En carte. Is­raël dans le conflit sy­rien. Vers une guerre avec l’iran ?

Entre fé­vrier et mai 2018, Is­raël a mul­ti­plié les in­ter­ven­tions mi­li­taires en Sy­rie, no­tam­ment de­puis le Go­lan, qu’il oc­cupe de­puis 1967. Pour­quoi l’état hé­breu bom­barde-t-il un ter­ri­toire en guerre ci­vile ? Une es­ca­lade avec l’iran est-elle en­vi­sa­geable

DSI - - SOMMAIRE - Par Clé­ment THERME Cher­cheur pour le pro­gramme « Moyen-orient et Golfe » à l’in­ter­na­tio­nal Ins­ti­tute for Stra­te­gic Stu­dies (IISS), spé­cia­liste de l’iran

C’est sur­tout le res­pect par la Rus­sie des lignes rouges fixées par Te­la­viv qui a ou­vert la voie à des frappes is­raé­liennes contre les forces ar­mées sou­te­nues et en­ca­drées par l’iran dans le sud de la Sy­rie. La dé­mons­tra­tion mi­li­taire is­raé­lienne a aus­si dé­mon­tré sa connais­sance fine du ter­rain sy­rien. Ce­pen­dant, au-de­là de l’iden­ti­fi­ca­tion des cibles, il était in­dis­pen­sable pour Is­raël de re­cueillir l’ac­cord de Mos­cou pour ses frappes.

Au cours des neuf ren­contres entre Vla­di­mir Pou­tine et le Pre­mier mi­nistre is­raé­lien, Be­nya­min Ne­ta­nya­hou, entre dé­but 2017 et le prin­temps 2018, les dis­cus­sions ont per­mis à la co­opé­ra­tion mi­li­taire is­raé­lo-russe sur la Sy­rie de fran­chir un nou­veau pa­lier. Dé­sor­mais, l’avia­tion is­raé­lienne a une li­ber­té d’ac­tion plus grande dans le ciel sy­rien, et Tel-aviv a ob­te­nu de Mos­cou qu’il fasse pres­sion sur l’iran et ses al­liés pour que la zone fron­ta­lière is­raé­lo-sy­rienne soit libre de toute pré­sence mi­li­taire pro-ira­nienne.

Du point de vue is­raé­lien, l’évo­lu­tion des rap­ports de force en Sy­rie est un suc­cès à la fois di­plo­ma­tique

(né­go­cia­tion avec la Rus­sie) et mi­li­taire (éli­mi­na­tion de cibles pro-ira­niennes). Néan­moins, Tel-aviv est conscient de la né­ces­si­té pour Mos­cou de main­te­nir une co­opé­ra­tion mi­li­taire avec la Ré­pu­blique is­la­mique sur le ter­rain sy­rien, en par­ti­cu­lier dans sa lutte contre le dji­ha­disme sun­nite. À long terme, la Rus­sie pré­fère évi­ter une es­ca­lade mi­li­taire entre l’iran et Is­raël pour pré­ser­ver sa po­si­tion d’ar­bitre et de mé­dia­teur dans la guerre ci­vile sy­rienne. Pour des rai­sons dif­fé­rentes, Té­hé­ran et Tel-aviv ont tous deux in­té­rêt à pri­vi­lé­gier un par­te­na­riat avec la Rus­sie, qui est de­ve­nue la vé­ri­table puis­sance pi­vot du Moyen-orient.

La stra­té­gie di­plo­ma­tique russe a bé­né­fi­cié de la peur de l’iran et de ses al­liés (no­tam­ment le Hez­bol­lah) de ré­pondre à l’es­ca­lade mi­li­taire is­raé­lienne. En rai­son de leur en­ga­ge­ment dans un af­fron­te­ment avec les groupes re­belles sun­nites en Sy­rie, l’iran et le Hez­bol­lah ne peuvent se per­mettre un conflit ou­vert avec Is­raël. Par ailleurs, ce der­nier af­fiche certes un ob­jec­tif de zé­ro pré­sence mi­li­taire ira­nienne en Sy­rie, mais, en pra­tique, Tel-aviv pour­rait se sa­tis­faire d’un trans­fert des forces

pro-ira­niennes vers le nord du ter­ri­toire sy­rien. Si une guerre ou­verte is­raé­lo-ira­nienne ne semble pas pro­bable en Sy­rie, l’on constate qu’en l’ab­sence de so­lu­tion po­li­tique, l’in­sta­bi­li­té sy­rienne risque de main­te­nir les pré­oc­cu­pa­tions sé­cu­ri­taires is­raé­liennes à un ni­veau éle­vé, ne se­rait-ce que pour évi­ter la conta­gion vers le ter­ri­toire de l’état hé­breu et pré­ser­ver le sta­tu quo de l’oc­cu­pa­tion du Go­lan. Le sen­ti­ment de vic­toire mi­li­taire d’is­raël en Sy­rie s’ins­crit in fine dans le contexte du dé­pla­ce­ment, en mai 2018, de l’am­bas­sade des États-unis à Jé­ru­sa­lem et du soutien in­con­di­tion­nel ap­por­té par l’ad­mi­nis­tra­tion.do­nald Trump à Is­raël. Ce­la de­vrait certes contri­buer à ren­for­cer la su­pé­rio­ri­té mi­li­taire is­raé­lienne au Moyen-orient, mais sans un rè­gle­ment po­li­tique des conflits, ces vic­toires ar­mées pour­raient n’être que de courte du­rée.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.