne libyenne, était en mau­vais état. Le 26 dé­cembre 2016, des af­fron­te­ments ont écla­té entre la 3e Force de

Mis­ra­ta et la 12e bri­gade d’in­fan­te­rie près de la base aé­rienne de Ta­man­hint, si­tuée à 30 km au nord-est de Seb­ha. La 12e bri­gade a pris Gwai­rat al-mal à la 3e Force qui était dé­ployée de­puis le dé­but de 2014 comme une « force de main­tien de la paix» dans le Fez­zan pour as­su­rer un sem­blant de paix, sé­cu­ri­ser les champs pé­tro­li­fères, ex­pul­ser ses ri­vaux de Zin­tan et em­pê­cher L’ANL de mettre un pied dans le sud. La 12e bri­gade a cap­tu­ré la base aé­rienne de Ta­man­hint en mai 2017, quelques jours après l’at­taque de la base aé­rienne de Brak al-sha­ti qui a lais­sé en­vi­ron 140 mi­li­taires de L’ANL et ci­vils tués. Ben Nayel a dé­mis­sion­né quelques jours après l’at­taque en as­su­mant sa part de res­pon­sa­bi­li­té pour ne pas avoir pu évi­ter ce mas­sacre.

En août 2017, la 131e bri­gade d’in­fan­te­rie a per­du neuf sol­dats, dont son com­man­dant, Ali al-ghad­bane, à un poste de contrôle de L’EI près d’al-fu­gha, entre Seb­ha et Zillah, où la bri­gade est dé­ployée. Le 20 fé­vrier 2018, L’ANL a créé trois uni­tés sup­plé­men­taires : la 205e bri­gade de chars (in­té­grée à la 6e bri­gade Aw­lad Su­lay­man), la 311e bri­gade d’ar­tille­rie et la 138e bri­gade d’in­fan­te­rie.

MILICES AUXILIAIRES

Le ma­ré­chal Haf­tar peut éga­le­ment comp­ter sur en­vi­ron 12000 membres de milices auxiliaires, dont plu­sieurs uni­tés sou­da­naises is­sues des milices du Dar­four et tcha­diennes. Le dé­ploie­ment des groupes ar­més de l’ar­mée de Li­bé­ra­tion du Sou­dan/min­ni Mi­na­wi (ALS/MM) a dé­bu­té en mars 2015 dans les zones d’uba­ri, d’al-waw et d’al-wig. Ils ont d’abord re­joint les bri­gades di­ri­gées par les Tou­bous dans le sud de la Li­bye et, plus tard, Ben­gha­zi. En mars 2016, ils avaient ga­gné leur au­to­no­mie et joué un rôle clé dans la cap­ture et la pro­tec­tion des ins­tal­la­tions pé­tro­lières par L’ANL. Cer­tains com­man­dants de L’ALS/MM sou­da­nais ont été re­çus à Marj à la mi-oc­tobre 2016. Dé­but 2017, cer­tains com­man­dants de ter­rain de L’ALS/MM ont dé­ci­dé de se re­ti­rer de Li­bye en rai­son de ni­veaux de ré­mu­né­ra­tion in­suf­fi­sants et de crainte de ré­per­cus­sions po­li­tiques. Le 8 mars 2018, un vé­hi­cule suicide équi­pé d’un en­gin ex­plo­sif im­pro­vi­sé (SVBIED) a ex­plo­sé sur un poste de contrôle de L’ANL au sud-est d’aj­da­biya. Trois per­sonnes ont été bles­sées : un sol­dat de la 152e bri­gade d’in­fan­te­rie mé­ca­ni­sée et deux Sou­da­nais, pro­ba­ble­ment de la mi­lice ALS/MM.

L’ar­mée de li­bé­ra­tion du Sou­dan/al-nour est éga­le­ment en­ga­gée aux cô­tés de L’ANL avec 1 500 com­bat­tants à mi-2016. Le groupe tcha­dien Ras­sem­ble­ment des forces pour le chan­ge­ment (RFC) a com­men­cé à opé­rer dans le sud-est de la Li­bye à la fin de

l’an­née 2015. Il au­rait été im­pli­qué dans des at­taques contre des convois de tra­fi­quants de drogue. Ap­pa­rem­ment, il a été dé­ployé dans le crois­sant pé­tro­lier, aux cô­tés de L’ANL. Celle-ci peut éga­le­ment comp­ter sur en­vi­ron 500 membres du clan d’al-fur­jan, ain­si que sur un nombre in­dé­ter­mi­né de gardes des ins­tal­la­tions pé­tro­lières (PFG) mé­con­tents du rem­pla­ce­ment à leur tête d’ibra­him Jadh­ran par le nou­veau com­man­dant Idriss Sa­leh Abou Kha­ma­da.

ZONE MI­LI­TAIRE D'AZ-ZA­WIYAH LES BRI­GADES DE ZIN­TAN

Les forces de la ville oc­ci­den­tale de Zin­tan ont joué un rôle cru­cial pen­dant la guerre de 2011, et se sont dé­ployées à la fois à Tri­po­li et dans la ré­gion mé­ri­dio­nale du Fez­zan. Ex­pul­sées des deux zones en 2014, elles ont construit une force bien en­traî­née et équi­pée, avec en­vi­ron 2500 sol­dats, et contrôlent une an­cienne base aé­rienne de Kadha­fi à Al­wa­tiya (éga­le­ment ap­pe­lée Uq­ba Ibn Na­fa). Elle a été cap­tu­rée par L’ANL le 9 août 2014. Les Zin­ta­nis sont re­grou­pés prin­ci­pa­le­ment dans les monts Ja­bal Na­fu­sah et dans la plaine cô­tière de Ja­fa­rah. Ils ont une re­la­tion ten­due avec le ma­ré­chal Haf­tar de­puis 2012, bien qu’ils fassent of­fi­ciel­le­ment par­tie de L’ANL. Leurs forces étaient com­po­sées de la bri­gade Al-sa­waiq (de­ve­nue 55e bri­gade d’in­fan­te­rie fin 2017) di­ri­gée par Isam al-tra­bul­si, de la bri­gade al-qa­qa (qui n’existe plus de­puis fin 2017) di­ri­gée par Oth­man Ma­lig­ta, et de la bri­gade Al-ma­da­ni di­ri­gée par Ibra­him al­ma­da­ni. Elles dé­tiennent en­core Saif al-is­lam al-kadha­fi. À celles-ci pou­vaient être ajou­tées la 4e bri­gade d’in­fan­te­rie, di­ri­gée par le bri­ga­dier Ba­shir Na­jih, dans la ville d’azi­ziyah, dans le dis­trict de Wer­she­fa­na, et la 26e bri­gade d’in­fan­te­rie dans la ré­gion de Zah­ra, au sud de Tri­po­li. Le 1er no­vembre, la 4e bri­gade d’in­fan­te­rie a été at­ta­quée par des forces loyales à Osa­ma al-ju­wai­li, le com­man­dant du Conseil mi­li­taire des ré­vo­lu­tion­naires de Zin­tan créé en 2011 : 28 per­sonnes ont été tuées, dont 14 com­bat­tants de L’ANL. Al-ju­wai­li a été mi­nistre de la Dé­fense de la Li­bye en 2011 et 2012. Le Conseil mi­li­taire de Zin­tan n’est ni un op­po­sant ac­tif ni un proche al­lié du ma­ré­chal Kha­li­fa Haf­tar, mais il a bé­né­fi­cié du ré­seau lo­gis­tique de L’ANL et des ef­forts d’ac­qui­si­tion d’armes. Les 4e et 26e bri­gades ont été dis­soutes quelques se­maines après ces com­bats.

Le groupe tri­bal des Aw­lad Su­lay­man a pro­fi­té des chan­ge­ments dans la struc­ture du pou­voir tri­bal lo­cal pour prendre en charge les ser­vices de sé­cu­ri­té de Seb­ha et les ac­ti­vi­tés de tra­fic ré­gio­nal. Ce­la a ame­né le groupe à en­trer en conflit avec les Tou­bous et les Toua­regs, qui contrô­laient tra­di­tion­nel­le­ment les voies de contre­bande trans­fron­ta­lières.

GROUPES AR­MÉS TRIBAUX

Après la ré­vo­lu­tion de 2011, le groupe tri­bal des Aw­lad Su­lay­man a pro­fi­té des chan­ge­ments dans la struc­ture du pou­voir tri­bal lo­cal pour prendre en charge les ser­vices de sé­cu­ri­té de Seb­ha et les ac­ti­vi­tés de tra­fic ré­gio­nal. Ce­la a ame­né le groupe à en­trer en conflit avec les Tou­bous et les Toua­regs, qui contrô­laient tra­di­tion­nel­le­ment les voies de contre­bande trans­fron­ta­lières. Le ré­sul­tat fut une guerre ou­verte à Seb­ha en 2012 et 2014. L’un des prin­ci­paux com­man­dants d’aw­lad Su­lay­man à l’époque était Ah­mad al-utay­bi. En mai 2016, la bri­gade Aw­lad Su­lay­man (de­ve­nue 6e bri­gade) a été en­ga­gée dans la bataille de Syrte aux cô­tés des milices d’al-bu­nyan al-mar­sous. Le 20 fé­vrier 2018, Al-utay­bi s’op­pose à l’in­té­gra­tion de la 6e bri­gade à L’ANL comme le sou­haite le ma­ré­chal Haf­tar, dé­cla­rant que la loyau­té de sa bri­gade va au mi­nis­tère de la Dé­fense du gou­ver­ne­ment de Tri­po­li. Quelques jours plus tard, il est rem­pla­cé par le gé­né­ral de bri­gade de L’ANL Kha­li­fa Ab­dul­ha­fith Kha­li­fa.

L'ÉQUI­PE­MENT

L’équi­pe­ment est as­sez dis­pa­rate au sein des bri­gades. Cer­taines uni­tés sont très bien équi­pées, avec du ma­té­riel ré­cent, comme les 298e, 21e, 106e, 302e, 210e, 321e bri­gades et, bien sûr, les forces spé­ciales Al-sai­qa. En avril 2016, L’ANL a ré­cep­tion­né une car­gai­son qui com­pre­nait 93 vé­hi­cules blin­dés de tran­sport de troupes (75 vé­hi­cules de type Pan­the­ra T6 et 18 vé­hi­cules de type Ty­gra en pro­ve­nance Émi­rats arabes unis) et 549 vé­hi­cules blin­dés et non blin­dés (dont 195 ca­mion­nettes Toyo­ta Land Crui­ser). En Li­bye, les pick-up Toyo­ta HZJ 79 sont en­core plus im­por­tants que les vé­hi­cules blin­dés, car ils peuvent être fa­ci­le­ment équi­pés de di­verses armes : mi­trailleuses de ca­libre 12,7 mm et 14,5 mm et ca­nons sans re­cul de ca­libre 106 mm. Le ma­té­riel an­cien de l’ère Kadha­fi reste néan­moins ma­jo­ri­taire, no­tam­ment les chars T-54/55, lance-ro­quettes mul­tiples BM-21 Grad, obu­siers au­to­mo­teurs, etc.

Pho­to ci-des­sus :T-54/55 de la 106e bri­gade lors de la bataille de Ben­gha­zi en no­vembre 2016. (© Coll. A. Delalande)

Des Toyo­ta gréés en « tech­ni­cals ». (© Coll. A. Delalande)

Vé­hi­cules Toyo­ta de la 106e bri­gade, équi­pés de mi­trailleuse et de ZPU-2 de 14,5 mm lors d’un re­dé­ploie­ment sur Ben­gha­zi en oc­tobre 2017. (© Coll. A. Delalande)

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