LES FORCES BLIN­DÉES DANS LE MAGHREB

DSI Hors-Série - - SOMMAIRE - Laurent TOUCHARD Spé­cia­liste des ques­tions de dé­fense.

Laurent TOUCHARD

Le Maghreb, dans l’es­pace le plus large au-de­là du «noyau» que re­pré­sentent le Ma­roc, l’al­gé­rie et la Tu­ni­sie, consti­tue une zone où les choix et be­soins mi­li­taires va­rient gran­de­ment. Ain­si, en pre­mier lieu, le dji­ha­disme, avec toutes les mé­thodes de com­bat (clas­siques, gué­rilla, ter­ro­gué­rilla(1), ter­ro­risme) aux­quelles re­courent ceux qui s’en ré­clament, s’est im­po­sé en dan­ger com­mun pour tous les pays de cette ré­gion. Les ré­ponses à ap­por­ter s’ins­crivent dans une lo­gique d’ap­proche glo­bale qui in­clut des as­pects mi­li­taires. En se­cond lieu, il existe des me­naces autres que le dji­ha­disme et une per­cep­tion de leur in­ten­si­té qui font que les en­jeux mi­li­taires ne sont pas ho­mo­gènes dans l’es­pace en ques­tion. Cette mul­ti­for­mi­té se tra­duit tout par­ti­cu­liè­re­ment dans le do­maine des forces blin­dées.

LA FORCE BLIN­DÉE ALGÉRIENNE

Il est au­jourd’hui peu pro­bable de voir écla­ter une guerre entre l’al­gé­rie et le Ma­roc. Ce d’au­tant moins qu’en dé­pit de sem­pi­ter­nels obs­tacles à pro­pos du Sa­ha­ra oc­ci­den­tal (2) et d’une mau­vaise foi ré­si­liente de l’en­semble des pro­ta­go­nistes du dos­sier, la pré­fé­rence po­li­tique do­mine mal­gré tout. Ce­pen­dant, les deux pays consi­dèrent tou­jours – et ce, pour long­temps en­core – l’idée d’un conflit de haute in­ten­si­té qui ver­rait leur avia­tion, leur ma­rine et leur ar­mée de terre res­pec­tives s’af­fron­ter dans une lutte en prin­cipe aus­si brève que vio­lente. Au sol, les blin­dés se­raient par­ti­cu­liè­re­ment sol­li­ci­tés. Par ailleurs, et même si le scé­na­rio est là aus­si peu pro­bable, Al­ger prend en compte le risque d’une in­ter­ven­tion oc­ci­den­tale si un jour le pays som­brait dans un chaos sé­cu­ri­taire. Les opé­ra­tions me­nées contre la Li­bye ou celles contre la Sy­rie sont scru­tées. No­nobs­tant la rhé­to­rique di­plo­ma­tique de paix, L’OTAN n’est pas na­tu­rel­le­ment perçue comme « amie » de l’al­gé­rie mi­li­taire. En consé­quence, Ra­bat, et plus en­core Al­ger, conserve un ordre de bataille et des moyens blin­dés en adé­qua­tion avec ces me­naces.

L’al­gé­rie dis­pose de deux di­vi­sions blin­dées et de deux di­vi­sions d’in­fan­te­rie mé­ca­ni­sée (3), or­ga­ni­sées dans les grandes lignes sur la base des di­vi­sions ex-so­vié­tiques du même type. Elle dis­pose aus­si d’une bri­gade blin­dée et de trois bri­gades d’in­fan­te­rie mé­ca­ni­sée in­dé­pen­dantes. L’en­semble re­pré­sente un vo­lume de chars im­por­tant, avec plus de 370 T-90SA (au moins 540 au to­tal dans le fu­tur) et 325 T-72. Le rem­pla­ce­ment des 300 T-62 et des 270 T-55 s’ac­com­plit dé­sor­mais. À terme, l’al­gé­rie pos­sé­de­ra donc en­vi­ron 865 chars modernes ou re­la­ti­ve­ment modernes. Les T-90 et, éven­tuel­le­ment, les T-72 pour­raient être en­tre­te­nus lo­ca­le­ment dans une usine construite par la Rus­sie, qui per­met­trait aus­si l’as­sem­blage des T-90(4). Le parc de blin­dés plus lé­gers est lui aus­si

À terme, l’al­gé­rie pos­sé­de­ra en­vi­ron

865 chars modernes ou re­la­ti­ve­ment modernes. Les T-90 et, éven­tuel­le­ment, les T-72 pour­raient être en­tre­te­nus lo­ca­le­ment dans une usine construite par la Rus­si e, qui per­met­trait aus­si l’as­sem­blage des T-90.

non né­gli­geable. Pour ne ci­ter que les plus modernes par­mi les vé­hi­cules de com­bat d’in­fan­te­rie (VCI), il com­prend 100 BMP-3, 304 BMP-2M, au moins 760 BMP-1 mo­der­ni­sés et jus­qu’à 640 autres non mo­der­ni­sés. Par ailleurs, entre 2018 et 2019, le pays re­ce­vra des BMP-T Ter­mi­na­tor II des­ti­nés à oeu­vrer de conserve avec les T-90. Par ailleurs, il comble son re­tard en ma­tière d’ar­tille­rie au­to­mo­trice. Ce qui, as­so­cié au couple T-90SA/ BMP-T, lui per­met­tra de me­ner un com­bat mé­ca­ni­sé in­ter­armes sans com­mune me­sure jus­qu’alors, avec des per­son­nels de mieux en mieux en­traî­nés. Aux vieux au­to­mo­teurs 2S1 et 2S3 s’ajoutent dé­sor­mais 54 PLZ-45 – voire des PLZ-52(5) – chi­nois en­trés en ser­vice à par­tir de 2017. Al­ger a aus­si ac­quis jus­qu’à 52 lance-ro­quettes mul­tiples ther­mo­ba­riques TOS 1A sur châs­sis de T-72, dont la puis­sance de feu est dé­vas­ta­trice (6).

Pour les vé­hi­cules de tran­sport de troupes, l’al­gé­rie pos­sé­de­ra au moins 1 200 Fuchs 2, la plu­part fa­bri­qués lo­ca­le­ment(7). L’ob­ten­tion de tou­relles afin d’amé­lio­rer leur puis­sance de feu est en­vi­sa­gée, ce qui trans­for­me­rait de fac­to cer­tains de ces blin­dés en VCI. Outre la grande mo­bi­li­té stra­té­gique dont elles bé­né­fi­cient, les uni­tés do­tées de Fuchs pour­raient être en­ga­gées dans des opé­ra­tions de main­tien ou de ré­ta­blis­se­ment de l’ordre. En ef­fet, les blin­dés à roues sont vus comme moins « agres­sifs » vis-à-vis des po­pu­la­tions, mais sur­tout des opi­nions pu­bliques et des dé­ci­deurs étran­gers. L’al­gé­rie a éga­le­ment 150 BTR-80 qu’elle sou­haite rem­pla­cer, et 24 Type-92. Éton­nam­ment, les vieux Pan­hard M3 (au moins quelques-uns sur 55 au to­tal) semblent avoir été ré­no­vés, tan­dis que 100 BCL M5, 250 BTR-60, 100 Fahd et 150 OT-64 sont plus ou moins opé­ra­tion­nels. Quelques Hum­mer blin­dés équipent les forces spé­ciales. De nom­breux Nimr 2 entrent éga­le­ment en ser­vice (8). Alors qu’elle est pour­tant confron­tée à la ter­ro­gué­rilla, l’al­gé­rie est à la traîne dans le do­maine des blin­dés de type MRAP (Mine Re­sis­tant Am­bush Pro­tec­ted). Le pays pa­rais­sait in­té­res­sé par le Din­go 2 al­le­mand, mais, en 2018, cette at­ten­tion ne semble pas s’être concré­ti­sée. L’ac­qui­si­tion de sys­tèmes d’armes an­ti­chars SPM-2 Ti­gr/ mis­siles Kor­net-em, en rem­pla­ce­ment des vieux BRDM-2/AT-14(9), est em­blé­ma­tique de l’orien­ta­tion «conflit de haute in­ten­si­té». En ef­fet, ces en­gins sont tout spé­cia­le­ment des­ti­nés à la des­truc­tion de chars de com­bat prin­ci­paux modernes (Main Bat­tle Tank – MBT), à l’image de ceux qu’aligne le Ma­roc en nombre crois­sant.

LA FORCE BLIN­DÉE MA­RO­CAINE

De l’autre cô­té de la fron­tière, le Ma­roc n’est pas en reste. Ses forces blin­dées se com­posent d’au moins une bri­gade blin­dée(10), de treize groupes d’es­ca­drons blin­dés(11), équi­va­lents de ba­taillons de chars, ain­si que, peut-être, d’un ba­taillon de chars in­dé­pen­dant. Le royaume ché­ri­fien aligne aus­si trois bri­gades d’in­fan­te­rie mé­ca­ni­sée ain­si que huit ré­gi­ments d’in­fan­te­rie mé­ca­ni­sée. Vieillis­sant, voire ob­so­les­cent au dé­but du XXIE siècle, le parc de chars ma­ro­cains est au­jourd’hui en cours de mo­der­ni­sa­tion avec la li­vrai­son pro­gres­sive de 222 M-1A1SA (Spe­cial Ar­mor/ré­no­vés), plus 162 autres qui semblent avoir été com­man­dés(12), ce qui por­te­rait le to­tal des Abrams à 384. Ils aug­mentent sen­si­ble­ment le po­ten­tiel que consti­tuent les autres MBT, à sa­voir entre 54 et 150 Vt-1a/al­kha­lid(13), 148 T-72B et T-72BV, 260 M-60A3TTS, plus 174 M-60A3/M60A1 et 184 M-48A5 plus ou moins opé­ra­tion­nels. Les M-48A5 ain­si qu’un maxi­mum de 116 SK105 et 54 AMX-13 (chas­seurs de chars/chars lé­gers) sont dé­ployés dans le Sa­ha­ra oc­ci­den­tal, le long du « mur des sables (14) » face au ter­ri­toire te­nu par le Front Po­li­sa­rio (15). Beau­coup sont en panne, voire plus opé­ra­tion­nels du tout, ser­vant de bun­kers. En comp­tant la com­mande sup­plé­men­taire de M-1A1SA, le Ma­roc ali­gne­ra donc à terme 682 chars (en con­si­dé­rant un to­tal de 150 VT-1A), 856 en in­cluant les M-60A3TTS. Ces der­niers gardent une cer­taine va­leur face aux T-72 al­gé­riens. Ils pour­raient éga­le­ment être épar­pillés dans le Sa­ha­ra oc­ci­den­tal, en rem­pla­ce­ment des re­li­quats de M-48A5, SK105 et AMX-13 à bout de

Le parc de chars ma­ro­cains est au­jourd’hui en cours de mo­der­ni­sa­tion avec la li­vrai­son pro­gres­sive de 222 M-1A1SA (Spe­cial Ar­mor/ré­no­vés), plus 162 autres qui semblent avoir été com­man­dés, ce qui por­te­rait le to­tal des Abrams à 384.

souffle. La si­tua­tion en ma­tière de blin­dés lé­gers est moins brillante : les blin­dés sont âgés et connaissent des pro­blèmes de stan­dar­di­sa­tion. Le Ma­roc pos­sède ain­si 30 Ra­tel 90, 16 Eland et 190 AML-90, 80 AMX-10RC pour les blin­dés de re­con­nais­sance/com­bat; 110 AIFV-B, une tren­taine de Ra­tel 20, 10 AMX-10P et 75 VAB VCI pour les VCI. En de­hors des blin­dés roues-ca­nons chi­nois (PTL-02), au­cun vé­ri­table suc­ces­seur des AML et AMX-10RC n’existe vé­ri­ta­ble­ment en tant que sys­tème d’armes simple, rus­tique et éco­no­mique. En Al­gé­rie ou au Ma­roc comme dans les autres pays du Maghreb (et d’afrique en gé­né­ral), le rem­pla­ce­ment des blin­dés de com­bat lé­gers pas­se­ra donc es­sen­tiel­le­ment par Pé­kin. Concer­nant les VCI, une tren­taine de BMP-3 ont été com­man­dés. L’ac­qui­si­tion de VCI modernes est in­dis­pen­sable pour le royaume : ceux qu’il aligne sui­vront dif­fi­ci­le­ment les M-1A1SA. Néan­moins, au-de­là d’un concept sé­dui­sant sur le pa­pier, le BMP-3 n’est vrai­ment bon dans au­cune des mis­sions qu’il est sus­cep­tible d’ac­com­plir. Au su­jet des blin­dés de tran­sport de troupes, le pays pos­sède 325 VAB et 726 M-113 dans dif­fé­rentes va­riantes(16)… En 2018, 419 nou­veaux M-113A3 sont en cours de li­vrai­son, ce qui por­te­ra le to­tal de ces blin­dés à plus de 1100. Le Ma­roc semble aus­si dis­po­ser de blin­dés MRAP Cou­gar HE(17). De plus, 88 Bear­cat sont uti­li­sés par les forces de sé­cu­ri­té ché­ri­fiennes. À l’ins­tar de ce qui est consta­té en Al­gé­rie, le royaume pos­sède de bonnes ca­pa­ci­tés an­ti­chars, avec no­tam­ment 105 M901. De nom­breux lan­ceurs existent aus­si, pou­vant être mon­tés sur des M-113 ou d’autres vé­hi­cules : TOW, HJ-8 Red Ar­row… L’ar­tille­rie au­to­mo­trice ma­ro­caine est su­pé­rieure à celle de l’al­gé­rie, avec no­tam­ment 60 M-109A5 et 183 autres M-109 dans plu­sieurs va­riantes. Tou­te­fois, comme nous l’avons in­di­qué, l’al­gé­rie rat­trape pro­gres­si­ve­ment son re­tard.

LA TU­NI­SIE ET LES MRAP

À cô­té des deux « géants » que sont le Ma­roc et l’al­gé­rie dans une lo­gique de mé­fiance ré­ci­proque, la Tu­ni­sie et la Mau­ri­ta­nie n’ont pas les mêmes be­soins. Ils se cris­tal­lisent au­tour des ré­ponses à don­ner aux mé­thodes de com­bat clas­siques, de gué­rilla et de ter­ro­gué­rilla des dji­ha­distes. Ac­ces­soires em­blé­ma­tiques de la ter­ro­gué­rilla, les En­gins Ex­plo­sifs Im­pro­vi­sés (EEI) jus­ti­fient un in­ves­tis­se­ment pro­non­cé de la Tu­ni­sie dans l’ac­qui­si­tion de nom­breux blin­dés MRAP. Après l’achat de 100 BMC Kir­pi, 70 Nu­rol Ed­jer Yal­çin sont en­trés en ser­vice à par­tir de 2017. La Tur­quie a éga­le­ment ven­du des blin­dés lé­gers Oto­kar Co­bra et Co­bra 2, no­tam­ment des­ti­nés à la re­con­nais­sance. Le Groupe des Forces Spé­ciales (GFS) aligne quant à lui des Sher­pa Light Scout. La Garde na­tio­nale et la po­lice ont de leur cô­té re­çu des Streit Ty­phoon, éga­le­ment de type MRAP. En 2016, l’idée de Mar­der 1A3 a été évo­quée, pa­ral­lè­le­ment aux Mar­der des­ti­nés à la Jor­da­nie. Ce­pen­dant, en 2018, au­cun élé­ment of­fi­ciel n’est ve­nu confir­mer l’in­for­ma­tion. Le pays conserve donc ses 140 vieux M-113A1 et M-113A2, plus 110 Fiat 6614. Tu­nis dis­pose aus­si de 54 M-60A3 et 30 M-60A1 ain­si que de 59 SK105 et 45 AML-90.

Chars M-60, blin­dés M-113, etc. sont un hé­ri­tage de la guerre froide, lorsque la Tu­ni­sie crai­gnait une ac­tion mi­li­taire libyenne. Au­jourd’hui vieillis­sants, ils conservent une re­la­tive per­ti­nence contre d’éven­tuelles in­fil­tra­tions dji­ha­distes de­puis la Li­bye, à l’image de celle sur­ve­nue à Ben Guer­dane le 7 mars 2016. Ce­pen­dant, les Tu­ni­siens pré­fèrent en­ga­ger les élé­ments do­tés de MRAP di­vers, plus adap­tés face aux mé­thodes de gué­rilla/ ter­ro­gué­rilla. Cet in­té­rêt crois­sant por­té aux MRAP en Afrique de­puis le cou­rant des an­nées 2000 (18) s’ins­crit dans une ten­dance que constate no­tam­ment De­fence IQ dans son rap­port an­nuel sur les blin­dés. Dans l’édi­tion 2018, 94 % des ac­teurs afri­cains dans le do­maine des blin­dés es­timent que les EEI re­pré­sentent la plus grande me­nace pour les blin­dés (pour une moyenne mon­diale de 80 % et seu­le­ment 71 % en Eu­rope). Les prin­ci­pales autres me­naces consi­dé­rées s’éta­blissent ain­si : 90 % tiennent aux at­taques avec des armes de pe­tit ca­libre (jus­qu’au 7,62 mm), 75% aux ro­quettes an­ti­chars/rpg, 52% aux dif­fi­cul­tés du ter­rain et aux condi­tions cli­ma­tiques, 50 % aux at­taques avec des mi­trailleuses lourdes (mu­ni­tions de ca­libre su­pé­rieur à 7,62 mm)(19).

MAU­RI­TA­NIE ET LI­BYE

Le parc blin­dé mau­ri­ta­nien est lui aus­si an­cien, avec 40 Eland Mk7 et 35 T-55. Faute d’une grande mo­bi­li­té stra­té­gique, ces der­niers n’ont qu’une va­leur très ré­duite contre les dji­ha­distes et les tra­fi­quants qui pri­vi­lé­gient la mo­bi­li­té stra­té­gique et tac­tique grâce aux pick-up qu’ils uti­lisent. Nouak­chott pré­fère donc uti­li­ser des élé­ments mo­to­ri­sés, à com­men­cer par les grou­pe­ments spé­ciaux d’in­ter­ven­tion qui opèrent qua­si de la même fa­çon que les ka­ti­bas dji­ha­distes, avec une grande au­to­no­mie. Les pick-up sont plus adap­tés à ces mis­sions. D’une part, ils peuvent re­ce­voir toute une pa­no­plie d’armes, comme des mi­trailleuses lé­gères MAG/PKM ou lourdes (H2MB, Type 85, ZPU-1,

À cô­té des deux «géants» que sont le Ma­roc et l’al­gé­rie, la Tu­ni­sie et la Mau­ri­ta­nie n’ont pas les mêmes be­soins. Ils se cris­tal­lisent au­tour des ré­ponses à don­ner aux mé­thodes de com­bat clas­siques, de gué­rilla et de ter­ro­gué­rilla des dji­ha­distes.

ZPU-2), d’autre part, ils sont ai­sés à main­te­nir en condi­tion opé­ra­tion­nelle même dans des condi­tions dif­fi­ciles. En­fin, ils per­mettent d’emporter vivres, eau, mu­ni­tions et car­bu­rant. Les troupes al­gé­riennes dans le sud du pays et à la fron­tière libyenne, et no­tam­ment les groupes de gardes-fron­tières, pri­vi­lé­gient aus­si ces moyens non blin­dés(20), très mo­biles, même si, dé­sor­mais, les Nimr 2 sont en­ga­gés dans les pa­trouilles à longue dis­tance. Pour en re­ve­nir à la Mau­ri­ta­nie, Nouak­chott aligne une di­zaine d’oto­kar Co­bra, en­ga­gés au sein de la MINUSCA. La va­leur des blin­dés lé­gers rus­tiques, pour les mis­sions de liai­son, de re­con­nais­sance, voire de tran­sport de troupes, ne se dé­ment pas.

L’ar­se­nal blin­dé li­byen se com­pose de quelques vé­hi­cules res­ca­pés de l’ère Kadha­fi (T-72, T-55, Cas­ca­vel, BRDM-2, BMP-1, M53/59 Pra­ga, M-113, BTR-60) et d’autres ac­quis im­mé­dia­te­ment après la chute du ré­gime : des BRDM-2 et BVP-1 ex-tchèques, 20 Pu­ma ex-ita­liens, ain­si que 10 Kh­ri­zan­te­ma-s ou en­core 131 Streit Ty­phoon et Spar­tan. Les vé­hi­cules lé­gers non blin­dés mais ar­més consti­tuent néan­moins l’es­sen­tiel du parc « vé­hi­cules de com­bat » des dif­fé­rents pro­ta­go­nistes. La li­vrai­son de lots de nou­veaux blin­dés, à l’image de ce qui se fait pour l’avia­tion, n’est pas à ex­clure au cours des pro­chaines an­nées. Ain­si, entre deux guerres in­ternes aux ra­mi­fi­ca­tions com­plexes, la Li­bye du camp Haf­tar a bé­né­fi­cié de la li­vrai­son de nom­breux blin­dés en pro­ve­nance des Émi­rats arabes unis, soit 93 Pan­the­ra T6 et Ty­gra, et 549 autres vé­hi­cules, dont cer­tains blin­dés (Nimr 2). Dans tous les cas, la créa­tion d’une arme blin­dée digne de ce nom au sein d’une vé­ri­table ar­mée na­tio­nale n’est pas à pré­voir dans un ave­nir proche.

Notes

(1) Voir l’ar­ticle sur Bo­ko Ha­ram dans Dé­fense & Sé­cu­ri­té In­ter­na­tio­nale, no 135, mai-juin 2018.

(2) « Mo­roc­co warns against Po­li­sa­rio pro­vo­ca­tion in Wes­tern Sa­ha­ra », Al-ja­zee­ra, 2 avril 2018 (https://www.al­ja­zee­ra.com/news/2018/04/mo­roc­co-warns-po­li­sa­rio-pro­vo­ca­tion-wes­tern-sa­ha­ra-180402081056065.html).

(3) Cf. « L’évo­lu­tion des forces armées al­gé­riennes », Dé­fense & Sé­cu­ri­té In­ter­na­tio­nale, no 131, sep­tembre-oc­tobre 2017. (4) Ri­chard Con­nol­ly et Ce­ci­lie Send­stad, « Rus­sia’s Role as an Arms Ex­por­ter: The Stra­te­gic and Eco­no­mic Im­por­tance of Arms Ex­ports for Rus­sia », Cha­tham House, Londres, 2017 (https://www.cha­tham­house.org/sites/files/cha­tham­house/ pu­bli­ca­tions/re­search/2017-03-20-rus­sia-arms-ex­por­ter-con­nol­ly-send­stad.pdf).

(5) Je­re­my Bin­nie, « Al­ge­ria confirms PLZ45 ac­qui­si­tion », Jane’s, mai 2017 (http://www.janes.com/ar­ticle/70806/al­ge­ria-confirms-plz45-ac­qui­si­tion).

(6) Plus des sys­tèmes d’armes sem­blables au concept du CAESAR, avec une grande mo­bi­li­té stra­té­gique : mon­tage lo­cal de D-30 de 122 mm sur des ca­mions Mer­cedes Ze­tros, ou plus sin­gu­liè­re­ment d’une pièce an­ti­char MT-12 sur le même châs­sis et achat de No­ra B52; cf. Je­re­my Bin­nie, « Al­ge­ria dis­plays lo­cal­ly de­ve­lo­ped self-pro­pel­led ar­tille­ry », Jane’s, juillet 2017 (http://www.janes.com/ar­ticle/72018/ al­ge­ria-dis­plays-lo­cal­ly-de­ve­lo­ped-self-pro­pel­led-ar­tille­ry). Le pays dis­pose aus­si de nom­breux lance-ro­quettes mul­tiples sur châs­sis non blin­dés ou lé­gè­re­ment pro­té­gés.

(7) L’al­gé­rie s’est en­ga­gée à ne pas les re­vendre à d’autres pays. (8) La po­lice est do­tée du Nimr Aj­ban ISV (In­ter­nal Se­cu­ri­ty Ve­hicle).

(9) Plus de nom­breux autres lan­ceurs/mis­siles ache­tés ré­cem­ment, à l’ins­tar du Skif ukrai­nien ou d’autres en ser­vice de­puis plus long­temps. L’al­gé­rie pos­sède aus­si une re­mar­quable flotte d’hé­li­co­ptères de com­bat (Mi-28, Ka-52, en plus des Mi-24).

(10) Se­lon les sources, une se­conde bri­gade blin­dée pour­rait être créée.

(11) Entre 13 et 16 se­lon les sources.

(12) « Le Ma­roc sur le point de re­ce­voir un lot de chars Abrams M1A1 SA », Me­na Dé­fense, avril 2018 (https://www. me­na­de­fense.net/af­nord/le-ma­roc-sur-le-point-de-re­ce­voi­run-lot-de-chars-abrams-m1a1-sa/).

(13) Dé­ve­lop­pé à par­tir du Type-90 IIM chi­nois; se­lon les sources, au moins 54 ont été ob­te­nus entre 2010 et 2012 et sont en ser­vice en 2018 et une cen­taine d’autres en né­go­cia­tion, ou bien la to­ta­li­té au­rait été li­vrée.

(14) En réa­li­té, un en­semble de re­tran­che­ments et de for­ti­fi­ca­tions.

(15) Qui dis­pose aus­si de blin­dés, à l’ins­tar de quelques T-55 et T-62, d’eland et D’AML ou en­core de BMP-1 et de BTR-60 pour ne ci­ter que les prin­ci­paux.

(16) Le royaume dis­pose aus­si d’en­vi­ron un mil­lier de Hum­mer et de quelque 1200 VAM­TAC, mais la plu­part ne sont pas blin­dés.

(17) Ju­lio Maiz Sanz, « Mar­rue­cos se ha do­ta­do de ve­hi­cu­los pro­te­gi­dos Cou­gar », De­fen­sa.com, 2 mars 2017 (http://www. de­fen­sa.com/afri­ca-asia-pa­ci­fi­co/mar­rue­cos-ha-do­ta­do-ve­hi­cu­los-pro­te­gi­dos-cou­gar).

(18) Après les «époques» rho­dé­siennes et des guerres sud-afri­caines.

(19) Ar­mou­red ve­hicles mar­ket re­port 2018, De­fence IQ, 2017. (20) De fait, l’al­gé­rie dé­ve­loppe des mon­tages d’armes di­vers sur des vé­hi­cules non blin­dés en ser­vice au sein de L’ANP.

Nouak­chott pré­fère uti­li­ser des élé­ments mo­to­ri­sés, à com­men­cer par les grou­pe­ments spé­ciaux d’in­ter­ven­tion qui opèrent qua­si de la même fa­çon que les ka­ti­bas dji­ha­distes, avec une grande au­to­no­mi e. Les pick-up sont plus adap­tés à ces mis­sions.

Pho­to ci-des­sus :Des PLZ-45 ko­weï­tiens. L’al­gé­rie a ré­cem­ment com­man­dé des obu­siers de ce type à la Chine. (© DOD)

Un M-1A1SA ma­ro­cain dé­barque d’un rou­lier amé­ri­cain lors de sa li­vrai­son. À terme, Ra­bat de­vrait dis­po­ser de près de 400 Abrams. (© DOD)

Un BMC Kir­pi aux cou­leurs turques. Une ver­sion 6 × 6 existe éga­le­ment. L’en­gin, en ser­vice en Tu­ni­sie, est ty­pique des MRAP. (© BMC)

Troupes mau­ri­ta­niennes à l’en­traî­ne­ment. L’usage de vé­hi­cules 4 × 4 lé­gers et mi­li­ta­ri­sés est un choix qui a dé­jà dé­mon­tré à plu­sieurs re­prises sa per­ti­nence. (© DOD)

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