Comment le « Fren­chie » Jean- Phi­lippe Cour­tois est de­ve­nu le 2e di­ri­geant le mieux payé de Mi­cro­soft

C'est le Fran­çais le plus en vue de l'em­pire Mi­cro­soft : Jean- Phi­lippe Cour­tois, en­tré en 1984 comme com­mer­cial dans l'en­tre­prise fon­dée par Bill Gates, va ga­gner cette an­née presque au­tant que l'ac­tuel pa­tron de la firme de Red­mond. Grâce à lui, Mi­cro­so

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Au titre de la der­nière an­née fis­cale de Mi­cro­soft qui s’est ache­vée le 30 juin der­nier, Jean- Phi­lippe Cour­tois ( pho­to) va tou­cher un to­tal de 18,2 mil­lions de dol­lars. C’est la pre­mière fois qu’un Fran­çais em­po­che­ra la deuxième plus grosse ré­mu­né­ra­tion de la firme de Red­mond ( Etat de Wa­shing­ton), après celle du PDG – Sa­tya Na­del­la de­puis 2014. Ce der­nier va en ef­fet être ré­tri­bué 20 mil­lions de dol­lars. Le « Fren­chie » re­ce­vra ain­si la même somme que le pa­tron In­do- amé­ri­cain ob­te­nait il y a deux ans, après que ce­lui- ci eut suc­cé­dé à Steve Ball­mer. En­tré il y a 33 ans comme in­gé­nieur com­mer­cial chez Mi­cro­soft France, dont il se­ra di­rec­teur gé­né­ral en 1994, Jean- Phi­lippe Cour­tois est de­ve­nu le nu­mé­ro deux de la mul­ti­na­tio­nale amé­ri­caine de­puis sa no­mi­na­tion en juillet 2016 comme vice- pré­sident exé­cu­tif et pré­sident des ventes, du mar­ke­ting et des opé­ra­tions de Mi­cro­soft au ni­veau mon­dial ( 1). A cette fonc­tion, pour le der­nier exer­cice, il a ain­si per­çu un sa­laire fixe de « seule­ment » 751.054 dol­lars mais a été ré­com­pen­sé en ac­tions à hau­teur de 14,7 mil­lions de dol­lars ( dont 8,6 mil­lions de dol­lars en ac­tions re­çus lors de sa pro­mo­tion), soit le « stock awards » le plus éle­vé du groupe de­vant ce­lui du pa­tron ( 11,4 mil­lions de dol­lars). Ce à quoi il faut ajou­ter 2,7 mil­lions de dol­lars d’in­té­res­se­ment au ren­de­ment, sans par­ler de 45.214 dol­lars re­çus comme autres com­pen­sa­tions.

Nais­sance en Al­gé­rie, consé­cra­tion aux Etats- Unis

La ré­mu­né­ra­tion de Jean- Phi­lippe Cour­tois comme celles de ses quatre autres col­lègues du co­mi­té exé­cu­tif de Mi­cro­soft se­ront en­té­ri­nées par l’as­sem­blée gé­né­rale des ac­tion­naires qui se tien­dra à Wa­shing­ton le 29 no­vembre. Avant d’être pro­mu à la tête des 122 fi­liales du groupe dans le monde, Jean- Phi­lippe Cour­tois était pré­sident de Mi­cro­soft In­ter­na­tio­nal de­puis juin 2005, après avoir été di­rec­teur gé­né­ral de la ré­gion EMEA ( Eu­rope, Moyen- Orient et Afrique) dont il s’est oc­cu­pé du­rant cinq ans.

Ce Fran­çais né en Al­gé­rie ( 57 ans), à Mai­son- Car­rée dans la ban­lieue d’al­ger, est par ailleurs pré­sident de l’école de com­merce Ske­ma Bu­si­ness School, d’où il avait ob­te­nu à Nice son di­plôme ( 2), juste avant d’être re­cru­té par la PME de l’époque fon­dée par Bill Gates, ain­si que membre du con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion de Po­si­tive Pla­net ( ex- Pla­net Fi­nance) de Jacques At­ta­li ( né lui aus­si en Al­gé­rie et an­cien conseiller spé­cial de Fran­çois Mit­ter­rand).

Suc­cès et échecs du « M » de GAFAM

C’est Jean- Phi­lippe Cour­tois qui in­carne le mieux la glo­ba­li­sa­tion du groupe Mi­cro­soft, le­quel affiche pour son der­nier exer­cice – clos le 30 juin – un chiffre d’af­faires tu­toyant les 90 mil­liards de dol­lars ( 3), en hausse de 5 % sur un an, pour un bé­né­fice net bon­dis­sant de plus de 26% à 21,2 mil­liards de dol­lars. La ca­pi­ta­li­sa­tion bour­sière de Mi­cro­soft a dé­pas­sé les 600 mil­liards de dol­lars. Dans la no­tice et dé­cla­ra­tion pu­bliée le 16 oc­tobre der­nier en vue de la pro­chaine as­sem­blée gé­né­rale, Mi­cro­soft ne ta­rit pas d’éloges pour son top di­ri­geant fran­çais qui a réa­li­sé « un exer­cice fi­nan­cier an­nuel fort, dé­pas­sant les ob­jec­tifs de contri­bu­tion à la marge ( du groupe) et à la crois­sance de 4 % de l’exe­cu­tive In­cen­tive Plan ( EIP) » . De plus, pour­suit le pa­tron Sa­tya Na­del­la co­si­gna­taire du do­cu­ment re­mis au gen­darme de la Bourse amé­ri­caine ( la SEC ( 4)), JeanP­hi­lippe Cour­tois « a me­né avec suc­cès la trans­for­ma­tion de l’or­ga­ni­sa­tion glo­bale de nos ventes » . A son pal­ma­rès, il y a aus­si « la crois­sance de 99 % du chiffre d’af­faires d’azure [ ser­vices de cloud pour les dé­ve­lop­peurs et pro­fes­sion­nels de l’in­for­ma­tique, ndlr], ac­cé­lé­rant plus avant les ca­pa­ci­tés des forces de vente dans la stra­té­gie de cloud » pour mieux ri­va­li­ser avec le nu­mé­ro un mon­dial des nuages, Ama­zon Web Ser­vices ( AWS). A son ac­tif, il a aus­si « ren­for­cé l’ex­pé­rience client et l’ex­pé­rience par­te­naire » ou en­core « il a été l’avo­cat de la di­ver­si­té et de l’in­clu­sion » . Après le dé­cès de son fils Gabriel à 22 ans, en 2015, Jean- Phi­lippe Cour­tois a par ailleurs créé l’as­so­cia­tion Live for Good pour ai­der à la créa­tion d’en­tre­prises so­ciales. En­fin, il a été fé­li­ci­té pour avoir ap­pli­qué les prin­cipes « One Mi­cro­soft » édic­tés en 2013 par Steve Ball­mer dans le but de cas­ser les si­los des di­vi­sions com­mer­ciales et mar­ke­ting, avec à la clé des sy­ner­gies entre ac­ti­vi­tés, fai­sant ain­si de la firme de Red­mond un seul et même in­ter­lo­cu­teur vis- à- vis de ses clients. Néan­moins, Mi­cro­soft a confir­mé dé­but juillet que ce­la n’ira pas sans la sup­pres­sion de mil­liers d’em­plois dans le monde ( jus­qu’à 5.000 per­sonnes se­lon des mé­dias), à com­men­cer chez les com­mer­ciaux. En creux, cette ré­or­ga­ni­sa­tion que le Fren­chie a me­née a contri­bué à mettre en ordre de ba­taille le groupe Mi­cro­soft face à la nou­velle concur­rence des « GAFA » – sigle au­quel il am­bi­tionne d’ap­po­ser son « M » . Or, l’ap­pel­la­tion « GAFAM » a du mal à per­cer dans les mondes de l’in­ter­net et des mo­biles. Et pour cause, Mi­cro­soft n’a pas su s’im­po­ser comme géant du Net, no­tam­ment avec son por­tail MSN ( pour­tant pion­nier en 1995), an­cêtre de Win­dows Live de­ve­nu au­jourd’hui Of­fice 365. Avec Win­dows, son sys­tème d’ex­ploi­ta­tion ( OS) qui consti­tue en­core une po­si­tion do­mi­nante sur le mar­ché des or­di­na­teurs per­son­nels, et Of­fice 365 qui dé­ma­té­ria­lise dans le cloud la suite des lo­gi­ciels Word, Ex­cel, Po­wer­point ou en­core Out­look, Mi­cro­soft s’est consti­tué avec ces deux ac­ti­vi­tés une rente de si­tua­tion. La moi­tié des ventes d’of­fice 365 en 2017 ( 5) se fait dans les nuages. Ré­sul­tat, les seg­ments d’ac­ti­vi­té « Pro­duc­ti­vi­ty and Bu­si­ness Pro­cesses » ( Of­fice 365, Lin­ke­din, Dy­na­mics, …) et « More Per­so­nal Com­pu­ting » ( Win­dows, Sur­face, Xbox, Bing, …) gé­nèrent à eux deux 77 % du chiffre d’af­faires du groupe, mais sur­tout plus de 90 % de sa marge opé­ra­tion­nelle. Win­dows et Of­fice sont ain­si les deux « vaches à lait » de la firme de Red­mond. Pour l’ins­tant… Car l’éro­sion des re­ve­nus du seg­ment « Win­dows » se pour­suit ; elle a été de - 4 % pour l’exer­cice 2016/ 2017 pas­sant sous la barre des 40 mil­liards de dol­lars ( à 38,7 pré­ci­sé­ment). C’est que Mi­cro­soft su­bit là de plein fouet le dé­clin conti­nu du PC, qui a fait son heure de gloire et la for­tune de Bill Gates de­ve­nu l’homme le plus riche du monde ( 6). Le pro­blème est que, dans le même temps, Mi­cro­soft a échoué dans le mo­bile : après avoir ac­quis à prix d’or l’ac­ti­vi­té de fa­bri­ca­tion de té­lé­phones por­tables du fin­lan­dais No­kia en 2013 pour 7,5 mil­liards de dol­lars, l’opé­ra­tion ini­tiée par Steve Ball­mer fut un échec cui­sant. Après les « No­kia » sous Win­dows Phone, la greffe des Lu­mia n’a pas pris sur un mar­ché do­mi­né par Google ( An­droid) et Apple ( IOS). En juillet der­nier, Mi­cro­soft a an­non­cé qu’il aban­don­nait son OS mo­bile lan­cé sept ans plus tôt mais n’ayant pas dé­pas­sé les 0,2 % de parts de mar­ché au ni­veau mon­dial ( Win­dows Phone 8.1, der­nière ver­sion de L’OS sor­tie en 2014, n'est plus mis à jour de­puis juillet 2017). Ce­pen­dant, la stra­té­gie « mo­bile first, cloud first » de Sa­tya Na­del­la montre que la firme de Red­mond garde un pied dans le mo­bile avec Win­dows 10 Mo­bile, dé­cli­nai­son de son OS 10 dis­po­nible de­puis 2015 sur PC.

In­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle et as­sis­tants vo­caux

A l’image des trois prin­ci­paux thèmes de l’évé­ne­ment emi­cro­soft Ex­pe­riences, qui s’est dé­rou­lé dé­but oc­tobre à Pa­ris, la mul­ti­na­tio­nale veut im­pri­mer sa marque dans l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle ( IA), la confiance nu­mé­rique et la « col­la­bo­ra­tion in­no­vante » . C’est dans ce sens que toutes les fi­liales, dont la fran­çaise à Is­sy- les- Mou­li­neaux do­tée d’un nou­veau pa­tron ( 7), doivent oeu­vrer. L’IA passe par les ob­jets connec­tés du quo­ti­dien, dont les as­sis­tants vo­caux. Mi­cro­soft ne peut man­quer cet el­do­ra­do. Sa­tya Na­del­la a donc par­lé avec Jeff Be­zos, le pa­tron d’ama­zon : en­semble, ils ont an­non­cé fin août que l’as­sis­tant vo­caux vir­tuel Cor­ta­na ( Mi­cro­soft) in­ter­agi­ra avec son ho­mo­logue Alexa ( Ama­zon) et vice ver­sa ( 8). Et plus si af­fi­ni­tés ? @ Charles de Lau­bier

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