Ro­bots ter­restres : ex­pé­ri­men­ter au­jourd’hui pour les em­ployer ef­fi­ca­ce­ment de­main

DSI - - SOMMAIRE - Par Rémy Hé­mez, of­fi­cier de l’ar­mée de Terre

« La loi du pro­grès de la per­for­mance des ar­me­ments […] a tou­jours été de cher­cher à per­mettre à moins d’hommes de com­battre aus­si bien de plus loin, ou mieux, de plus près. À la li­mite : à au­cun homme de com­battre par­fai­te­ment de loin. » L’em­ploi des ro­bots s’ins­crit par­fai­te­ment dans cette tra­jec­toire,

(1) (2) l’es­poir étant, dès le dé­part, de ga­gner en ef­fi­ca­ci­té mi­li­taire et de dé­lé­guer les tâches longues ou ré­pé­ti­tives, « sales » (in­cluant les en­vi­ron­ne­ments conta­mi­nés) et dan­ge­reuses (comme la ges­tion des ex­plo­sifs).

L’his­toire des en­gins té­lé­opé­rés s’ouvre à la fin du XIXE siècle. Dès 1929, au Ja­pon, un char ra­dio­com­man­dé, le Na­gaya­ma, est pré­sen­té au pu­blic. En France, avant la Deuxième Guerre mon­diale, le vé­hi-

cule Pom­mel­let (VP 38) ra­dio­gui­dé est conçu dans le but de dé­truire les dents de dra­gons et les té­tra­èdres de la ligne Sieg­fried. Cette li­gnée s’est pro­lon­gée en­suite, fa­vo­ri­sée par les dé­ve­lop­pe­ments tech­no­lo­giques. Les fonc­tions prin­ci­pales qu’ont rem­plies, et que rem­plissent en­core, les ro­bots ter­restres sont la re­con­nais­sance (on pense au MINIROGEN), le bré­chage (comme

les AMX-30B2DT, au­jourd’hui sous co­con) et, sur­tout, la ges­tion d’ex­plo­sifs avec les « ro­bots EOD » qui naissent en 1972 avec le Wheel­bar­row bri­tan­nique et dont l’usage est consa­cré par les guerres d’afghanistan (2001) puis d’irak (2003).

Au­jourd’hui, tout semble s’ac­cé­lé­rer. Les ro­bots ter­restres, comme les drones, sont de plus en plus pré­sents

dans les ar­mées, ce qui fait dire au res­pon­sable de la force pro­tec­tion de l’ar­my : « D’ici à cinq ans, je n’ai au­cun doute sur le fait qu’il y au­ra un ro­bot dans chaque uni­té. » Leur em­ploi opé­ra­tion­nel

(3) consti­tue­ra sans doute de­main une évo­lu­tion ma­jeure pour ren­for­cer la pro­tec­tion du com­bat­tant, dé­ga­ger le sol­dat de tâches qui peuvent être réa­li­sées uti­le­ment par des sys­tèmes au­to­ma­ti­sés (pour dé­ga­ger des ef­fec­tifs, réa­li­ser une tâche dan­ge­reuse, etc.) et s’adap­ter aux évo­lu­tions du contexte d’en­ga­ge­ment fu­tur (rythme éle­vé, créa­tion d’ef­fets de masse, etc.) Pour au­tant, tout reste à faire pour in­té­grer plei­ne­ment ces sys­tèmes d’armes pro­met­teurs, mais en­core en phase ex­pé­ri­men­tale. La doc­trine est hé­si­tante et l’ins­ti­tu­tion mi­li­taire ne sait pas en­core vrai­ment com­ment les uti­li­ser (en de­hors des « ro­bots EOD ») pour en ti­rer le meilleur. D’où l’in­té­rêt d’y ré­flé­chir dès à pré­sent.

Quelles ca­pa­ci­tés fu­tures pour les ro­bots ter­restres?

Pour ne pas spé­cu­ler dans le vide, il convient, au­pa­ra­vant, de faire un point ra­pide sur les ca­pa­ci­tés fu­tures des ro­bots ter­restres. Plu­sieurs so­cié­tés fran­çaises (Shark Ro­bo­tics, Tec­dron, etc.) sont d’ores et dé­jà ca­pables de pro­po­ser des struc­tures mé­ca­niques ter­restres mo­du­lables dis­po­sant de belles ca­pa­ci­tés tech­niques : 4 à 5 h d’au­to­no­mie, dé­pla­ce­ment jus­qu’à 40 km/h, port ou trac­tion de charges al­lant jus­qu’à 600 kg, ca­pa­ci­té d’in­ter­ven­tion dans des mi­lieux ex­trêmes (froid, cha­leur, NBC), ré­sis­tance à une chute de 3 m, etc. Mais nous n’en sommes qu’au dé­but du cycle de la ré­vo­lu­tion « ro­bo­nu­mé­rique » et la plu­part des ro­bots en ser­vice au­jourd’hui se­ront ob­so­lètes d’ici à 2025. Ce sont en fait les cinq « fac­teurs de cré­di­bi­li­té opé­ra­tion­nelle» d’un ro­bot qui pro­gressent à grands pas : ro­bus­tesse et fia­bi­li­té, po­ly­va­lence, coût de pos­ses­sion faible, sim­pli­ci­té d’uti­li­sa­tion et as­sis­tance se­mi-au­to­nome (4). En par­ti­cu­lier, le dé­ve­lop­pe­ment de l’in­tel­li­gence Ar­ti­fi­cielle (IA), al­lié à ce­lui de nouveaux cap­teurs per­met­tant de mo­dé­li­ser en temps réel l’en­vi­ron­ne­ment se­lon plu­sieurs modes (3D, IR, té­lé­mé­trie, etc.), laisse en­tre­voir une ex­pan­sion de l’au­to­no­mie, y com­pris dans des si­tua­tions com­plexes et en mi­lieu strié alors que, pour le mo­ment, la té­lé­opé­ra­tion reste la norme. À court terme, une ca­pa­ci­té de ré­ponse d’un ni­veau d’au­to­no­mie proche de ce­lui d’un ani­mal en­traî­né est pos­sible grâce à l’in­cor­po­ra­tion d’un sys­tème ex­pert. Vers 2030, un ni­veau d’au­to­no­mie 5 est en­vi­sa­gé, c’est-à-dire que le ro­bot se dé­pla­ce­rait réel­le­ment seul, dans toutes les condi­tions, et se­rait ca­pable de ré­agir face à cer­tains in­ci­dents comme le fe­rait un hu­main.

Des ro­bots ter­restres pour quoi faire ?

On dis­tingue gé­né­ra­le­ment trois des­ti­na­tions opé­ra­tion­nelles prin­ci­pales pour les ro­bots ter­restres : les « cap­teurs », les « ser­vi­teurs » (mules, soutien mé­di­cal, re­lais de com­mu­ni­ca­tions, etc.) et les « com­bat­tants » (tir, bré­chage, dé­fense an­ti­aé­rienne, etc.). Ces ca­té­go­ries res­te­ront per­ti­nentes à l’ave­nir, mais leur ré­par­ti­tion de­vrait évo­luer. Pour le gé­né­ral Ya­kov­leff, il est pro­bable qu’à l’ho­ri­zon 2025, 70 à 80 % des ro­bots pré­sents sur le champ de ba­taille se­ront des cap­teurs, 10 à 30 % des ser­vi­teurs et 5 à 10 % des ro­bots com­bat.

Les ap­pli­ca­tions opé­ra­tion­nelles conce­vables de la ro­bo­tique ter­restre sont très nom­breuses et il n’est pas pos­sible de les évo­quer toutes ici. Nous nous conten­te­rons donc d’en abor­der quelques-unes pour le com­bat dé­bar­qué, l’ap­pui di­rect du gé­nie, la lo­gis­tique et la sur­veillance. En ce qui concerne le com­bat dé­bar­qué, la do­ta­tion en ro­bots jus­qu’aux plus bas éche­lons of­fri­ra un re­gain d’au­to­no­mie aux uni­tés tac­tiques qui dis­po­se­ront, en par­ti­cu­lier, de leurs propres moyens de re­con­nais­sance. Il est aus­si pos­sible d’ima­gi­ner des sys­tèmes ac­cueillant des charges utiles telles que des haut-par­leurs, des fu­mi­gènes, des brouilleurs, etc. Des « mules », comme le Hun­ter Wolf amé­ri­cain, ca­pable de trans­por­ter 450 kg avec une au­to­no­mie de 160 km et sé­lec­tion­né en jan­vier 2018 pour la deuxième phase du pro­gramme SMET (5), pour­ront être em­ployées en ac­com­pa­gne­ment des com­bat­tants dé­bar­qués, al­lé­geant ain­si leur charge pour ga­gner en agi­li­té et en sur­vi­va­bi­li­té. C’est un dé­fi ma­jeur pour l’in­fan­te­rie du fu­tur : les fan­tas­sins amé­ri­cains en Irak et en Afghanistan trans­por­taient une charge équi­va­lant en moyenne à 57 % de leur

propre poids, pour un ni­veau re­com­man­dé de 30 % (6).

En ce qui concerne l’ap­pui di­rect du gé­nie, les mis­sions d’ap­pui à la mo­bi­li­té – ou­ver­ture d’axes de pro­gres­sion et fran­chis­se­ments de zones mi­nées – ont bé­né­fi­cié de la té­lé­opé­ra­tion dans le pas­sé et cette ten­dance de­vrait se pour­suivre. Les Russes dis­posent d’ores et dé­jà de l’uran-6, un ro­bot de 6 t et 4,45 m de long qu’ils uti­lisent ac­tuel­le­ment en Sy­rie. À plus long terme, d’autres em­plois peuvent être en­vi­sa­gés pour les ro­bots, par exemple en ce qui concerne l’or­ga­ni­sa­tion du ter­rain. La construc­tion de po­si­tions avan­cées (COP, FOB) – une opé­ra­tion qui rend les troupes très vul­né­rables aux at­taques – pour­rait ain­si se faire avec des en­gins de chan­tier dis­po­sant d’un fort de­gré d’au­to­no­mie alors que les sa­peurs res­te­raient sous blin­dage et à dis­tance.

Il est per­mis d’en­vi­sa­ger une lo­gis­tique au­to­nome du der­nier ki­lo­mètre pour pous­ser les flux dans des en­droits in­ac­ces­sibles aux en­gins ou trop dan­ge­reux, ou pour as­su­rer une par­tie de l’éva­cua­tion des bles­sés. Tout ou par­tie des vé­hi­cules d’un convoi lo­gis­tique pour­rait être rem­pla­cé par des vé­hi­cules au moins par­tiel­le­ment au­to­nomes, ce qui per­met­trait, no­tam­ment, de ga­gner des ef­fec­tifs. Cer­tains es­timent, par exemple, que la taille d’une Bri­gade Com­bat Team (BCT) amé­ri­caine pas­se­rait de 4000 à 3000 hommes si les convois étaient réa­li­sés par des vé­hi­cules se­mi-au­to­nomes (7).

En ce qui concerne les mis­sions de sur­veillance, les ro­bots sont aptes à rem­plir cette tâche avec moins de sol­dats, ce qui n’em­pê­che­ra pas un be­soin en uni­tés d’in­ter­ven­tion, puisque sur­veiller sans moyens d’ac­tion ne sert à rien. Des ro­bots ter­restres is­raé­liens pa­trouillent sur la fron­tière de la bande Ga­za, comme le Guar­dium, opé­ra­tion­nel de­puis 2009, rem­pla­cé par le Bor­der Pro­tec­tor (des pick-up Ford F-350 sans conduc­teurs) de­puis 2016. L’exemple du ro­bot sud-co­réen SGR-A1 dé­ployé sur la DMZ est, lui aus­si, bien connu.

À plus long terme, un em­ploi col­lec­tif et co­or­don­né ?

Les pro­grès liés à l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle et au deep lear­ning per­met­tront, de­main, d’al­ler plus loin que le rem­pla­ce­ment « un pour un », la so­lu­tion de « moindre rup­ture » qui do­mine dans les em­plois évo­qués ci-des­sus. Pour que les ro­bots ré­vo­lu­tionnent réel­le­ment le com­bat ter­restre, il fau­drait qu’ils soient em­ployés en nombre et de fa­çon co­or­don­née, ce qui n’a pas en­core été le cas. L’exemple, sou­vent ci­té, des dix ro­bots ar­més russes (six Plat­form M et quatre Ar­go) qui au­raient consti­tué la pointe d’un as­saut contre des po­si­tions au nord d’at­te­ra, en Sy­rie, semble bien être une fausse nou­velle (8). Pour­tant, à l’ho­ri­zon 2030-2040, de vé­ri­tables for­ma­tions de ro­bots pour­raient voir le jour (9). Elles sont sus­cep­tibles de « consti­tuer la pointe com­bat­tante des ar­mées fu­tures, comme les chars en­di­vi­sion­nés se mirent à pré­cé­der l’in­fan­te­rie en 1939 ». La tac­tique de­vra alors

(10) pro­ba­ble­ment être en par­tie re­pen­sée.

S’il était pos­sible, dans ces uni­tés ro­bo­tiques, de rem­pla­cer un sys­tème par beau­coup d’autres, alors l’évo­lu­tion des modes d’ac­tion se­rait im­por­tante, no­tam­ment parce qu’on as­sis­te­rait, en quelque sorte, à un re­tour de la masse (11). Le pro­ces­sus d’ac­qui­si­tion de­vrait chan­ger de pa­ra­digme, pas­sant d’une fo­ca­li­sa­tion sur la qua­li­té (om­ni­pré­sente de­puis les an­nées 1970) à un ac­cent mis sur la quan­ti­té. Pour y par­ve­nir, il fau­drait ce­pen­dant que le prix des sys­tèmes soit beau­coup moins éle­vé.

Le modèle ul­time de la co­opé­ra­tion entre ro­bots est ce­lui de l’es­saim, où des en­gins évo­luent en au­to­no­mie – ou en se­mi-au­to­no­mie. Ses avan­tages tac­tiques ma­jeurs sont que la puis­sance de com­bat peut être dis­per­sée, que la sur­vie de l’es­saim ne dé­pend pas d’un seul en­gin, que l’ef­fi­ca­ci­té de l’es­saim se dé­grade gra­duel­le­ment et pas bru­ta­le­ment et, en­fin, que l’ef­fet de masse créé est en me­sure de sa­tu­rer tous les sys­tèmes de dé­fense connus. Un es­saim per­met­trait aus­si de dif­fé­ren­cier un coeur, consti­tué des en­gins les plus so­phis­ti­qués (et ha­bi­tés), af­fec­té à l’ac­tion dé­ci­sive, d’une couche ex­té­rieure for­mée d’un es­saim de vé­hi­cules « ac­com­pa­gna­teurs » qui le pro­té­ge­rait. Pour cette en­ve­loppe ex­terne, on ac­cep­te­rait des pertes, car elle se­rait consti­tuée d’en­gins nom­breux au coût re­la­ti­ve­ment abor­dable. Avec cette confi­gu­ra­tion, le dé­li­cat mo­ment de la prise de contact pour­rait être le fait des ro­bots : la dé­li­mi­ta­tion du

(12) dis­po­si­tif en­ne­mi en se­rait fa­ci­li­tée et la ma­noeuvre consi­dé­ra­ble­ment ac­cé­lé­rée.

Ce dis­po­si­tif nous ren­voie éga­le­ment au «man­ned-un­man­ned tea­ming »,

aus­si ap­pe­lé « cen­taure ». Le sys­tème ro­bo­tique n’est alors pas un simple ou­til, mais un vé­ri­table équi­pier pour le com­bat­tant ou l’en­gin avec le­quel il est lié, com­plé­tant leurs points faibles dans les sec­teurs de l’agres­sion, de la com­pré­hen­sion de la si­tua­tion et de la pro­tec­tion. Cette pos­si­bi­li­té est l’un des plus grands es­poirs à moyen terme pour l’em­ploi opé­ra­tion­nel des ro­bots. On sait, par exemple, que la pré­ci­sion des tirs dé­pend beau­coup de la prise de risque que le com­bat­tant in­di­vi­duel consent. Un ai­lier ro­bo­tique pour­rait gran­de­ment amé­lio­rer les per­for­mances dans ce do­maine.

La né­ces­si­té d’ex­pé­ri­men­ter

Les quelques pistes évo­quées ici offrent des in­di­ca­tions quant à l’in­fluence qu’exer­ce­ra l’in­tro­duc­tion mas­sive de la ro­bo­tique sur l’em­ploi des forces ter­restres. Il y a ce­pen­dant en­core tout un tra­vail d’ex­pé­ri­men­ta­tion à faire pour réel­le­ment l’ap­pré­hen­der.

La doc­trine de­vra être adap­tée à ces nouveaux moyens. On le sait, une er­reur fré­quente consiste à uti­li­ser les in­no­va­tions pour ren­for­cer le modèle exis­tant. Ce phé­no­mène est ap­pe­lé « bour­rage or­ga­ni­sa­tion­nel ». Or il faut au contraire ré­flé­chir à par­tir de l’in­no­va­tion elle-même et se de­man­der ce qu’elle pour­rait per­mettre de construire (13). Mais, au-de­là de cet in­dis­pen­sable exer­cice in­tel­lec­tuel, l’in­té­gra­tion des nou­velles tech­no­lo­gies dans la doc­trine afin d’op­ti­mi­ser leur ef­fi­ca­ci­té mi­li­taire dé­pend de l’exis­tence d’un sys­tème ca­pable d’ana­ly­ser les nouveaux équi­pe­ments et leurs re­la­tions avec les concepts ac­tuels (14). Il est dif­fi­cile de mettre en oeuvre une mé­thode scien­ti­fique pour ce­la, le com­bat ne pou­vant évi­dem­ment pas être mis en équation. Ce­pen­dant, et pour re­prendre le mot de Ful­ler, les mi­li­taires ne peuvent pas rester des « al­chi­mistes ». L’ex­pé­ri­men­ta­tion a une im­por­tance pri­mor­diale : « Les ins­ti­tu­tions mi­li­taires qui ont in­no­vé avec suc­cès entre 1919 et 1940, ont, sans ex­cep­tion, exa­mi­né les ré­cents évé­ne­ments mi­li­taires d’une fa­çon réa­liste, at­ten­tion­née et ap­pro­fon­die. L’ana­lyse du pas­sé était la base du suc­cès de l’in­no­va­tion. La tech­nique clé de l’in­no­va­tion consis­tait en des ex­pé­riences illi­mi­tées et des exer­cices qui tes­taient les sys­tèmes jus­qu’à la panne plu­tôt que de vi­ser la va­li­da­tion d’es­poirs ou de théo­ries. »

(15)

Plu­sieurs ini­tia­tives ré­centes sont en­cou­ra­geantes. Fin 2017, un grou­pe­ment consti­tué par Sa­fran et Ef­fi­dence s’est vu no­ti­fier un contrat par la Di­rec­tion Gé­né­rale de l’ar­me­ment (DGA) dans le cadre du pro­gramme FURIOUS (Fu­turs sys­tèmes Ro­bo­tiques In­no­vants en tant qu’ou­tils au pro­fit du com­bat­tant em­bar­qué et dé­bar­qué) pour pré­pa­rer la fu­ture ca­pa­ci­té de ro­bots des uni­tés de com­bat de l’ar­mée de Terre. L’ob­jec­tif est, dès 2019, de tes­ter trois ro­bots dif­fé­rents au sein d’une sec­tion d’in­fan­te­rie. Il faut aus­si es­pé­rer que les ini­tia­tives du mi­nis­tère des Ar­mées dans le do­maine de l’in­no­va­tion ain­si que la mon­tée en puis­sance de la Force d’ex­per­tise du Com­bat SCOR­PION (FECS) per­met­tront de dis­po­ser des moyens et de la li­ber­té né­ces­saire pour les me­ner à bien.

Au-de­là de ces ac­tions cen­tra­li­sées, une dé­marche mise en place très ré­cem­ment par l’ar­mée de Terre néer­lan­daise pour­rait nous ins­pi­rer. Elle a en ef­fet créé, fin 2017, une uni­té de ro­bots au­to­nomes (RAS Unit). Le but est, à terme, qu’elle soit au­to­nome (ou té­lé­opé­rée) et qu’elle ait une puis­sance de feu équi­va­lente à celle d’un ba­taillon d’in­fan­te­rie. Pour y par­ve­nir, il faut no­tam­ment en­traî­ner L’IA à de­ve­nir un « bon sol­dat » et à être en par­ti­cu­lier ca­pable de se dé­pla­cer, d’ob­ser­ver, de com­mu­ni­quer et de ti­rer. La plus grande dif­fi­cul­té est, as­su­ré­ment, de re­pro­duire «l’in­tel­li­gence tac­tique». Les points clés de cette dé­marche sont que cette en­ti­té est consi­dé­rée comme une uni­té à part en­tière – elle a donc un com­man­dant d’uni­té et elle est in­té­grée dans une bri­gade – et qu’il s’agit bien d’une « ex­plo­ra­tion » (pas de but pré­cis) plu­tôt que d’une « ex­pé­di­tion ». Les tech­no­lo­gies sont d’abord ac­quises sur éta­gère et en pe­tite quan­ti­té, mais de fa­çon à of­frir ra­pi­de­ment à la bri­gade de pre­mières ca­pa­ci­tés. Le bud­get est modeste : 100 000 eu­ros par an pour les ex­pé­ri­men­ta­tions et la pos­si­bi­li­té d’ache­ter trois ou quatre sys­tèmes à en­vi­ron 500 000 eu­ros l’uni­té.

Conclu­sion

La ro­bo­tique va cer­tai­ne­ment s’ins­tal­ler dans les ar­mées à l’ho­ri­zon 2035-2050, mais, pour que ce­la per­mette réel­le­ment d’ac­croître

l’ef­fi­ca­ci­té mi­li­taire, plu­sieurs dé­fis se­ront à re­le­ver. D’abord, « cette nou­velle ca­pa­ci­té ne doit pas être per­çue comme l’al­pha et l’omé­ga du com­bat de de­main, mais bien comme un ou­til com­plé­men­taire à la dis­po­si­tion du chef in­ter­armes, dont l’em­ploi ne se­ra ren­table qu’à cer­taines condi­tions : une res­source hu­maine dé­diée maî­tri­sée, une in­té­gra­tion or­ga­nique et fonc­tion­nelle qui ac­cé­lère la ma­noeuvre, et le main­tien de sa­voir-faire tra­di­tion­nels pour pou­voir agir de ma­nière conven­tion­nelle si né­ces­saire ». En­suite, il

(16) fau­dra s’at­ta­cher à étu­dier la ques­tion de la confiance que l’homme ac­cor­de­ra au ro­bot. L’er­go­no­mie et la ca­pa­ci­té de ré­ac­tion du sys­tème joue­ront ici un rôle ma­jeur. Il faut par exemple que le com­bat­tant soit libre dans ses dé­ci­sions et de ses ac­tions. Le ro­bot ne doit pas être un frein. S’il a une mis­sion de cou­ver­ture, il fau­dra que l’uni­té qui ma­noeuvre lui oc­troie toute sa confiance. En­suite, em­ployer des ro­bots si­gni­fie pou­voir bé­né­fi­cier d’un en­vi­ron­ne­ment élec­tro­ma­gné­tique et cy­ber fa­vo­rable, ou l’avoir « conquis » en préa­lable aux opé­ra­tions. En­fin, il convient de sou­li­gner une li­mite im­por­tante à l’uti­li­sa­tion de ro­bots : elle est dif­fi­ci­le­ment en­vi­sa­geable pour des mis­sions de contre-in­sur­rec­tion ou de sta­bi­li­sa­tion. Le contact hu­main et la né­ces­si­té de de­voir faire la dis­tinc­tion entre com­bat­tants et non-com­bat­tants y sont trop im­por­tants. Ce qui tend d’ailleurs à tem­pé­rer très lar­ge­ment l’idée que la ro­bo­tique au­to­ri­se­ra la ré­duc­tion des ef­fec­tifs : elle per­met­tra pro­ba­ble­ment plu­tôt de re­cen­trer le sol­dat sur des tâches es­sen­tielles.

L’un des pro­duits du PST FURIOUS (Pro­gramme de Science et Tech­no­lo­gie Fu­turs sys­tèmes Ro­bo­tiques In­no­vants en tant qu’ou­tils). Le vé­hi­cule est conçu par Sa­fran et peut trans­por­ter 600 kg à 60 km/h sur 180 km. Il s’agit sur­tout d’un dé­mons­tra­teur per­met­tant de s’ap­pro­prier les tech­no­lo­gies. (© Jh/areion)

La der­nière évo­lu­tion en date6 × 6 Ti­tus au sa­lon Eu­ro­sa­to­ry 2018. Le vé­hi­cule est « mar­su­pia­li­sé » avec deux ro­bots ter­restres, un drone cap­tif et un drone aé­rien. (© Jh/areion)

Le Mis­sion Mas­ter de Rhein­me­tall Ca­na­da, un 8 × 8 tes­té et pa­ré à en­trer en ser­vice. Ca­pable d’une ro­ta­tion au point fixe, il peut ser­vir de far­dier, mais est des­ti­né à ac­cueillir des mo­dules de mis­sion. L’en­gin peut opé­rer en sui­vi de troupes ou de vé­hi­cules ou via des points de re­lais. (© Jh/areion)

L’op­tio X-20 de Nex­ter, cou­plage de la plate-forme THEMIS et du tou­rel­leau ARX-20. La lo­gique est ici de dé­mon­trer qu’un UGV peut em­por­ter une arme de plus gros ca­libre que la 12,7 mm tra­di­tion­nel­le­ment ob­ser­vée. (© Jh/areion)

Avec moins de 25 kg sans leur charge utile, les dé­mons­tra­teurs Vi­king et Ja­guar, éga­le­ment pro­duits dans le cadre du PST FURIOUS, per­mettent no­tam­ment de va­li­der le ral­lie­ment sur ob­jec­tif et le sui­vi des fan­tas­sins. (© Jh/areion)

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