LE COM­BAT MUL­TI­DO­MAINE : L’AVÈ­NE­MENT DE LA GUERRE DU XXIE SIÈCLE Da­vid G. PER­KINS

L’AVÈ­NE­MENT DE LA GUERRE DU XXIE SIÈCLE

DSI Hors-Série - - SOMMAIRE - Da­vid G. PER­KINS Gé­né­ral com­man­dant le Trai­ning and Doc­trine Com­mand de L’US Ar­my*. Tra­duc­tion par Ga­brie­la Bou­the­rin

La com­plexi­té de la guerre ter­restre conti­nue à croître à me­sure qu’aug­mente le nombre d’ac­teurs sus­cep­tibles d’opé­rer des ca­pa­ci­tés aé­riennes, ma­ri­times, spa­tiales et cy­ber.

EEn juillet 1940, L’US Ar­my ne pou­vait plus hé­si­ter à se préparer à une guerre blin­dée. La France ve­nait d’être dé­faite par l’al­le­magne après une cam­pagne éclair me­née au moyen de for­ma­tions mé­ca­ni­sées et mo­to­ri­sées do­tées d’armements com­bi­nés, in­té­grant la puis­sance aé­rienne au ni­veau tac­tique et opé­ra­tif tout en syn­chro­ni­sant l’en­semble des élé­ments à une échelle et d’une ma­nière telles que les Al­liés n’avaient pas de so­lu­tions ef­fi­caces.

La ra­pi­di­té du suc­cès al­le­mand illus­tra le fait que la doc­trine de la Pre­mière Guerre mon­diale était dé­pas­sée et que l’in­adap­ta­tion aux chan­ge­ments por­tés par les avan­cées technologiques avait lais­sé L’US Ar­my en re­tard dans une guerre qui al­lait se te­nir sur deux fronts et né­ces­si­ter une ar­mée mo­derne qui n’exis­tait alors pas en­core. En l’es­pace de quelques an­nées, L’US Ar­my al­lait évo­luer d’une force ac­tive li­mi­tée, in­fé­rieure à 250000 hommes, sans équi­pe­ment mo­derne, en une force ar­mée mo­derne ca­pable de vaincre l’axe en Afrique, dans le Pa­ci­fique et en Eu­rope.

EN­SEI­GNE­MENTS DU PAS­SÉ INCAPACITÉ À S’ADAP­TER

Après la Pre­mière Guerre mon­diale, l’ar­my n’est pas par­ve­nue à se mo­der­ni­ser de ma­nière ef­fi­cace, mal­gré les ef­forts four­nis du­rant deux dé­cen­nies pré­ci­sé­ment à cette fin. Au dé­but de la Deuxième Guerre mon­diale, L’US Ar­my al­lait à peine mieux qu’en 1920(1). Cette incapacité à en­tre­te­nir une ar­mée mo­derne dans l’entre-deux-guerres fut le ré­sul­tat d’une com­pré­hen­sion et d’une vi­sion pré­caires de ce qu’était une force mo­derne. La dif­fi­cul­té à ob­te­nir des bud­gets né­ces­saires à la mo­der­ni­sa­tion fut ac­cen­tuée par l’ab­sence de vi­sion claire du com­bat fu­tur. Pour­tant, l’ar­my a es­sayé.

D’im­por­tants ef­forts de mo­der­ni­sa­tion ont été en­tre­pris en 1920, lorsque L’US Ar­my a adop­té une stra­té­gie de ré­ac­ti­vi­té re­po­sant pré­ci­sé­ment sur les per­son­nels et la mo­bi­li­sa­tion, com­po­santes es­sen­tielles pour ga­gner une guerre mo­derne. Tou­te­fois, le fait d’ac­cor­der la prio­ri­té à ces deux élé­ments eut un coût di­rect sur la mo­der­ni­sa­tion glo­bale de la force. Compte te­nu des res­sources li­mi­tées, il fut dif­fi­cile d’ap­puyer ou de co­or­don­ner de ma­nière co­hé­rente les ef­forts en ma­tière d’équi­pe­ments et de mo­der­ni­sa­tion or­ga­ni­sa­tion­nelle.

Pour exemple, au cours des deux dé­cen­nies sui­vantes, les États-unis ne sont pas par­ve­nus à consti­tuer une force blin­dée per­for­mante. Ce­la fut en par­tie dû à l’incapacité de dé­ployer des chars modernes. L’in­fan­te­rie a for­mu­lé pour les chars une sé­rie d’exi­gences ne pou­vant être sa­tis­faites par un vé­hi­cule de moins de quinze tonnes, ce qui était alors le poids maxi­mal pou­vant être sup­por­té par les ponts

flot­tants de l’ar­my. Or le gé­nie ne vou­lait pas en­ga­ger de fonds de R&D pour aug­men­ter ces ca­pa­ci­tés. Au­cune des par­ties ne consi­dé­ra pour­tant comme prio­ri­taire la né­ces­si­té de trou­ver une so­lu­tion.

De même, en 1939, avec l’in­va­sion de la Po­logne, le Dé­par­te­ment de la Guerre in­sis­ta pour que le chef de la ca­va­le­rie mette en som­meil les uni­tés à che­val et four­nisse des per­son­nels pour les nou­velles forces mé­ca­ni­sées (2). Ce­lui-ci a re­fu­sé, dé­cla­rant : « En au­cun cas je ne don­ne­rai mon ac­cord pour que ma ca­va­le­rie conti­nue à être ré­duite. Ce­la se­rait tra­hir la dé­fense de la na­tion. (3) »

Do­tée de res­sources li­mi­tées, l’ar­my n’a pas consa­cré de bud­gets aux per­son­nels et aux ca­pa­ci­tés de mo­bi­li­sa­tion. Ces dé­ci­sions ont fi­na­le­ment eu un rôle dans le fait que les forces blin­dées amé­ri­caines ne dis­po­saient ni de la pro­tec­tion, ni de la puis­sance de feu, ni de l’en­traî­ne­ment adé­quats lors­qu’elles ont été pour la pre­mière fois confron­tées aux pan­zers al­le­mands (4). Si l’on tire les en­sei­gne­ments de cette pé­riode, il est clair que nous de­vons com­prendre l’en­vi­ron­ne­ment opé­ra­tion­nel et nous re­pré­sen­ter la ma­nière dont l’ar­my opé­re­ra avec des concepts pre­nant cor­rec­te­ment en compte les exi­gences de la guerre fu­ture.

En 2018, L’US Ar­my a be­soin de concepts per­met­tant de lan­cer un pro­gramme de mo­der­ni­sa­tion pour faire face aux me­naces an­ti­ci­pées. La com­plexi­té de la guerre ter­restre conti­nue à croître à me­sure qu’aug­mente le nombre d’ac­teurs sus­cep­tibles d’opé­rer des ca­pa­ci­tés aé­riennes, ma­ri­times, spa­tiales et cy­ber. L’in­ter­dé­pen­dance des ac­ti­vi­tés mi­li­taires à l’in­té­rieur des do­maines de­vient au­tre­ment plus pro­blé­ma­tique que lorsque les forces jouis­saient d’une su­pé­rio­ri­té qua­si in­con­tes­tée dans cha­cun d’entre eux. La pré­émi­nence de l’ar­my au sol en est ve­nue à dé­pendre de l’ac­cès aux do­maines aérien, cy­ber et spa­tial. Ces der­niers posent un pro­blème parce qu’ils se­ront contes­tés tout en met­tant éga­le­ment au dé­fi nos pré­cé­dentes visions des res­pon­sa­bi­li­tés à des éche­lons de com­man­de­ment et de confi­ne­ment géo­gra­phique des ac­tions et des ef­fets. Lorsque in­ter­vien­dra le pro­chain com­bat ma­jeur, le com­bat ter­restre à grande échelle du XXIE siècle au­ra éga­le­ment lieu, que l’ar­my y soit prête ou non. Il lui faut, pour l’être, conce­voir une vi­sion pré­cise du fu­tur champ de bataille et com­prendre ses en­vi­ron­ne­ments opé­ra­tion­nels. Le com­bat mul­ti­do­maine est le dé­but de ce pro­ces­sus. C’est un concept évo­lu­tif de conduite de la guerre conçu pour ga­gner dans un monde com­plexe, en per­pé­tuelle évo­lu­tion, en met­tant à pro­fit les en­sei­gne­ments du pas­sé et les ca­pa­ci­tés du XXIE siècle.

LE COM­BAT MUL­TI­DO­MAINE : UN NOU­VEAU CONCEPT POUR UN NOU­VEAU MONDE

En 1940, L’US Ar­my a com­men­cé à du­re­ment ap­prendre comment de­ve­nir une force mi­li­taire mo­derne(5). Nous sommes au­jourd’hui confron­tés à des défis sem­blables. Les en­vi­ron­ne­ments opé­ra­tion­nels évo­luent à tra­vers les avan­cées et la dif­fu­sion technologiques, les in­for­ma­tions de plus en plus trans­for­mées en armes et des sys­tèmes po­li­tiques di­ver­gents conçus pour ren­ver­ser l’ordre in­ter­na­tio­nal ac­tuel. Ces défis né­ces­sitent une nou­velle pers­pec­tive – en termes d’ob­jec­tif comme de concept – quant au mode de com­bat de l’ar­my.

La force in­te­rar­mées doit être en me­sure de pé­né­trer les dé­fenses de l’ad­ver­saire au mo­ment et à l’en­droit de notre choix, dans plus d’un do­maine, en ou­vrant des fe­nêtres de su­pé­rio­ri­té pour per­mettre les ma­noeuvres au sein de sa dé­fense in­té­grée. Le rythme et la vi­tesse des évé­ne­ments mon­diaux ac­tuels et fu­turs ne nous lais­se­ront pas le temps de syn­chro­ni­ser des so­lu­tions fé­dé­rées.

La na­ture de la guerre de­meu­re­ra in­chan­gée. Tou­te­fois, le conti­nuum du conflit doit être com­pris dans les contextes ac­tuel et fu­tur. La com­pé­ti­tion stra­té­gique existe et exis­te­ra tou­jours. Soit on gagne, soit on perd, au temps pré­sent. Le conflit condui­ra ra­re­ment à une vic­toire ou à une dé­faite per­ma­nente. La des­crip­tion li­néaire de la paix à la guerre et in­ver­se­ment doit être re­vue pour re­flé­ter la na­ture cy­clique de la guerre, où il n’existe que des po­si­tions d’avan­tage re­la­tif. Le conti­nuum du conflit est dé­fi­ni par une ri­va­li­té à la li­mite du conflit, le conflit pro­pre­ment dit et le re­tour à la ri­va­li­té.

Nos ad­ver­saires et po­ten­tiels ad­ver­saires ont étu­dié et ap­pris de nos suc­cès sur le champ de bataille de­puis la pre­mière guerre du Golfe. Par ces en­sei­gne­ments, ils adaptent leurs mé­thodes de conduite de la guerre, tout en ac­cé­lé­rant la mo­der­ni­sa­tion et la pro­fes­sion­na­li­sa­tion de leurs ou­tils de com­bat. Ils cherchent à ga­gner un avan­tage stra­té­gique en com­pen­sant les avan­tages dont nous avons bé­né­fi­cié ces vingt der­nières an­nées. Avec ces nou­velles mé­thodes, ils s’af­frontent à pré­sent en de­çà du seuil du conflit ar­mé ou­vert tout en conti­nuant à se po­si­tion­ner pour s’en­ga­ger ef­fi­ca­ce­ment dans le com­bat à grande échelle, si ce­la de­vait ar­ri­ver. Pour com­pen­ser nos prin­ci­paux avan­tages, trois ma­cro-en­sei­gne­ments orientent leur nou­velle ap­proche de la guerre. Pre­miè­re­ment, dé­nier l’ac­cès des États-unis et de nos al­liés à la zone des opé­ra­tions. Une fois com­plè­te­ment dé­ployés, nous bé­né­fi­cions de l’avan­tage opé­ra­tion­nel en termes de lo­gis­tique, de puis­sance de feu et de com­man­de­ment et contrôle né­ces­saire pour l’emporter contre qui que ce soit. Deuxiè­me­ment, es­sayer de frac­tu­rer la for­ma­tion in­te­rar­mées en iso­lant nos forces aé­riennes, ma­ri­times et ter­restres afin d’em­pê­cher le sou­tien mu­tuel. Ce sont les sy­ner­gies de nos ca­pa­ci­tés in­te­rar­mées in­ter­dé­pen­dantes qui confèrent notre su­pé­rio­ri­té. Troi­siè­me­ment, nous fixer et ne pas per­mettre à nos forces de ma­noeu­vrer et de mettre à pro­fit dans le com­bat rap­pro­ché l’en­semble de nos ca­pa­ci­tés de puis­sance de com­bat (y com­pris le com­man­de­ment).

Nous pou­vons nous at­tendre à ce que tous les do­maines soient contes­tés. Les ad­ver­saires pos­sèdent d’im­por­tantes dé­fenses aé­riennes in­té­grées et des ca­pa­ci­tés de tir longue por­tée, ain­si que des ca­pa­ci­tés per­for­mantes en ma­tière de ren­sei­gne­ment, de sur­veillance, de re­con­nais­sance, d’in­for­ma­tion, de guerre élec­tro­nique et cy­ber. Il n’est plus pos­sible de conser­ver, de ma­nière per­ma­nente, une su­pé­rio­ri­té to­tale dans l’en­semble de ces do­maines.

Le com­bat mul­ti­do­maine est un concept conçu pour dé­faire les ca­pa­ci­tés dé­fen­sives in­té­grées ad­verses, pour évi­ter l’iso­le­ment et la frac­tu­ra­tion au ni­veau du do­maine et pour pré­ser­ver la li­ber­té d’ac­tion. La force in­te­rar­mées doit être en me­sure de pé­né­trer les dé­fenses de l’ad­ver­saire au mo­ment et à l’en­droit de notre choix, dans plus d’un do­maine, en ou­vrant des fe­nêtres de su­pé­rio­ri­té pour per­mettre les ma­noeuvres au sein de sa dé­fense in­té­grée. Le rythme et la vi­tesse des évé­ne­ments mon­diaux ac­tuels et fu­turs ne nous lais­se­ront pas le temps de syn­chro­ni­ser des so­lu­tions fé­dé­rées. Afin de po­ser de mul­tiples pro­blèmes à l’en­ne­mi, nous de­vons conver­ger et in­té­grer les so­lu­tions et ap­proches mul­ti­do­maine avant que ne soit en­ga­gé le com­bat. Nous de­vons de­ve­nir des ag­nos­tiques du cap­teur-ti­reur sur toutes nos plates-formes et main­te­nir une image opé­ra­tion­nelle com­mune.

Le ré­seau of­fri­ra une image com­mune de l’en­vi­ron­ne­ment opé­ra­tion­nel en par­ta­geant les in­for­ma­tions horizontalement et verticalement entre tous les ser­vices et par­te­naires – di­ri­geant l’in­for­ma­tion de la mai­son mère à l’éche­lon tac­tique.

CA­PA­CI­TÉS ÉVOLUTIVES DE LA VI­SION À LA RÉA­LI­TÉ

Le suc­cès d’un com­bat mul­ti­do­maine dé­pend de notre ca­pa­ci­té à har­mo­ni­ser le concept avec la doc­trine, l’or­ga­ni­sa­tion, l’en­traî­ne­ment, le ma­té­riel, le lea­der­ship et la for­ma­tion, les per­son­nels et les équi­pe­ments, ain­si que les né­ces­si­tés de mo­der­ni­sa­tion des ma­té­riels. Cer­taines des ca­pa­ci­tés émer­gentes né­ces­saires à cet ef­fet sont :

• les tirs de pré­ci­sion et à longue por­tée/ in­ter­do­maines. L’US Ar­my dé­ve­loppe des mu­ni­tions et des cap­teurs po­ly­va­lents pour des tirs de pré­ci­sion et à longue por­tée et pour une guerre élec­tro­nique conduite à tra­vers les airs. L’ob­jec­tif consiste à pou­voir ef­fec­tuer des tirs lé­taux et non lé­taux de­puis le do­maine ter­restre afin de pro­duire des ef­fets dans cha­cun des do­maines. La ca­pa­ci­té à dé­li­vrer des tirs de pré­ci­sion à grandes dis­tances est es­sen­tielle pour at­té­nuer les risques associés aux ma­noeuvres se­mi-in­dé­pen­dantes et créer les condi­tions né­ces­saires pour des ma­noeuvres dans la pro­fon­deur vi­sant à vaincre le com­plexe de tirs in­té­grés de la me­nace ;

• le vé­hi­cule de com­bat de pro­chaine gé­né­ra­tion. La pro­chaine gé­né­ra­tion de vé­hi­cules de com­bat in­clu­ra de nou­veaux armements avec de plus grandes por­tées et une meilleure adap­ta­tion aux en­vi­ron­ne­ments ur­bains. Conçus avec l’op­tion d’être ha­bi­tés, ils se­ront de plus pe­tites di­men­sions, per­met­tant une meilleure ma­noeu­vra­bi­li­té dans les zones d’ac­cès li­mi­té.

Ils au­ront des taux ré­duits de consom­ma­tion de car­bu­rant et de mu­ni­tions tout en in­cor­po­rant une pro­tec­tion ac­tive in­té­grée as­so­ciée à un blin­dage en ma­té­riaux per­for­mants. La pro­chaine gé­né­ra­tion de vé­hi­cules de com­bat se­ra do­tée de tech­no­lo­gies émer­gentes comme les sys­tèmes de ci­blage en ré­seau, les armes à éner­gie di­ri­gée, des élé­ments se­mi-au­to­nomes dans le dis­po­si­tif et des mu­ni­tions avec une por­tée ac­crue(6). Tout ce­la ren­dra pos­sible le type de ma­noeuvre se­mi-in­dé­pen­dante qu’exige le com­bat mul­ti­do­maine;

• le Fu­ture Ver­ti­cal Lift. Le Fu­ture Ver­ti­cal Lift joue­ra un rôle es­sen­tiel pour ame­ner la puis­sance di­rec­te­ment dans le com­bat et per­mettre aux bles­sés de bé­né­fi­cier des pre­miers se­cours, en dé­pit des dis­tances. Dans le com­bat mul­ti­do­maine, les ca­pa­ci­tés aé­riennes de re­con­nais­sance cou­vri­ront de plus larges zones, celles d’at­taque bé­né­fi­cie­ront d’une meilleure adap­ta­bi­li­té pour pro­fi­ter des oc­ca­sions uniques et ré­pondre plus ra­pi­de­ment aux be­soins des uni­tés ter­restres amies, les uni­tés aé­riennes d’as­saut et de tran­sport dé­pla­ce­ront un plus grand vo­lume de forces, plus loin et plus ra­pi­de­ment afin de dé­li­vrer une puis­sance de com­bat sur des points dé­ci­sifs et les uni­tés d’éva­cua­tion mé­di­cale dé­pla­ce­ront les bles­sés sur de plus grandes dis­tances du­rant « l’heure d’or » des pre­miers se­cours. Le Fu­ture Ver­ti­cal Lift, dis­po­sant d’une au­to­no­mie su­per­vi­sée, of­fri­ra aux com­man­dants des op­tions sup­plé­men­taires de plates-formes ha­bi­tées et non ha­bi­tées se­lon les exi­gences de la mis­sion et le ni­veau de risque ;

• le ré­seau. Le ré­seau aug­men­te­ra la vi­tesse et le flux des in­for­ma­tions adé­quates vers les per­sonnes adé­quates, per­met­tant une com­pré­hen­sion et une ac­tion plus ra­pides tout en em­pê­chant nos ad­ver­saires de dis­po­ser d’une li­ber­té de ma­noeuvre sur le « champ

de bataille élec­tro­nique » (7). Pour ce faire, L’US Ar­my crée le cadre d’un ré­seau unique de bout en bout et des ca­pa­ci­tés cy­ber of­fen­sives et dé­fen­sives avan­cées. Le ré­seau of­fri­ra une image com­mune de l’en­vi­ron­ne­ment opé­ra­tion­nel en par­ta­geant les in­for­ma­tions horizontalement et verticalement entre tous les ser­vices et par­te­naires – di­ri­geant l’in­for­ma­tion de la mai­son mère à l’éche­lon tac­tique. Les ca­pa­ci­tés cy­ber of­fen­sives et dé­fen­sives, re­cou­rant à l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, pro­tègent le ré­seau ami et créent des op­por­tu­ni­tés tout en per­tur­bant ou en em­pê­chant l’uti­li­sa­tion par l’en­ne­mi du spectre élec­tro­ma­gné­tique ;

• la dé­fense aé­rienne/an­ti­mis­sile. L’ar­my prend des me­sures pour dé­fendre des sites fixes clés et four­nir une pro­tec­tion an­ti­aé­rienne et an­ti­mis­sile ef­fi­cace aux forces de ma­noeuvre en mo­der­ni­sant les dé­fenses aé­riennes de courte por­tée et les sys­tèmes THAAD (Ter­mi­nal High Al­ti­tude Area De­fense) ain­si qu’en dé­ve­lop­pant des sys­tèmes de pro­tec­tion avan­cés à bord des vec­teurs aé­riens et ter­restres. La sur­vi­va­bi­li­té des uni­tés dé­pen­dra du suc­cès et de la ré­par­ti­tion de ces ca­pa­ci­tés. Fac­teur clé, les tirs crois­sants de­puis le sol ap­puie­ront les com­man­dants des forces in­te­rar­mées en leur of­frant plus d’op­tions tout en pro­té­geant la force contre les at­taques de mis­siles en­ne­mis et de sys­tèmes aé­riens ha­bi­tés et in­ha­bi­tés. En tant qu’élé­ment de dis­sua­sion, le fait de po­si­tion­ner et de dé­mon­trer ces ca­pa­ci­tés met­tra en dé­faut les ten­ta­tives des ad­ver­saires vi­sant à frac­tu­rer la force in­te­rar­mées.

• la lé­ta­li­té des sol­dats. Le sol­dat et la sec­tion sont la pierre an­gu­laire de L’US Ar­my. La qua­li­té de notre ar­mée dé­pend de la ca­pa­ci­té de nos sol­dats à être per­for­mants sur les plans phy­sique et cog­ni­tif. Ils doivent faire un avec leurs armes et équi­pe­ments pour me­ner à bien les com­bats de haute in­ten­si­té. La lé­ta­li­té doit être équi­li­brée entre tir et ma­noeuvre avec des sys­tèmes qui in­ten­si­fient les tirs pré­cis et lé­taux tout en aug­men­tant la ma­noeu­vra­bi­li­té in­di­vi­duelle des sol­dats. En termes de lé­ta­li­té, l’ar­my aug­mente la pré­ci­sion des armes lé­gères à courte et longue por­tée grâce à de nou­veaux sys­tèmes de contrôle de tir, de nou­velles mu­ni­tions et de nou­veaux mo­dèles d’armes. L’in­tro­duc­tion de la ro­bo­tique avec les exos­que­lettes et les équipes ha­bi­té/non ha­bi­té amé­lio­re­ra la ma­noeu­vra­bi­li­té en ré­dui­sant la charge de chaque sol­dat tout en aug­men­tant la por­tée, la cou­ver­ture et la ré­ac­ti­vi­té des pe­tites uni­tés ;

• le concept or­ga­ni­sa­tion­nel. Un exemple de concept et d’ex­pé­ri­men­ta­tion de la force liés au com­bat mul­ti­do­maine est la Mul­ti-do­main Task Force (MDTF). La MDTF est en ex­pé­ri­men­ta­tion sous la di­rec­tion de L’US Ar­my Pa­ci­fic. Elle dé­livre des tirs opé­ra­tion­nels afin d’as­su­rer la li­ber­té de ma­noeuvre de la force in­te­rar­mées aux pre­miers stades de dé­ploie­ment et de conflit. La MDTF ac­com­plit ce­la en dé­ployant et en gé­rant des ca­pa­ci­tés telles que les tirs de pré­ci­sion de longue por­tée, la dé­fense an­ti­aé­rienne et an­ti­mis­sile, l’at­taque des ré­seaux en­ne­mis et la dé­fense du ré­seau ami. En­core ex­pé­ri­men­tale, la pre­mière MDTF est un grand pas en avant vers la concré­ti­sa­tion du concept mul­ti­do­maine.

DE L’ES­PRIT DE CLOCHER À LA COM­PRÉ­HEN­SION

Entre 1920 et 1939, la plus grande dif­fi­cul­té sur le che­min de la mo­der­ni­sa­tion fut l’es­prit de clocher au ni­veau des armes et des armées. Nous ne pou­vons pas nous per­mettre que ce­la se re­pro­duise.

L’es­prit de clocher s’est at­té­nué dans le pas­sé avec des ré­sul­tats consi­dé­rables et ef­fi­caces. Un grand exemple dans ce sens sont les 31 Ini­tia­tives de L’US Ar­my et de L’US Air Force. Com­po­sante du com­bat aé­ro­ter­restre, elles ont trans­for­mé les ef­forts de mo­der­ni­sa­tion en­vi­sa­gés de­puis le dé­but des an­nées 1970 en une re­com­man­da­tion conjointe de l’air Force et de l’ar­my (8). Es­sen­tiels pour la réus­site de cet ef­fort in­te­rar­mées, les Termes de ré­fé­rence (TOR) communs ont ar­ti­cu­lé une vi­sion par­ta­gée des de­mandes re­la­tives à la force ac­tuelle ain­si que le pro­ces­sus de concep­tua­li­sa­tion et de dé­ploie­ment des meilleures forces de com­bat aé­ro­ter­restres que l’on pou­vait se per­mettre (9). Les TOR sont ap­pa­rus avec la doc­trine de l’ar­my du FM 100-5, Ope­ra­tions, pour des en­traî­ne­ments et des exer­cices in­te­rar­mées, avant de par­ve­nir à une com­pré­hen­sion com­mune du com­bat aé­ro­ter­restre (10).

Pour le com­bat mul­ti­do­maine, nous avons dé­jà com­men­cé à éla­bo­rer les com­po­santes de la col­la­bo­ra­tion fu­ture dans l’es­prit des 31 Ini­tia­tives. Comme ce fut le cas du com­bat aé­ro­ter­restre, le com­bat mul­ti­do­maine met na­tu­rel­le­ment au dé­fi les po­si­tions de clocher ba­sées sur les do­maines. Il en dé­coule que les com­po­santes ter­restres ne peuvent do­mi­ner sans que les do­maines convergent. Avec la pu­bli­ca­tion de la pre­mière ver­sion du concept, nous tra­vaillons à définir un point de dé­part clair pour une col­la­bo­ra­tion in­ter­armes et in­te­rar­mées ren­for­cée et for­mer une coa­li­tion de lea­ders en­ga­gés pour dé­ve­lop­per une vi­sion et une com­pré­hen­sion communes de la force fu­ture et du com­bat mul­ti­do­maine.

L’idée d’une coa­li­tion de lea­ders is­sus de l’en­semble des armées n’est pas qu’une as­pi­ra­tion. Dès le dé­part, L’US Ma­rine Corps a tra­vaillé en par­te­na­riat avec l’ar­my pour éla­bo­rer un livre blanc et un concept (ver­sion 1.0) du com­bat mul­ti­do­maine. Les Ma­rines ont ap­por­té leur grande ex­pé­rience des ma­noeuvres in­ter­armes et in­ter­do­maines. L’air Force s’est éga­le­ment en­ga­gée à tra­vailler sur le com­bat mul­ti­do­maine. Ils ont contri­bué à

Pour at­teindre notre ob­jec­tif, il est es­sen­tiel de com­prendre que le com­bat mul­ti­do­maine n’est, à ce stade, qu’un concept.

iden­ti­fier le pen­chant na­tu­rel de L’US Ar­my à ré­flé­chir spa­tia­le­ment au prix de pers­pec­tives fonc­tion­nelles lors­qu’il s’agit du cadre opé­ra­tion­nel (11). L’air Force, à tra­vers l’air Com­bat Com­mand (ACC), s’est éga­le­ment en­ga­gée à conduire des exer­cices, des ex­pé­ri­men­ta­tions et des si­mu­la­tions in­te­rar­mées sur le com­bat mul­ti­do­maine afin de ren­for­cer la com­pré­hen­sion et la re­pré­sen­ta­tion communes. Le Trai­ning and Doc­trine Com­mand de L’US Ar­my et L’ACC tra­vaillent au­jourd’hui en­semble au dé­ve­lop­pe­ment d’un cadre opé­ra­tion­nel convergent per­met­tant de vi­sua­li­ser plu­sieurs do­maines si­mul­ta­né­ment. En­fin, nous pou­vons évo­quer les rôles in­es­ti­mables joués par L’US Pa­ci­fic Com­mand et L’US Ar­my Pa­ci­fic, qui ont of­fert et conti­nuent à of­frir des ma­nières d’opé­ra­tion­na­li­ser le com­bat mul­ti­do­maine à tra­vers des exer­cices et la pre­mière MDTF.

CONCLU­SION

L’US Ar­my doit pour­suivre ses ef­forts pour de­meu­rer une ins­ti­tu­tion ap­pre­nante et in­no­vante de pre­mier plan. Le com­bat mul­ti­do­maine et les ca­pa­ci­tés de l’ar­my qui en dé­coulent conti­nue­ront à être éva­lués à tra­vers nos pro­ces­sus ité­ra­tifs de ré­flexion, d’ap­pren­tis­sage, d’ana­lyse et de mise en oeuvre. Pour at­teindre notre ob­jec­tif, il est es­sen­tiel de com­prendre que le com­bat mul­ti­do­maine n’est, à ce stade, qu’un concept. La tran­si­tion de l’ar­my de la force consta­bu­laire de 1917 à une ar­mée de terre mo­derne a pris plus de vingt ans et deux guerres mon­diales. La tran­si­tion de l’ar­my de la guerre au Viet­nam au com­bat aé­ro­ter­restre a pris plus de dix ans. Au cours des an­nées à ve­nir, le com­bat mul­ti­do­maine se­ra notre concept pour sus­ci­ter le chan­ge­ment. Nous dé­cou­vri­rons in­va­ria­ble­ment que les idées, ca­pa­ci­tés et exi­gences que nous gé­né­rons ne sont pas tou­jours cor­rectes – l’es­sen­tiel se­ra que nous nous adap­tions et que nous in­no­vions constam­ment sur la base d’une vi­sion in­te­rar­mées com­mune et d’une com­pré­hen­sion par­ta­gée.

La guerre du XXIE siècle ap­proche. À de nom­breux égards, elle est dé­jà ar­ri­vée. Le dé­fi au­quel sont au­jourd’hui confron­tées l’ar­my et la force in­te­rar­mées tient au fait de sa­voir si nous pou­vons ou non nous adap­ter. Le champ de bataille s’est si­mul­ta­né­ment ré­tré­ci, et élar­gi au ni­veau mon­dial (12). À la dif­fé­rence du pas­sé, nous ne dis­po­se­rons pas de deux ans pour cor­ri­ger les er­reurs faites en l’es­pace de vingt. La force qui est po­si­tion­née, ré­si­liente et ca­pable de faire conver­ger ses ca­pa­ci­tés à tra­vers l’en­semble des do­maines se­ra vic­to­rieuse. Nous de­vons être cette force. La vic­toire com­mence ici.

* Ar­ticle pu­blié ini­tia­le­ment dans Mi­li­ta­ry Re­view, no­vembre-dé­cembre 2017.

Notes

(1) Da­vid E. John­son, « From Fron­tier Cons­ta­bu­la­ry to Mo­dern Ar­my », in Ha­rold R. Win­ton et Da­vid R. Mets (dir.), The Chal­lenge of Change: Mi­li­ta­ry Ins­ti­tu­tions and New Rea­li­ties, 1918-1941, Uni­ver­si­ty of Ne­bras­ka Press, Lin­coln, 2000, p. 204. (2) «Me­mo­ran­dum, Brig. Gen. F. M. An­drews for the Chief of Ca­val­ry, G-3/42070 » 23 fé­vrier 1940, file 322.02, Of­fice of the Chief of Ca­val­ry, cor­res­pon­dence, 1921-42, Box 7b, Record Group 177, Na­tio­nal Ar­chives and Re­cords Ad­mi­nis­tra­tion.

(3) « Me­mo­ran­dum, Maj. Gen. J. K. Herr for the As­sis­tant Chief of Staff, G-3 » 28 fé­vrier 1940, file 322.02, Of­fice of the Chief of Ca­val­ry, cor­res­pon­dence, 1921-42, Box 7b, Record Group 177, Na­tio­nal Ar­chives and Re­cords Ad­mi­nis­tra­tion.

(4) Ibid., p. 201.

(5) Da­vid E. John­son, « From Fron­tier Cons­ta­bu­la­ry to Mo­dern Ar­my », op. cit., p. 191.

(6) «U.S. Ar­my Fu­ture Force De­ve­lop­ment Stra­te­gy (un­si­gned) » mai 2017, p. 26; « U.S. Ar­my Tanks, Stry­kers, and Brad­leys Are Get­ting Ac­tive-pro­tec­tion Sys­tems to Fend off Ene­my Fire », Bu­si­ness In­si­der, 8 juin 2017, consul­té le 7 sep­tembre 2017 (http:// www.bu­si­nes­sin­si­der.com/us-ar­my-tanks-stry­kers-and-brad­leys­get­ting-ac­tive-pro­tec­tion-sys­tems-2017-6).

(7) «U.S. Ar­my Fu­ture Force De­ve­lop­ment Stra­te­gy», p. 24. (8) Ri­chard G. Da­vis, The 31 Ini­tia­tives: A Stu­dy in Air Force– Ar­my Coo­pe­ra­tion Of­fice of Air Force His­to­ry, Wa­shing­ton, 1987. (9) Ibid., p. 38.

(10) Ibid., p. 35; Field Ma­nual 100-5, Ope­ra­tions, U.S. Go­vern­ment Prin­ting Of­fice, Wa­shin­ton, 1982 [da­té].

(11) James M. Holmes et Da­vid G. Per­kins, « Mul­ti­do­main Bat­tle: Con­ver­ging Concepts to­ward a Joint So­lu­tion », Joint Force Quar­ter­ly, [no 88, 1er tri­mestre 2018].

(12) Ground Force Mo­der­ni­za­tion Bud­get Re­quest, Be­fore the Sub­com­mit­tee on Tac­ti­cal Air and Land Forces, Com­mit­tee on Ar­med Ser­vices, U.S. House of Re­pre­sen­ta­tives, 115e Con­grès, 24 mai 2017 (dé­cla­ra­tions des gé­né­raux John M. Mur­ray et Paul A. Os­trows­ki), consul­té le 21 sep­tembre 2017 (https://ar­med­ser­vices.house.gov/le­gis­la­tion/hea­rings/ ground-force-mo­der­ni­za­tion-bud­get-re­quest-0).

Comme ce fut le cas du com­bat aé­ro­ter­restre, le com­bat mul­ti­do­maine met na­tu­rel­le­ment au dé­fi les po­si­tions de clocher ba­sées sur les do­maines. Il en dé­coule que les com­po­sa ntes ter­restres ne peuvent do­mi­ner sans que les do­maines convergent.

Pho­to ci-des­sus :Dé­col­lage D’AH-64. La gé­né­ra­li­sa­tion de l’hé­li­co­ptère offre des op­por­tu­ni­tés tac­tiques in­édites mais re­quiert une co­or­di­na­tion pous­sée. (© US Ar­my)

Un Stry­ker de dé­mi­nage au cours d’un exer­cice. Les nou­velles tech­no­lo­gies ne ré­duisent pas les be­soins en ma­tière d’ap­pui. (© US Ar­my)

L’in­fan­te­rie reste au coeur des opé­ra­tions. Reste ce­pen­dant à voir si la bataille mul­ti­do­maine se­ra en me­sure de mieux op­ti­mi­ser ses ap­puis. (© US Ar­my)

Tir au M-109A7. La ges­tion des feux dans la pro­fon­deur tend his­to­ri­que­ment à plus de com­plexi­té. (© US Ar­my)

Des M-1A2 SEP au cours d’un exer­cice. Bataille mul­ti­do­maine et guerre ré­seau­cen­trée ne sont pas des sub­sti­tuts à la puis­sance de feu. (© US Ar­my)

L’as­saut hé­li­por­té est un ré­vé­la­teur du mul­ti­do­maine : pas­sant par la troi­sième di­men­sion, il im­plique un haut de­gré de syn­chro­ni­ci­té dans les opé­ra­tions. (© US Ar­my)

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