Ko­di, la nou­velle bête noire des in­dus­tries cultu­relles

En 2018, le nombre d'uti­li­sa­teurs dans le monde du lo­gi­ciel libre Ko­di pour lec­teurs mul­ti­mé­dias ou media cen­ters de­vrait fran­chir les 40 mil­lions. De quoi ac­croître l'in­quié­tude des in­dus­tries cultu­relles ( ci­né­ma, musique, té­lé, …) qui voient dans cet o

Edition Multimédi@ - - La Une - Charles de Lau­bier

Divx, Bit­tor­rent, Youtube- mp3, … Il y a comme ça des noms de lo­gi­ciels qui font fré­mir les in­dus­tries cultu­relles, tant ils évoquent pour elles le pi­ra­tage d’oeuvres en ligne. Ko­di est l’un de ceux- là. Lo­gi­ciel libre lan­cé il y au­ra quinze ans cette année sous le signe XBMC, pour Xbox Media Cen­ter, Ko­di per­met de faire d’un lec­teur ou d’une « box » un vé­ri­table media cen­ter ca­pable d’ex­ploi­ter mu­siques, films, pro­grammes té­lé­vi­sés vi­déos ou pho­tos. En­tiè­re­ment gra­tuit ( 1) et ne bé­né­fi­ciant que de dons ( 2), il est au­jourd’hui uti­li­sé par près de 40 mil­lions d’uti­li­sa­teurs dans le monde.

La XBMC/ Ko­bi contre le pi­ra­tage

Vé­ri­table cou­teau suisse mul­ti­mé­dia, il lit, vi­sua­lise, té­lé­charge et en­re­gistre à la ma­nière d’un Per­so­nal Video Re­cor­der ( PVR) la plu­part des for­mats de fi­chiers au­dios, vi­déos ou gra­phiques or­ga­ni­sés dans une bi­blio­thèque nu­mé­rique per­son­na­li­sable. Dé­ve­lop­pé en open source au sein de la XBMC Foun­da­tion, consor­tium à but non lu­cra­tif fon­dé par des dé­ve­lop­peurs aguer­ris et ba­sé dans l’etat amé­ri­cain du De­la­ware, ce lo­gi­ciel mul­ti­mé­dia a com­men­cé à faire ses preuves sur les consoles de jeu de Mi­cro­soft – qui n’en est pas l’éditeur mais le pro­pose sur les Xbox et Win­dows Stores – avant de s’adap­ter comme un ca­mé­léon aux autres en­vi­ron­ne­ments à par­tir de 2008 : An­droid, IOS, Li­nux, Win­dows, OSX et Rasp­bian. Ko­di ( c’est son nom de­puis 2014) sup­porte aus­si des cen­taines de té­lé­com­mandes TV ou per­met aux smart­phones et aux ta­blettes de prendre le contrôle de son media cen­ter. Fin dé­cembre 2017, le Néer­lan­dais Mar­ti­jn Kai­j­ser ( pho­to), di­rec­teur de pro­jet à la XBMC Foun­da­tion, par ailleurs in­gé­nieur au Pays- Bas au sein du groupe fran­çais d’in­gé­nie­rie Spie, a an­non­cé la ver­sion 18 de Ko­di pour cette année. Sa com­pa­ti­bi­li­té a été éten­due aux Xbox One ( 3) en plus de tous les autres sys­tèmes d’ex­ploi­ta­tion. Mais la XBMC Foun­da­tion, pré­si­dée par l’amé­ri­cain Na­than Bet­zen et ju­ri­di­que­ment re­pré­sen­tée par le Soft­ware Free­dom Law Cen­ter ( SFLC) à New York, pré­vient : « Le fait de re­gar­der ou d’écou­ter des conte­nus illi­cites ou pi­ra­tés, qui au­raient dû être payés, n’est pas as­su­mé ni ap­prou­vé par l’équipe Ko­di. (…) Ko­di ne four­nit lui- même au­cun mé­dia. Les uti­li­sa­teurs four­nissent leurs propres conte­nus ou connectent ma­nuel­le­ment Ko­di à des ser­vices en ligne tierces. Le pro­jet Ko­di n’ap­porte au­cun sup­port pour les vi­déos de contre­bande » . Mar­ti­jn Kai­j­ser avait même ré­vé­lé en mai der­nier que son équipe étu­diait la mise en place de DRM ( Di­gi­tal Right Ma­na­ge­ment) dans Ko­di pour don­ner des gages aux pro­duc­teurs de conte­nus pro­té­gés. Il n’em­pêche que ce lo­gi­ciel libre mul­ti­mé­dia, qui ri­va­lise avec d’autre so­lu­tions telles que Plex ou Me­dia­por­tal, est sus­pec­té par les in­dus­tries cultu­relles de fa­vo­ri­ser le pi­ra­tage sur In­ter­net de mu­siques et de films. La Mo­tion Pic­ture As­so­cia­tion of Ame­ri­ca ( MPAA), or­ga­ni­sa­tion amé­ri­caine du ci­né­ma, a af­fir­mé dé­but no­vembre 2017 de­vant la Co­py­right Al­liance que « 68,5 % des 38 mil­lions d’uti­li­sa­teurs de Ko­di sont des pi­rates » , sou­vent en uti­li­sant des ex­ten­sions – ou add- on – pour la vi­déo ( 4) ou pour l’au­dio ( 5). C’est Neil Fried, vice- pré­sident de la MPAA en charge des af­faires pu­bliques et ré­gle­men­taires, qui avance ce chiffre de 38 mil­lions d’uti­li­sa­teurs au ni­veau mon­dial, dont 26 mil­lions se­raient des pi­rates pré­su­més. En Eu­rope, Ko­di a été vi­sé di­rec­te­ment par une dé­ci­sion de la Cour de jus­tice de l’union eu­ro­péenne ( CJUE) qui – dans l’ar­rêt « Film­spe­ler » da­té du 26 avril 2017 ( 6) – a dé­ci­dé que « la vente d’un lec­teur mul­ti­mé­dia per­met­tant de re­gar­der gra­tui­te­ment et fa­ci­le­ment, sur un écran de té­lé­vi­sion, des films dis­po­nibles illé­ga­le­ment sur In­ter­net peut consti­tuer une vio­la­tion du droit d’auteur » . La box Film­spe­ler uti­li­sait Ko­di. Plus ré­cem­ment, dans la dif­fu­sion au­dio­vi­suelle cette fois, L’UEFA ( 7) a ob­te­nu fin dé­cembre de la jus­tice bri­tan­nique de pour­voir de­man­der aux four­nis­seurs d’ac­cès à In­ter­net ( FAI) BT, Sky et Vir­gin Media de blo­quer en 2018, pour les pro­chains matches de la Ligue des cham­pions ou de la Ligue Eu­ro­pa, les ac­cès en strea­ming ju­gés illé­gaux via des lec­teurs ou box fonc­tion­nant sous Ko­di.

« Nou­veau mode de pi­ra­tage » ( Ha­do­pi)

En France, la Haute au­to­ri­té pour la dif­fu­sion des oeuvres et la pro­tec­tion des droits sur In­ter­net ( Ha­do­pi) voit dans les lec­teurs mul­ti­mé­dias et box « Ko­di » un « nou­veau mode de pi­ra­tage » . Se­lon Next In­pact, elle a ré­di­gé une note tech­nique de 30 pages adres­sées l’an der­nier aux ayants droits pour les mettre en garde – sché­ma à l’ap­pui ( 8) – contre les ex­ten­sions ( add- on) de Ko­di ( 9) qui fonc­tionnent sur des boî­tiers mais aus­si « sur des boxes telles que la Free­box mi­ni 4K ou la Bbox Mia­mi » . L’ha­do­pi a aus­si convo­qué des sites de e- com­merce tels qu’ama­zon, Pri­ce­mi­nis­ter ou ebay, pour les sen­si­bi­li­ser au pro­blème. @

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