Pi­zar­ro et Ulan : une co­opé­ra­tion ori­gi­nale dans le com­bat mé­ca­ni­sé

DSI - - SOMMAIRE - Par Pierre Pe­tit, ex­pert en sys­tèmes d’armes

À l’ins­tar des armées oc­ci­den­tales for­te­ment mé­ca­ni­sées, la Bun­de­sheer au­tri­chienne dé­cide de se do­ter, au dé­but des an­nées 1980, d’un vé­hi­cule de com­bat d’in­fan­te­rie mo­derne en rem­pla­ce­ment de ses 4K 4FA. En 1982, la cé­lèbre firme vien­noise Steyr-daim­ler-puch com­mence de ma­nière pri­vée à dé­ve­lop­per un nou­veau Vé­hi­cule de Com­bat d’in­fan­te­rie (VCI) qui semble à cette époque in­té­res­ser la Grèce, la Nor­vège et la Suisse. Dé­nom­mé en 1985 « Kampf­schüt­zen­pan­zer 90 », cet am­bi­tieux pro­gramme dé­passe ra­pi­de­ment le bud­get al­loué et il de­vient vi­tal pour l’au­triche de trou­ver des par­te­naires fiables afin de me­ner le pro­jet à son terme.

Le sa­lut va ve­nir du sud de l’europe et plus pré­ci­sé­ment d’espagne, dont l’ar­mée de terre, l’ejér­ci­to, cherche à cette époque à rem­pla­cer ses vé­hi­cules de trans­port de troupes M-113 TOA (Tanque Oru­ga Aco­ra­za­do) da­tant des an­nées 1960. Dans ce pro­jet, l’espagne va de­ve­nir le par­te­naire idéal pour l’au­triche, car plu­sieurs as­pects rap­prochent les deux armées, alors en pleine mu­ta­tion. Le pre­mier dé­no­mi­na­teur com­mun est qu’elles sou­haitent ren­for­cer le com­bat in­ter­armes qui, de nos jours, est la pierre an­gu­laire de tout en­ga­ge­ment mo­derne. Le se­cond

est qu’elles pos­sèdent le même char de com­bat prin­ci­pal : le Leo­pard 2, qui ne peut plus être ac­com­pa­gné en tout­ter­rain par des vé­hi­cules d’an­cienne gé­né­ra­tion.

Pour me­ner à bien ce pro­jet col­la­bo­ra­tif est créé à Ma­drid en 1988 L’ASCOD (Aus­trian Spa­nish Co-ope­ra­tive De­ve­lop­ment), qui va se ré­vé­ler comme étant l’une des as­so­cia­tions les plus réus­sies dans le do­maine des VCI. L’au­triche est na­tu­rel­le­ment re­pré­sen­tée par Steyr-daim­ler-puch et l’espagne par la firme ma­dri­lène San­ta Bar­ba­ra Sis­te­mas (SBS). Ces deux firmes ont été ab­sor­bées en 2003 par la fi­liale eu­ro­péenne du groupe amé­ri­cain GDLS, General Dynamics Eu­ro­pean Land Sys­tems, dont le siège est en Au­triche. Au sein de L’ASCOD, les mis­sions se ré­par­tissent de la ma­nière sui­vante : SBS est char­gé du dé­ve­lop­pe­ment des caisses et Steyr-daim­ler­puch de la mise au point des tou­relles et de leur in­té­gra­tion sur les caisses fa­bri­quées à Al­ca­la de Gua­dai­ra, non loin de Sé­ville.

Le dé­ve­lop­pe­ment

Le pre­mier pro­to­type, PT-01, est réa­li­sé en Au­triche. Ter­mi­né en 1990, il est pré­sen­té à Sé­ville en 1991. Ses 21 t sont mues par un mo­teur Die­sel es­pa­gnol Pe­ga­so de 500 ch et est équi­pé des che­nilles du char lé­ger au­tri­chien SK-105 Kü­ras­sier. Il est en­voyé en Nor­vège afin d’être confron­té au CV90 sué­dois et au M-2 Brad­ley amé­ri­cain. Le se­cond pro­to­type, PT-02, est ter­mi­né fin 1992. Sa tou­relle est réa­li­sée en Au­triche et la caisse en Espagne, chez SBS. Il est plus lourd (26 t), mais est équi­pé d’un mo­teur Die­sel al­le­mand MTU dé­li­vrant 600 ch. Le PT-02 est éga­le­ment équi­pé de che­nilles plus larges, d’une tou­relle mo­di­fiée et d’un com­par­ti­ment ar­rière re­des­si­né qui abrite le groupe de com­bat.

Le troi­sième pro­to­type, PT-03, prend en compte les ré­sul­tats des essais com­pa­ra­tifs me­nés en Nor­vège en 1991 avec le PT-01. L’amé­lio­ra­tion ma­jeure ré­side dans l’adop­tion d’un sep­tième ga­let de rou­le­ment, comme sur le CV90 qui a rem­por­té le mar­ché nor­vé­gien, et l’ins­tal­la­tion d’un sys­tème de ten­sion au­to­ma­tique des che­nilles à par­tir du poste de pi­lo­tage. Ce train de rou­le­ment mo­di­fié est as­so­cié à des amor­tis­seurs dé­ve­lop­pés par Horst­man De­fence Sys­tems, qui aug­mentent gran­de­ment les ca­pa­ci­tés du vé­hi­cule en tout-ter­rain. L’er­go­no­mie in­terne est aus­si re­vue, per­met­tant un em­port plus im­por­tant en vivres et en mu­ni­tions.

Le PT-04 est en­tiè­re­ment fa­bri­qué en Espagne. Il re­prend toutes les mo­di­fi­ca­tions des PT an­té­rieurs et pré­fi­gure dé­jà le mo­dèle qui se­ra adop­té par les forces es­pa­gnoles. Il est bap­ti­sé du nom du cé­lèbre et contro­ver­sé conquis­ta­dor du XVIE siècle : Pi­zar­ro. ASCOD est sa­tis­fait du pro­ces­sus de dé­ve­lop­pe­ment du vé­hi­cule et de son ré­sul­tat fi­nal. De plus, la qua­li­té du châs­sis laisse en­tre­voir des pers­pec­tives in­té­res­santes pour ser­vir de plate-forme gé­né­rique à de nom­breuses ver­sions per­met­tant d’élar­gir le nombre de clients po­ten­tiels à l’ex­por­ta­tion. En jan­vier 2003, GDELS com­mence à dé­ve­lop­per une nou­velle gé­né­ra­tion de Pi­zar­ro. Dé­nom­mé « Phase 2 » ou « ASCOD 2 », le nou­veau mo­dèle est plus avan­cé tech­no­lo­gi­que­ment et mieux pro­té­gé que son pré­dé­ces­seur. La caisse est re­des­si­née et le blin­dage struc­tu­rel est ren­for­cé par des élé­ments com­po­sites, pour te­nir compte des re­tours d’ex­pé­rience des théâtres af­ghan et ira­kien. Un kit de blin­dage mo­du­laire ad­di­tion­nel peut être ins­tal­lé en fonc­tion de la me­nace, per­met­tant à L’ASCOD 2 de ré­sis­ter sous tous les angles aux mu­ni­tions per­fo­rantes de 25 mm. Le plan­cher de la caisse bé­né­fi­cie d’une nou­velle pro­tec­tion ca­pable de ré­sis­ter à une charge de TNT de plus de 10 kg. Ce ren­for­ce­ment in­duit une aug­men­ta­tion du poids du vé­hi­cule qui passe de 28 à 30 t, voire à 42 t.

Afin d’y faire face, le sys­tème de sus­pen­sion est re­pen­sé. Outre le fait qu’il en­gendre une aug­men­ta­tion de la garde au sol, il ré­duit les vi­bra­tions de la caisse afin de mé­na­ger l’op­tique et l’élec­tro­nique de bord tout en amé­lio­rant le confort de l’équi­page. La mo­to­ri­sa­tion, tou­jours four­nie par MTU, passe de 600 à 805 ch, cou­plée à une boîte de vi­tesses es­pa­gnole SAPA. L’ar­me­ment, dont le ca­libre s’étend dé­sor­mais de 12,7 mm à 40 mm, peut être ins­tal­lé à la de­mande du client dans une tou­relle ha­bi­tée ou sur un af­fût té­lé­opé­ré. Dans les deux cas, le sup­port est do­té d’un nou­veau sys­tème de sta­bi­li­sa­tion. Concer­nant l’op­tique, une nou­velle ca­mé­ra ther­mique est ins­tal­lée, amé­lio­rant gran­de­ment la dé­tec­tion et l’iden­ti­fi­ca­tion des ob­jec­tifs. L’ASCOD 2 est équi­pé d’un GPS, d’un sys­tème de com­mu­ni­ca­tion de der­nière gé­né­ra­tion, de contre-me­sures élec­tro­niques et peut re­ce­voir des sys­tèmes de dé­fense hard

kill (Ra­fael Tro­phy) ou soft kill (Saab LEDS). Le châs­sis de L’ASCOD 2 est bien né et le suc­cès ne va pas se faire at­tendre, avec sa sé­lec­tion en 2008 par la firme al­le­mande KMW pour y ins­tal­ler son sys­tème d’ar­tille­rie au­to­nome Do­nar ar­mé d’un ca­non de 155 mm/ L52. Bien qu’il soit très réus­si, le Do­nar n’a pour l’ins­tant pas trou­vé pre­neur.

Le Pi­zar­ro dans l’ejér­ci­to

En 1998, l’ar­mée es­pa­gnole est la pre­mière à ac­qué­rir le nou­veau vé­hi­cule en si­gnant un contrat d’un mon­tant équi­va­lant à 300 mil­lions d’eu­ros. Ce­lui-ci porte sur l’ac­qui­si­tion d’une tranche ini­tiale dont la li­vrai­son s’éche­lonne jus­qu’en 2003. Elle se com­pose de 123 VCI/C (Ve­hi­cu­lo de Com­bate de In­fan­te­ria/ca­bal­le­ria), de 21 vé­hi­cules de com­man­de­ment VCPC (Ve­hi­cu­lo de Pues­to de man­do) et d’un nombre in­dé­ter­mi­né de vé­hi­cules en ver­sion dé­pan­nage VCREC (Ve­hi­cu­lo Re­cu­pe­ra­dores). Les Pi­zar­ro sont af­fec­tés en prio­ri­té au 2 In­fan­te­ria Rgt « La Rei­na » de la X Bri­gade « Guz­man el Bue­no », uni­té ap­par­te­nant à l’eu­ro­corps.

Le 15 jan­vier 2003, SBS lance le pro­gramme de mo­der­ni­sa­tion du Pi­zar­ro. Il va dé­bou­cher en 2011 sur une se­conde com­mande d’un mon­tant de 520 mil­lions d’eu­ros qui com­prend 212 vé­hi­cules de la nou­velle gé­né­ra­tion Phase 2 : 106 VCI/C, 5 VCPC, 27 VCREC, 27 d’ob­ser­va­tion d’ar­tille­rie (Ve­hi­cu­lo de Ob­ser­va­dor Avan­za­do – VOA) et 47 de gé­nie com­bat (Ve­hi­cu­lo de Com­bate de Za­pa­dores – VCZ). Mais des coupes bud­gé­taires obligent à re­voir la com­mande for­te­ment à la baisse. Ra­me­née dans un pre­mier temps à 190 exem­plaires, elle l’est par la suite à 117 : 81 VCI/C et 36 VCZ. En dé­cembre 2015, la pre­mière uni­té à per­ce­voir le Pi­zar­ro re­va­lo­ri­sé est le 6 In­fan­te­ria Rgt « Sa­boya » et plus pré­ci­sé­ment son ba­taillon mé­ca­ni­sé « Can­ta­bria 6 ». Une pre­mière cam­pagne de tir est ef­fec­tuée en no­vembre 2016, met­tant en lu­mière toutes les amé­lio­ra­tions ap­por­tées à la Phase 2 dans le do­maine de la pré­ci­sion des tirs. À ce jour, les 81 VCI/C com­man­dés ont tous été li­vrés, les 15 der­niers ayant été re­mis de ma­nière of­fi­cielle à l’ejér­ci­to au dé­but du mois de juin 2017, à l’usine SBS de Al­ca­la de Gua­dai­ra.

Pour le gé­nie es­pa­gnol, l’at­tente se­ra plus longue, car la ver­sion est en cours de dé­ve­lop­pe­ment et la mise en pro­duc­tion du VCZ est pré­vue pour jan­vier 2019. L’échéance de la li­vrai­son des 36 exem­plaires est pré­vue pour 2021, por­tant l’ef­fec­tif to­tal de la flotte de Pi­zar­ro à 278 exem­plaires toutes ver­sions confon­dues. En 2013, les ser­vices tech­niques de l’ar­mée es­pa­gnole en­tament des essais d’une ver­sion de vé­hi­cule d’ob­ser­va­tion d’ar­tille­rie ou VCOAV (Ve­hi­cu­lo de Ob­ser­va­cion Avan­za­da). Le vé­hi­cule conserve les ca­rac­té­ris­tiques in­trin­sèques du VCI avec des spé­ci­fi­ci­tés propres aux mis­sions qui lui in­combent. Cette ver­sion se ca­rac­té­rise par l’im­plan­ta­tion d’un cap­teur mon­té sur un mât érec­tile ins­tal­lé sur la par­tie ar­rière de la caisse. Évo­lu­tif, le VCOAV est en me­sure d’ac­cueillir les élé­ments du sys­tème TALOS, sys­tème de com­man­de­ment et de contrôle d’ar­tille­rie uti­li­sé par l’ar­tille­rie es­pa­gnole.

Ac­tuel­le­ment, l’ejér­ci­to compte dans ses rangs huit BOP (Bri­ga­da Or­ga­ni­ca Po­li­va­lente), dont quatre dis­posent cha­cune d’un ré­gi­ment d’in­fan­te­rie mé­ca­ni­sée où est af­fec­té l’es­sen­tiel de la flotte de Pi­zar­ro. Chaque ré­gi­ment dis­pose de deux ba­taillons. Le pre­mier est équi­pé du Pi­zar­ro et le se­cond du vé­hi­cule de trans­port de troupes à roues BMR M1. Sont ain­si do­tés du Pi­zar­ro le Ba­tal­lon de In­fan­te­ria Me­ca­zi­na­da II/62 « Bar­ce­lo­na » du Re­gi­mien­to de In­fan­te­ria « Ara­piles » 62 ap­par­te­nant à la Bri­ga­da « Ara­gon » I (Sa­ra­gosse) ; le II/2 Ba­tal­lon de In­fan­te­ria Me­ca­zi­na­da « Le­pan­to » du Re­gi­mien­to de In­fan­te­ria « La Rei­na » 2 de la Bri­ga­da « Guz­man el Bue­no » X (Cor­doue) ; le Ba­tal­lon de In­fan­te­ria Me­ca­zi­na­da I/6 « Can­ta­bria » du Re­gi­mien­to « Sa­boya » 6 de la Bri­ga­da « Ex­tra­ma­du­ra » XI (Ba­da­joz) ; et le Ba­tal­lon de In­fan­te­ria Me­ca­zi­na­da I/31 «Co­va­don­ga» du Re­gi­mien­to « As­tu­rias » 31 ap­par­te­nant à la Bri­ga­da « Gua­dar­ra­ma » XII (Ma­drid).

Au sein de l’ejér­ci­to, le Pi­zar­ro n’est pas ex­clu­si­ve­ment dé­ployé au sein des uni­tés d’in­fan­te­rie mé­ca­ni­sées. Deux uni­tés de ca­va­le­rie, sta­tion­nées res­pec­ti­ve­ment dans les en­claves nord-afri­caines de Me­lil­la et de Ceu­ta, en sont do­tées. Elles ont la par­ti­cu­la­ri­té de faire cô­toyer les Pi­zar­ro avec les chars Leo­pard 2E. La pre­mière est le I/10 Grou­pe­ment de ca­va­le­rie « Tax­dirt », sta­tion­né dans l’en­clave de Me­lil­la et la se­conde, ba­sée dans celle de Ceu­ta, est le I/3 Grou­pe­ment de ca­va­le­rie « Ca­za­dores de Afri­ca ». Cette

mixi­té est d’ailleurs confir­mée dans le cadre du pro­gramme de re­fonte de la ca­va­le­rie es­pa­gnole qui a dé­bu­té en 2015 et qui doit s’ache­ver l’an pro­chain. Plu­sieurs pistes ont été ex­plo­rées en vue do­ter les GCAC (Gru­po Ca­bal­le­ria Aco­ra­za­do Com­bate) de Leo­pard 2E et de Pi­zar­ro.

La struc­ture re­te­nue pour ces uni­tés se com­pose de deux es­ca­drons, ar­més cha­cun de trois pe­lo­tons à deux Leo­pard 2E et deux Pi­zar­ro. Ain­si, un GCAC com­prend dans ses rangs 13 Leo­pard 2E, 14 VCI/C, 2 VCPC et 1 VCREC af­fec­té à la sec­tion de main­te­nance. Le 15 fé­vrier 2017, les forces es­pa­gnoles ont an­non­cé qu’elles al­laient dé­ployer un sous­grou­pe­ment tac­tique en Let­to­nie sous com­man­de­ment ca­na­dien, afin « de ren­for­cer la pré­sence mi­li­taire ter­restre de L’OTAN sur son flanc est ». La Bri­ga­da «Ex­tra­ma­du­ra» XI est dé­si­gnée pour consti­tuer un sous­grou­pe­ment tac­tique d’un ef­fec­tif de 350 hommes dont le fer de lance est consti­tué par 4 Leo­pard 2E du Re­gi­mien­to « Cas­tilla » 16 et 11 Pi­zar­ro du Re­gi­mien­to «Sa­boya» 6. Cette pro­jec­tion de 3 500 km dans le cadre d’une mis­sion à l’étran­ger est une grande pre­mière pour les Leo­pard 2E et les Pi­zar­ro.

Les Ulan au­tri­chiens

Bien qu’ins­ti­ga­trice du pro­jet, l’au­triche passe com­mande de sa ver­sion propre, dé­nom­mée Ulan, en mai 1999 au­près de la firme Steyr­daim­ler-puch Spe­zial­fahr­zeug AG & Co KG. Le contrat si­gné est d’un mon­tant de 3,2 mil­liards de schil­lings et porte sur la li­vrai­son de 112 vé­hi­cules. À cette époque, la Bun­de­sheer aligne trois ba­taillons mé­ca­ni­sés, dont seules deux com­pa­gnies sont do­tées d’ulan, alors que la troi­sième conserve ses 4K 4FA-G2. Quatre vé­hi­cules de pré­sé­rie sont li­vrés pour ex­pé­ri­men­ta­tion en uni­té en 2001. Le der­nier des 112 exem­plaires com­man­dés est li­vré en 2004. L’ulan est uni­que­ment ache­té en ver­sions VCI et com­man­de­ment. Il s’agit d’un mo­dèle amé­lio­ré par rap­port à la pre­mière tranche de Pi­zar­ro, qui se si­tue entre les deux tranches es­pa­gnoles. Ac­tuel­le­ment, deux ba­taillons de Pan­zer­gre­na­diere, re­grou­pés au sein de la Pan­zer­gre­na­diere Bri­gade 4, sont do­tés d’ulan : le Pz Gren 13 sta­tion­né à Ried im Inn­kreis et le Pz Gren 35 sta­tion­né à Gross­mit­tel.

Ces deux uni­tés pos­sèdent une struc­ture iden­tique et comptent 51 Ulan dans leurs rangs, ré­par­tis en trois com­pa­gnies de com­bat. Cha­cune d’elle com­porte trois sec­tions à quatre Ulan plus deux vé­hi­cules de com­man­de­ment. Ces 14 Ulan sont sou­te­nus tech­ni­que­ment par trois « Greif », ver­sion de dé­pan­nage du 4K 4FA-G2, bien peu ef­fi­caces et sou­vent rem­pla­cés par les deux M-88 af­fec­tés à la com­pa­gnie de main­te­nance ba­taillon­naire. De plus, quatre Ulan de com­man­de­ment sont af­fec­tés à l’état-ma­jor. Ils dis­posent d’un agen­ce­ment in­terne et de ma­té­riels de trans­mis­sion spé­ci­fiques ain­si que de deux tentes pou­vant être mon­tées de jour en 25 mi­nutes. Les cinq Ulan res­tants sont des­ti­nés à l’ins­truc­tion et voient sou­vent leur tou­relle dé­po­sée. Le re­li­quat de dix vé­hi­cules, sur les 112 com­man­dés, est af­fec­té aux écoles du ser­vice du ma­té­riel ain­si qu’à celle des forces mé­ca­ni­sées.

Des­crip­tif tech­nique

Avec le CV90, L’ASCOD est le seul VCI à com­por­ter sept ga­lets de rou­le­ment doubles ban­dés de ca­ou­tchouc. Le bar­bo­tin est à l’avant, et la pou­lie de ten­sion à l’ar­rière. Les che­nilles al­le­mandes Diehl Type 129 C4, de 500 mm de large, sont sou­te­nues par trois rou­leaux por­teurs mas­qués par des jupes blin­dées en forme de vague sur le Pi­zar­ro et rec­ti­lignes sur l’ulan. Sur ce der­nier, comme sur L’ASCOD 2, sont mon­tées les che­nilles bri­tan­niques TR 30 pro­duites par la firme As­truk. L’ulan dis­pose de cram­pons à neige sto­ckés sur les flancs de la caisse qui li­mitent la vi­tesse sur route à 40 km/h une fois ins­tal­lés à la place des se­melles des pa­tins. Le sys­tème de sus­pen­sion est consti­tué de barres de tor­sion avec un amor­tis­seur hy­drau­lique au ni­veau du pre­mier et du sixième ga­let. Une at­ten­tion par­ti­cu­lière a été ap­por­tée à la pro­tec­tion contre les armes an­ti­chars et les mines. La caisse, consti­tuée de plaques mé­ca­no­sou­dées en acier, me­sure 6,98 m de long, 3,15 m de large et 1,77 de haut et pos­sède une garde au sol de 0,45 m.

Le Pi­zar­ro et l’ulan sont équi­pés d’un blin­dage ad­di­tion­nel dif­fé­rent. L’ulan est pro­té­gé par des plaques de blin­dage com­po­site de type MEXAS pro­duites par la firme al­le­mande IBD Dei­sen­roth. Il est don­né pour ré­sis­ter de front à des mu­ni­tions per­fo­rantes de 30 mm à une dis­tance de 1 000 m sous 60° d’in­cli­nai­son, aux mu­ni­tions de 14,5 mm à 500 m sur 360° et aux éclats d’obus d’ar­tille­rie de 155 mm à 10 m. Le Pi­zar­ro bé­né­fi­cie quant à lui d’un blin­dage ré­ac­tif dé­nom­mé SABBLIR (San­ta Bar­ba­ra Blin­daje Reac­ti­vo) mis au point par SBS. Pré­sent uni­que­ment sur la face avant de la caisse et de la tou­relle, ce dis­po­si­tif, peu ré­pan­du sur un VCI, est consti­tué de bri­quettes ex­plo­sives en acier de 250×100 mm, in­ter­chan­geables, dont l’épais­seur et le poids va­rient en fonc­tion de la me­nace (5 et 42 mm, et 2,2 à 7,3 kg).

L’agen­ce­ment est clas­sique pour un vé­hi­cule de cette gamme. Le pi­lote est à l’avant gauche. Il peut ajus­ter la ten­sion des che­nilles à par­tir de son poste de pi­lo­tage. Sur le Pi­zar­ro, il dis­pose de trois épi­scopes fi­chés dans le gla­cis su­pé­rieur avant alors que sur l’ulan, seul un seul épi­scope fixé sur le vo­let est pré­sent. Le groupe mo­to­pro­pul­seur (GMP) est à droite, avec sa grille d’ex­trac­tion d’air chaud sur flanc de la caisse. Sur le Pi­zar­ro, le GMP s’ar­ti­cule au­tour du mo­teur V8 Die­sel MTU 183TE22 8 V-90 de 14 600 cm3 dé­ve­lop­pant 600 ch. Il est cou­plé à une boîte de vi­tesses au­to­ma­tique hy­dro­mé­ca­nique Renk HSWL 106 C à six rap­ports en marche avant comme en marche ar­rière. Le mo­teur MTU de 15 900 cm3 de l’ulan dé­livre 720 ch tout en étant as­so­cié à une boîte de vi­tesses si­mi­laire. Ce GMP lui per­met d’at­teindre 50 km/h en 14 s. Ces GMP au­to­risent aux 29 t du Pi­zar­ro et aux 31 t de l’ulan la vi­tesse de 70 km/h en marche avant et 35 km/h en marche ar­rière. Les ca­pa­ci­tés de fran­chis­se­ment sont de l’ordre de 0,95 cm pour un obs­tacle ver­ti­cal, 2,5 m pour une tran­chée, de 75 % pour une pente et de 40 % pour un dé­vers. Les 860 l de car­bu­rant em­bar­qués offrent une au­to­no­mie de 600 km. Le vé­hi­cule n’est pas am­phi­bie, mais peut fran­chir 1,2 m de gué sans pré­pa­ra­tion (1,5 m avec pré­pa­ra­tion).

La tou­relle sta­bi­li­sée à com­mande élec­trique SP-30 est dé­ca­lée sur la droite. Elle abrite le chef de bord à gauche et le ti­reur à droite. Ce der­nier dis­pose d’une lu­nette de tir is­raé­lienne El­bit d’un gros­sis­se­ment de 8. Elle in­clut un té­lé­mètre la­ser et une vi­sion ther­mique jour/nuit à deux gros­sis­se­ments, de 2,8 et de 8,4. L’ulan est équi­pé d’une conduite de tir ger­ma­noa­mé­ri­caine Kolls­man qui re­prend des com­po­sants de celle uti­li­sée sur le char au­tri­chien SK-105 Kü­ras­sier. Quant à celle du Pi­zar­ro, elle est pro­duite par

la firme es­pa­gnole In­dra. L’ar­me­ment prin­ci­pal est com­mun. Il se com­pose du ca­non à double ali­men­ta­tion Mau­ser MK 30/2 de 30 mm dont la ca­dence de tir est de 770 coups/min. Le ti­reur a la pos­si­bi­li­té de ti­rer par ra­fales de 3, 5 ou 10 coups. Il est ca­pable de trai­ter des ob­jec­tifs ter­restres et aé­riens grâce à son poin­tage en site de + 50°, et ce jus­qu’à une dis­tance de 3000 m. Le ca­non est ali­men­té à 405 coups sur l’ulan (200 dans la tou­relle) et à seule­ment 300 coups sur le Pi­zar­ro. Les mu­ni­tions sont per­fo­rantes, ex­plo­sives et air­burst. L’ar­me­ment se­con­daire se com­pose d’une mi­trailleuse co­axiale de 7,62 mm (FN MAG sur l’ulan et MG 3 sur le Pi­zar­ro), mon­tée à gauche du ca­non, ali­men­tée par 2 900 coups, dont 700 sont im­mé­dia­te­ment dis­po­nibles en tou­relle. Douze pots fu­mi­gènes Weg­mann de 76 mm ap­pro­vi­sion­nés à 36 charges sont mon­tés de part et d’autre de la tou­relle.

Le com­par­ti­ment ar­rière abrite sept fan­tas­sins sur le Pi­zar­ro et huit sur l’ulan. Ils sont as­sis face à face sur des sièges an­ti-blast, dos aux pa­rois ta­pis­sées d’un li­ner de pro­tec­tion in­terne contre les ar­ra­che­ments de mé­tal. Sur le toit, à gauche, est im­plan­té un tou­rel­leau avec épi­scopes et vo­let et, à droite, une trappe à deux bat­tants. Les fan­tas­sins em­barquent par une porte mu­nie d’un épi­scope et d’une tape de tir. Il n’y a pas de rampe. Le cais­son ar­rière gauche pro­tège le ré­ser­voir ad­di­tion­nel de car­bu­rant. Sur son flanc droit est ins­tal­lé le bou­ton pous­soir de la com­mande ex­té­rieure de la porte. Le cais­son droit est des­ti­né au lot de bord du vé­hi­cule. Le pot d’échap­pe­ment y est in­té­gré sur l’ulan alors que sur le Pi­zar­ro, il des­sine une échan­crure. Les deux vé­hi­cules sont do­tés d’une pro­tec­tion NBC col­lec­tive et d’un GPS.

L’ASCOD 2 à l’ex­por­ta­tion

Le contrat ma­jeur dé­cro­ché par L’ASCOD 2 est in­con­tes­ta­ble­ment ce­lui si­gné avec le Royaume-uni dans le cadre de son am­bi­tieux pro­gramme FRES (Fu­tur Ra­pid Ef­fect Sys­tem). Il a pour but de re­nou­ve­ler une flotte d’en­vi­ron 3000 vé­hi­cules che­nillés CVR(T), dont le rem­pla­ce­ment de­vient urgent. In­tro­duite au dé­but des an­nées 1970, cette fa­mille com­prend les cé­lèbres, mais ob­so­lètes, Sci­mi­tar, Spar­tan, etc. En 2014, GDELS et le Mi­nis­try of De­fence bri­tan­nique signent un contrat por­tant sur l’ac­qui­si­tion de 589 châs­sis dé­nom­més Scout SV (Spe­cia­list Ve­hicle) et dé­cli­nés en six ver­sions bap­ti­sées de noms de dieux ou hé­ros grecs : Ajax, Ares, At­las, Athe­na, Apol­lo et Ar­gus. La li­vrai­son des pre­miers exem­plaires dé­bute en 2017 pour s’ache­ver en 2024. Mal­gré ce suc­cès avé­ré, L’ASCOD ne connaît pas le suc­cès es­comp­té sur le mar­ché de l’ex­por­ta­tion.

En ef­fet, bien peu de forces armées se sont mon­trées in­té­res­sées, car il est sou­vent de­van­cé dans la conquête de con­trats par le best-sel­ler qu’est le CV90. Néan­moins, la Thaïlande a pas­sé com­mande en oc­tobre 1999 de 17 châs­sis pour ses troupes de ma­rine, dont un en ver­sion com­man­de­ment et un de dé­pan­nage. Les quinze autres sont équi­pés d’une tou­relle d’ori­gine amé­ri­caine LPT 105 (Low Pro­file Tur­ret) ar­mée d’un ca­non de 105 mm d’ori­gine ita­lienne (Oto-me­la­ra). Il semble que ces vé­hi­cules soient aujourd’hui re­ti­rés des uni­tés de pre­mière ligne. Le 1er juin der­nier, GDELS a an­non­cé qu’un ac­cord avait été si­gné avec la Ré­pu­blique tchèque concer­nant le rem­pla­ce­ment fu­tur des 200 BVP-2 et des BMP-2 construits sous li­cence, hors d’âge, dont le re­trait pro­gres­sif doit s’ef­fec­tuer entre 2018 et 2020. Le vé­hi­cule pro­po­sé par GDELS est équi­pé d’une tou­relle El­bit Sam­son Mk II té­lé­opé­rée ar­mée du ca­non ATK Mk 44 Bush­mas­ter II ali­men­té à 200 coups et de deux lan­ceurs Spike LR ré­trac­tables.

Un Pi­zar­ro, à la tou­relle ca­rac­té­ris­tique. (© Ejér­ci­to)

Un Ulan au­tri­chien re­cou­vert de fi­lets de ca­mou­flage du­rant l’exer­cice « Dy­na­mic Re­ponse 2015 ». (© Bun­de­sheer)

Vue aé­rienne du contin­gent es­pa­gnol, qui in­clut 6 Leo­pard 2 et 14 Pi­zar­ro, avant qu’il ne s’em­barque pour la Let­to­nie. (© Ejér­ci­to)

Le po­si­tion­ne­ment asy­mé­trique de la tou­relle est bien vi­sible ici. (© Bun­de­sheer)

Les en­gins de la fa­mille ASCOD gardent un en­com­bre­ment re­la­ti­ve­ment ré­duit. (© Bun­de­sheer)

Le Scout SV (ici sa va­riante Ajax) est le pre­mier suc­cès à l’ex­port de L’ASCOD 2. (© GDELS)

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