Édi­to­rial

DSI - - EDITORIAL -

Mal­gré les va­cances d’été, l’ac­tua­li­té stra­té­gique n’en conti­nue pas moins, tant dans la pra­tique que concep­tuel­le­ment. Le thème de l’in­no­va­tion ir­rigue ain­si les dé­bats ac­tuels – au risque d’être mal com­pris – en cher­chant des ef­fets de le­vier sur l’in­dus­trie comme sur les forces. Outre que nous re­vien­drons sur ce su­jet dans le cadre de notre pro­chain nu­mé­ro hors-sé­rie, en par­te­na­riat avec l’uni­ver­si­té d’été de la Dé­fense, le ré­cent sa­lon Eu­ro­sa­to­ry a été l’oc­ca­sion de pré­sen­ter et de dis­tri­buer mas­si­ve­ment aux vi­si­teurs Def­tech, une pu­bli­ca­tion réa­li­sée en par­te­na­riat avec DSI. Édi­tée à l’oc­ca­sion d’évé­ne­ments spé­ciaux, elle per­met no­tam­ment de don­ner la pa­role aux in­dus­triels à l’avant-garde de la ques­tion de l’in­no­va­tion. Vous pou­vez y ac­cé­der gra­tui­te­ment en ligne via notre site web, www.de­fense24.news ou notre compte Twit­ter.

Au-de­là, il faut bien consta­ter que, sans fi­nan­ce­ment, l’in­no­va­tion est vir­tuel­le­ment condam­née. Aus­si, l’an­nonce par la Com­mis­sion eu­ro­péenne d’une pro­po­si­tion de fi­nan­ce­ment di­rect est-elle une ex­cel­lente nou­velle, si du moins elle se concré­tise. D’ici à 2027, la Com­mis­sion pour­rait ain­si in­jec­ter en­vi­ron dix mil­liards d’eu­ros dans le dé­ve­lop­pe­ment de nou­velles ca­pa­ci­tés mi­li­taires, en es­pé­rant que les États em­brayent en­suite – seuls Malte, le Da­ne­mark et le Royaume-uni re­fu­sant d’adhé­rer au con­cept. Non sans sa­gesse, il s’agit aus­si de re­ca­drer les in­ves­tis­se­ments : certes, il se­ra ques­tion de re­cherche et dé­ve­lop­pe­ment et de re­cherche et tech­no­lo­gie. Mais l’es­sen­tiel des in­ves­tis­se­ments de­vrait concer­ner l’ac­qui­si­tion de ca­pa­ci­tés. De fac­to, une in­no­va­tion n’en­trant pas en ser­vice ne pro­duit pas les ef­fets stra­té­giques que le contri­buable est en droit d’at­tendre.

Reste aus­si qu’il y a des rai­sons d’être pru­dents. Les États, dont peu at­teignent dé­jà le fa­meux seuil des 2 % du PIB af­fec­tés aux dé­penses de dé­fense, joue­ront-ils le jeu en sa­chant que le vieillis­se­ment de leurs po­pu­la­tions leur fait fa­vo­ri­ser le wel­fare plu­tôt que le war­fare ? La Com­mis­sion pas­se­ra-t-elle ef­fec­ti­ve­ment le cap de la dé­ci­sion ? Cette hy­po­thé­tique in­jec­tion d’ar­gent frais ne risque-t-elle pas de ren­for­cer les biais ac­tuels, qu’il s’agisse du manque de co­opé­ra­tion ou de l’ac­qui­si­tion de pe­tites sé­ries coû­teuses, certes per­for­mantes, mais des­ti­nées à sou­te­nir les in­dus­tries na­tio­nales plu­tôt que les forces mi­li­taires ? On le pressent, au-de­là de l’op­ti­misme, tout est en­core loin d’être ré­glé dès lors que, en stra­té­gie des moyens comme en stra­té­gie opé­ra­tion­nelle, rien ne peut rem­pla­cer la vo­lon­té po­li­tique…

Jo­seph Hen­ro­tin

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