« LI­BÉ­RER SANS TARDER TOUTES LES MARGES DE MA­NOEUVRE »

En­tre­tien avec Fran­çois LECOINTRE, chef d’état-ma­jor des Armées

DSI Hors-Série - - SOMMAIRE - Avec le gé­né­ral Fran­çois LECOINTRE Chef d’état-ma­jor des Armées.

“Je sais que la mi­nistre, les par­le­men­taires, les mi­li­taires au­ront un re­gard très at­ten­tif sur l’exé­cu­tion de la LPM et j’en fe­rai de même. Mais il faut aus­si faire com­prendre que les moyens ne se­ront pas mis en place en quelques mois, il y a donc un ef­fort de pé­da­go­gie „ de notre part à pro­duire en­vers les armées.

LLa ré­cente Loi de Pro­gram­ma­tion Mi­li­taire (LPM) de­vrait per­mettre d’ac­cé­lé­rer le pro­ces­sus de mo­der­ni­sa­tion des forces, mais sus­cite aus­si des in­quié­tudes quant à sa réa­li­sa­tion pleine et en­tière au-de­là de 2023. Êtes-vous op­ti­miste ou plu­tôt pru­dent ?

Fran­çois Lecointre : Je rap­pelle tout d’abord que la LPM ré­pond à une double am­bi­tion : pre­miè­re­ment, re­don­ner aux armées les moyens de rem­plir du­ra­ble­ment leurs mis­sions ; deuxiè­me­ment, les préparer aux défis de de­main et avan­cer dans une vé­ri­table mo­der­ni­sa­tion de l’ou­til mi­li­taire. Il s’agit de pré­ser­ver et de conso­li­der un mo­dèle d’ar­mée com­plet et équi­li­bré, qui ap­pa­raît comme une sin­gu­la­ri­té et une force au re­gard des autres armées eu­ro­péennes. Il faut me­su­rer à quel point cette LPM est une pre­mière étape dé­ci­sive pour l’at­teinte de l’am­bi­tion 2030, énon­cée dans la Re­vue stra­té­gique. Je sa­lue tous ceux qui ont oeu­vré à ces tra­vaux de Re­vue stra­té­gique et de LPM, per­met­tant des dé­ci­sions fortes, sans at­tendre le dé­lai ha­bi­tuel d’un an et de­mi à deux ans pour lan­cer une nou­velle LPM. Il s’agis­sait d’al­ler vite pour que la LPM soit vo­tée dès 2018 et ap­pli­quée dès 2019.

Nous pou­vons nous ré­jouir col­lec­ti­ve­ment de l’im­pul­sion qui a été don­née au som­met de l’état, im­pul­sion tra­duite par la Re­vue stra­té­gique d’abord, par la LPM en­suite. La mi­nistre des Armées, ses grands su­bor­don­nés, les chefs d’état-ma­jor de chaque ar­mée, nos états-ma­jors res­pec­tifs, nous nous sommes tous mis en ordre de bataille, avec mé­thode, pour éla­bo­rer un pro­jet que je consi­dère équi­li­bré. J’ob­serve aus­si tout le soin et l’at­ten­tion par­ti­cu­liers prê­tés par les com­mis­sions de Dé­fense du Sé­nat et de l’as­sem­blée na­tio­nale, tout leur tra­vail sou­te­nu qui a abou­ti au vote.

Une telle dé­marche nous en­gage, tous, pour que les res­sources iden­ti­fiées soient af­fec­tées et qu’elles soient dû­ment uti­li­sées. Un cer­tain nombre de mé­ca­nismes sont en place, dont une clause de re­voyure en 2021. Je sais que la mi­nistre, les par­le­men­taires, les mi­li­taires au­ront un re­gard très at­ten­tif sur l’exé­cu­tion de la LPM et j’en fe­rai de même. Mais il faut aus­si faire com­prendre que les moyens ne se­ront pas mis en place en quelques mois, il y a donc un ef­fort de pé­da­go­gie de notre part à pro­duire en­vers les armées. Je m’en­gage dans cet ef­fort.

La ré­cente Re­vue stra­té­gique comme la LPM montrent une at­ten­tion por­tée à nombre de sec­teurs et consti­tuent toutes deux des ef­forts as­sez re­mar­quables. Vous semble-t-il que des as­pects ont été in­suf­fi­sam­ment trai­tés ou que des angles morts, ca­pa­ci­taires ou or­ga­niques, sont sus­cep­tibles d’ap­pa­raître ?

Le constat po­sé par la Re­vue stra­té­gique est ce­lui du re­tour de la guerre comme ho­ri­zon pos­sible des con­fron­ta­tions géo­po­li­tiques. Ce constat nous a ame­nés à définir les ap­ti­tudes es­sen­tielles que les armées fran­çaises

doivent dé­te­nir, ac­qué­rir ou dé­ve­lop­per. La LPM tra­duit ces conclu­sions en termes de ca­pa­ci­tés, de res­sources et de pro­grammes d’ar­me­ment, no­tam­ment.

Le choix es­sen­tiel tient en la pré­ser­va­tion de notre au­to­no­mie stra­té­gique grâce à un mo­dèle d’armées com­plet et équi­li­bré, c’est-à-dire cou­vrant le plus vaste spectre pour ré­pondre à des me­naces tou­jours plus larges, dans tous les do­maines. Vous re­trou­vez ces deux no­tions, com­plé­tude et équi­libre, dans les cinq fonc­tions stra­té­giques. Nos tra­vaux et l’ana­lyse nous ont conduits à un ré­équi­li­brage lo­gique au pro­fit des deux fonc­tions «pré­ven­tion» et «connais­sance et an­ti­ci­pa­tion», le pré­cé­dent Livre blanc ayant fait por­ter l’ef­fort sur le trip­tyque dis­sua­sion-pro­tec­tion-in­ter­ven­tion.

L’au­to­no­mie n’est pas l’iso­le­ment, et nous ne pou­vons pas tout cou­vrir ab­so­lu­ment, tout le temps. La pré­ser­va­tion de notre au­to­no­mie stra­té­gique n’ex­clut pas la pos­si­bi­li­té, voire la né­ces­si­té, de nouer des co­opé­ra­tions, opé­ra­tion­nelles et ca­pa­ci­taires, et de par­ti­ci­per à la mise en place d’une au­to­no­mie stra­té­gique eu­ro­péenne. Au­to­no­mie na­tio­nale et au­to­no­mie eu­ro­péenne sont, en fait, dé­sor­mais liées. Nous sa­vons en ef­fet que c’est en étant at­trac­tifs et en confor­tant notre propre au­to­no­mie que nous par­vien­drons à agir ef­fi­ca­ce­ment dans le cadre de co­opé­ra­tions par une ca­pa­ci­té re­nou­ve­lée à en­traî­ner et à fé­dé­rer en vue de l’émer­gence d’une au­to­no­mie stra­té­gique eu­ro­péenne. J’ob­serve avec plai­sir la va­rié­té et la com­plé­men­ta­ri­té des avan­cées les plus ré­centes, telles que la Co­opé­ra­tion struc­tu­relle ren­for­cée, l’initiative eu­ro­péenne d’in­ter­ven­tion, la feuille de route fran­co-al­le­mande.

Les forces sont en­ga­gées dans une mul­ti­tude d’opé­ra­tions, tout en cher­chant à main­te­nir et à dé­ve­lop­per leurs sa­voir-faire et en fai­sant face à de vrais défis en ma­tière de re­cru­te­ment. Le « sys­tème mi­li­taire » est donc sous une pres­sion pour la­quelle il a été conçu. Mais a-t-il en­core de la puis­sance en ré­serve ? Au­tre­ment dit, les armées ne risquent-elles pas la sur­chauffe ?

Il est en ef­fet dif­fi­cile de sou­te­nir un ni­veau éle­vé d’en­ga­ge­ment en opé­ra­tions ex­té­rieures tout en conso­li­dant et mo­der­ni­sant nos armées. Le «sys­tème mi­li­taire» n’est pas conçu pour être em­ployé en permanence au maxi­mum de ses ca­pa­ci­tés. Nous de­vons re­trou­ver de la marge de ma­noeuvre, cette ré­serve que vous évo­quez, afin d’être prêts si l’im­pré­vi­sible se pro­duit. L’en­jeu tient ici à re­cons­ti­tuer une ré­serve pour per­mettre au pré­sident de la Ré­pu­blique de dis­po­ser, s’il le sou­haite, de ca­pa­ci­tés d’in­ter­ven­tion face aux sur­prises qui se pro­dui­ront. J’ai men­tion­né ain­si, dès l’été der­nier, que nous de­vions nous rendre ca­pables d’ajus­ter nos en­ga­ge­ments opé­ra­tion­nels, c’est-à-dire de ca­li­brer au plus juste les moyens à mettre en oeuvre tout en veillant à res­ter ef­fi­caces et à pro­duire les ef­fets ar­rê­tés par le po­li­tique. Je veille avec les chefs d’état-ma­jor d’ar­mée à pré­ci­sé­ment me­su­rer l’état de dis­per­sion de nos forces, la pres­sion qu’elles su­bissent et l’usure, tant ma­té­rielle qu’hu­maine, qui en dé­coule. L’illus­tra­tion de ces ajus­te­ments se trouve dans l’opé­ra­tion « Cham­mal » au Le­vant, où nous avons re­taillé la cote pour un dis­po­si­tif qui compte dé­sor­mais dix avions Ra­fale et trois ca­nons CAESAR. Cette lo­gique se pour­sui­vra à me­sure que la mis­sion évo­lue­ra, sans doute vers da­van­tage de for­ma­tion au pro­fit des forces lo­cales. En com­plé­ment de ce prin­cipe d’ajus­te­ment et de ré­gu­la­tion, la re­cherche de po­si­tion­ne­ments plus dif­fé­ren­ciés, plus agiles, doit éga­le­ment être pro­mue pour ne pas nous can­ton­ner à un seul type d’opé­ra­tion mi­li­taire. Il ne s’agit ce­pen­dant pas de rai­son­ner seu­le­ment sur le ni­veau d’en­ga­ge­ment. L’ob­jec­tif est double : d’un cô­té, sou­te­nir les en­ga­ge­ments et, de l’autre, pré­ser­ver la pré­pa­ra­tion opé­ra­tion­nelle. Il est pri­mor­dial de cor­ri­ger cer­taines fra­gi­li­tés consé­cu­tives à l’usure de nos ca­pa­ci­tés ou aux dif­fé­rents re­non­ce­ments des exer­cices an­té­rieurs. Nous nous sommes re­trou­vés dans une si­tua­tion de grand écart, de­vant mettre en place une pré­pa­ra­tion de nos troupes tou­jours plus poin­tue du fait de l’ac­crois­se­ment de la tech­ni­ci­té des ma­té­riels et de la com­plexi­té des condi­tions d’en­ga­ge­ment et ne pou­vant at­teindre ces exi­gences de qua­li­fi­ca­tion et d’en­tre­tien des sa­voir-faire sur toute la lar­geur du spectre.

Il faut donc sou­li­gner les ef­forts iden­ti­fiés dans la LPM pour re­mon­ter le taux d’ac­ti­vi­té des forces et re­dres­ser la dis­po­ni­bi­li­té des ma­té­riels, les deux étant liés. La LPM consacre un ef­fort im­por­tant, à hau­teur de 17%, au sou­tien de la pré­pa­ra­tion et de l’ac­ti­vi­té opé­ra­tion­nelle entre 2019 et 2023. L’en­tre­tien pro­gram­mé des ma­té­riels re­pré­sen­te­ra 12% de la res­source de la mis­sion «dé­fense», soit 34,6 mil­liards d’eu­ros sur la pé­riode 2019-2025, soit un mil­liard d’eu­ros de plus en moyenne par an par rap­port aux bud­gets 2014-2018.

“L’ob­jec­tif est double : d’un cô­té, sou­te­nir les en­ga­ge­ments et, de l’autre, pré­ser­ver la pré­pa­ra­tion opé­ra­tion­nelle. Il est pri­mor­dial de cor­ri­ger cer­taines fra­gi­li­tés consé­cu­tives à l’usure de nos ca­pa­ci­tés ou aux „ dif­fé­rents re­non­ce­ments des exer­cices an­té­rieurs.

Nous ne sommes certes qu’à l’aube de l’in­tel­li­gence Ar­ti­fi­cielle (IA) et de ses ap­pli­ca­tions dans le do­maine mi­li­taire. Mais comment l’ap­pré­hen­dez-vous ?

Il faut dis­tin­guer, sans doute, les ap­ports de L’IA dans le champ d’or­ga­ni­sa­tion de ceux dans le champ des opé­ra­tions. Le pre­mier su­jet est ce­lui de la trans­for­ma­tion di­gi­tale des armées, qui doivent in­té­grer les atouts du nu­mé­rique pour amé­lio­rer leurs pro­cé­dés et leurs tech­niques. Le deuxième se rap­porte à l’évo­lu­tion des opé­ra­tions.

Dans les armées, la di­gi­ta­li­sa­tion est très in­éga­le­ment par­ta­gée. Si les pro­grammes d’équi­pe­ment ma­jeurs bé­né­fi­cient des tech­no­lo­gies nu­mé­riques les plus avan­cées, le sou­tien et le quo­ti­dien du sol­dat sont in­suf­fi­sam­ment di­gi­ta­li­sés. La gé­né­ra­li­sa­tion d’ob­jets connec­tés et le re­cours à L’IA doivent per­mettre de flui­di­fier les re­la­tions de com­man­de­ment, de sim­pli­fier l’ad­mi­nis­tra­tion, de rendre plus ef­fi­caces les ser­vices, ain­si que de faire émer­ger des so­lu­tions in­no­vantes dans les sys­tèmes de com­bat et de com­man­de­ment sur la base de tech­no­lo­gies, voire d’usages, ci­viles pré­exis­tantes. Je se­rai at­ten­tif à ce que ces évo­lu­tions res­tent com­pa­tibles avec les prin­cipes qui fondent l’ef­fi­ca­ci­té des armées, no­tam­ment ce­lui de la sub­si­dia­ri­té.

Dans le champ des opé­ra­tions, l’ir­rup­tion de L’IA pose né­ces­sai­re­ment la ques­tion du sens de l’ac­tion. Être ca­pable de faire la guerre si­gni­fie d’abord ac­cep­ter le risque de perdre la vie. La ci­toyen­ne­té prend son épais­seur à par­tir du mo­ment où des ci­toyens sont prêts à mou­rir pour dé­fendre leur pays. Le cou­rage ap­pris et trans­mis est un mo­bile créa­teur de confiance et de vi­ta­li­té col­lec­tive. Or, nous se­rions, se­lon cer­tains, en­trés dans une ère où la force d’une so­cié­té pa­raît dé­pendre da­van­tage de sa force cé­ré­brale que de sa force mo­rale col­lec­tive. D’ores et dé­jà, les com­pé­tences tech­niques at­ten­dues du com­bat­tant sont sans com­mune me­sure avec ce qu’elles étaient il y a deux dé­cen­nies seu­le­ment. À dé­faut d’être aug­men­té, le sol­dat pour­rait ra­pi­de­ment se trou­ver mar­gi­na­li­sé faute de pou­voir être concur­ren­tiel, la force du cou­rage s’ef­fa­çant der­rière la puis­sance de cal­cul. J’ai le sen­ti­ment que les consé­quences de cette évo­lu­tion sont plu­tôt re­la­tives à la co­hé­sion des so­cié­tés et à leur ca­pa­ci­té de ré­si­lience qu’à la su­pré­ma­tie de la ma­chine sur l’homme.

Pour ce qui concerne les opé­ra­tions, les vrais en­jeux de L’IA sont prin­ci­pa­le­ment liés à la ro­bo­tique, aux cap­teurs « in­tel­li­gents », à la si­mu­la­tion pour l’ap­pui aux opé­ra­tions, et pas, au moins pour le mo­ment, aux sys­tèmes d’armes. La ro­bo­tique ap­porte des so­lu­tions no­tam­ment dans le do­maine du sou­tien (por­tage, ou­ver­ture d’iti­né­raire, sur­veillance…). L’IA per­met éga­le­ment de mo­dé­li­ser le com­por­te­ment d’en­ti­tés ad­verses sur le ter­rain. Il est ain­si pos­sible de réa­li­ser des si­mu­la­tions des en­ti­tés ad­verses, d’an­ti­ci­per le dé­rou­le­ment d’une opé­ra­tion et de dé­tec­ter les écarts par rap­port aux pré­vi­sions grâce aux don­nées is­sues des cap­teurs ins­tal­lés sur dif­fé­rents vec­teurs (ter­restres, avions, drones, na­vires, sa­tel­lites).

L’IA per­met éga­le­ment de ré­pondre à l’im­pé­ra­tif d’au­to­no­mie et de sub­si­dia­ri­té des uni­tés sur le ter­rain grâce à des cap­teurs ca­pables de trai­ter et d’ana­ly­ser par eux-mêmes l’in­for­ma­tion, évi­tant du même coup tout phé­no­mène de sa­tu­ra­tion. Elle n’est donc pas à en­vi­sa­ger comme une « su­per­puis­sance en de­ve­nir », mais comme une ré­serve d’op­por­tu­ni­tés qu’il s’agit de sai­sir dans un cadre bien dé­fi­ni dont l’homme ne peut être ab­sent.

Nous fai­sons face à une plu­ra­li­té de risques et de me­naces. La­quelle est celle mé­ri­tant, se­lon vous, l’at­ten­tion la plus sou­te­nue ?

Le sys­tème in­ter­na­tio­nal se ca­rac­té­rise par l’in­sta­bi­li­té et l’in­cer­ti­tude, contexte dans le­quel il est par­ti­cu­liè­re­ment dé­li­cat et sans doute dan­ge­reux de se fo­ca­li­ser sur une me­nace plus qu’une autre. Bien sûr, l’ir­rup­tion bru­tale du ter­ro­risme sur le ter­ri­toire na­tio­nal et son cor­tège de crimes ont frap­pé les opi­nions et ap­pe­lé une ré­ponse de l’état, qui dé­passe le seul cadre mi­li­taire. Mais la dé­gra­da­tion sen­sible du contexte sé­cu­ri­taire et géo­po­li­tique mon­dial, avec la vo­lon­té d’un cer­tain nombre d’ac­teurs de s’af­fran­chir de l’ordre mul­ti­la­té­ral in­ter­na­tio­nal, ap­pelle tout au­tant l’at­ten­tion. Pa­ral­lè­le­ment, nous ob­ser­vons une forme de di­ver­si­fi­ca­tion des modes d’ex­pres­sion de la vio­lence mis au ser­vice de stra­té­gies to­tales. Ces phé­no­mènes sont fa­ci­li­tés par

La gé­né­ra­li­sa­tion d’ob­jets connec­tés et le re­cours à L’IA doivent per­mettre de flui­di­fier les re­la­tions de com­man­de­ment, de sim­pli­fier l’ad­mi­nis­tra­tion, de rendre plus ef­fi­caces les ser­vices, ain­si que de faire émer­ger des so­lu­tions in­no­vantes dans les sys­tèmes de com­bat et de com­man­de­ment sur la base de tech­no­lo­gies, „ voire d’usages, ci­viles pré­exis­tantes.

l’ac­ces­si­bi­li­té des tech­no­lo­gies modernes à fort pou­voir ni­ve­lant qui pro­fite à de très nom­breux ac­teurs.

L’en­jeu de la conflic­tua­li­té à la­quelle nous sommes confron­tés est bien ce­lui de l’hy­bri­di­té gé­né­ra­li­sée chez nos ad­ver­saires et com­pé­ti­teurs, éta­tiques ou non. Con­crè­te­ment, ils re­cherchent la sai­sie per­ma­nente d’op­por­tu­ni­tés, avec ce que ce­la com­porte d’in­cer­ti­tudes et de dé­sta­bi­li­sa­tions : ac­tions par « proxy » in­ter­po­sé, of­fen­sives res­tant en de­çà du seuil de dé­clen­che­ment d’hos­ti­li­té, ac­tions de type ter­ro­ristes, in­fil­tra­tions « cy­ber », pro­vo­ca­tions ou ges­ti­cu­la­tions. D’où une exi­gence pour nous d’agi­li­té, sur l’en­semble du spectre de ces risques et dans tous les do­maines, sans suc­com­ber à l’illu­sion que la maî­trise de l’im­ma­té­riel consti­tue­rait la ré­ponse ul­time.

Face à cette plu­ra­li­té de risques et de me­naces, la France doit conser­ver sa ca­pa­ci­té d’agir et de dé­ci­der seule pour dé­fendre ses in­té­rêts, et donc son au­to­no­mie d’ap­pré­cia­tion. C’est pour­quoi il faut sa­luer l’ef­fort pla­cé dans la LPM sur la fonc­tion stra­té­gique de la connais­sance et de l’an­ti­ci­pa­tion, qui se tra­duit d’abord par la mise en place d’une pos­ture per­ma­nente de ren­sei­gne­ment stra­té­gique et par un ren­fort de moyens. Sur la pé­riode 2019-2023, la res­source an­nuelle moyenne consa­crée au ren­sei­gne­ment et à la cy­ber­dé­fense aug­mente de 53 % par rap­port à la pré­cé­dente LPM.

Sur le plan des ef­fec­tifs, le do­maine du ren­sei­gne­ment va bé­né­fi­cier d’une aug­men­ta­tion de 1500 postes pour ré­pondre aux be­soins de dé­fense de notre pays et aux nou­veaux défis liés à la mu­tua­li­sa­tion des ca­pa­ci­tés et à l’ar­ri­vée de nou­veaux ma­té­riels. Ceux-ci se­ront ré­par­tis entre les be­soins propres des armées et ceux de la Di­rec­tion Gé­né­rale de la Sé­cu­ri­té Ex­té­rieure (DGSE) avec la­quelle une co­or­di­na­tion im­por­tante est conso­li­dée. Sur le plan des équi­pe­ments, trois sys­tèmes sup­plé­men­taires de drones de Moyenne Al­ti­tude Longue En­du­rance (MALE) se­ront li­vrés d’ici à 2025, avec une cible de huit sys­tèmes pour 2030. Huit, c’est éga­le­ment la cible pour 2030 d’avions Lé­gers de Sur­veillance et de Re­con­nais­sance (ALSR).

Vous êtes en poste de­puis main­te­nant un an. Quelles sont vos priorités pour l’an­née qui vient ?

Mes ob­jec­tifs pour l’an­née qui vient s’ins­crivent dans une dy­na­mique de plus long terme avec un ho­ri­zon 2030 qui doit nous per­mettre de dis­po­ser d’armées confor­mées aux défis d’ave­nir. J’am­bi­tionne de li­bé­rer sans tarder toutes les marges de ma­noeuvre in­dis­pen­sables à la ré­gé­né­ra­tion de nos armées. Les marges dont je parle ne sont pas uni­que­ment fi­nan­cières. Je pense no­tam­ment à l’ac­ti­vi­té, par une meilleure mo­du­la­tion de nos ef­forts tant en opé­ra­tions qu’à l’en­traî­ne­ment. Je pense éga­le­ment à la sim­pli­fi­ca­tion des pro­cé­dures ad­mi­nis­tra­tives dans tous les do­maines. Je pense, en­core, à la pro­mo­tion d’in­ter­ac­tions nou­velles avec le monde ci­vil, no­tam­ment dans les do­maines de l’en­sei­gne­ment et de la re­cherche, mais aus­si avec la mise en place de par­cours RH in­no­vants. Cette dy­na­mique nou­velle né­ces­site que soient ré­af­fir­més les prin­cipes d’or­ga­ni­sa­tion et de fonc­tion­ne­ment qui fondent l’ef­fi­ca­ci­té des armées. Cer­tains ajus­te­ments se­ront né­ces­saires pour confor­mer l’or­ga­ni­sa­tion à la mis­sion des forces et ré­af­fir­mer l’au­to­ri­té et la res­pon­sa­bi­li­té des chefs mi­li­taires.

L’ir­rup­tion bru­tale du ter­ro­risme sur le ter­ri­toire na­tio­nal et son cor­tège de crimes ont frap­pé les opi­nions et ap­pe­lé une ré­ponse de l’état, qui dé­passe le seul cadre mi­li­taire. Mais la dé­gra­da­tion sen­sible du contexte sé­cu­ri­taire et géo­po­li­tique mon­dial, avec la vo­lon­té d’un cer­tain nombre d’ac­teurs de s’af­fran­chir de l’ordre mul­ti­la­té­ral „ in­ter­na­tio­nal, ap­pelle tout au­tant l’at­ten­tion.

Pro­pos recueillis par Jo­seph Hen­ro­tin, le 9 juillet 2018

Pho­to ci-des­sus :Un Pu­ma au cours d’un exer­cice. Der­rière la mo­der­ni­sa­tion des sys­tèmes uti­li­sés, les hommes – leur for­ma­tion, leur ex­pé­rience, leur vo­lon­té – res­tent le prin­ci­pal ca­pi­tal des armées. (© OTAN)

Le gé­né­ral Lecointre. (© EMA)

Dé­ploie­ment sur une zone d’exer­cice. Les armées sont un sys­tème com­plexe dont l’une des plus grandes forces est la co­hé­rence. (© OTAN)

Le BPC Ton­nerre au cours d’un exer­cice am­phi­bie mul­ti­na­tio­nal. La co­opé­ra­tion est un atout pré­cieux. (© OTAN)

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