Tech­niques TOP : la so­phro­lo­gie ap­pli­quée au com­bat

DSI - - SOMMAIRE - Par Ro­main Miel­ca­rek, doc­teur en sciences de l’in­for­ma­tion et de la com­mu­ni­ca­tion, spé­cia­liste des ques­tions de dé­fense et de re­la­tions in­ter­na­tio­nales, au­teur du blog www.guerres-in­fluences.com

En­core lar­ge­ment mé­con­nues, les tech­niques d’op­ti­mi­sa­tion du po­ten­tiel se sont dé­mo­cra­ti­sées au sein des Ar­mées. Alors que l’en­semble de l’en­ca­dre­ment est dé­sor­mais for­mé à ces ou­tils ins­pi­rés de la so­phro­lo­gie et ap­pli­qués aux opé­ra­tions, les sa­voir-faire fran­çais en la ma­tière com­mencent à in­té­res­ser ailleurs. Les mi­li­taires ont com­men­cé à trans­mettre leurs ex­pé­riences à des pays al­liés, aux forces de l’ordre et même dans cer­tains mi­lieux ci­vils. Grâce à des mé­thodes de res­pi­ra­tion, de re­laxa­tion et de pro­jec­tion, les sol­dats ont ap­pris à mieux contrô­ler leur corps et leur es­prit avant, pen­dant et après la mis­sion.

La scène ne peut que sur­prendre. Elle se dé­roule en plein no­vembre lors d’une for­ma­tion pour jour­na­listes se ren­dant en zone de guerre, au Centre Na­tio­nal d’en­traî­ne­ment Com­man­do (CNEC) à Col­lioure. Là, entre quelques bases de C4 (Com­bat Corps à Corps adap­té au Com­bat de haute in­ten­si­té), de tir et de par­cours d’au­dace entre les mains d’ins­truc-

teurs aus­si phy­siques qu’af­fû­tés, c’est l’éton­ne­ment : un of­fi­cier ini­tie les par­ti­ci­pants aux tech­niques TOP, pour « Tech­niques d’op­ti­mi­sa­tion du Po­ten­tiel », qu’il en­seigne ha­bi­tuel­le­ment à des com­man­dos et à des forces spé­ciales. Avec de faux airs de gou­rou en treillis et un ton qui n’au­rait pas dis­so­né dans une soi­rée pour hip­pies, il pro­pose dif­fé­rentes res­pi­ra­tions tout en ré­pé­tant d’une voix po­sée et ras­sé­ré­nante : « Je suis bien. Je me sens bien. Je par­cours en pen­sée l’en­semble de mon corps. Je pense à mes muscles qui vont dé­sor­mais pou­voir se re­po­ser. » Ici et là, les plus scep­tiques ne peuvent s’em­pê­cher de pouf­fer de rire.

Et pour­tant, ces tech­niques n’ont rien d’une farce et sont même de plus en plus dé­mo­cra­ti­sées dans les rangs. Les séances de TOP sont di­rec­te­ment adap­tées de mé­thodes qui ont pro­gres­si­ve­ment émer­gé au cours des an­nées 1990, dans le civil. Ce sont d’abord les spor­tifs de haut ni­veau qui y ont eu re­cours, pour amé­lio­rer leurs cycles de ré­cu­pé­ra­tion, gé­rer leur stress et se pré­pa­rer à des épreuves in­tenses. Ces tech­niques s’ins­pirent de la so­phro­lo­gie, mê­lant re­laxa­tion, mé­di­ta­tion, ima­ge­rie men­tale et exer­cices de res­pi­ra­tion. L’ob­jec­tif est, grâce à une meilleure maî­trise de son corps et de son es­prit, d’op­ti­mi­ser ses ca­pa­ci­tés de mé­mo­ri­sa­tion, de concen­tra­tion, sa confiance en soi ou en­core de di­mi­nuer son ni­veau de fa­tigue.

L’ar­mée de Terre a com­men­cé à s’ap­pro­prier cer­taines tech­niques de ges­tion du stress des com­bat­tants dans les an­nées 1980, qui avaient no­tam­ment don­né lieu à la pu­bli­ca­tion d’une pla­quette in­ti­tu­lée « Force et calme des troupes». C’est la doc­teure Édith Per­reaut-pierre, an­cien mé­de­cin-chef du Ser­vice de Santé des Ar­mées (SSA), qui com­men­ce­ra à dé­cli­ner cer­taines mé­thodes de so­phro­lo­gie sur de­mande du com­man­dant de l’école in­te­rar­mées des sports de Fon­tai­ne­bleau. For­mée entre autres à l’hyp­nose, celle-ci tes­te­ra dif­fé­rents for­mats et sup­ports avant de com­men­cer à ap­pro­cher de ce que sont au­jourd’hui les TOP (1), dans l’idée de four­nir des so­lu­tions adap­tées à l’en­semble des mi­li­taires, quels que soient leur spé­cia­li­té ou leur grade, dans la lo­gique d’une ap­pli­ca­tion opé­ra­tion­nelle.

D’abord qua­li­fiées de «tech­niques de ges­tion du stress», ces mé­thodes de­viennent of­fi­ciel­le­ment des « TOP » en 1997. La ma­jo­ri­té des ou­tils em­ployés au­jourd’hui n’a d’ailleurs pas beau­coup évo­lué de­puis cette époque. En ce qui concerne les mi­li­taires, c’est au Centre Na­tio­nal des Sports et de la Dé­fense (CNSD) et à l’ins­ti­tut de Re­cherche Bio­mé­di­cale des Ar­mées (IRBA) que l’on conti­nue à sé­rieu­se­ment les étu­dier. Dès 2009, des séances de TOP sont in­cluses dans les sas de dé­com­pres­sion pour les re­tours d’opé­ra­tions ex­té­rieures. En 2011, des mo­ni­teurs sont dé­ployés en Afghanistan. En juillet de cette même an­née, l’en­sei­gne­ment des TOP de­vient obli­ga­toire dans les for­ma­tions d’of­fi­ciers et de sous-of­fi­ciers. Au CNEC, c’est l’en­semble des sol­dats sui­vant des for­ma­tions com­man­dos qui dé­couvrent – ou re­dé­couvrent – ces tech­niques.

Une boîte à ou­tils pour le sol­dat

« Les TOP sont une mé­thode in­té­gra­tive qui est ve­nue prendre ce qui exis­tait dans le civil sur chaque tech­nique de fa­çon à pou­voir l’adap­ter à la

contrainte du mi­lieu opé­ra­tion­nel, ré­su­mait l’ad­ju­dant-chef Pi­sa­ni lors d’un point presse du mi­nis­tère des Ar­mées consa­cré à ce su­jet en jan­vier 2018. Le but, c’est que ce soit ap­pli­cable sur le ter­rain. Si ce n’est ap­pli­cable que dans une salle et quand je suis en te­nue lé­gère à bonne tem­pé­ra­ture, c’est bien, ça fonc­tionne. Mais le mi­li­taire est en gé­né­ral dans d’autres condi­tions. Il fal­lait donc trou­ver quelque chose qui s’adapte, que je sois à + 50 °C ou à − 10 °C, avec 40 kg ou dans une salle de sport. » Un peu de mé­di­ta­tion, de res­pi­ra­tion, de pro­jec­tion men­tale et d’exer­cices de mé­mo­ri­sa­tion, mais qui puissent être mis en oeuvre aus­si bien au fin fond du dé­sert ou de la jungle que dans une salle de sport ou un do­jo.

Le but, ex­plique ce sous-of­fi­cier, est de rendre les sol­dats for­més «au­to­nomes » afin qu’ils puissent uti­li­ser les bons ou­tils lors­qu’ils en res­sentent le be­soin, sur le ter­rain ou ailleurs. cha­cun est ain­si ame­né à trou­ver les so­lu­tions qui lui cor­res­pondent. La for­ma­tion aux tech­niques de base de­mande une di­zaine d’heures de pra­tique. Jus­qu’en 2010, le CNSD for­mait en moyenne une di­zaine de mo­ni­teurs et d’ins­truc­teurs par an. En 2017, ils étaient 135 à suivre

une telle for­ma­tion, afin de pou­voir en­suite trans­mettre leurs sa­voirs dans di­verses uni­tés. Mal­gré cet ef­fort, de nom­breux mi­li­taires se plaignent en­core que leurs uni­tés ne comptent pas assez d’ins­truc­teurs et de mo­ni­teurs. Même dans des ré­gi­ments très ex­po­sés, il n’est pas tou­jours pos­sible de trou­ver les moyens et le temps né­ces­saires pour bien sen­si­bi­li­ser les com­pa­gnies avant un dé­ploie­ment.

Les mé­thodes en­sei­gnées sont sou­vent pré­sen­tées sous l’image d’une « boîte à ou­tils », dans la­quelle le sol­dat peut pui­ser en fonc­tion de sa ré­ac­ti­vi­té per­son­nelle et de son be­soin. Avant de par­tir en opé­ra­tion, il pour­ra avoir re­cours à des tech­niques de ré­gu­la­tion afin de mieux pré­pa­rer sa mis­sion. Pen­dant, les tech­niques de dy­na­mi­sa­tion l’ai­de­ront à mieux se maî­tri­ser, afin d’être plus ef­fi­cace, no­tam­ment au com­bat. En­fin, au mo­ment du re­tour, des tech­niques de ré­cu­pé­ra­tion l’ai­de­ront à se re­mettre en condi­tion plus ra­pi­de­ment et plus ef­fi­ca­ce­ment.

Les Ar­mées fran­çaises ont dé­ve­lop­pé une ex­per­tise dans ce do­maine qui a com­men­cé à sé­duire cer­tains par­te­naires. Les ins­truc­teurs fran­çais ont ain­si for­mé des mi­li­taires belges et luxem­bour­geois. Ils par­ti­cipent ré­gu­liè­re­ment à des col­loques et des congrès. Pa­ra­doxa­le­ment, cette ex­pé­rience des forces est aus­si de­ve­nue un ar­gu­ment com­mer­cial pour des coachs en bien-être di­vers et va­riés, avides de ce la­bel pour fac­tu­rer leurs pres­ta­tions à des cadres ur­bains en quête de nouveaux moyens de gé­rer la pres­sion. Si ce­la marche pour un sol­dat dans la bande sa­hé­lo-sa­ha­rienne, pour­quoi ce­la ne fonc­tion­ne­rait-il pas pour un com­mer­cial éprou­vé par le mé­tro pa­ri­sien et qui au­rait en­vie d’ar­rê­ter de fu­mer ?

Du com­bat à la convalescence

Les tech­niques TOP peuvent être em­ployées à dif­fé­rents mo­ments de la mis­sion, en fonc­tion des be­soins res­sen­tis par les mi­li­taires. En an­ti­ci­pa­tion, les tech­niques liées à la pro­jec­tion men­tale sont conseillées. L’in­di­vi­du peut ain­si vi­sua­li­ser en es­prit l’en­semble d’une mis­sion ou un mo­ment clé de celle-ci. Un moyen de fa­vo­ri­ser la mé­mo­ri­sa­tion des étapes à fran­chir, qui per­met­tra de ga­gner en ef­fi­ca­ci­té de réa­li­sa­tion, d’évi­ter les ou­blis ou en­core de re­pé­rer im­mé­dia­te­ment les cas non conformes qui pour­raient se pré­sen­ter. Si c’est un mo­ment pré­cis de la mis­sion qui ré­clame une at­ten­tion par­ti­cu­lière, ces exer­cices de pro­jec­tion pour­ront faire ga­gner de la confiance. L’as­so­cia­tion entre cette pen­sée et un rythme de res­pi­ra­tion pré­cis pour­ra ai­der le sol­dat à ac­com­plir sa tâche. Un of­fi­cier ex­plique que ces pra­tiques fa­ci­litent l’ap­pro­pria­tion de la nou­velle arme de do­ta­tion de l’in­fan­te­rie, le HK416, pour pré­pa­rer le dé­ploie­ment en opé­ra­tion ex­té­rieure avec un fu­sil dif­fé­rent de ce­lui que les fan­tas­sins ont long­temps uti­li­sé.

Pen­dant la mis­sion, ce sont sou­vent des pro­blé­ma­tiques liées à la fa­tigue, phy­sique et men­tale, qui se­ront abor­dées. La pra­tique d’exer­cices de res­pi­ra­tion peut contri­buer à la ré­cu­pé­ra­tion mus­cu­laire, sur­tout lors­qu’un sol­dat est ex­po­sé à un stress im­por­tant. Elle peut aus­si amé­lio­rer le ni­veau de conscience, en aug­men­tant l’oxy­gé­na­tion du cer­veau. Pen­dant une opé­ra­tion, un sol­dat pour­ra par exemple pro­fi­ter d’un temps plus calme entre deux phases in­tenses pour pra­ti­quer un mé­lange de res­pi­ra­tion et de mé­di­ta­tion, de la même fa­çon que cer­tains fu­me­ront une ci­ga­rette. Tou­jours dans une lo­gique d’en­du­rance, une sen­ti­nelle, qu’elle sur­veille une base ou qu’elle soit de quart sur un na­vire, pour­ra contrô­ler sa res­pi­ra­tion pour main­te­nir son at­ten­tion et la sti­mu­ler.

Dans ce re­gistre, il pour­ra être in­té­res­sant de suivre les re­cherches concer­nant la « mé­thode » Wim Hof (2). Per­son­na­li­té em­blé­ma­tique des ré­flexions liées à ces pra­tiques, ce Néer­lan­dais sur­nom­mé «Ice­man» a fait la dé­mons­tra­tion de ca­pa­ci­tés phy­sio­lo­giques hors norme, no­tam­ment grâce à des exer­cices de res­pi­ra­tion et de pro­jec­tion men­tale. Dé­ten­teur de mul­tiples re­cords, il est par exemple par­ve­nu à rester plus d’une heure nu dans la glace, ou en­core à ter­mi­ner un se­mi-ma­ra­thon pieds nus le long du cercle po­laire. Di­verses ex­pé­riences scien­ti­fiques ont mon­tré que les per­sonnes for­mées à ses pra­tiques, même briè­ve­ment, dé­ve­loppent ra­pi­de­ment de meilleures ca­pa­ci­tés de ré­sis­tance au froid… et même à cer­taines ma­la­dies.

Pris sous le feu, un mi­li­taire en proie à de fortes émo­tions pour­ra uti­li­ser cer­tains de ces ou­tils pour re­prendre le contrôle de son es­prit. Comme lors d’un ef­fort phy­sique, la ré­pé­ti­tion de dif­fé­rents types de res­pi­ra­tions

adap­tées à des pro­blé­ma­tiques spé­ci­fiques contri­bue­ra à des ré­flexes fa­vo­rables. Un pra­ti­quant ré­gu­lier de ces tech­niques pour­ra par exemple as­so­cier un cer­tain rythme res­pi­ra­toire à l’ac­cé­lé­ra­tion ou à la ré­cu­pé­ra­tion dans l’ef­fort, à la re­prise de contrôle face à une si­tua­tion de pa­nique ou en­core à la re­laxa­tion après une crise de stress.

Après une mis­sion, cer­taines tech­niques per­mettent de dé­com­pres­ser et de contrô­ler sa fa­tigue et sa ré­cu­pé­ra­tion. Se rap­pro­chant de la mé­di­ta­tion, leur pra­tique s’est sys­té­ma­ti­sée dans une lo­gique d’ap­pui thé­ra­peu­tique, no­tam­ment dans les fa­meux sas de dé­com­pres­sion. Si rien de tout ce­la ne rem­place un psy­cho­logue en cas de bles­sure psy­cho­lo­gique, ces ou­tils per­mettent par­fois, no­tam­ment lors­qu’ils sont mis en oeuvre col­lec­ti­ve­ment, de contri­buer à une gué­ri­son ou de fa­ci­li­ter le che­mi­ne­ment vers la mé­de­cine conven­tion­nelle. Une ten­dance ap­pa­rue dès les an­nées 1990 dans les ar­mées amé­ri­caine et is­raé­lienne, dé­jà à l’époque pour faire face à des syn­dromes de stress post-trau­ma­tique.

De­puis les at­ten­tats de 2015, les Ar­mées ont été sol­li­ci­tées par des uni­tés d’in­ter­ven­tion du mi­nis­tère de l’in­té­rieur afin de bé­né­fi­cier de re­tours d’ex­pé­rience sur ces ou­tils. Les TOP sont en ef­fet uti­li­sées de­puis main­te­nant plu­sieurs an­nées pour ai­der les mi­li­taires à faire face à la fa­tigue psy­cho­lo­gique, voire à des trau­ma­tismes plus vio­lents, en cas de bles­sures ou de la perte d’un ca­ma­rade. Ces pra­tiques sont sys­té­ma­ti­que­ment em­ployées dans les sas de dé­com­pres­sion au re­tour d’opé­ra­tions, y com­pris pour les forces spé­ciales qui n’ont pas tou­jours été in­cluses dans ce dis­po­si­tif. Des ou­tils de­ve­nus ré­flexes, dans des si­tua­tions di­verses, comme le sou­lève Marc, of­fi­cier dans l’in­fan­te­rie : « Il y a trois ans, un jeune sergent s’est sui­ci­dé à l’école Na­tio­nale des Sou­sof­fi­ciers d’ac­tive (ENSOA). Le gé­né­ral com­man­dant l’école a, en même temps que com­men­çait l’en­quête de gen­dar­me­rie, fait des­cendre trois mo­ni­teurs TOP pour ac­com­pa­gner les autres élèves. On voit que c’est pris en compte au plus haut ni­veau. »

La dif­fi­cul­té de la ré­cep­ti­vi­té

Cer­tains mi­li­taires sont, lors­qu’ils dé­couvrent ces tech­niques, par­ti­cu­liè­re­ment scep­tiques, comme l’ad­met un ins­truc­teur du CNEC. « Par­fois, il faut un peu de temps pour qu’ils y puisent quelque chose, ex­plique-t-il. Par­fois, ils n’en tirent même rien. Mais l’im­por­tant, c’est qu’ils sachent que ça existe et qu’ils puissent l’ex­pé­ri­men­ter. » Une ré­ac­tion qui ten­drait à dis­pa­raître, se­lon les di­vers té­moi­gnages que nous avons pu ré­col­ter. Pour être maî­tri­sées, les TOP de­mandent comme n’im­porte quelle tech­nique ou équi­pe­ment de pra­ti­quer ré­gu­liè­re­ment, afin de pou­voir les mettre en ap­pli­ca­tion ins­tinc­ti­ve­ment lors d’une si­tua­tion opé­ra­tion­nelle. Par­mi ceux qui s’en servent, l’en­vie de pour­suivre l’as­si­mi­la­tion est ma­jo­ri­tai­re­ment ma­ni­feste.

Un sous-of­fi­cier d’une uni­té de com­bat confirme que les mi­li­taires ne se montrent pas tous ré­cep­tifs. Il re­lève, comme les ins­truc­teurs TOP, que la dé­marche doit aus­si être en­tre­prise par les sol­dats eux-mêmes : « Dans l’ar­mée de Terre, c’est en avant séance TOP de 7 h à 8 h. C’est un ordre. For­cé­ment, ce n’est pas le bon mo­ment pour tous. Mais com­ment se mettre au rythme de cha­cun ? Sur une po­pu­la­tion de 150 types, il y en a tou­jours qui trouvent ça nul et in­utile. Peu­têtre ce­la se­rait plus utile de le ré­ser­ver à des per­son­nels qui ont des pro­blèmes spé­ci­fiques, comme le som­meil ou le stress ? Mais il fau­drait pou­voir les iden­ti­fier et qu’ils soient vo­lon­taires. » Lui n’uti­lise pas toutes les tech­niques TOP. Il opte sur­tout pour celles qui fa­ci­litent la ré­cu­pé­ra­tion sur des pé­riodes de haute in­ten­si­té : « C’est plu­tôt utile. Je m’en sers en so­lo pour faire des mi­cro­siestes sur des phases où l’on dort peu, au Centre d’en­traî­ne­ment au Com­bat (CENTAC) ou au Centre d’en­traî­ne­ment en Zone

Ur­baine (CENZUB) par exemple. Je l’uti­lise pour me mettre au calme et dormir 15-20 mi­nutes. »

Marc, un autre ter­rien, of­fi­cier dans l’in­fan­te­rie, a de son cô­té le sen­ti­ment que la ma­jo­ri­té est à l’écoute et plu­tôt de­man­deuse. « Les jeunes adhèrent tout de suite, as­sure-t-il. Quand on a fait du VAB toute la jour­née, qu’on a bouf­fé du sable, les hommes ap­pré­cient qu’on prenne un mo­ment pour uti­li­ser ces tech­niques et ré­cu­pé­rer phy­si­que­ment en fin d’après-mi­di. » Pour lui, les hé­si­ta­tions sont plu­tôt le fait d’an­ciens qui n’ont pas connu ces pra­tiques et qui peinent à se les ap­pro­prier. De « vieux di­no­saures » qui as­so­cient les TOP à de la psy­cho­lo­gie, per­çue comme tout aus­si nui­sible.

Dans la Ma­rine na­tio­nale, où ces ou­tils ne sont pas en­core aus­si ré­pan­dus, un of­fi­cier re­grette que l’on ne fasse pas plus d’ef­forts pour les dé­mo­cra­ti­ser : « C’est bal­bu­tiant. Une pro­por­tion non né­gli­geable des mo­ni­teurs spor­tifs est for­mée, mais c’est la seule spé­cia­li­té au­to­ri­sée à pas­ser les stages. Le pro­blème, c’est qu’ils sont ra­re­ment sur les ba­teaux. Quand on a la chance d’avoir un EPMS [NDLR : ins­truc­teur d’en­traî­ne­ment phy­sique mi­li­taire et spor­tif] à bord, il y a une réelle plus-va­lue sur la pra­tique du sport, ce qui est dé­jà des TOP. En revanche, les TOP telles que je les ai connues se can­tonnent vrai­ment à la re­laxa­tion. » Lui au­rait ai­mé que ces ou­tils échappent à la simple pra­tique spor­tive et qu’ils pro­fitent à son en­du­rance opé­ra­tion­nelle : « Après six ans de quarts de nuit, il n’y a au­cune séance de TOP qui puisse com­pen­ser ma fa­tigue. Dormir plus et mieux, ce se­ra sou­vent la clef. Et pour dormir mieux, je pense que les TOP ai­de­ront si les mé­de­cins s’en mêlent. »

Si les re­tours d’ex­pé­riences que nous avons pu avoir sont ma­jo­ri­tai­re­ment po­si­tifs,un pi­lote d’ hé­li­co­ptère in­ter­ro­gé se montre tout de même moins convain­cu. « J’ai fait des séances en groupe, avec mo­ni­teur, se sou­vient-il. En gros, il te fait maî­tri­ser ta ten­sion et tu fi­nis en sieste. Alors oui, c’est agréable sur le mo­ment, mais ça prend du temps et fi­na­le­ment, cha­cun a sa pe­tite tech­nique pour gé­rer son stress. Je trouve que c’est beau­coup trop ven­deur pour ce que c’est. Ou alors je n’ai pas eu les bons mo­ni­teurs ! »

Ces dif­fé­rents res­sen­tis montrent bien com­ment, en fonc­tion des ap­pré­hen­sions, des pra­tiques et des ex­pé­riences de cha­cun, les TOP peuvent être ex­ploi­tées et com­prises de bien des ma­nières. Il est d’ailleurs sur­pre­nant de voir que, dans plu­sieurs té­moi­gnages, leur uti­li­sa­tion échappe au cadre pu­re­ment opé­ra­tion­nel des Ar­mées. Deux mi­li­taires évoquent spon­ta­né­ment des ap­pli­ca­tions de TOP qui leur ont per­mis de gé­rer les tran­si­tions entre leur mi­lieu pro­fes­sion­nel et leur en­vi­ron­ne­ment per­son­nel, en em­ployant ces tech­niques pour ca­na­li­ser leur stress et leur fa­tigue. Pour l’un d’eux, il s’est agi de pou­voir ré­cu­pé­rer de nuits trop courtes du fait d’un nou­veau-né agi­té. Pour l’autre, de pré­ser­ver ses nerfs dans « la ges­tion de deux monstres à la mai­son ». Des tra­cas en ap­pa­rence ano­dins dont la bonne prise en compte est pour­tant de plus en plus consi­dé­rée, afin d’as­su­rer une concen­tra­tion et une ef­fi­ca­ci­té op­ti­males des per­son­nels lors­qu’ils sont dé­ployés en mis­sion.

Si le mé­tier de sol­dat est na­tu­rel­le­ment stres­sant, la suc­ces­sion des opé­ra­tions am­pli­fie cet état. (© Neydt­stock/shut­ter­stock)

Pé­riode de re­laxa­tion à la fin d’une séance de yo­ga dans les forces ca­na­diennes. Ce type de pra­tiques tend à se dif­fu­ser. (© Ar­mée ca­na­dienne)

Mo­ment de re­pos pour ces sol­dats amé­ri­cains en exer­cice. Le som­meil a une im­por­tance cru­ciale sur la qua­li­té de la concen­tra­tion, de l’at­ten­tion ou des ré­flexes des com­bat­tants. (© US Ar­my)

Dans la foule des tâches in­com­bant aux sol­dats, le re­pos est d’au­tant plus consi­dé­ré que les moyens de trans­port ne sont pas né­ces­sai­re­ment des plus confor­tables. Les tech­niques TOP ne sont pas un pal­lia­tif, mais per­mettent d’op­ti­mi­ser le re­pos. (© Mat­teo Na­tale/shut­ter­stock)

Les tech­niques liées au yo­ga ou à la re­laxa­tion ne sont pas celles aux­quelles on pense lors­qu’il est ques­tion de mé­tier mi­li­taire. Reste qu’elles peuvent avoir une uti­li­té cer­taine. (© US Ar­my)

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