CONTRER LES RISQUES NRBCE : LE POINT DE VUE D’OUVRY

DSI Hors-Série - - SOMMAIRE - Avec Lu­do­vic OUVRY Di­ri­geant et fon­da­teur d’ouvry, vi­ce­pré­sident du clus­ter EDEN (Eu­ro­pean De­fense Eco­no­mic Net­works).

En­tre­tien avec Lu­do­vic OUVRY, di­ri­geant et fon­da­teur d’ouvry, vice-pré­sident du clus­ter EDEN

La ques­tion NBC est l’une des grandes dé­lais­sées de ces quinze à vingt der­nières an­nées. Certes, les sa­voir-faire sont main­te­nus dans les forces, mais, au-de­là des RO­TA (Risks Other Than At­tacks), l’at­ten­tion po­li­tique por­tée à la ques­tion reste faible. Quelle est votre per­cep­tion des risques chi­miques contem­po­rains ?

Lu­do­vic Ouvry : Nous nous trou­vons en plein chan­ge­ment de pa­ra­digme. Jus­qu’à la fin des an­nées 1990, les armes de des­truc­tion mas­sive ap­pa­rais­saient comme des armes ré­ga­liennes dont l’usage ne se conce­vait que dans le cadre de conflits entre États. Mais, de­puis les at­ten­tats au sa­rin de la secte Aum Shin­ri­kyo au Ja­pon (1995), la me­nace de l’uti­li­sa­tion d’agents chi­miques ou bio­lo­giques par des ter­ro­ristes est prise au sé­rieux et de­vient l’un des mo­teurs af­fi­chés des ef­forts sé­cu­ri­taires sur le plan in­té­rieur comme sur ce­lui des re­la­tions in­ter­na­tio­nales. À l’heure ac­tuelle, les me­naces NRBCE (Nu­cléaire, Ra­dio­lo­gique, Bio­lo­gique, Chi­mique ou Ex­plo­sive) s’ap­pliquent plu­tôt au ter­ro­risme et les armes de des­truc­tion mas­sive de­viennent des «armes à po­ten­tiel de désor­ga­ni­sa­tion mas­sive». La per­cep­tion du risque a évo­lué pour prendre en compte les scé­na­rios ter­ro­ristes. De nou­veaux pro­blèmes se posent, comme la pro­tec­tion des in­fra­struc­tures cri­tiques (ré­seaux de tran­sport, usines de pro­duc­tion d’éner­gie, ré­seaux d’eau…). Des be­soins de com­plé­men­ta­ri­té entre les mi­li­taires et les forces de sé­cu­ri­té ci­vile sont ap­pa­rus. Ce­la s’est concré­ti­sé par la mise en place d’un pro­gramme de re­cherche in­ter­mi­nis­té­riel entre le Se­cré­ta­riat Gé­né­ral pour la Dé­fense et la Sé­cu­ri­té Na­tio­nale (SGDSN), la Di­rec­tion Gé­né­rale de l’ar­me­ment (DGA) et le Com­mis­sa­riat à l’éner­gie Ato­mique et aux Éner­gies Al­ter­na­tives (CEA).

Par rap­port au mi­lieu ci­vil (in­dus­trie chi­mique, bâ­ti­ments), les sys­tèmes de dé­tec­tion et de pro­tec­tion doivent être beau­coup plus per­for­mants et les an­ti­dotes contre les agents qui n’in­té­ressent pas l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique (mar­ché trop res­treint) doivent faire l’ob­jet d’un ef­fort par­ti­cu­lier de la part du Ser­vice de San­té des Armées (SSA) qui s’ap­puie sur des so­cié­tés in­dus­trielles et com­mer­ciales telles qu’ouvry pour en as­su­rer la vente, la dis­tri­bu­tion et même le sui­vi de tra­ça­bi­li­té et de va­li­di­té. L’ar­se­nal NRBCE ac­cu­mu­lé pen­dant la guerre froide (ar­se­nal dis­sua­sif non uti­li­sé) de­vient une me­nace pro­téi­forme du type ter­ro­riste. Et il faut donc adap­ter le ma­té­riel de dé­fense et le qua­li­fier en consé­quence. Ce ma­té­riel doit suivre des normes pré­cises, main­te­nant bien re­liées aux va­leurs toxi­co­lo­giques des pro­duits toxiques. La pro­ba­bi­li­té d’uti­li­sa­tion de ces armes par des en­ti­tés non éta­tiques or­ga­ni­sées comme Daech ou par des or­ga­ni­sa­tions ter­ro­ristes aug­mente.

Le res­pect des trai­tés n’est pas ac­quis. En 2013, sous la pres­sion in­ter­na­tio­nale, le ré­gime sy­rien si­gnait la Convention

Des be­soins de com­plé­men­ta­ri­té entre les mi­li­taires et les forces de sé­cu­ri­té ci­vile sont ap­pa­rus. Ce­la s’est concré­ti­sé par la mise en place d’un pro­gramme de re­cherche in­ter­mi­nis­té­riel.

Pho­to ci-des­sus :

Par dé­fi­ni­tion, l’usage d’une te­nue NRBC in­duit des contraintes pour le com­bat­tant. L’er­go­no­mie du sys­tème est donc, avec la pro­tec­tion of­ferte, un cri­tère im­por­tant. (© Ouvry)

d’in­ter­dic­tion des Armes Chi­miques (CIAC). Mais preuve est faite qu’il a été res­pon­sable en 2014 et 2015 d’au moins deux at­taques au chlore dans la pro­vince d’id­lib. De plus, Daech a uti­li­sé du gaz mou­tarde à Ma­rea (près d’alep) en août 2015. Par l’in­ter­mé­diaire des moyens de com­mu­ni­ca­tion mo­derne, on as­siste à une mon­dia­li­sa­tion des tech­niques de fa­bri­ca­tion des armes bio­lo­giques, chi­miques et ex­plo­sives. Le ter­ro­risme NRBCE reste un risque très cré­dible et donc plau­sible.

Entre l’usage de No­vi­chok à Sa­lis­bu­ry et ce­lui d’agents plus ou moins « im­pro­vi­sés » en Sy­rie et en Irak, les at­taques chi­miques sont de re­tour. Du point de vue de la pro­tec­tion, la seule iden­ti­fi­ca­tion des agents est pro­blé­ma­tique. Ce­la a-t-il une in­ci­dence sur la ma­nière dont vous en­vi­sa­gez les te­nues NBC du fu­tur ?

Les ap­pa­reils de dé­tec­tion des sub­stances chi­miques peuvent al­ler du simple pa­pier in­di­ca­teur qui change de cou­leur en pré­sence d’un pro­duit chi­mique à des ap­pa­reils de haute tech­no­lo­gie comme la spec­tro­sco­pie de flamme (AP4C), de masse (CAM : Che­mi­cal Agent Mo­ni­tor) ou la spec­tro­sco­pie à mo­bi­li­té io­nique. La dé­tec­tion des agents bio­lo­giques et des toxines peut se faire par spec­tro­sco­pie in­fra­rouge, ré­ac­tion en chaîne par po­ly­mé­rase (PCR), im­mu­noas­says… Cer­tains de ces sys­tèmes fonc­tionnent di­rec­te­ment sur le ter­rain. En France, l’ar­mée est de­puis long­temps pré­pa­rée à ces me­naces NRBC. De­puis les an­nées 1980, des plans gou­ver­ne­men­taux ont été dé­ployés par la SGDSN pour pro­té­ger les ci­vils : Pi­ra­tox (ter­ro­risme chi­mique), Pi­ra­tome (ter­ro­risme nu­cléaire et ra­dio­lo­gique), Bio­tox (ter­ro­risme bio­lo­gique). En 2010, un plan unique a rem­pla­cé les trois : «Pi­rate NRBC». Ce plan gou­ver­ne­men­tal NRBC est clas­si­fié et met à la dis­po­si­tion du gou­ver­ne­ment les moyens de gé­rer une crise NRBCE : or­ga­ni­sa­tion, en­traî­ne­ment et sys­tème d’alerte d’uni­tés spé­cia­li­sées ou d’équipes spé­cia­li­sées, consignes à la po­pu­la­tion, se­cours aux vic­times (SAMU, forces de sé­cu­ri­té, hô­pi­taux…). Les la­bo­ra­toires de bio­lo­gie des hô­pi­taux mi­li­taires sont do­tés de kits de diag­nos­tic ra­pide (PCR) des prin­ci­paux agents du bio­ter­ro­risme (LSB3). Ils

En 2010, un plan unique en a rem­pla­cé trois : «Pi­rate NRBC». Ce plan gou­ver­ne­men­tal NRBC est clas­si­fié et met à la dis­po­si­tion du gou­ver­ne­ment les moyens de gé­rer une crise NRBCE : or­ga­ni­sa­tion, en­traî­ne­ment et sys­tème d’alerte d’uni­tés spé­cia­li­sées ou d’équipes spé­cia­li­sé es, consignes à la po­pu­la­tion, se­cours aux vic­times.

font aus­si par­tie du ré­seau de la­bo­ra­toires Bio­tox Pi­ra­tox. L’IRBA (Ins­ti­tut de Re­cherche Bio­mé­di­cale des Armées) et la DGA ont as­su­ré les quatre cin­quièmes des ana­lyses des en­ve­loppes conte­nant de la poudre blanche en 2001.

La so­cié­té Ouvry in­ter­vient à tous les ni­veaux de la me­nace. Au coeur de son ac­ti­vi­té, on trouve des équi­pe­ments de pro­tec­tion in­di­vi­duelle fil­trants pour l’ar­mée et le ci­vil, des masques res­pi­ra­toires (OC50, OPC50) ain­si que la ca­goule de pro­tec­tion im­mé­diate NH15. En ma­tière de dé­tec­tion, Ouvry met à la dis­po­si­tion des ac­teurs le sys­tème Imass per­met­tant d’iden­ti­fier huit agents bio­lo­giques di­rec­te­ment sur le ter­rain. Nous pro­po­sons aus­si des équi­pe­ments et des sys­tèmes de dé­con­ta­mi­na­tion im­mé­diate ou d’ur­gence, et des ou­tils et ser­vices de for­ma­tion : une offre com­plète, co­hé­rente et duale. L’évo­lu­tion des tech­no­lo­gies d’éva­lua­tion et d’iden­ti­fi­ca­tion est prise en compte par les équipes de re­cherche d’ouvry pour al­lé­ger les fu­turs équi­pe­ments dans le but de ré­duire les pertes de ca­pa­ci­tés opé­ra­tion­nelles ré­sul­tant de contraintes ther­miques et phy­sio­lo­giques im­por­tantes des équi­pe­ments sur leurs por­teurs, mais aus­si pour in­té­grer des cap­teurs et re­lais de l’iden­ti­fi­ca­tion NRBCE dans les équi­pe­ments.

Quelle est votre vi­sion de la «te­nue du fu­tur» pour l’in­fan­te­rie, par­ti­cu­liè­re­ment dans un contexte où le sol­dat s’alour­dit, mais pour­rait aus­si, à l’ave­nir, tra­vailler avec des exos­que­lettes ?

Pour ce qui concerne le fait de tra­vailler en am­biance NRBC avec des exos­que­lettes, il m’est dif­fi­cile de dire quel avan­tage ce­la peut ap­por­ter. Ce­la peut cer­tai­ne­ment ai­der à mieux sup­por­ter les ef­forts lors­qu’il faut agir avec un masque. Mais l’exos­que­lette peut aus­si être un ac­ces­soire plus en­com­brant que pra­tique. Ce­la risque de po­ser des pro­blèmes tels que la lo­gis­tique pour la seule ali­men­ta­tion en éner­gie en cas de panne dès lors que chaque com­bat­tant doit en avoir un! En re­vanche, en con­si­dé­rant ce­pen­dant les contraintes ci­tées su­pra, ce­la semble être en­vi­sa­geable pour cer­tains per­son­nels spé­cia­li­sés qui ont à se dé­pla­cer avec un masque de pro­tec­tion NRBC en por­tant une charge lourde.

Pour la te­nue elle-même, je ne par­le­rai pas seu­le­ment du fan­tas­sin, mais plu­tôt du com­bat­tant dé­bar­qué, ce qui en­globe tous ceux et celles qui ont une mis­sion à ac­com­plir en agis­sant au sol. Les te­nues doivent être aus­si ro­bustes, pra­tiques et confor­tables que celles por­tées en temps nor­mal au com­bat. Mais elles doivent être phy­sio­lo­gi­que­ment to­lé­rantes grâce à des ma­té­riaux fil­trants qui, con­trai­re­ment aux so­lu­tions étanches en plas­tique, au­to­risent l’échange d’air et l’éva­cua­tion de la sueur. Les te­nues Ouvry sont idéales, car elles per­mettent de ré­duire les ro­ta­tions de per­son­nels du fait de l’al­lon­ge­ment des du­rées de port. La ré­duc­tion du nombre de ro­ta­tions de per­son­nels et de te­nues ré­duit le risque de conta­mi­na­tion se­con­daire au désha­billage, no­tam­ment lors des re­lèves. Moins de te­nues, c’est un coût glo­bal moindre mal­gré les coûts d’ac­qui­si­tion plus éle­vés que pour une te­nue plas­tique. Moins de re­lèves, c’est aus­si moins de dé­chets, et des dé­chets plus fa­ciles à dé­con­ta­mi­ner que ceux des te­nues plas­tiques. Nos te­nues, dé­cli­nées en dif­fé­rentes ver­sions sui­vant les fonc­tions opé­ra­tion­nelles, offrent un ni­veau de pro­tec­tion net­te­ment su­pé­rieur aux te­nues plas­tiques en rai­son de leurs faibles ef­fets de pom­page (ap­pels d’air) sous ex­po­si­tion aux agents ga­zeux. Elles pré­sentent le meilleur com­pro­mis pro­tec­tion/mo­bi­li­té/ro­bus­tesse : l’au­to­no­mie s’en trouve ac­crue tan­dis que le risque d’hy­per­ther­mie est écar­té.

Pour l’ave­nir proche, le tis­su doit main­te­nant être conçu comme au­to­dé­con­ta­mi­nant, ce qui per­met­trait de ré­duire l’em­preinte lo­gis­tique et la contrainte de dé­con­ta­mi­na­tion dif­fé­rée lourde, par exemple les chaînes de dé­con­ta­mi­na­tion. Le tis­su doit être la­vable afin d’aug­men­ter la du­rée de vie de la te­nue de pro­tec­tion NRBCE et donc de ré­duire le coût glo­bal. De ré­cents ré­sul­tats sur un nou­veau ma­té­riau fil­trant, le MFE, per­mettent d’en­vi­sa­ger des ports per­ma­nents sur plus d’un an avec au moins 20 la­vages. Mais ce­la va de pair aus­si avec une ap­proche dif­fé­rente de la dé­con­ta­mi­na­tion telle qu’elle est ac­tuel­le­ment réa­li­sée : la pro­cé­dure de dé­con­ta­mi­na­tion de­vrait pri­vi­lé­gier le pro­ces­sus sui­vant : phase de désha­billage, phase de dé­con­ta­mi­na­tion com­plé­men­taire sèche (gant), en­fin dé­con­ta­mi­na­tion par douche. Cette mé­thode per­met de ra­me­ner le ni­veau de conta­mi­na­tion à 10 % à l’is­sue de la phase 1, puis à 1 % dans la phase 2, en­fin le re­li­quat par douche dans la phase fi­nale ré­duit la conta­mi­na­tion à 0,1 % de ce qu’elle était ini­tia­le­ment.

La dé­con­ta­mi­na­tion est un en­jeu évi­dem­ment es­sen­tiel. Vous at­ten­dez-vous à des rup­tures dans les pro­chaines an­nées ou en­vi­sa­gez-vous des in­no­va­tions plus in­cré­men­tales ?

La dé­con­ta­mi­na­tion consiste à en­le­ver d’une sur­face le pro­duit chi­mique ou bio­lo­gique conta­mi­nant. La dé­con­ta­mi­na­tion im­mé­diate ou d’ur­gence est le pro­cé­dé qui consiste à éli­mi­ner le plus ra­pi­de­ment pos­sible les agents chi­miques, bio­lo­giques ou ra­dio­lo­giques ayant conta­mi­né une per­sonne, afin d’évi­ter la pro­pa­ga­tion des ef­fets no­cifs, en par­ti­cu­lier sur la peau, et le trans­fert de conta­mi­na­tion. Par voie sèche, un sys­tème ab­sor­bant, gé­né­ra­le­ment sous forme de poudre, est uti­li­sé. On peut aus­si uti­li­ser la voie hu­mide par l’ac­tion d’une douche. La dé­con­ta­mi­na­tion opé­ra­tion­nelle est plus im­por­tante et elle per­met, dans le cas d’un sol­dat par exemple, de se ser­vir de son équi­pe­ment (armes…) pour pour­suivre le com­bat. La dé­con­ta­mi­na­tion ap­pro­fon­die s’adresse plus spé­ci­fi­que­ment aux ma­té­riels (vé­hi­cules…).

En dé­con­ta­mi­na­tion im­mé­diate ou d’ur­gence, en rup­ture avec les so­lu­tions ac­tuelles à base d’ar­gile ou d’ad­sor­bant (terre à fou­lon, zéo­lithes, char­bon ac­tif…) qui ont l’in­con­vé­nient ma­jeur de «ré-aé­ro­so­li­ser» des par­ti­cules conta­mi­nées – risque de conta­mi­na­tion se­con­daire ou croi­sée – et n’ont pas d’ac­ti­vi­té de des­truc­tion des agents ab­sor­bés, Ouvry pro­pose un sys­tème de dé­con­ta­mi­na­tion sèche, DECPOL, et un sys­tème de dé­con­ta­mi­na­tion spé­ci­fi­que­ment conçu pour la peau, le RSDL. Le gant DECPOL a été dé­ve­lop­pé avec la fa­cul­té de phar­ma­cie de Lyon dans le cadre du dis­po­si­tif Ra­pid de la DGA, tes­té avec suc­cès par la Sec­tion tech­nique de l’ar­mée de Terre et éva­lué en condi­tions réelles en Ser­bie, en Is­raël et en Ré­pu­blique tchèque. Il ab­sorbe ra­pi­de­ment par ca­pil­la­ri­té de grandes quan­ti­tés de toxiques, les confine puis les neu­tra­lise grâce à des ca­ta­ly­seurs fi­ne­ment dis­per­sés dans le tam­pon fi­breux. Il est conçu pour être uti­li­sé à la fois par les forces armées, les forces de l’ordre et les pri­mo-in­ter­ve­nants qui peuvent être confron­tés à une at­taque ou à une ex­po­si­tion chi­mique ou bio­lo­gique, mais aus­si par les in­dus­tries, la­bo­ra­toires ou in­fra­struc­tures cri­tiques.

Pour la dé­con­ta­mi­na­tion ap­pro­fon­die, le R2D4 (pro­duit DESDEC, uti­li­sable sous forme li­quide, de spray, de mousse) est ef­fi­cace contre les pro­duits chi­miques et bio­lo­giques. Il s’agit là d’un en­semble de so­lu­tions de dé­con­ta­mi­na­tion chi­mique et bio­lo­gique pour

Pour l’ave­nir proche, le tis­su doit main­te­nant être conçu comme au­to­dé­con­ta­mi­nant, ce qui per­met­trait de ré­duire l’em­preinte lo­gis­tique et la contrainte de dé­con­ta­mi­na­tion dif­fé­rée lourde, par exemple les chaînes de dé­con­ta­mi­na­tion. Le tis­su doit être la­vable afin d’aug­men­ter la du­rée de vie de la te­nue de pro­tec­tion NRBCE et donc de ré­duire le coût glo­bal.

in­fra­struc­tures ou ma­té­riels, par­fai­te­ment ap­pro­prié à la dés­in­fec­tion des mi­cro-or­ga­nismes, à la déso­do­ri­sa­tion des com­po­sés or­ga­niques vo­la­tils, à la dé­con­ta­mi­na­tion des pro­duits in­dus­triels toxiques et des agents de guerre chi­mique. Ce pro­duit prend en compte les contraintes en­vi­ron­ne­men­tales : il est non toxique, non cor­ro­sif, bio­dé­gra­dable. En­fin, comme évo­qué pré­cé­dem­ment, des tra­vaux de re­cherche et dé­ve­lop­pe­ment pro­met­teurs per­mettent d’en­vi­sa­ger dans un fu­tur proche des tex­tiles au­to­dé­con­ta­mi­nants par voie pho­to­ca­ta­ly­tique. En plus de mi­ni­mi­ser les risques de conta­mi­na­tion se­con­daire au désha­billage, ces tex­tiles ré­dui­raient consi­dé­ra­ble­ment l’em­preinte lo­gis­tique de la dé­con­ta­mi­na­tion opé­ra­tion­nelle qui met en oeuvre des moyens très lourds, né­ces­site des res­sources im­por­tantes et im­plique de gé­rer des eaux usées po­ten­tiel­le­ment conta­mi­nées.

Votre en­tre­prise fait éga­le­ment par­tie du tis­su de PME spé­cia­li­sées sur des ques­tions par­fois très poin­tues en ma­tière de dé­fense. Comment ana­ly­sez-vous, de ce point de vue, la ré­cente loi de pro­gram­ma­tion mi­li­taire? Par ailleurs, la ques­tion du rap­port entre PME/PMI et les plus grandes en­tre­prises du sec­teur de la dé­fense sont par­fois com­pli­quées. Est-ce le cas pour vous?

Nous avons connu ce genre de si­tua­tions avec nos pre­miers contrats. La si­tua­tion a évo­lué heu­reu­se­ment dans le sens de la nor­ma­li­sa­tion et de l’apai­se­ment. Sur ce point, le Pacte Dé­fense PME et le Pacte Cy­ber ont mar­qué la pé­riode 2007-2018. Ils ont don­né

Le gant DECPOL a été dé­ve­lop­pé avec la fa­cul­té de phar­ma­cie de Lyon dans le cadre du dis­po­si­tif Ra­pid de la DGA, tes­té avec suc­cès par la Sec­tion tech­nique de l’ar­mée de Terre et éva­lué en condi­tions réelles en Ser­bie, en Is­raël et en Ré­pu­blique tchèque. Il ab­sorbe ra­pi­de­ment par ca­pil­la­ri­té de grandes quan­ti­tés de toxiques, les confine puis les neu­tra­lise grâce à des ca­ta­ly­seurs fi­ne­ment dis­per­sés dans le tam­pon fi­breux.

l’im­pul­sion et tra­cé la voie à suivre par les dif­fé­rents mi­nis­tères par leur ca­rac­tère exem­plaire, in­édit et pion­nier. On en re­trouve la lo­gique dans le conte­nu de la loi de pro­gram­ma­tion mi­li­taire 2019-2025 où les PME in­no­vantes sont main­te­nant consi­dé­rées comme de lé­gi­times et in­dis­pen­sables al­liées de la Dé­fense.

Il faut ici abor­der le vo­let de la dua­li­té des ac­ti­vi­tés d’in­dus­trie de dé­fense. Dans les conven­tions suc­ces­sives que le clus­ter EDEN – dont je suis l’un des fon­da­teurs et vice-pré­si­dents – a si­gnées avec la DGA de­puis 2014, celle-ci sou­ligne l’im­por­tance de veiller à la vi­ta­li­té et à la pé­ren­ni­té d’une base in­dus­trielle et technologique ca­pable de dé­ve­lop­per les ca­pa­ci­tés stra­té­giques de l’ou­til de dé­fense, mais aus­si de pri­vi­lé­gier le dé­ve­lop­pe­ment d’un tis­su de PME per­for­mantes et in­no­vantes. C’est là une si­tua­tion « ga­gnant-ga­gnant ». Les armées de tous pays ont un in­té­rêt stra­té­gique à dis­po­ser chez elles d’en­tre­prises in­no­vantes. Mais il faut bien sûr que ces en­tre­prises soient viables. Notre clus­ter, créé en 2008, qui compte une cen­taine de PME, ras­semble une ma­jo­ri­té d’en­tre­prises dé­jà rom­pues à cette di­ver­si­té de clien­tèles.

De­puis 2008, de pres­ta­taires les PME sont de­ve­nues en moins de dix ans des par­te­naires, des al­liées in­dis­pen­sables et des in­ter­lo­cu­teurs écou­tés et res­pec­tés. Mais des contre­par­ties sont de­man­dées. Elles doivent en te­nir compte alors que ces contre­par­ties ne sont pas ano­dines : dé­marche qua­li­té ac­crue, pro­tec­tion cy­ber ren­for­cée, maî­trise de la sup­ply chain, ca­pa­ci­té de conduire et de co­or­don­ner ses pro­jets d’in­no­va­tion et de re­cherche et dé­ve­lop­pe­ment, plan de conti­nui­té de l’ac­ti­vi­té. Ouvry a en ce sens ac­quis un socle de ca­pa­ci­tés so­lide. Éta­blir, re­joindre et par­ta­ger cet es­pace de confiance, c’est bien là le propre d’une al­liance. Néan­moins, la réa­li­té éco­no­mique reste un fac­teur dé­ter­mi­nant qui pèse et qui at­té­nue les ef­fets bé­né­fiques du Pacte dé­fense PME que j’ai évo­qués pré­cé­dem­ment.

Le po­si­tion­ne­ment des grandes en­tre­prises s’en est trou­vé mo­di­fié lui aus­si. De­puis main­te­nant dix ans, la DGA, sous la contrainte des ef­fets de la crise éco­no­mique de 2007, a per­du 25 % de ses ef­fec­tifs et, par consé­quent, une part de sa ca­pa­ci­té à conduire de grands pro­grammes. Elle s’ap­puie donc de ma­nière plus mar­quée sur la di­zaine de grands groupes et opé­ra­teurs in­dus­triels in­té­gra­teurs et leur confie, sous contrôle, des res­pon­sa­bi­li­tés et des dé­lé­ga­tions d’as­sis­tance à maî­trise d’ou­vrage et de maî­trise d’oeuvre ren­for­cées. Ce­la in­cite, de ma­nière un peu per­verse et pa­ra­doxale, les grands groupes, dont le coeur de mé­tier est par­fois éloi­gné de cer­tains do­maines, à s’im­po­ser dans ces ap­pels d’offres. Ils cherchent alors à choi­sir avec une at­ten­tion et une exi­gence ac­crues leurs sous-trai­tants ou leurs par­te­naires. En par­ti­cu­lier, l’éco­sys­tème des PME du do­maine NRBC est à un juste ni­veau d’équi­libre pour un mar­ché glo­bal lui-même main­te­nu à un juste ni­veau de suf­fi­sance ca­pa­ci­taire. Dé­clen­cher une mise en concur­rence de ni­veau 1, pour op­po­ser d’une part un grand groupe et d’autre part un grou­pe­ment de PME construits avec une com­mu­nau­té

de sous-trai­tants dé­jà ré­duite, gé­nère une ten­sion très forte qui peut conduire à une si­tua­tion d’ex­trême fra­gi­li­té pour les quelques en­tre­prises fran­çaises spé­cia­li­sées du do­maine. Cette stra­té­gie de mise en concur­rence pé­rilleuse pour­rait même conduire à la dis­pa­ri­tion de cer­taines de ces PME et à l’af­fai­blis­se­ment glo­bal de la fi­lière na­tio­nale. Dans le do­maine de la dé­fense et de la ca­pa­ci­té à faire face aux me­naces NRBC, la lo­gique d’ac­ti­vi­té et de pro­duc­tion duale ap­porte une ré­ponse au be­soin de co­hé­rence entre les com­po­santes mi­nis­té­rielles en ma­tière de dé­fense, d’ac­tion de pro­tec­tion, de se­cours et d’in­ter­ven­tion. Plus gé­né­ra­le­ment, le mar­ché du do­maine NRBC est frag­men­té en seg­ments pro­duits et uti­li­sa­teurs. Si les com­bat­tants, les in­ter­ve­nants ou les pri­mo-in­ter­ve­nants ont un be­soin com­mun im­pé­ra­tif et im­mé­diat de pro­tec­tion fiable et ef­fi­cace, ces hommes et femmes qui nous pro­tègent ont des at­ten­dus as­sez dif­fé­rents sui­vant les fonc­tions opé­ra­tion­nelles : du­rée d’ex­po­si­tion plus ou moins longue, er­go­no­mie, adap­ta­tion aux fac­teurs ther­miques ou en­vi­ron­ne­men­taux, ther­mo­phy­sio­lo­gie, ca­mou­flage, in­ter­faces évolutives. Ils peuvent avoir be­soin sim­ple­ment de sous-vê­te­ments de pro­tec­tion à por­ter sous des te­nues spé­cia­li­sées (mé­de­cin, dé­mi­neur…).

Il en est de même pour le masque res­pi­ra­toire, qui doit être adap­té sui­vant le mi­lieu (ter­restre, na­val ou aé­ro­nau­tique), la fonc­tion (ti­reur de pré­ci­sion, com­bat­tant FELIN) ou le casque dé­jà en ser­vice (casque pi­lote de chasse et masque à oxy­gène ou casque pi­lote d’hé­li­co­ptère avec vi­sière de re­port tête haute, casque de main­tien de l’ordre G3 ou mo­dèle ré­cent MSA). Des adap­ta­tions sont aus­si de­man­dées re­la­ti­ve­ment aux fonc­tions (am­pli­fi­ca­teur de voix pour les chefs, as­sis­tance res­pi­ra­toire pour cer­tains spé­cia­listes…). Cette ap­proche d’adap­ta­tion à l’écoute de l’uti­li­sa­teur a été adop­tée très tôt, il y a main­te­nant près de quinze ans, par Ouvry qui pro­pose une gar­de­robe adap­table et une ap­proche « sys­tème com­plet » per­met­tant des achats suc­ces­sifs et in­cré­men­taux. Cette ca­pa­ci­té à ré­pondre ra­pi­de­ment et de ma­nière adap­tée et ré­ac­tive aux be­soins des uns ou des autres, à re­ce­voir des com­mandes spé­ci­fiques comme al­ter­na­tives aux grands contrats, à se di­ver­si­fier et à ga­gner des mar­chés de niches sont des le­viers de crois­sance in­con­tour­nables.

Vous l’avez com­pris, pour une PME in­no­vante, l’ac­ti­vi­té duale est vi­tale. Elle lui per­met de pé­ren­ni­ser

Pour ce qui touche au do­maine NRBC, la DGA at­tend des PME, pour cer­tains ap­pels d’offres, des in­ves­tis­se­ments ac­crus en ma­tière de cer­ti­fi­ca­tions et de qua­li­fi­ca­tions sur fonds propres. Ce­la est pos­sible jus­qu’à un cer­tain point ce­pen­dant ; il n’en reste pas moins qu’il faut, en France, main­te­nir à ni­veau, à dé­faut de les ren­for­cer, les centres d’es­sais spé­cia­li­sés.

son ac­ti­vi­té, de faire face aux aléas des choix bud­gé­taires et d’at­té­nuer les ef­fets des chan­ge­ments de rythme des com­mandes éta­tiques tout en élar­gis­sant le socle de son ac­ti­vi­té. C’est le cas des ac­qui­si­tions et pro­grammes du do­maine NRBC, sou­vent cy­cliques sui­vant un pas de plus de dix ans et sou­vent ob­jet de re­non­ce­ments, de re­ports ou de ré­duc­tions de com­mandes. En ef­fet, les équi­pe­ments de la gé­né­ra­tion pré­cé­dente, mêmes moins per­for­mants, moins confor­tables, res­tent néan­moins tou­jours aptes à as­su­rer la pro­tec­tion de ce­lui ou de celle qui les porte. En outre, pour ce qui touche au do­maine NRBC, la DGA at­tend des PME, pour cer­tains ap­pels d’offres, des in­ves­tis­se­ments ac­crus en ma­tière de cer­ti­fi­ca­tions et de qua­li­fi­ca­tions sur fonds propres. Ce­la est pos­sible jus­qu’à un cer­tain point ce­pen­dant; il n’en reste pas moins qu’il faut, en France, main­te­nir à ni­veau, à dé­faut de les ren­for­cer, les centres d’es­sais spé­cia­li­sés tels que le centre du Bou­chet, L’IRBA, cer­tains la­bo­ra­toires et les ca­pa­ci­tés d’ex­pé­ri­men­ta­tion des centres spé­cia­li­sés des armées. En ef­fet, pro­mou­voir des in­no­va­tions est un en­jeu stra­té­gique mi­li­taire et d’in­fluence, qui touche di­rec­te­ment la dé­fense et la pro­tec­tion de nos conci­toyens, qui donne à la France des atouts com­mer­ciaux et éco­no­miques in­dé­niables. Mais en­core faut-il pou­voir, de ma­nière ré­ac­tive et cré­dible, faire de ces in­no­va­tions des com­po­sants, des équi­pe­ments ou des sys­tèmes ma­tures, fiables et in­dus­tria­li­sables, qui ré­pondent aux exi­gences lé­gales, nor­ma­tives et ré­gle­men­taires qui nous sont im­po­sées, avec pour ob­jec­tif une mise en ser­vice opé­ra­tion­nelle sur le théâtre dans les meilleurs dé­lais pos­sibles.

Tout ce qui a été pré­sen­té dans cet in­ter­view mé­rite at­ten­tion et vise à faire va­loir l’in­té­rêt qu’a notre pays à pré­ser­ver la fi­lière stra­té­gique de ce do­maine d’ex­per­tise NRBCE. À cet ef­fet, il faut ab­so­lu­ment pé­ren­ni­ser le tis­su des PME in­no­vantes, qui sont à même de don­ner le meilleur de ce qu’on peut pro­duire en France à toutes celles et tous ceux qui nous pro­tègent dans le res­pect du be­soin ex­pri­mé pour les nom­breuses fonc­tions opé­ra­tion­nelles, aus­si dif­fé­rentes soient-elles, tout en pré­ser­vant une co­hé­rence in­ter­mi­nis­té­rielle d’en­semble fa­vo­ri­sant l’in­ter­opé­ra­bi­li­té et la com­plé­men­ta­ri­té sur le ter­rain.

La pro­tec­tion NRBC ne se li­mite pas aux forces «au sol» : les équi­pages d’aé­ro­nefs doivent aus­si être pro­té­gés et pou­voir com­battre avec leur pro­tec­tion. (© Ouvry)

Uti­li­sa­tion du gant DECPOL. (© Ouvry)

Gros plan sur un masque Ouvry.Les uti­li­sa­teurs doivent pou­voir conti­nuer à com­mu­ni­quer. (© Ouvry)

Équi­pe­ment NRBC du RAID. La pro­tec­tion NRBC doit pou­voir prendre en compte les autres types de pro­tec­tion, ba­lis­tique par exemple… (© Ouvry)

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.