PSDC : UN BAS­CU­LE­MENT VERS LE HAUT

DSI Hors-Série - - SOMMAIRE - An­dré DU­MOU­LIN

Il y a très exac­te­ment un an, j’in­ti­tu­lais un ar­ticle/en­tre­tien à DSI « PSDC. Une fe­nêtre d’op­por­tu­ni­té ?», un titre certes en forme d’in­ter­ro­ga­tion. L’au­dace était celle de consi­dé­rer qu’après la pre­mière fe­nêtre(1) qui s’était ou­verte en 1999 avec la nais­sance de la Po­li­tique Eu­ro­péenne de Sé­cu­ri­té et de Dé­fense (PESD) et son som­met de Co­logne, nous pou­vions oser pen­ser que de nou­velles condi­tions fa­vo­ri­se­raient l’ap­pa­ri­tion d’une se­conde fe­nêtre d’op­por­tu­ni­té. Il semble bien que nous soyons en train de la vivre en 2018.

Certes, trois condi­tions de­meu­re­ront : le de­gré de volontarisme po­li­tique des États à tra­vailler de concert, la ré­so­lu­tion des contraintes bud­gé­taires tou­jours à l’af­fût et le po­si­tion­ne­ment du cur­seur transatlantique. Cette nou­velle fe­nêtre de tir a été pré­pa­rée, par­fois la­bo­rieu­se­ment, de­puis fin 2012, d’un point de vue à la fois ins­ti­tu­tion­nel, pro­cé­du­rier et ca­pa­ci­taire. Les freins étaient bien connus, avec cette ri­gi­di­té ca­rac­té­ri­sée par l’iner­tie na­tu­relle des États membres, les lo­giques cor­po­ra­tistes des bu­reau­cra­ties na­tio­nales et les que­relles in­ter­ins­ti­tu­tion­nelles sté­riles. Pa­ral­lè­le­ment s’af­fron­tèrent les po­si­tion­ne­ments des think tanks et autres ac­teurs d’in­fluence en trois écoles : les «doc­tri­naires», les «ins­ti­tu­tion­nels » et les « prag­ma­tiques ». Quatre ac­tions se­ront fi­na­le­ment as­so­ciées à une clause de ren­dez-vous (2015) : une Re­vue an­nuelle co­or­don­née en ma­tière de dé­fense (CARD) ; la mise en place d’une Co­opé­ra­tion Struc­tu­rée Per­ma­nente (CSP) ; celle d’une ca­pa­ci­té mi­li­taire de pla­ni­fi­ca­tion et de conduite (MPCC); et en­fin le ren­for­ce­ment du dis­po­si­tif de ré­ac­tion ra­pide de L’UE (y com­pris les bat­tle­groups et les ca­pa­ci­tés ci­viles). Il se­ra aus­si ques­tion d’un plan de mise en place concer­nant la sé­cu­ri­té et la dé­fense à tra­vers huit scé­na­rios d’in­ter­ven­tion types :

• opé­ra­tions de ges­tion de crise à haut de­gré de risque ;

• opé­ra­tions conjointes in­te­rar­mées (moyens aé­riens, forces spé­ciales) ;

• ré­ac­tion ra­pide mi­li­taire et ci­vile (bat­tle­groups, mo­dules) ;

• mis­sions ci­viles exé­cu­tives ;

• opé­ra­tions de sé­cu­ri­té aé­rienne (sur­veillance et sou­tien rap­pro­ché) ;

• opé­ra­tions de sé­cu­ri­té ma­ri­time ; • mis­sions de conseil du sec­teur de sé­cu­ri­té (po­lice, fron­tières, guerre hy­bride, État de droit) ;

• construc­tion de ca­pa­ci­tés mi­li­taires (mis­sions de conseil, for­ma­tion, en­ca­dre­ment, ob­ser­va­tion, pro­tec­tion ro­buste).

“de Cette nou­velle fe­nêtre tir a été pré­pa­rée, par­fois la­bo­rieu­se­ment, de­puis fin 2012, d’un point de vue à la fois ins­ti­tu­tion­nel, pro­cé­du­rier et ca­pa­ci­taire.

FOI­SON D’INI­TIA­TIVES

Tout était en place pour sti­mu­ler les es­prits et ou­vrir les ini­tia­tives. Reste que la se­conde fe­nêtre d’op­por­tu­ni­té que nous se­rions en

train de vivre a été pro­vo­quée, si­non sti­mu­lée, par un concen­tré d’évé­ne­ments ex­té­rieurs dé­sta­bi­li­sants, da­van­tage que par une proac­ti­vi­té in­té­rieure eu­ro­péenne. L’en­vi­ron­ne­ment in­ter­na­tio­nal dicte très sou­vent les orien­ta­tions à fixer en ma­tière de sé­cu­ri­té-dé­fense eu­ro­péenne, no­nobs­tant les in­va­riants his­to­riques, na­tio­naux, doc­tri­naux et géo­gra­phiques des pays membres. Et les Eu­ro­péens furent as­sez se­coués : l’an­nonce du Brexit avec ses in­ter­ro­ga­tions schi­zo­phré­niques sur la perte bri­tan­nique en termes mi­li­taires pour la PSDC ver­sus « sa­bo­tage » de la­dite po­li­tique par Londres (2) ; at­ten­tats ter­ro­ristes ma­jeurs en France et en Bel­gique com­man­di­tés de l’ex­té­rieur par Daech ; pro­vo­ca­tions russes et guerre hy­bride dans le Don­bass et en Cri­mée avec le re­tour à une per­cep­tion de la me­nace russe ; pos­ture in­cer­taine et pro­vo­ca­trice de la pré­si­dence Trump avec des phé­no­mènes de rup­ture de confiance et d’in­ter­ro­ga­tions/ conster­na­tions pour bien des Eu­ro­péens ; et, pour ajou­ter aux dif­fi­cul­tés, les as­pects sé­cu­ri­taires de la crise mi­gra­toire.

Aus­si, 2017-2018 nous ap­porte bien des ini­tia­tives : lan­ce­ment tant at­ten­du de la CSP; plan de dé­ve­lop­pe­ment des ca­pa­ci­tés; iden­ti­fi­ca­tion par l’agence eu­ro­péenne de dé­fense (AED) des ac­ti­vi­tés stra­té­giques clés (tech­no­lo­gies, com­pé­tences, ca­pa­ci­tés in­dus­trielles); plan d’ac­tion pour la mo­bi­li­té mi­li­taire et la flui­di­té des trans­ports (Com­mis­sion, Conseil et… OTAN en pa­ral­lèle); créa­tion de la MPCC pour les mis­sions non exé­cu­tives (à sa­voir les mis­sions de for­ma­tion des armées par­te­naires), dé­fi­nie comme une sorte de pe­tit quar­tier gé­né­ral ins­tal­lé au sein même de l’état-ma­jor mi­li­taire de L’UE fai­sant par­tie du Ser­vice Eu­ro­péen pour l’ac­tion Ex­té­rieure (SEAE); mé­ca­nisme de l’exa­men an­nuel co­or­don­né en ma­tière de dé­fense (EACD ou CARD) afin de ten­ter d’amé­lio­rer la co­or­di­na­tion entre les cycles de pla­ni­fi­ca­tion de la dé­fense na­tio­nale et de lut­ter contre les che­vau­che­ments et les dou­blons.

Et, ce­rise sur le gâ­teau, l’ac­tion pré­pa­ra­toire pour la re­cherche en ma­tière de dé­fense (AED) avec, pour 2020, la mise sur pied d’un pro­gramme de re­cherche pro­pre­ment dit en ma­tière de dé­fense avec l’aide de la Com­mis­sion eu­ro­péenne qui entre to­ta­le­ment dans le pro­ces­sus « dé­fense ». Le 7 juin 2017, la Com­mis­sion pro­po­sait la créa­tion pour la pé­riode 2021-2027 d’un Fonds eu­ro­péen de la dé­fense (13 mil­liards d’eu­ros) en­trant dès lors dans le pro­ces­sus « dé­fense », ta­bou par le pas­sé. Le pro­gramme de dé­ve­lop­pe­ment in­dus­triel de dé­fense (EDIP) de juin 2018 en amont du­dit fond a pour ob­jec­tif de ren­for­cer la com­pé­ti­ti­vi­té et la ca­pa­ci­té d’in­no­va­tion de l’in­dus­trie de dé­fense (phase de dé­ve­lop­pe­ment) et de sou­te­nir la co­opé­ra­tion entre les en­tre­prises et entre les États membres. Il s’agit de tendre vers une au­to­no­mie stra­té­gique au­tant que du ren­for­ce­ment des chaînes d’ap­pro­vi­sion­ne­ment, de l’in­ter­opé­ra­bi­li­té et de la stan­dar­di­sa­tion(3). Sans par­ler d’une «Fa­ci­li­té eu­ro­péenne de paix» (10,5 mil­liards) pour le fi­nan­ce­ment d’opé­ra­tions mul­ti­di­men­sion­nelles.

Si la CSP doit en­core faire ses preuves en 2018 et au-de­là en ten­tant de ren­for­cer le ca­rac­tère opé­ra­tion­nel et stra­té­gique des pro­jets d’une co­opé­ra­tion par trop in­clu­sive (pra­ti­que­ment tous les pays membres de L’UE ont si­gné en dé­cembre 2017), elle de­vra dé­jouer les dif­fi­cul­tés di­plo­ma­tiques au­tour des éva­lua­tions qui se­ront me­nées ré­gu­liè­re­ment dès 2019. Il est ques­tion d’un rap­port an­nuel du haut re­pré­sen­tant au Conseil (grâce aux contri­bu­tions de L’AED pour l’as­pect ca­pa­ci­taire et les du­pli­ca­tions, et du SEAE/EMUE pour la co­hé­rence avec les opé­ra­tions), mais aus­si de dé­ter­mi­ner si les par­ti­ci­pants conti­nuent à res­pec­ter leurs en­ga­ge­ments (4).

Reste l’initiative Eu­ro­péenne d’in­ter­ven­tion (IEI) du pré­sident Ma­cron (dis­cours de la Sor­bonne, sep­tembre 2017) qui a pour ob­jet de faire par­ti­ci­per quelques États eu­ro­péens (5) hors des clous de la PSDC et des or­ga­ni­sa­tions de sé­cu­ri­té-dé­fense. L’ob­jec­tif, dé­fi­ni dans la lettre d’in­ten­tion si­gnée le 25 juin 2018 par neuf États, se­ra d’éla­bo­rer des pré­vi­sions stra­té­giques et de fa­vo­ri­ser le par­tage de ren­sei­gne­ments, de ré­di­ger des scé­na­rios d’em­ploi et d’amé­lio­rer la pla­ni­fi­ca­tion (fa­ci­li­ta­teur d’in­ter­ven­tions), de sou­te­nir des opé­ra­tions et d’ali­men­ter des RETEX, no­tam­ment en or­ga­ni­sant des échanges d’of­fi­ciers. L’ob­jec­tif est proac­tif, mais il s’agit aus­si de pou­voir dis­po­ser si né­ces­saire d’une forte ré­ac­ti­vi­té et d’en­ga­ge­ments opé­ra­tion­nels en cas de be­soin au­tour de la France (son se­cré­ta­riat per­ma­nent est à Pa­ris), seul pays eu­ro­péen à pou­voir en­trer en pre­mier en pre­nant des risques. Ce­la en «mo­bi­li­sant» d’autres pays vo­lon­taires avec les­quels la France a des « ha­bi­tudes de tra­vail ». Le seul pro­blème de cette initiative des plus utiles – en termes d’es­prit de dé­fense et de culture stra­té­gique eu­ro­péenne en ges­ta­tion – est que son an­nonce s’est faite conco­mi­tam­ment avec la re­lance fran­co-al­le­mande de la CSP !

Confu­sion des ini­tia­tives, même si la CSP est ca­pa­ci­taire et L’IEI plu­tôt dans le champ opé­ra­tion­nel et « cultu­rel ». Mau­vais choix des mots avec le terme «eu­ro­péenne» ac­co­lé à

Le 7 juin 2017, la Com­mis­sion pro­po­sait la créa­tion pour la pé­riode 2021-2027 d’un Fonds eu­ro­péen de la dé­fense (13 mil­liards d’eu­ros) en­trant dès lors dans le pro­ces­sus « dé­fense », ta­bou par le pas­sé.

« initiative » ? Quels liens avec L’EUFOR Cri­sis Res­ponse Ope­ra­tion Core mis en place au sein de la CSP? S’agit-il pour L’IEI de for­mer un groupe pion­nier vi­sant à contour­ner la pos­sible lour­deur d’une CSP par trop ou­verte? De bat­tle-groups ja­mais mo­bi­li­sés ? La re­don­dance est-elle là en com­pa­rant avec la CJEF fran­co-bri­tan­nique, la JEF an­glo-néer­lan­dais/ États baltes et scan­di­naves. De toute évi­dence, l’initiative pense aux zones géo­gra­phiques nord-est et sud, as­si­mile la co­opé­ra­tion avec les Bri­tan­niques au-de­là du Brexit, s’ouvre à un État da­nois op­ting out, mais per­turbe quelque peu les Al­le­mands, qui sou­hai­taient la voir ac­co­lée à la CSP.

PRISE DE CONSCIENCE FRAN­CO-AL­LE­MANDE

Nous per­ce­vons com­bien ces dif­fé­rentes dé­marches sont le fait d’une nou­velle prise de conscience sé­cu­ri­taire fran­coal­le­mande, même si les in­ter­ac­tions entre Pa­ris et Ber­lin sont tou­jours aus­si com­plexes et par­fois même am­bi­guës. Reste que mal­gré les in­ter­ro­ga­tions al­le­mandes au­tour de « l’initiative Ma­cron », ce sont bien les deux ca­pi­tales qui ont re­lan­cé, en 2017, le pro­jet de CSP jus­qu’à sa concré­ti­sa­tion. Mais cette CSP se­ra for­te­ment dé­pen­dante de la vo­lon­té na­tio­nale de coo­pé­rer, de ré­gler la ques­tion des pays tiers, d’évi­ter les écueils propres à la com­plexi­té de sa gou­ver­nance et de ré­sis­ter aux pres­sions amé­ri­caines : l’am­bas­sa­drice Hut­chin­son

Mal­gré les in­ter­ro­ga­tions al­le­mandes au­tour de «l’initiative Ma­cron », ce sont bien les deux ca­pi­tales qui ont re­lan­cé, en 2017, le pro­jet de CSP jus­qu’à sa concré­ti­sa­tion.

au­près de L’OTAN in­sis­tant pour que L’UE ouvre aux États-unis l’ac­cès aux ap­pels d’offres !

L’in­sis­tance au­tour du ca­pa­ci­taire qui do­mine les dé­ci­sions de ces toutes der­nières an­nées se re­flète au­tour de co­opé­ra­tions à la carte, au-de­là des pro­jets de la CSP. Re­le­vons l’achat, par la Bel­gique, de sys­tèmes SCOR­PION (blin­dés Ja­guar et Grif­fon) ; l’achat en com­mun bel­go-néer­lan­dais de chas­seurs de mines et de fré­gates ; la pre­mière étape pour le pro­jet fran­co-al­le­mand de Sys­tème de Com­bat Aérien Fu­tur (SCAF) au­quel pour­raient s’ac­cro­cher d’autres pays par­te­naires, pa­ral­lè­le­ment au pro­jet de sys­tème de com­bat aérien fran­co-bri­tan­nique; le char de com­bat fran­co-al­le­mand du fu­tur et… l’achat an­nuel par la Bel­gique de 50000 ra­tions de com­bat in­di­vi­duelles fran­çaises !

De même, dans l’opé­ra­tion­nel, ci­tons l’exemple de la mon­tée en puis­sance ré­cente de la co­opé­ra­tion bi­la­té­rale fin­no-sué­doise ; les re­la­tions fran­co-bri­tan­niques post-brexit avec les ac­cords de Lan­cas­ter House tou­jours pré­ser­vés (6) ; la mu­tua­li­sa­tion de la dé­fense aé­rienne du Be­ne­lux; le par­te­na­riat entre la bri­gade mé­diane belge et la 7e bri­gade blin­dée fran­çaise; la for­ma­tion conjointe des forces spé­ciales bel­go-da­no-néer­lan­daises ; la co­opé­ra­tion croi­sée ger­ma­no-néer­lan­daise dans l’ar­mée de terre et les uni­tés de dé­fense an­ti­aé­rienne, etc. Quant au par­te­na­riat ap­pro­fon­di et struc­tu­rant pro­po­sé par la France à la Bel­gique au­tour du rem­pla­ce­ment des F-16 du Royaume, il reste in­cer­tain au vu de la sa­ga po­li­ti­co-mi­li­taire au­tour de ce contrat où se mêlent des consi­dé­ra­tions technologiques, po­li­tiques, mi­li­taires, bud­gé­taires, com­mu­nau­taires et lin­guis­tiques (7).

Mais ces avan­cées à géo­mé­trie va­riable res­tent le re­flet des in­té­rêts sous-ré­gio­naux des États qui les or­ga­nisent, des cli­vages entre pe­tits et grands pays avec les in­dus­tries as­so­ciées. Nous l’avons une nou­velle fois consta­té quand il s’est agi pour les ca­pi­tales eu­ro­péennes de ré­pondre à la sol­li­ci­ta­tion fran­çaise de la clause d’as­sis­tance mu­tuelle après les at­ten­tats de Pa­ris de 2015. Les en­ga­ge­ments des pays le furent à la carte, entre so­li­da­ri­tés di­verses, contri­bu­tions an­ciennes re­con­fir­mées ou sourde oreille.

Les du­pli­ca­tions d’équi­pe­ments res­tent aus­si le point faible des Eu­ro­péens qui y gas­pillent des mil­liards d’eu­ros. La CSP reste, à cet égard, mi­neure face à ce dé­fi.

De même, mal­gré les amé­lio­ra­tions bud­gé­taires de ces toutes der­nières an­nées, bon nombre d’états sont en de­çà des fa­meux 2 % – certes aux ac­cents théo­lo­giques –, les dés­équi­libres étant des plus par­lants dès lors que, après le Brexit, la France et l’al­le­magne paie­ront 50% des moyens al­loués par tous les États à la PSDC. Le dif­fé­ren­tiel de moyens est bien pré­sent et Pa­ris tente une nou­velle fois de di­ri­ger la ma­noeuvre, ce qui peut dé­plaire à cer­taines ca­pi­tales, mais qui re­joint cette ci­ta­tion at­tri­buée à Charles de Gaulle : « L’eu­rope est un rô­ti. L’al­le­magne four­nit la viande, le Be­ne­lux quelques lé­gumes et l’ita­lie un peu de sauce. Seule la France peut cuire le tout. » Pré­somp­tueux ou pré­mo­ni­toire ?

QUELLES ÉVO­LU­TIONS ?

La ques­tion se­ra dès lors de dé­ter­mi­ner qui au­ra l’initiative de pen­ser la dé­fense eu­ro­péenne dans un cadre plus étroit, plus vo­lon­ta­riste, plus in­té­gra­tif au­tour de Pa­ris ou au­tour du bi­nôme fran­co-al­le­mand. Aus­si, quel ave­nir pour les pro­po­si­tions fran­coal­le­mandes sur l’union Eu­ro­péenne de Sé­cu­ri­té et de Dé­fense (UESD, 13 juillet 2017), dont le concept glo­ba­liste est plus por­teur pour Ber­lin? Comment ré­soudre le dif­fé­rend fran­co-ita­lien qui a dé­jà pro­vo­qué le re­trait (tem­po­raire ?) ita­lien de l’initiative eu­ro­péenne d’in­ter­ven­tion du pré­sident Ma­cron? D’autres consé­quences né­ga­tives sont-elles at­ten­dues en ma­tière de co­opé­ra­tion mi­li­taire avec les pays de Vi­se­grad? La ré­ti­cence po­lo­naise vat-elle per­du­rer en ma­tière d’in­té­gra­tion de la dé­fense eu­ro­péenne ? Les gou­ver­ne­ments po­pu­listes sont-ils mi­li­tai­re­ment «eu­ro­phobes»?

En outre, les Eu­ro­péens ne veulent pas je­ter le bé­bé avec l’eau du bain et les en­ga­ge­ments de dé­fense col­lec­tive au sein de l’al­liance at­lan­tique bornent en par­tie les ten­ta­tives d’une pos­sible dé­fense eu­ro­péenne in­té­grée et as­su­mée avec une vé­ri­table au­to­no­mie stra­té­gique, as­so­ciée à une sou­ve­rai­ne­té qui se de­vrait d’être quelque peu par­ta­gée.

Peut-on ima­gi­ner une Al­liance at­lan­tique af­fai­blie par les os­cil­la­tions dé­rou­tantes de la Mai­son Blanche au­tant que par les ini­tia­tives in­traeu­ro­péennes ? Trump va-t-il fé­dé­rer les Eu­ro­péens et leur dé­fense? A contra­rio, la ré­as­su­rance amé­ri­caine en Eu­rope de l’est, la ré­forme des com­man­de­ments OTAN et les ma­noeuvres al­liées en­ga­gées ré­cem­ment pour­raient in­di­quer que L’OTAN reste la pierre an­gu­laire de la dé­fense dite oc­ci­den­tale et pour­rait jouer de contre-feux, quand bien même cer­tains dis­cours amé­ri­cains laissent croire qu’en cas de crise grave les forces amé­ri­caines in­ter­vien­dront tou­jours… mais pas en pre­mier. Resp on sa­bi lis ati on eu­ro­péenne oblige.

En fin de compte, va-t-on voir se concré­ti­ser du­ra­ble­ment dans les faits les consé­quences sé­cu­ri­té-dé­fense de cette nou­velle fe­nêtre d’op­por­tu­ni­té, après celle de 1999 pré­pa­rée par le som­met de Saint-ma­lo ? La PSDC re­pose-t-elle sur des ini­tia­tives sans len­de­main ou va-t-on as­sis­ter à de réelles avan­cées «stra­té­giques» mieux as­su­rées en 2019? Va-t-on fi­na­le­ment, par dé­faut, vers un noyau dur de quelques États eu­ro­péens ? La culture stra­té­gique eu­ro­péenne peut-elle émer­ger dans une Eu­rope po­li­ti­que­ment en crise où les priorités élec­to­ra­listes sont iden­ti­taires et sou­ve­rai­nistes dans bien des pays? Les pro­chains mois de­vraient s'avé­rer dé­ci­sifs.

Notes

(1) Cette pre­mière fe­nêtre fut la ré­sul­tante de plu­sieurs évé­ne­ments : ou­ver­ture des pays neutres à une in­té­gra­tion des pro­blèmes de sé­cu­ri­té-dé­fense dans L’UE; im­pli­ca­tion al­le­mande pru­dente aux mis­sions of­fen­sives; lâ­chage des Bri­tan­niques à pro­pos d’une Union de l’eu­rope oc­ci­den­tale comme qua­trième pi­lier au sein de L’UE; prise de conscience fran­çaise de par­ti­ci­per plus col­lec­ti­ve­ment à la dé­fense de L’UE après l’échec d’une iden­ti­té eu­ro­péenne de sé­cu­ri­té et de dé­fense au sein de L’OTAN; et la gifle bal­ka­nique pour les Eu­ro­péens en manque ca­pa­ci­taire.

(2) Re­le­vons que, en mai 2018, Londres a lui-même pré­sen­té un plan dé­taillé de pro­po­si­tions de par­te­na­riat de dé­fense et sé­cu­ri­té avec L’UE en pré­ten­dant pou­voir par­ti­ci­per aux dé­ci­sions mal­gré le fait que sta­tu­tai­re­ment, en post-brexit, il se­ra un État tiers!

(3) Pour da­van­tage de dé­tails sur les as­pects te ch no in­dus­triels, voir les notes d’ ana­lyse de Ni­co­las Gros- Ve­rhey de et Oli­vier Je­hin, blog www.Bruxelles2.eu (2017 et 2018).

(4) Tous les États pour­ront dé­li­bé­rer et prendre connais­sance (droit de re­gard, es­prit d’in­clu­si­vi­té, fa­ci­li­ta­teur pour une en­trée ul­té­rieure), mais le vote ne se­ra per­mis que pour les seuls États par­ti­ci­pant à la CSP. Il est aus­si pré­vu un ré­exa­men chaque an­née et une mise à jour par les États de leurs plans mi­li­taires (pré­ci­sion sur ob­jec­tif à chaque phase : 2018-2020 et 2021-2025) et «Re­vue stra­té­gique» (clause de ré­vi­sion) en fin de phase (2020 et 2025). Le se­cré­ta­riat de la CSP se­ra or­ga­ni­sé par L’AED et le SEAE (cf. www. bruxelles2.eu).

(5) À sa­voir la France, l’al­le­magne, le Royaume-uni, l’es­pagne, le Por­tu­gal, la Bel­gique, les Pays-bas, le Da­ne­mark, l’es­to­nie. Re­le­vons l’ab­sence de la Po­logne pour des rai­sons po­li­tiques.

(6) Re­le­vons ce­pen­dant que dans le cadre des opé­ra­tions PSDC le Brexit a im­po­sé le rem­pla­ce­ment du quar­tier gé­né­ral d’opé­ra­tions (OHQ) si­tué à Nor­th­wood et qui contrô­lait «Ata­lan­ta» par un OHQ à Ro­ta (Es­pagne) tan­dis que la France va hé­ri­ter à Brest du Centre de liai­son avec la ma­rine mar­chande pour la Corne de l’afrique.

(7) An­dré Du­mou­lin, « La sa­ga du rem­pla­ce­ment des F-16 belges : Un vé­ri­table sac de noeuds po­li­ti­co-mi­li­taire » et Wal­ly Struys, « Les re­tom­bées so­cié­tales de l’ac­qui­si­tion d’un avion de com­bat. Un long fleuve belge… tur­bu­lent », Re­vue mi­li­taire suisse, 2018.

Mal­gré les amé­lio­ra­tions bud­gé­taires de ces toutes der­nières an­nées, bon nombre d’états sont en de­çà des fa­meux 2% – certes aux ac­cents théo­lo­giques –, les dés­équi­libres étant des plus par­lants dès lors que, après le Brexit, la France et l’al­le­magne paie­ront 50% des moyens al­loués par tous les États à la PSDC.

(© DOD)

Pho­to ci-des­sus :Fan­tas­sins à l’en­traî­ne­ment à Dji­bou­ti. De réelles pers­pec­tives mi­li­taires de­vraient se concré­ti­ser au terme des dif­fé­rentes ini­tia­tives liées à la PESD.

Un Mar­der al­le­mand au cours d’une dé­mons­tra­tion. Avec la France, l’al­le­magne est le deuxième « poids lourd » de la dé­fense de L’UE. (© Bun­des­wehr)

Cé­ré­mo­nie de ré­cep­tion du pre­mier C-130J de l’ar­mée de l’air à Or­léans, le 15 jan­vier 2018. (© US Air Force)

Tout un sym­bole : des chars Le­clerc et Leo­pard 2A6 côte à côte au cours du concours « Strong Eu­rope Tank Chal­lenge ». (© US Ar­my)

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