Les conver­tis­seurs « Youtube- MP3 » dans le col­li­ma­teur

Edition Multimédi@ - - La Une - Charles de Lau­bier

Plus de la moi­tié des in­ter­nautes pra­tiquent le stream rip­ping pour té­lé­char­ger mu­siques et vi­déos à par­tir du streaming des plateformes telles que Youtube, Sound­cloud ou Dai­ly­mo­tion. Ce droit à la co­pie pri­vée est contes­té aux Etats- Unis, en Grande- Bre­tagne et main­te­nant en France.

Se­lon nos in­for­ma­tions, la So­cié­té ci­vile des pro­duc­teurs pho­no­gra­phiques ( SCPP) a lan­cé des ac­tions ju­di­ciaires contre trois sites web de stream rip­ping. Mais ce bra­sar­mé de dé­fense des droits d’au­teur des ma­jors de la mu­sique – que sont Uni­ver­sal Mu­sic, So­ny Mu­sic et War­ner Mu­sic réunis au sein du Snep ( 1) – ne sou­haite pas com­mu­ni­quer sur ces ac­tions en cours « tant qu’elles ne font pas l’ob­jet de dé­ci­sions de jus­tice » ( dixit Marc Guez, DG de la SCPP, à EM@).

Youtube- MP3, Mp3­fi­ber, Flv­to, 2conv

Le stream rip­ping consiste té­lé­char­ger et sau­ve­gar­der un flux au­dio ou vi­déo dif­fu­sé en streaming. Cette co­pie pri­vée est a prio­ri lé­gale pour l’uti­li­sa­teur…, jus­qu’à preuve du contraire. Les sites web et/ ou les édi­teurs de lo­gi­ciels per­met­tant cette conver­sion à l’aide d’ou­tils de type Youtube- MP3 sont dans le col­li­ma­teur de l’in­dus­trie mu­si­cale de­puis dix ans main­te­nant. « Les sites de stream rip­ping trans­gressent de fa­çon éhon­tée les droits des ar­tistes et des pro­duc­teurs de mu­sique » , avait même dé­cla­ré il y a un an Frances Moore ( pho­to), la directrice gé­né­rale de L’IFPI ( 2), la fé­dé­ra­tion in­ter­na­tio­nale de l’in­dus­trie pho­no­gra­phique. Der­nière cible en date : Mp3­fi­ber. Ce conver­tis­seur en ligne ba­sé au Ca­na­da af­fiche dé­sor­mais sur son site web ( 3) le mes­sage sui­vant en rouge : « En rai­son d’une plainte de la RIAA, nous avons in­ter­rom­pu toutes conver­sions. Dé­so­lé pour la gêne oc­ca­sion­née » . En ef­fet, la Re­cor­ding In­dus­try As­so­cia­tion of Ame­ri­ca – l’équi­valent du « Snep » en France mais à l’échelle des Etats- Unis – a ob­te­nu des ad­mi­nis­tra­teurs du site web l’ar­rêt de ce ser­vice. Mp3­fi­ber pro­po­sait de conver­tir en stream rip­ping des vi­déos cap­tu­rées sur Youtube en fi­chier sonore MP3 – du nom du format de compression au­dio créé il y a 25 ans – ain­si que de té­lé­char­ger les vi­déos el­les­mêmes à par­tir non seule­ment de Youtube mais aus­si de Sound­cloud, Dai­ly­mo­tion, Fa­ce­book, Vi­meo, Vkon­takte ou en­core Me­ta­cafe. Se­lon le site d’in­for­ma­tion Tor­rent­freak dans son édition du 21 août, la RIAA a ob­te­nu de la so­cié­té Do­mains by Proxy ( DBP) – pour­tant spé­cia­li­sée dans la confi­den­tia­li­té des pro­prié­taires de noms de do­maines… – les co­or­don­nées des ad­mi­nis­tra­teurs de Mp3­fi­ber et en l’ab­sence de toute in­jonc­tion de la part d’un juge ( 4). Di­rec­te­ment contac­tés par la RIAA, les res­pon­sables de Mp3­fi­ber ont ré­pon­du au « Snep » amé­ri­cain qu’ils pen­saient être dans la lé­ga­li­té étant don­né leur pré­sence au Ca­na­da, pays où les pro­duc­teurs de mu­sique sont ré­mu­né­rés au titre de la co­pie pri­vée par une taxe sur les sup­ports vierges ( blank me­dia le­vy). La RIAA a re­je­té cette dé­fense en fai­sant re­mar­quer que Mp3­fi­ber était aus­si ac­ces­sible des Etats- Unis. L’or­ga­ni­sa­tion amé­ri­caine des ma­jors de la mu­sique ( Uni­ver­sal Mu­sic, War­ner Mu­sic et So­ny Mu­sic) a aus­si fait pres­sion sur Mp3­fi­ber pour qu’il cesse de lui- même son ac­ti­vi­té s’il vou­lait évi­ter de su­bir le même sort ju­di­ciaire que Youtube- MP3 condam­né en 2017 ou que deux ac­tions en cours de­vant la jus­tice contre deux autres sites ba­sés en Rus­sie, Flv­to. biz et 2conv. com. Pour évi­ter un pro­cès, les ad­mi­nis­tra­teurs du site de rip­ping in­cri­mi­né ont dé­ci­dé de sus­pendre leur ser­vice. « Ce site web a été en réa­li­té gé­ré comme un passe- temps. Nous avons dé­pen­sé plus d’ar­gent sur des ser­veurs que nous ne l’avions ja­mais fait ; aus­si, nous n’avons pas vou­lu en­trer dans une quel­conque bataille ju­ri­dique. Nous avons à peu près cé­dé à leurs de­mandes sans pen­ser à autre chose » , ont- ils confié à Tor­rent­freak. Il faut dire que les ac­tions contre les sites de « You­tu­be­rip­ping » se sont mul­ti­pliés ces der­niers mois et pour­raient s’in­ten­si­fier cette an­née. Outre les sites russes Flv­to. biz et 2conv. com, qui sont aus­si ac­ces­sibles par Fly2mp3. org et qui dis­po­saient aus­si de ser­veurs en Al­le­magne, d’autres ont dû fer­mer à l’ins­tar de Pi­ck­vi­deo. net, Vi­deo- down­load. co et Ea­sy­load. co. La RIAA et la Bri­tish Pho­no­gra­phic In­dus­try ( BPI) sont les « Snep » les plus ac­tives dans le monde pour com­battre le Youtube- rip­ping. Le site lea­der de cette pra­tique, Youtube- mp3. org, a été contraint de fer­mer en Al­le­magne l’an der­nier à la suite d’une ac­tion en jus­tice des mai­sons de disques amé­ri­caines et bri­tan­niques.

En France, une ex­cep­tion de co­pie pri­vée

Si la conver­sion de flux est consi­dé­rée aux Etats- Unis et en Grande- Bre­tagne comme une pra­tique illé­gale, il n’en va pas de même en France où les ayants droit de la mu­sique sont dis­po­sés à l’in­clure dans le droit à la co­pie pri­vée ( 5) comme ex­cep­tion au droit d’au­teur ( 6). C’est du moins – in­dé­pen­dam­ment des trois ac­tions de la SCPP – ce qui est ac­tuel­le­ment dis­cu­té au sein de la com­mis­sion « Mu­si­tel­li » ( lire p. 7), avec l’aide de l’ha­do­pi et de Youtube, à condi­tion de dis­tin­guer le rip­ping lé­gal de l’illé­gal. Un casse- tête. @

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