Cam­pagne aé­rienne de la coa­li­tion arabe au Yé­men : quels ef­fets ?

DSI - - SOMMAIRE - Par Ar­naud De­la­lande, spé­cia­liste des ques­tions de dé­fense

Le 26 mars 2015, en ré­ponse à l’ap­pel du gou­ver­ne­ment du pré­sident Abd Rab­bo Man­sour Ha­di que des re­belles du groupe An­sar Al­lah – éga­le­ment nom­mé Hou­this – ve­naient de faire tom­ber, l’ara­bie saou­dite an­non­çait qu’elle avait lan­cé une in­ter­ven­tion mi­li­taire, en­tre­prise sous une coa­li­tion de neuf pays du Golfe et des États arabes, com­pre­nant des frappes aériennes et un blo­cus aé­rien et ma­ri­time du Yé­men.

Cette coa­li­tion di­ri­gée par l’ara­bie saou­dite com­pre­nait plus de 100 avions de la RSAF (Royal Sau­di Air Force), in­cluant des F-15S Strike Eagle, des Pa­na­via Tor­na­do IDS et Eu­ro­figh­ter Ty­phoon sou­te­nus par des A330MRTT (Mul­ti-role Tan­ker Trans­port) et des hé­li­co­ptères AS532M Cou­gar pour la re­cherche et le sau­ve­tage. Les Ty­phoon et F-15S étaient res­pec­ti­ve­ment équi­pés de pods de ci­blage et de re­con­nais­sance Da­mocles DB110 et em­por­taient dif­fé­rentes ver­sions des Pa­ve­way et Joint Di­rect At­tack Mu­ni­tions. Les autres plates-formes en­ga­gées in­cluaient des E-3A AWACS et SAAB 2000E Erieye. Le deuxième contri­bu­teur de cette coa­li­tion – les Émi­rats arabes unis – a four­ni un to­tal de 30 avions, in­cluant des F-16E/F Figh­ting Fal­con, des Mi­rage 2000, et au moins un A330MRTT. La par­ti­ci­pa­tion des autres pays était de 15 F/A-18C pour le Ko­weït, 10 Mi­rage 2000 pour le Qa­tar, di­verses ver­sions de F-16 opé­rées par Bah­reïn (15), l’égypte, la Jor­da­nie (6), le Maroc (6), ain­si que 3 SU-24M Fen­cer D sou­da-

nais. Les États-unis et le Royaume-uni ont four­ni un sou­tien lo­gis­tique et du ren­sei­gne­ment.

Le prin­ci­pal ob­jec­tif de l’ara­bie saou­dite était le ré­ta­blis­se­ment au pou­voir à Sa­naa du gou­ver­ne­ment Ha­di en exil, of­fi­ciel­le­ment de­man­dé au Con­seil de sé­cu­ri­té des Na­tions unies, qui a adop­té la ré­so­lu­tion 2216 trois se­maines après le dé­but de l’opé­ra­tion « Tem­pête dé­ci­sive ». Cette ré­so­lu­tion ap­pe­lait éga­le­ment les Hou­this à aban­don­ner tous les ter­ri­toires oc­cu­pés et à désar­mer uni­la­té­ra­le­ment. Pa­ral­lè­le­ment à ce mo­tif, l’ara­bie saou­dite avait deux autres jus­ti­fi­ca­tions pour la guerre. Pre­miè­re­ment, la des­truc­tion de la me­nace que les mis­siles ba­lis­tiques du Yé­men (R-17 El­brus, Hwa­song-5/ Hwa­song-6, OTR-21 To­ch­ka, Lu­na-m), tom­bés sous le contrôle de l’alliance Hou­this-sa­leh, fai­saient pe­ser sur le Royaume. Le se­cond mo­tif était d’em­pê­cher l’état pré­su­mé par­rain des Hou­this – l’iran – de ga­gner une « po­si­tion stra­té­gique » dans la pé­nin­sule Ara­bique.

Opé­ra­tion « Tem­pête dé­ci­sive »

Les pre­mières se­maines de la cam­pagne ont per­mis la neu­tra­li­sa­tion des forces de dé­fense aé­rienne yé­mé­nites, no­tam­ment les abris sup­po­sés ac­cueillir les MIG-29, mais leur des­truc­tion n’a pas été confir­mée. Avant l’opé­ra­tion « Tem­pête dé­ci­sive », la force aé­rienne yé­mé­nite ali­gnait moins d’une ving­taine de MIG-29, dont la plu­part étaient sto­ckés sur la base aé­rienne Al-dai­la­mi (près de l’aé­ro­port in­ter­na­tio­nal de Sa­naa), avec un dé­ta­che­ment à Al-anab. Ce­pen­dant, cette flotte souf­frait de pro­blèmes d’en­tre­tien de­puis long­temps. Les sys­tèmes de dé­fense aé­rienne ont éga­le­ment été dé­truits, no­tam­ment les bat­te­ries de mis­siles sol-air SA-2 Gui­de­line, SA-3 Goa et SA-6 et les ra­dars as­so­ciés au­tour des bases aériennes de Sa­naa et Al-dai­la­mi, ain­si que la plu­part des mis­siles tac­tiques et ba­lis­tiques. La pre­mière perte de la coa­li­tion fut un F-15S qui a eu des pro­blèmes tech­niques au-des­sus golfe d’aden le deuxième jour de la cam­pagne. L’équi­page s’est éjec­té en toute sé­cu­ri­té et a été se­cou­ru par un HH-60G de L’USAF opé­rant de­puis Dji­bou­ti.

Le 21 avril, quatre se­maines après le dé­but de la cam­pagne aé­rienne, l’opé­ra­tion « Tem­pête dé­ci­sive » pre­nait fin, lais­sant place à «Res­tau­rer l’es­poir» (Res­tore Hope). Au cours de « Tem­pête dé­ci­sive », plus de 2 300 sor­ties com­por­tant des frappes ont été réa­li­sées, soit une moyenne de plus d’une cen­taine par jour. Les mis­sions d’in­ter­dic­tion ont ré­duit les dé­pla­ce­ments et le sou­tien lo­gis­tique des Hou­this en at­ta­quant les au­to­routes et les ponts, pous­sant leurs forces hors des axes et les em­pê­chant de se dé­pla­cer entre les centres ur­bains. Un des pre­miers ef­forts d’in­ter­dic­tion de la cam­pagne aé­rienne com­pre­nait éga­le­ment des frappes ré­pé­ti­tives d’en­trave contre les aé­ro­ports et les ports pour iso­ler le pays du sou­tien ma­té­riel ira­nien.

Opé­ra­tion « Res­tau­rer l’es­poir »

Au cours de cette deuxième phase de la guerre, la cam­pagne aé­rienne s’est pour­sui­vie par des frappes aériennes réa­li­sées sur les bases mi­li­taires. La base aé­rienne d’al-dai­la­mi a été ci­blée à par­tir de mai : six avions de com­bat (un MIG-29, deux F-5, trois Su-22) pro­ba­ble­ment pas en état de vo­ler, un hé­li­co­ptère Mi-8 et deux avions de trans­port IL-76TD ont été dé­truits. Les Hou­this et leurs al­liés ont ré­pon­du à ces bom­bar­de­ments en or­ga­ni­sant des raids de ré­tor­sion, des at­taques in­di­rectes sur la fron­tière saou­doyé­mé­nite, no­tam­ment sur les postes mi­li­taires fron­ta­liers, et des em­bus­cades contre les pa­trouilles, ain­si que par des frappes de mor­tiers, ro­quettes et mis­siles ba­lis­tiques (Scud-c, ou Hwa­song-6 pro­ba­ble­ment d’ori­gine nord-co­réenne) contre les bases mi­li­taires et les centres ur­bains proches de la fron­tière, en par­ti­cu­lier les villes de Ji­zan et Nj­ran.

Entre les mois de mai d’août, la coa­li­tion di­ri­gée par l’ara­bie saou­dite a per­du quatre nou­veaux ap­pa­reils : trois AH-64D Long­bow Apache abat­tus ou ac­ci­den­tés dans la pro­vince de Ji­zan, près de la fron­tière saou­do-yé­mé­nite, pen­dant les at­taques des Hou­this sur le ter­ri­toire saou­dien; et un F-16C ma­ro­cain pro­ba­ble­ment abat­tu dans la pro­vince de Saa­da. L’ob­jec­tif des at­taques sur le sol saou­dien a pro­ba­ble­ment été de sa­per le mo­ral des mi­li­taires du royaume. La base aé­rienne de King Kha­led, la plus proche du théâtre des opé­ra­tions, a éga­le­ment été vi­sée à plu­sieurs re­prises par les mis­siles

Scud, abat­tus par des bat­te­ries de mis­siles Pa­triot PAC-2, cer­tains man­quant leur cible. Cette base, si­tuée près de la ville de Kha­mis Mu­shayt, est une cible de choix pour les forces hou­thistes et pro-sa­leh, car elle hé­berge la plu­part des avions de la coa­li­tion en­ga­gés dans les opé­ra­tions.

Opé­ra­tion « Flèche do­rée » (Gol­den Ar­row)

En juillet 2015, une opé­ra­tion am­phi­bie bap­ti­sée « Flèche do­rée » et di­ri­gée par les Émi­rats arabes unis a été réa­li­sée dans le port d’aden. Elle n’au­rait pas été pos­sible sans sou­tien aé­rien. En ef­fet, au cours des 36 pre­mières heures, 136 frappes aériennes ont été ef­fec­tuées par la coa­li­tion. Le groupe de com­bat était me­né par une bri­gade mé­ca­ni­sée émi­rienne et com­pre­nait des forces spé­ciales saou­diennes et un groupe de com­bat­tants de la ré­sis­tance yé­mé­nite for­mé à l’étran­ger. Après avoir ren­for­cé Aden, cette force a lan­cé en août une contreof­fen­sive au nord pour prendre la base aé­rienne si­tuée à proxi­mi­té de la ville d’al-anad. Celle-ci fut re­prise le 4 par les forces pro­gou­ver­ne­men­tales et émi­riennes, qui ont en­ga­gé au moins une bri­gade, soit trois ba­taillons avec cha­cun 30 Le­clerc et 30 BMP-3, ap­puyés par des bat­te­ries d’obu­siers G-6 M1A3 de 155 mm. Dans les com­bats, cinq T-62, trois T-55 et un BTR-80 ont été per­dus par les forces pro­gou­ver­ne­men­tales. Un Su-22 et un MIG-21 ont éga­le­ment été dé­truits au sol.

La per­cée d’aden a mar­qué la tran­si­tion vers une guerre plus dy­na­mique, sur plu­sieurs fronts, confir­mée par une se­conde of­fen­sive ter­restre de la coa­li­tion en sep­tembre et me­née au sud-ouest d’al-wa­diah, au point de pas­sage de la fron­tière saou­dienne vers la ville cen­trale de Ma­rib. Cette co­lonne a amé­na­gé une autre base et re­mis en état un aé­ro­port lo­cal près de la raf­fi­ne­rie de Sa­fir, per­met­tant la pro­gres­sion vers la ban­lieue orien­tale de la ca­pi­tale, Sa­naa. Six AH-64 Apache y ont été dé­ployés et ont été en­ga­gés pour net­toyer la route entre Ma­rib et Sa­naa. Lors des per­cées vers Ma­rib, l’ap­pui aé­rien rap­pro­ché (Close Air Sup­port) a été réa­li­sé par les hé­li­co­ptères d’at­taque AH-64D Apache et BELL-407MRH émi­riens, qui peuvent com­battre à plus basse al­ti­tude et en meilleure co­or­di­na­tion avec les forces ter­restres que les chas­seurs-bom­bar­diers.

Le 22 août, un qua­trième AH-64D Apache fut per­du, abat­tu dans la pro­vince de Ma­rib. En mai 2016, les Émi­rats arabes unis firent une de­mande de ré­ap­pro­vi­sion­ne­ment en mis­siles Hell­fire au­près des États-unis, ce qui confirme que les Apache et les Bell ont été ac­ti­ve­ment en­ga­gés dans des com­bats rap­pro­chés. Après les at­taques des bases aériennes de Ma­rib et de Sa­fir par des mis­siles OTR-21 To­ch­ka en sep­tembre 2015, la coa­li­tion y dé­ploya les sys­tèmes Pant­sir S-1 et Pa­triot PAC-2 émi­riens, ain­si que dix AH-64 Apache, plu­sieurs UH-60 Black Hawk et CH-47D Chi­nook. En plus des hé­li­co­ptères d’at­taque, les Émi­rats arabes unis dé­ployèrent plu­sieurs Io­max AT-802 Air Trac­tor – un tur­bo­pro­pul­seur lé­ger spé­cia­le­ment mo­di­fié pour les mis­sions Cas–auyé­men.une­par­tie­de­ce­sap­pa­reils fut trans­fé­rée aux Yé­mé­nites afin de re­cons­truire une force aé­rienne et des pi­lotes com­men­cèrent leur for­ma­tion un mois plus tard.

En deux ans et de­mi d’opé­ra­tions, la coa­li­tion me­née par l’ara­bie saou­dite a per­du moins d’une di­zaine d’ap­pa­reils de com­bat et en­vi­ron une quin­zaine d’hé­li­co­ptères et drones, soit abat­tus, soit dans des ac­ci­dents. Ce faible taux de perte en re­gard du nombre de mis­sions et de frappes s’ex­plique par­fai­te­ment par le manque de sys­tème de dé­fense aé­rienne des Hou­this et des par­ti­sans de Sa­leh, mal­gré le sou­tien ma­té­riel de l’iran. En avril 2016, la coa­li­tion arabe ne re­con­nais­sait la perte que d’en­vi­ron 400 mi­li­taires et gardes-fron­tières, un chiffre très sous-es­ti­mé se­lon de nom­breux ex­perts.

En sep­tembre 2015, les Émi­rats arabes unis ont com­men­cé à construire des in­fra­struc­tures mi­li­taires en Éry­thrée, no­tam­ment dans le port d’as­sab et sur la piste d’un aé­ro­port désaf­fec­té. Un an plus tard, en no­vembre 2016, l’ima­ge­rie sa­tel­li­taire a ré­vé­lé la pré­sence de douze abris et la pré­sence de cinq Mi­rage 2000-9, trois Io­max AT-802 ou Ar­chan­gel, au moins un drone de fa­bri­ca­tion chi­noise Wing Loong et divers hé­li­co­ptères (CH-47 Chi­nook et UH-60 Black Hawk) sur le par­king. Cette base per­met aux Émi­rats arabes unis d’opé­rer de l’autre cô­té de la pé­nin­sule Ara­bique et leur donne la pos­si­bi­li­té de me­ner des opé­ra­tions sur le Yé­men beau­coup plus fa­ci­le­ment et dis­crè­te­ment.

Les at­taques de na­vires

En oc­tobre 2015, les Hou­this re­ven­di­quèrent trois at­taques de na­vires de la coa­li­tion à proxi­mi­té des côtes du Yé­men. Elles au­raient vi­sé des cor­vettes émi­riennes de la classe Bay­nu­nah et uti­li­sé des mis­siles de fa­bri­ca­tion chi­noise de type C-802 en ser­vice dans la ma­rine yé­mé­nite, mais au­cun élé­ment ne per­met de confir­mer

ces dires. Un an plus tard, c’était au tour du HSV-2 Swift émi­rien d’être la cible d’un mis­sile an­ti­na­vire. Ce bâ­ti­ment de ra­vi­taille­ment était en tran­sit entre Aden et Al-hu­day­dah au mo­ment où il a été tou­ché par ce qui semble être un mis­sile C-704 de fa­bri­ca­tion chi­noise.

Dé­sastre hu­ma­ni­taire

Les pertes ci­viles ont été plus im­por­tantes du­rant la deuxième par­tie de la guerre. En ef­fet, la coa­li­tion saou­dienne a éga­le­ment ci­blé les in­fra­struc­tures ci­viles sup­po­sées ser­vir au sto­ckage de mu­ni­tions et les po­si­tions hou­thistes et, mal­gré l’uti­li­sa­tion d’armes de pré­ci­sion, les frappes n’ont pas tou­jours été pré­cises. L’exemple ty­pique est le raid du 25 juillet 2015 sur la cen­trale élec­trique de Mo­ka, qui dé­trui­sit éga­le­ment les bâ­ti­ments hé­ber­geant ses em­ployés, en tuant 120. Plus ré­cem­ment, en oc­tobre 2016, plu­sieurs raids aé­riens saou­diens ont vi­sé une salle à Sa­naa où avait lieu un en­ter­re­ment. Au moins 140 per­sonnes furent tuées et en­vi­ron 600 autres bles­sées. Après avoir ini­tia­le­ment nié que l’at­taque était de son fait, la coa­li­tion a ad­mis qu’elle avait bom­bar­dé le hall, mais af­fir­ma que cette at­taque était une er­reur due à de mau­vaises in­for­ma­tions.

Les frappes ré­pé­tées sur les hô­pi­taux, en par­ti­cu­lier les bom­bar­de­ments mul­tiples des ins­tal­la­tions de Mé­de­cins sans fron­tières, par exemple, re­pré­sentent des er­reurs d’exé­cu­tion claires et fla­grantes. En août 2015, les Na­tions unies ont af­fir­mé qu’en­vi­ron 2 000 ci­vils avaient été tués pen­dant le conflit du Yé­men de­puis le dé­but de l’opé­ra­tion « Tem­pête dé­ci­sive », dont la moi­tié lors de frappes aériennes de la coa­li­tion di­ri­gée par l’ara­bie saou­dite, qui a éga­le­ment été ac­cu­sée d’uti­li­ser des armes à sous-mu­ni­tions four­nies par les États-unis, no­tam­ment des bombes CBU-105. Au 19 sep­tembre 2017, le Haut-com­mis­sa­riat des Na­tions unies aux droits de l’homme confirme le dé­cès de 5 159 ci­vils, 8 761 autres étant bles­sés du fait des Hou­this, des groupes ar­més et de la coa­li­tion me­née par l’ara­bie saou­dite.

Des armes avan­cées coû­teuses… pour une piètre pré­ci­sion

Au cours de la der­nière dé­cen­nie, la force aé­rienne saou­dienne – qui contri­bue à plus de la moi­tié des moyens aé­riens en­ga­gés dans la cam­pagne

aé­rienne – a ache­té des armes avan­cées à haut coût et des ou­tils mi­li­taires de pointe, y com­pris les der­niers chas­seurs de qua­trième gé­né­ra­tion, équi­pés de pods de ci­blage avan­cé, sou­te­nus par des sys­tèmes de dé­tec­tion et de contrôle aé­rien aé­ro­por­tés tout aus­si mo­dernes, les États-unis four­nis­sant un sou­tien im­por­tant (ra­vi­taille­ment, re­cherche et sau­ve­tage et as­sis­tance au ren­sei­gne­ment). Mal­gré ces ou­tils et l’aide des États-unis, la cam­pagne du Yé­men illustre clai­re­ment l’in­ex­pé­rience au com­bat des Saou­diens. La force aé­rienne saou­dienne pré­sente des la­cunes dans ses pro­cé­dures or­ga­ni­sa­tion­nelles et la tac­tique, et manque de com­pé­tence dans­la­mi­see­noeu­vred’ar­me­sa­van­cées.

Le fait que ce soit le cas après des dé­penses mas­sives de dé­fense sur plu­sieurs dé­cen­nies semble être en par­tie le ré­sul­tat d’une in­ex­pé­rience au com­bat, au contraire de son ho­mo­logue émi­rienne. Bien que re­pré­sen­tant moins d’un cin­quième de la flotte en­ga­gée dans la cam­pagne aé­rienne, celle-ci a été plus per­for­mante. Cette ef­fi­ca­ci­té tient au fait que les forces émi­riennes ont par­ti­ci­pé aux ré­centes mis­sions de main­tien de la paix, ain­si qu’aux opé­ra­tions au Ko­so­vo, en Libye et en Afghanistan. Ce­pen­dant, cette cam­pagne aé­rienne a dé­pla­cé l’équi­libre du pou­voir et a in­ter­dit aux Hou­this une vic­toire mi­li­taire à des coûts ac­cep­tables.

Stra­té­gie pu­ni­tive

Par ailleurs, la coa­li­tion a éga­le­ment ap­pli­qué une stra­té­gie pu­ni­tive contre les équi­pe­ments ci­vils pour ten­ter d’in­fluen­cer in­di­rec­te­ment les Hou­this en in­fli­geant des souf­frances à la po­pu­la­tion, ag­gra­vant les pé­nu­ries ali­men­taires, d’eau et d’élec­tri­ci­té, avec des ef­fets im­por­tants sur l’as­sai­nis­se­ment et les soins mé­di­caux qui, en com­bi­nai­son, ont pro­vo­qué une ca­tas­trophe hu­ma­ni­taire. Les cibles non mi­li­taires en­dom­ma­gées ou dé­truites par une at­taque aé­rienne ont in­clus d’in­nom­brables ré­si­dences et mar­chés, en plus des usines, des cen­trales élec­triques, des puits, des écoles, des mos­quées, des cli­niques et tous types d’ins­ti­tu­tions éta­tiques. Ces bom­bar­de­ments im­po­sés à l’en­semble de la po­pu­la­tion yé­mé­nite ont été par­ti­cu­liè­re­ment lourds sur le gou­ver­no­rat des Hou­this de Saa­da. La dis­tance qui sé­pare cette zone du front, l’ab­sence de cible mi­li­taire stra­té­gique et le fait que les frappes ont été me­nées de fa­çon ré­pé­tée in­diquent clai­re­ment qu’il ne s’agis­sait pas d’une er­reur, mais bien de contraindre les Hou­this à ca­pi­tu­ler en aug­men­tant les coûts éco­no­mique et hu­main si le conflit per­du­rait.

Une des évi­dences les plus fla­grantes de cette mé­thode pu­ni­tive a été la dé­cla­ra­tion par la coa­li­tion, le 8 mai 2015, que les villes de Saa­da et de Mar­ran étaient consi­dé­rées comme des cibles mi­li­taires. Cette stra­té­gie était avé­rée à l’été 2015 par le fait que Saa­da était la ville du Yé­men dont les in­fra­struc­tures ci­viles pré­sen­taient les plus grands dom­mages en l’ab­sence de com­bats ter­restres. D’autres frappes ont vi­sé plus di­rec­te­ment les per­son­na­li­tés ali­gnées sur l’an­cien pré­sident Sa­leh, ain­si que ce der­nier, par deux fois les 28 mars et 10 mai 2015, y com­pris leurs ré­si­dences per­son­nelles, le but étant la dé­ca­pi­ta­tion des lea­ders de l’op­po­si­tion à Ha­di. Cette stra­té­gie pu­ni­tive vi­sant à contraindre les Hou­this et les forces pro-sa­leh à ca­pi­tu­ler en ci­blant les in­fra­struc­tures éta­tiques n’a pas eu l’ef­fet es­comp­té par la coa­li­tion. En ef­fet, les mé­ca­nismes coer­ci­tifs gé­né­ra­le­ment uti­li­sés lors de conflits in­ter­éta­tiques semblent être com­plè­te­ment in­ef­fi­caces lors de guerres ci­viles face à un ad­ver­saire qui est in­dif­fé­rent à la pré­ser­va­tion des in­fra­struc­tures et au de­ve­nir de la po­pu­la­tion, n’ayant lui-même au­cune res­pon­sa­bi­li­té de gou­ver­nance.

L’uti­li­sa­tion de la puis­sance aé­rienne seule ne peut être qu’une par­tie de la so­lu­tion et elle est plus ef­fi­cace en sou­tien des forces ter­restres. Au Yé­men, cette stra­té­gie pu­ni­tive semble avoir gé­né­ré un faible ef­fet de le­vier sur un ad­ver­saire hou­thiste dont les ré­ponses, ou l’ab­sence de celles-ci, sous les frappes de la coa­li­tion dé­montrent que de nom­breux mé­ca­nismes coer­ci­tifs his­to­ri­que­ment em­ployés dans les af­fron­te­ments in­ter­éta­tiques sont in­ef­fi­caces contre un ac­teur de cette na­ture (1). À court terme, la coa­li­tion me­née par l’ara­bie saou­dite ne pour­ra en­vi­sa­ger la ca­pi­tu­la­tion ad­verse et de­vra ac­cep­ter le com­pro­mis. Le royaume saou­dien a tou­te­fois par­tiel­le­ment ac­com­pli ses ob­jec­tifs pré­ven­tifs : la des­truc­tion de la me­nace des mis­siles ba­lis­tiques et l’in­ter­dic­tion pour l’iran de ga­gner une po­si­tion stra­té­gique dans la pé­nin­sule Ara­bique par la créa­tion d’un État hou­thiste.

Dé­col­lage d’un F-16E émi­rien de la base aé­rienne de Nel­lis dans le cadre d’un exer­cice « Red Flag ». (© US Air Force)

Un F-15S saou­dien at­ter­rit sur la base de King Kha­led. (© Coll. A. De­la­lande)

Un SU-24M sou­da­nais vu sur la base de King Kha­led, du­rant l’opé­ra­tion « Tem­pête dé­ci­sive ». C’est la pre­mière fois que le Sou­dan dé­ploie des forces aériennes en opé­ra­tion ex­té­rieure. (© Coll. A. De­la­lande)

Un Mi­rage 2000 émi­rien en 2008. Des ap­pa­reils de ce type ont été dé­ployés en même temps que des drones en Éry­thrée (© US Air Force)

Un F/A-18C ko­weï­tien vu sur la base de King Kha­led, du­rant l’opé­ra­tion « Tem­pête dé­ci­sive ». (© Coll. A. De­la­lande)

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