SCOR­PION : « NOUS PRÉ­PA­RONS DÉ­JÀ LE “JOUR D’APRÈS” »

En­tre­tien avec le gé­né­ral de corps d’ar­mée Ber­nard BARRERA, ma­jor-gé­né­ral de l’ar­mée de Terre

DSI Hors-Série - - SOMMAIRE - Avec le gé­né­ral de corps d’ar­mée Ber­nard BARRERA Ma­jor-gé­né­ral de l’ar­mée de Terre.

L’ar­mée de Terre fran­çaise pos­sède une vi­sion pros­pec­tive so­lide, qua­si unique dans le monde oc­ci­den­tal avec Ac­tion ter­restre fu­ture, pu­blié en 2016. Ce do­cu­ment fixe huit fac­teurs de su­pé­rio­ri­té opé­ra­tion­nelle dont dé­coulent des ap­ti­tudes „ à dé­te­nir, des tech­no­lo­gies à dé­ve­lop­per.

LL’in­no­va­tion est de­ve­nue une thé­ma­tique cen­trale, même si, par dé­fi­ni­tion, l’adap­ta­tion passe par la re­cherche per­ma­nente de celle-ci. Comment la voyez-vous dans l’ar­mée de Terre ?

Ber­nard Barrera : L’in­no­va­tion est struc­tu­rel­le­ment dans L’ADN de l’ar­mée de Terre, dans les gènes de ses of­fi­ciers, sous-of­fi­ciers et sol­dats comme l’his­toire mi­li­taire ré­cente (Auxy­lium) ou plus loin­taine (gé­né­ral Es­tienne, créa­teur des chars de bataille) nous l’a dé­jà mon­tré. Néan­moins, et c’est tout l’en­jeu qui se pré­sente au­jourd’hui, il convient de l’ins­crire dans une vi­sion de l’ave­nir, de l’an­crer dans un éco­sys­tème fa­vo­ri­sant l’émer­gence d’idées nou­velles, par­fois ris­quées, et sur­tout de lui don­ner des moyens pour in­dus­tria­li­ser ra­pi­de­ment les pro­jets dont la per­ti­nence est avé­rée. En somme, ce­la n’a de sens que si l’in­no­va­tion concourt di­rec­te­ment à conser­ver la su­pé­rio­ri­té opé­ra­tion­nelle de nos forces, à rendre plus agiles nos or­ga­ni­sa­tions, plus simple notre fonc­tion­ne­ment, en par­ti­cu­lier ce­lui du quo­ti­dien.

Au­jourd’hui, l’ar­mée de Terre pos­sède de sé­rieux atouts pour de­ve­nir un ac­teur ma­jeur de l’in­no­va­tion au sein du mi­nis­tère des Armées. Pre­mier atout, l’ar­mée de Terre fran­çaise pos­sède une vi­sion pros­pec­tive so­lide, qua­si unique dans le monde oc­ci­den­tal avec Ac­tion ter­restre fu­ture, pu­blié en 2016. Ce do­cu­ment fixe huit fac­teurs de su­pé­rio­ri­té opé­ra­tion­nelle(1) dont dé­coulent des ap­ti­tudes à dé­te­nir, des tech­no­lo­gies à dé­ve­lop­per, vé­ri­tables game chan­gers comme peuvent l’être la ro­bo­tique, la maî­trise de l’es­pace cy­ber, le dé­ve­lop­pe­ment de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle. Nous y tra­vaillons avec la Di­rec­tion gé­né­rale de l’ar­me­ment, no­tam­ment grâce aux études amont. Elles sont le gage d’une in­no­va­tion co­hé­rente s’ins­cri­vant dans le temps long, per­met­tant de conce­voir le char, l’ar­tille­rie et le com­bat­tant du fu­tur qui vien­dront rem­pla­cer nos Le­clerc, ca­nons CAESAR ou sys­tèmes FELIN.

Le deuxième atout s’ap­puie sur les opé­ra­tions que nous condui­sons. Elles ap­portent à la fois des le­çons, des re­tours d’ex­pé­rience, mais aus­si des ter­rains d’ex­plo­ra­tion, pour nos forces et nos sol­dats. Ce sont eux les pre­miers ac­teurs de l’in­no­va­tion ré­ac­tive. Ils sont di­rec­te­ment confron­tés, sur les champs de bataille comme au quar­tier, à des pro­blèmes concrets que leurs qua­li­tés et leur in­gé­nio­si­té per­mettent sou­vent de ré­soudre, voire de dé­pas­ser.

En­fin, le troi­sième et der­nier atout qui me rend ré­so­lu­ment op­ti­miste est ce­lui de l’or­ga­ni­sa­tion que nous met­tons en place. Elle s’ins­crit dans le dis­po­si­tif vou­lu par la mi­nistre des Armées et les fi­nan­ce­ments consé­quents que la Loi de Pro­gram­ma­tion Mi­li­taire (LPM) ac­corde pour les pro­chaines an­nées. Dès cet été, nous ren­for­çons l’exis­tant : les Fab Labs des forces spé­ciales, les ini­tia­tives conduites par la SIMMT (2) dans

le do­maine de la main­te­nance (Lab MCO), la plate-forme in­no­va­tion de la DRHAT(3) (Lab RH Terre), le dé­ve­lop­pe­ment doc­tri­nal (La­bo­ra­toire du com­bat SCOR­PION), la cel­lule trans­for­ma­tion di­gi­tale de L’EMAT et les autres por­teurs de pro­jets, en par­ti­cu­lier la STAT (4). Le deuxième ef­fort im­por­tant vien­dra avec la mise en place à Sa­to­ry du Pôle In­no­va­tion de l’ar­mée de Terre (PIAT) dans une lo­gique de clus­ter in­no­va­tion pu­blic-pri­vé in­té­res­sé par le seg­ment aé­ro­ter­restre, au sein du­quel se­ra créé le Bat­tle Lab-terre. Cette struc­ture se­ra tour­née vers l’in­no­va­tion ci­vile et se­ra char­gée de fa­ci­li­ter l’éclo­sion et l’ex­pé­ri­men­ta­tion des pro­jets in­di­vi­duels et col­lec­tifs in­té­res­sant le monde des opé­ra­tion­nels. En­fin, pour nous as­su­rer de la bonne co­or­di­na­tion avec l’agence pour l’in­no­va­tion du mi­nis­tère, nous créons au sein de l’état-ma­jor de l’ar­mée de Terre une cel­lule char­gée d’ani­mer tout l’éco­sys­tème in­no­va­tion Terre. Cette cel­lule s’ap­puie­ra aus­si sur le ré­seau des ré­fé­rents pla­cés dans tous les ré­gi­ments, là où se trouvent bien sou­vent d’ex­cel­lentes idées.

Avec réa­lisme, l’ar­mée de Terre est en ordre de bataille pour ti­rer pro­fit de l’in­no­va­tion de long terme, celle qui fe­ra les forces ter­restres de 2035 tout en fa­vo­ri­sant les boucles courtes, celles qui per­mettent de ré­pondre aux défis d’au­jourd’hui.

SCOR­PION laisse au­gu­rer des chan­ge­ments ma­jeurs et, comme le rap­pe­lait le gé­né­ral Bos­ser dans notre pré­cé­dent nu­mé­ro, bien an­ti­ci­pés. Existe-t-il, dans l’ar­chi­tec­ture du pro­gramme, des points qui vous semblent plus dé­li­cats ? Des équi­pe­ments de co­hé­rence, par exemple ?

L’ob­jec­tif opé­ra­tion­nel est clair : en 2021, nous dé­ploie­rons le pre­mier GTIA SCOR­PION et, en 2023, nous se­rons ca­pables de pro­je­ter une bri­gade in­ter­armes SCOR­PION. C’est am­bi­tieux, exi­geant, mais an­ti­ci­pé et pi­lo­té de­puis la doc­trine ex­plo­ra­toire jus­qu’à l’in­fra­struc­ture, la for­ma­tion, l’en­traî­ne­ment ou en­core le sou­tien lo­gis­tique. L’ar­mée de Terre a, j’en ai la cer­ti­tude, an­ti­ci­pé l’ère SCOR­PION, l’ère du com­bat in­fo­va­lo­ri­sé et col­la­bo­ra­tif, au­tant qu’elle le pou­vait.

Réus­sir cette trans­for­ma­tion né­ces­si­te­ra de sur­mon­ter les défis ca­pa­ci­taires comme l’in­té­gra­tion du sys­tème d’in­for­ma­tion SICS(5) dans le sys­tème de com­mu­ni­ca­tion CONTACT, le main­tien de la co­hé­rence de nos équi­pe­ments et ac­ces­soires SIC, l’in­té­gra­tion au bon rythme de nos vé­hi­cules d’an­cienne gé­né­ra­tion dans les bulles CONTACT-SICS. La LPM qui vient d’être vo­tée ac­cé­lère le pro­gramme SCOR­PION, en par­ti­cu­lier le rythme des li­vrai­sons des vé­hi­cules Grif­fon, Ja­guar, Ser­val, des ra­dios CONTACT et du SICS. L’ar­mée de Terre va ain­si se mo­der­ni­ser à pas sou­te­nus, sans doute comme ja­mais de­puis plu­sieurs dé­cen­nies.

Le dé­fi est triple : ce­lui de l’ap­pro­pria­tion tac­tique et tech­nique des nou­veaux équi­pe­ments par les ré­gi­ments et états-ma­jors, la ges­tion de la co­ha­bi­ta­tion entre deux gé­né­ra­tions de vé­hi­cules et de sys­tèmes d’in­for­ma­tion et de com­mu­ni­ca­tion, et en­fin la pré­pa­ra­tion des «ob­jets» d’ap­pui et de co­hé­rence qui ga­ran­ti­ront au com­bat col­la­bo­ra­tif in­fo­va­lo­ri­sé toute sa plus-va­lue opé­ra­tion­nelle.

L’ap­pro­pria­tion par les sol­dats, leurs sous-of­fi­ciers et of­fi­ciers re­pose à la fois sur les for­ma­tions que les écoles d’armes vont dis­pen­ser et l’en­traî­ne­ment. Pour les écoles, je suis par­ti­cu­liè­re­ment confiant, car elles savent dé­jà le faire. Pour l’en­traî­ne­ment, ce se­ra sans doute une pre­mière, car nous avons dé­ci­dé de créer des struc­tures spé­ci­fiques pour cette phase de tran­si­tion ponc­tuée de nom­breuses ex­pé­ri­men­ta­tions. Au­jourd’hui, la doc­trine, les ma­nuels d’em­ploi sont dé­ve­lop­pés. L’en­traî­ne­ment des uni­tés se fe­ra à Mailly, au­près de la Force d’ex­pé­ri­men­ta­tion du Com­bat SCOR­PION (FECS), avec des moyens d’éva­lua­tion spé­ci­fiques comme CERBERE, puis en ré­gi­ment en s’ap­puyant sur la si­mu­la­tion, no­tam­ment celle in­té­grée dans les en­gins. La co­ha­bi­ta­tion entre les deux gé­né­ra­tions est à la fois un en­jeu technologique pour faire com­mu­ni­quer les moyens SIC, ce que l’in­dus­triel s’en­gage à maî­tri­ser, un en­jeu lo­gis­tique et un en­jeu opé­ra­tion­nel, les ca­pa­ci­tés des nou­veaux vé­hi­cules n’étant pas iden­tiques. Nous se­rons prêts pour 2021, la trans­for­ma­tion en­ga­gée il y a trois ans se fai­sant par étapes.

En­fin, nous pré­pa­rons dé­jà le «jour d’après». D’abord, le com­plé­ment qui per­met­tra à toute l’ar­mée de Terre d’en­trer dans l’ère SCOR­PION. Ce se­ra l’ob­jet de la LPM sui­vante, celle qui per­met­tra de ré­pondre à l’am­bi­tion 2030 de la pre­mière ar­mée de Terre eu­ro­péenne. En­suite, et c’est l’ob­jec­tif de la feuille de route SCOR­PION, ce sont les équi­pe­ments de co­hé­rence, l’in­té­gra­tion des tech­no­lo­gies de rup­ture et l’an­ti­ci­pa­tion de la 5e gé­né­ra­tion. Je pense ici aux drones, ro­bots ter­restres, cy­ber-ef­fets, au trai­te­ment mas­sif de don­nées, mais aus­si aux Vé­hi­cules Blin­dés d’ap­pui à l’en­ga­ge­ment (VBAE) du gé­nie, d’ar­tille­rie, de fran­chis­se­ment, ou en­core aux sys­tèmes du com­bat­tant dé­bar­qué du fu­tur. Pour être au ren­dez-vous des me­naces émer­gentes, ils font dé­jà l’ob­jet de re­cherche et de dé­ve­lop­pe­ment fi­nan­cés par les études amont.

L’ar­mée de Terre a, j’en ai la cer­ti­tude, an­ti­ci­pé l’ère SCOR­PION, l’ère du com­bat in­fo­va­lo­ri­sé „ et col­la­bo­ra­tif, au­tant qu’elle le pou­vait.

La guerre élec­tro­nique ter­restre semble avoir été mas­si­ve­ment uti­li­sée en Ukraine, sur tout le spectre de ses pos­si­bi­li­tés, du

ren­sei­gne­ment au brouillage des com­mu­ni­ca­tions et des ra­dars, et même à la dé­to­na­tion pré­coce des fu­sées des obus. L’ar­mée de Terre doit-elle en ti­rer des le­çons ?

Le conflit en Ukraine ap­pa­raît à bien des égards comme le ter­rain d’ex­plo­ra­tion d’un nou­veau type de com­bat, d’un dur­cis­se­ment des opé­ra­tions et d’une hy­bri­di­té des modes d’ac­tion de­puis le ni­veau stra­té­gique jus­qu’au ni­veau tac­tique. La ré­flexion mi­li­taire, no­tam­ment celle conduite par le CDEC(6) s’y in­té­resse à rai­son, même si je me mé­fie d’une fo­ca­li­sa­tion trop mar­quée, d’autres théâtres et conflits, comme ceux du Le­vant, ap­por­tant aus­si de riches en­sei­gne­ments opé­ra­tion­nels.

En Ukraine, la guerre élec­tro­nique a sur­tout été em­ployée à par­tir du prin­temps 2015 au mo­ment où le front se sta­bi­li­sait. L’en­semble des ac­teurs l’a en­ga­gée pour lo­ca­li­ser, in­ter­cep­ter ou brouiller les com­mu­ni­ca­tions, y com­pris celles de L’OSCE. Elle a dé­mon­tré son ef­fi­ca­ci­té, mais aus­si sa vul­né­ra­bi­li­té, les moyens de guerre élec­tro­nique étant eux-mêmes si­gnants, donc lo­ca­li­sables. Il ne s’agit donc pas d’un game chan­ger ma­jeur en lui-même. C’est avant tout une ca­pa­ci­té de ren­sei­gne­ment et d’agres­sion qui, dé­ployée au sein d’une force, in­té­grée dans un dis­po­si­tif mul­ti-cap­teurs et cou­plée à une chaîne d’ap­pui-feu, de­vient ef­fec­ti­ve­ment re­dou­table.

Je note ain­si le re­tour d’un sa­voir-faire fi­na­le­ment maî­tri­sé par nos armées lors de la guerre froide, mais que les forces ter­restres avaient moins em­ployé dans son vo­let «brouillage» et «intrusion», les opé­ra­tions des der­nières dé­cen­nies ayant eu d’autres vi­sages. Fi­na­le­ment, que re­te­nir? D’une part que la dis­cré­tion élec­tro­ma­gné­tique de­meure un ob­jec­tif ma­jeur pour une force tou­jours plus connec­tée. SCOR­PION le prend d’ailleurs en compte dès sa concep­tion. D’autre part, qu’il s’agit d’une ca­pa­ci­té à in­té­grer en pla­ni­fi­ca­tion pour qu’elle contri­bue à l’ef­fi­ca­ci­té de la ma­noeuvre. En­fin, que nous de­vons pour­suivre nos ef­forts doc­tri­naux comme de re­cherche technologique pour suivre le rythme de nos ad­ver­saires po­ten­tiels et ou­vrir le champ d’em­ploi de la guerre élec­tro­nique à d’autres do­maines comme le cy­ber tac­tique, la lutte an­ti-drone, ou en­core le cou­plage avec des moyens in­te­rar­mées pour fa­ci­li­ter, en par­ti­cu­lier, l’en­trée en pre­mier. Les États-unis et L’OTAN in­sistent beau­coup sur le concept de « bataille mul­ti­do­maine ». Comment l’ar­mée de Terre peut-elle s’y in­sé­rer et en ti­rer pro­fit ?

La dé­marche Mul­ti Do­main Bat­tle (MDB) est en pre­mière ap­proche très com­pa­rable à celle d’ac­tion Ter­restre Fu­ture (ATF) bien que leur por­tée et leurs am­bi­tions dif­fèrent très sen­si­ble­ment. Comme nous dans ATF, les États-unis font le constat que leurs ad­ver­saires po­ten­tiels dis­posent de ca­pa­ci­tés ca­pables de ni­ve­ler, éga­ler ou concur­ren­cer leur puis­sance. L’ar­my et les Ma­rines ont ain­si dé­crit comment les forces ter­restres en tant que com­po­sante s’en­ga­ge­ront et fe­ront cam­pagne dans la to­ta­li­té des mi­lieux (es­pace, cy­be­res­pace, air, terre, mer). L’ori­gi­na­li­té de cette ré­flexion ré­side dans la pro­po­si­tion de modes d’ac­tion in­ter­mi­lieux concrets vi­sant à ac­qué­rir ou à main­te­nir la su­pé­rio­ri­té tac­tique des autres com­po­santes (at­taques contre les sys­tèmes A2/AD (7) ad­verses, raids ou mis­sions de re­con­nais­sance of­fen­sive dans la pro­fon­deur, ou­ver­tures de cou­loirs de pé­né­tra­tion). À ce titre, une force d’ex­pé­ri­men­ta­tion, la Mul­ti-do­main Task Force (MDTF), a d’ores et dé­jà été mise sur pied sous la res­pon­sa­bi­li­té du com­man­de­ment du Pa­ci­fique.

Pour l’ar­mée de Terre, il ne s’agit pas d’ache­ter ou de re­je­ter la ré­flexion d’un pays avec qui nous opé­rons ré­gu­liè­re­ment ou d’une or­ga­ni­sa­tion, L’OTAN, dont nous fai­sons par­tie. Même si l’am­bi­tion ca­pa­ci­taire et technologique amé­ri­caine n’est pas com­pa­rable avec celle de l’ar­mée de Terre, je re­marque une vo­lon­té de dé­cloi­son­ner les com­po­santes, sans lo­gique de pro­prié­taire, ce qui me pa­raît par­ti­cu­liè­re­ment in­té­res­sant.

Avec les Amé­ri­cains, d’une ma­nière concrète, nous pour­sui­vrons nos échanges ré­gu­liers entre nos centres de doc­trine (TRADOC et CDEC) tout en tra­vaillant à conser­ver l’in­ter­opé­ra­bi­li­té in­dis­pen­sable pour s’en­ga­ger en­semble. Nous sui­vrons avec in­té­rêt les ex­pé­ri­men­ta­tions en cours qui pour­ront nour­rir nos propres tra­vaux, en par­ti­cu­lier ceux de la FECS. Tou­jours en s’ap­puyant sur ATF, nous échan­geons sur ce que les forces ter­restres peuvent ap­por­ter aux autres com­po­santes en ma­tière d’ef­fets in­ter­mi­lieux, sur la com­bi­nai­son et le sé­quen­ce­ment des ac­tions tant tac­tiques que stra­té­giques, sur la pro­tec­tion de la force ter­restre par ses moyens propres et ceux des autres com­po­santes, sur la ré­duc­tion des vul­né­ra­bi­li­tés des PC, ou en­core sur le com­bat col­la­bo­ra­tif in­ter-com­po­santes.

Avec L’OTAN comme avec nos par­te­naires, nous pour­rons sans rou­gir ap­por­ter notre propre ré­flexion qui in­tègre dé­jà cette ap­proche non seu­le­ment mul­ti­do­maine, mais aus­si glo­bale. Cette der­nière conserve à mon

Nous pré­pa­rons dé­jà le « jour d’après ». D’abord, le com­plé­ment qui per­met­tra à toute l’ar­mée de Terre d’en­trer dans l’ère SCOR­PION. Ce se­ra l’ob­jet de la LPM sui­vante, celle qui per­met­tra de ré­pondre à l’am­bi­tion „ 2030 de la pre­mière ar­mée de Terre eu­ro­péenne.

sens toute sa per­ti­nence tant pour la ré­flexion sur la conduite des opé­ra­tions que pour le dé­ve­lop­pe­ment ca­pa­ci­taire.

Le Main­tien en Condi­tion Opé­ra­tion­nelle (MCO) et la dis­po­ni­bi­li­té des ma­té­riels sont des points d’at­ten­tion tra­di­tion­nels, no­tam­ment pour L’ALAT. Comment consi­dé­rez-vous la si­tua­tion au­jourd’hui ?

En tant que ma­jor-gé­né­ral de l’ar­mée de Terre, je veille à dis­po­ser des moyens et res­sources né­ces­saires non seu­le­ment pour ho­no­rer les contrats opé­ra­tion­nels de l’ar­mée de Terre, mais aus­si pour as­su­rer un ni­veau d’en­traî­ne­ment suf­fi­sant à nos sol­dats, com­pa­gnies, ré­gi­ments et bri­gades. C’est sur ces exi­gences que se bâ­tissent les armées de pre­mier rang. Dans le do­maine ter­restre, les ob­jec­tifs fixés par le chef d’état-ma­jor de l’ar­mée de Terre d’une dis­po­ni­bi­li­té mi­ni­mum de 70% en gar­ni­son et de 90% en opé­ra­tion ex­té­rieure sont te­nus. Ils ont été at­teints et main­te­nus à ces ni­veaux de­puis l’été 2017. Ils le sont grâce à l’ef­fi­ca­ci­té de toute la chaîne de main­te­nance pla­cée sous la res­pon­sa­bi­li­té du di­rec­teur cen­tral de la SIMMT. En ef­fet, s’ins­cri­vant ré­so­lu­ment dans une dy­na­mique d’op­ti­mi­sa­tion, l’or­ga­ni­sa­tion du MCO des ma­té­riels ter­restres in­ten­si­fie sa trans­for­ma­tion en­ga­gée en 2016. Elle vise à amé­lio­rer la com­plé­men­ta­ri­té entre la main­te­nance opé­ra­tion­nelle, as­su­rée es­sen­tiel­le­ment par des mi­li­taires, en France comme en opé­ra­tions, et la main­te­nance in­dus­trielle d’état ou pri­vée des­ti­née à la ré­gé­né­ra­tion et au trai­te­ment des équi­pe­ments les plus usés. Ce mo­dèle a per­mis de re­mon­ter la dis­po­ni­bi­li­té des parcs ma­jeurs de 10 % de­puis 2015. Il est viable, dé­jà per­for­mant et adap­té à nos be­soins, même s’il reste à conso­li­der, des marges de pro­grès exis­tant en­core.

Notre main­te­nance aé­ro­nau­tique est au ren­dez-vous des opé­ra­tions ex­té­rieures comme l’illustre l’ac­tion du grou­pe­ment tac­tique d’aé­ro­com­bat que nous dé­ployons sur l’opé­ra­tion « Bar­khane » et du dé­ta­che­ment hé­li­co­ptère des forces spé­ciales au Sa­hel. Pour au­tant, nous res­tons at­ten­tifs, car le mi­lieu aé­ro­nau­tique de­meure un do­maine très exi­geant sur le plan tech­nique. Il se doit de res­pec­ter les cri­tères éle­vés de na­vi­ga­bi­li­té et il re­quiert du per­son­nel hau­te­ment qua­li­fié. Ce­la nous im­pose aus­si de dis­po­ser de re­changes en quan­ti­té et d’un ap­pui in­dus­triel par­ti­cu­liè­re­ment ré­ac­tif. Nous sommes donc plei­ne­ment mo­bi­li­sés pour te­nir nos en­ga­ge­ments et préparer l’ave­nir de L’ALAT. Ain­si, il nous faut pi­lo­ter la tran­si­tion entre l’an­cienne gé­né­ra­tion d’hé­li­co­ptères (Pu­ma et Ga­zelle) et la nou­velle (Tigre et Caï­man), et por­ter l’ef­fort sur nos main­te­nan­ciers grâce à des pro­jets de for­ma­tion no­va­teurs comme le bac­ca­lau­réat pro­fes­sion­nel «main­te­nance aé­ro­nau­tique» qui ou­vri­ra à Bourges dès cette an­née. En­fin, nous tra­vaillons étroi­te­ment avec la Di­rec­tion de la main­te­nance aé­ro­nau­tique pour as­su­rer une dis­po­ni­bi­li­té maxi­male de nos hé­li­co­ptères et per­mettre ain­si l’en­traî­ne­ment de nos équi­pages. Sous son égide se met en place une nou­velle ar­chi­tec­ture contrac­tuelle sur la base de contrats ap­pe­lés ver­ti­caux ou glo­baux, qui res­pon­sa­bi­lisent mieux les in­dus­triels. Ils de­vraient nous per­mettre d’at­teindre nos ob­jec­tifs.

Pour une ar­mée d’em­ploi comme c’est le cas de l’ar­mée de Terre, nous n’avons pas le droit à l’er­reur. C’est au quo­ti­dien que la dis­po­ni­bi­li­té se gagne. Dans le même temps, il s’agit d’an­ti­ci­per les be­soins fu­turs (for­ma­tion, res­sources fi­nan­cières, moyens) pour évi­ter les phases de rup­ture avec nos nou­veaux équi­pe­ments, SCOR­PION prin­ci­pa­le­ment pour le do­maine ter­restre et le HIL pour le do­maine de l’aé­ro­com­bat.

Nous n’avons pas le droit à l’er­reur. C’es „ t au quo­ti­dien que la dis­po­ni­bi­li­té se gagne.

Pro­pos recueillis par Jo­seph Hen­ro­tin, le 10 juillet 2018

Notes

(1) Com­pré­hen­sion ; per­for­mance du com­man­de­ment ; agi­li­té; masse; force mo­rale; en­du­rance; co­opé­ra­tion; in­fluence.

(2) SIMMT : Struc­ture In­té­grée du Main­tien en condi­tion opé­ra­tion­nelle des Ma­té­riels Ter­restres.

(3) DRHAT : Di­rec­tion des Res­sources Hu­maines de l’ar­mée de Terre.

(4) STAT : Sec­tion Tech­nique de l’ar­mée de Terre.

(5) SICS : Sys­tème d’in­for­ma­tion et de Com­bat SCOR­PION. (6) CDEC : Centre de Doc­trine et d’en­sei­gne­ment du Com­man­de­ment.

(7) A2/AD : An­ti-ac­cess, Ae­ra De­nial.

Pho­to ci-des­sus :Char Le­clerc au cours d’un exer­cice. Son suc­ces­seur, le MGCS, se­ra co­pro­duit avec l’al­le­magne. (© OTAN)

Le gé­né­ral Barrera. (© Ar­mée de Terre)

Le sol­dat reste la pre­mière ri­chesse des armées, et la tech­no­lo­gie peut contri­buer à le rendre plus ef­fi­cace. (© OTAN)

Dé­bar­que­ment d’un Vam­tac de­puis un EDAR au cours de l’exer­cice «Bold Al­li­ga­tor». La dis­po­ni­bi­li­té des sys­tèmes est un fac­teur es­sen­tiel. (© OTAN)

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.