La ques­tion de la dé­fense aé­rienne

DSI - - VEILLES STRATÉGIQUES -

La si­tua­tion géo­gra­phique des États baltes, de la Fin­lande et d’une par­tie de la Suède a des consé­quences di­rectes sur leur dé­fense, en fa­ci­li­tant pour la Rus­sie la mise en place de sys­tèmes A2/AD (An­tiac­cess/area De­nial). Or, de­puis 2014, le dé­ve­lop­pe­ment de ca­pa­ci­tés si­mi­laires était consi­dé­ré comme un ta­bou, car pro­vo­cant à l’égard de la Rus­sie. La si­tua­tion évo­lue ce­pen­dant à plu­sieurs égards. Le mi­nis­tère de la Dé­fense es­to­nien a ain­si pu­blié une étude por­tant sur la dé­fense aé­rienne des pays baltes, qui sou­ligne l’im­por­tance qu’a pour eux L’OTAN – et no­tam­ment des mis­sions Bal­tic Air Po­li­cing –, mais aus­si l’am­pleur des ef­forts à réa­li­ser. C’est en par­ti­cu­lier le cas pour les sys­tèmes ra­dar et de ges­tion du tra­fic et des com­mu­ni­ca­tions. Il s’agi­rait ain­si d’of­frir l’in­fra­struc­ture per­met­tant d’op­ti­mi­ser les contri­bu­tions al­liées. Il est éga­le­ment ques­tion d’har­mo­ni­ser les sys­tèmes de dé­fense aé­rienne à courte et moyenne por­tée, les trois ca­pi­tales s’étant jusque-là assez peu co­or­don­nées. La Li­tua­nie a ain­si com­man­dé deux bat­te­ries NASAMS (voir DSI no 133) et les trois pays dis­posent de RBS-70, de Mis­tral, mais aus­si de Stin­ger.

Le rap­port pro­pose éga­le­ment le dé­ploie­ment de sys­tèmes de longue por­tée par les membres de L’OTAN au cours d’exer­cices ; ou en­core l’échange des vi­sions si­tua­tion­nelles des dé­fenses aé­riennes sué­doise et fin­lan­daise. Dans le même temps, plus à l’ouest, la si­tua­tion évo­lue éga­le­ment. La Suède pour­suit ain­si les né­go­cia­tions au­tour de l’achat du mis­sile Pa­triot. Pour l’ins­tant, il est ques­tion de 1,1 mil­liard de dol­lars, avec une pre­mière li­vrai­son en 2021. Mais des op­tions semblent évo­quées. Elles por­te­raient la va­leur to­tale du contrat à 3,2 mil­liards de dol­lars pour quatre bat­te­ries in­cluant 12 lan­ceurs et 300 mis­siles. Cet achat s’ajou­te­rait à ce­lui ef­fec­tué fin mars par la Po­logne pour deux bat­te­ries (quatre lan­ceurs au to­tal) et sur­tout le sys­tème IBCS (In­te­gra­ted Air and Mis­sile De­fence Bat­tle Com­mand Sys­tem) pour 4,75 mil­liards de dol­lars. Le tri­angle for­mé par la Po­logne, la Suède et la Fin­lande, in­cluant Ka­li­nin­grad, bé­né­fi­cie­rait ain­si d’une bonne cou­ver­ture an­ti­aé­rienne.

Cette cou­ver­ture se­rait plus im­por­tante en cas de dé­ploie­ment sué­dois sur Got­land. L’île avait été dé­mi­li­ta­ri­sée en 2005, mais la ques­tion du re­po­si­tion­ne­ment d’uni­tés mi­li­taires s’était po­sée après l’an­nexion russe de la Cri­mée. En l’oc­cur­rence, les dé­bats se sont clos par la dé­ci­sion d’y im­plan­ter 350 hommes, ren­for­cés ponc­tuel­le­ment par des hé­li­co­ptères et des avions de com­bat. On est donc loin de la pos­ture de guerre froide – une bri­gade et un ré­gi­ment in­dé­pen­dant y étaient dé­ployés en 1989 –, mais la re­créa­tion d’un ré­gi­ment pour la pre­mière fois de­puis les an­nées 1980 a une por­tée sym­bo­lique in­dé­niable. En sus, rien n’em­pêche en théo­rie le dé­ploie­ment sur place d’une bat­te­rie Pa­triot, si ce n’est le poids po­li­tique de la dé­ci­sion, qui risque d’ir­ri­ter Mos­cou.

Tir d’un NASAMS-2 nor­vé­gien. On ne connaît pas en­core la confi­gu­ra­tion des sys­tèmes li­tua­niens. (© Fors­va­ret)

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