ÉRIC BOURRELI « L’usine du fu­tur re­pose sur un chan­ge­ment de bu­si­ness mo­del »

Spé­cia­liste de la ro­bo­ti­sa­tion et de l’au­to­ma­ti­sa­tion, ex­pert pour ces ques­tions au­près du Snese, Éric Bourre li dis­tingue les no­tion s de« mo­der­ni­sa­tion-au tom ati­sat ion­ro­bo­ti­sa­tion », d’une part, et d’ usine du fu­tur, d’ autre part .« L’ in­dus­trie 4.0

Electronique S - - Sommaire - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR DI­DIER GIRAULT

Que si­gni­fie ro­bo­ti­ser une fa­bri­ca­tion? Ro­bo­ti­ser une fa­bri­ca­tion de ma­té­riels élec­tro­niques?

ÉRIC BOURRELI Plu­tôt que de si­gni­fi­ca­tion de la ro­bo­ti­sa­tion, je pré­fère par­ler de cri­tères de ro­bo­ti­sa­tion. Les fa­bri­ca­tions sus­cep­tibles d’être ro­bo­ti­sées sont celles qui tra­di­tion­nel­le­ment né­ces­sitent de la ré­pé­ta­bi­li­té, de la pré­ci­sion et de la ca­dence. En outre, dans la pro­duc­tion de ma­té­riels élec­tro­niques, la mi­nia­tu­ri­sa­tion conti­nue des com­po­sants et des cartes im­pose la re­cherche d’une plus grande pré­ci­sion dans les dif­fé­rentes opé­ra­tions. Avec les nou­velles so­lu­tions ro­bo­tiques, les temps de pa­ra­mé­trage tendent à di­mi­nuer et les ro­bots, ga­gnant en au­to­no­mie, de­viennent per­ti­nents dans la pro­duc­tion de pe­tites sé­ries ain­si que pour réa­li­ser plu­sieurs opé­ra­tions dif­fé­rentes sur une même pièce. Quelles sont les di­verses fa­milles de pro­duits (com­po­sants – comme les cap­teurs–, sous-en­sembles et en­sembles ma­té­riels et lo­gi­ciels) qui par­ti­cipent à la ro­bo­ti­sa­tion de l’en­tre­prise?

ÉRIC BOURRELI La ten­dance est à l’uti­li­sa­tion crois­sante par le do­maine in­dus­triel de sous-en­sembles fonc­tion­nels élé­men­taires ini­tia­le­ment conçus pour l’élec­tro­nique grand pu­blic. Exemples: l’in­té­gra­tion dans les sys­tèmes in­dus­triels de cap­teurs ini­tia­le­ment pen­sés pour les té­lé­phones mo­biles; l’uti­li­sa­tion de la re­cherche sur les al­go­rithmes de dé­tec­tion des pié­tons, mis au point par le sec­teur au­to­mo­bile, pour la dé­tec­tion des ob­jets… Au-de­là, les uni­vers de l’IoT in­dus­triel et de la ro­bo­tique se rap­prochent.

L’as­sem­blage de cartes élec­tro­niques s’ap­puie au­jourd’hui sur des pôles d’ac­ti­vi­tés ro­bo­ti­sées (pla­ce­ment des com­po­sants, sé­ri­gra­phie, fu­sion, ins­pec­tion AOI, test…). Com­ment voyez-vous évo­luer les équi­pe­ments dé­diés à ces opé­ra­tions?

ÉRIC BOURRELI Ces équi­pe­ments vont conti­nuer à se dé­ve­lop­per sui­vant deux axes : un axe « équi­pe­ments mul­ti-usages » et un axe « lignes de pro­duc­tion de plus en plus in­té­grées » of­frant d’ex­cel­lents com­pro­mis en termes de ca­dence et de flexi­bi­li­té. Au plan des mé­tiers de l’élec­tro­nique, il im­porte de re­mar­quer que la ro­bo­ti­sa­tion ne concerne pas que la pro­duc­tion de biens élec­tro­niques. Elle in­té­resse aus­si, par exemple, le re­cy­clage des ma­té­riels: Apple uti­lise le ro­bot Liam pour re­cy­cler les iP­hone.

ÉRIC BOURRELI, pré­sident de Re­fac­teo “Dans le cadre de l’in­dus­trie du fu­tur, l’in­tro­duc­tion d’une so­lu­tion ro­bo­tique s’ac­com­pagne d’un en­ga­ge­ment de l’en­tre­prise et de ses col­la­bo­ra­teurs vi­sant à ex­traire de la mise en place des nou­veaux ou­tils un avan­tage concur­ren­tiel ou à éta­blir de nou­veaux bu­si­ness clients.” mo­dels pour les

D’une ma­nière gé­né­rale, com­ment voyez-vous évo­luer la ro­bo­ti­sa­tion de la fa­bri­ca­tion des ma­té­riels élec­tro­niques?

ÉRIC BOURRELI On note de plus en plus de so­lu­tions ro­bo­tiques sur éta­gère des­ti­nées en par­ti­cu­lier à la fa­bri­ca­tion des pro­duits élec­tro­niques. La dé­ci­sion d’ins­tal­la­tion d’un tel équi­pe­ment ré­pond sou­vent à une de­mande spé­ci­fique d’un client ou ré­sulte d’un cal­cul éco­no­mique. Tou­te­fois, dans ce der­nier cas, la pro­messe d’un grand re­tour sur in­ves­tis­se­ment ne consti­tue pas un mo­teur suf­fi­sant pour bou­le­ver­ser des pro­cé­dures bien éta­blies, qui fonc­tionnent, des équipes bien or­ga­ni­sées, qui savent tra­vailler en­semble, avec le risque de mettre en pé­ril une qua­li­té de pro­duc­tion par­fai­te­ment maî­tri­sée et re­con­nue par les clients. Dans le cadre de l’in­dus­trie du fu­tur, l’in­tro­duc­tion d’une so­lu­tion ro­bo­tique s’ac­com­pagne d’un en­ga­ge­ment de l’en­tre­prise et de ses col­la­bo­ra­teurs vi­sant à ex­traire de la mise en place des nou­veaux ou­tils un avan­tage concur­ren­tiel ou à éta­blir de nou­veaux

bu­si­ness­mo­dels pour les clients. De ma­nière plus glo­bale, le dé­ve­lop­pe­ment d’une nou­velle so­lu­tion qui va faire un « meilleur tra­vail » n’est qu’une pre­mière étape; la deuxième

est l’adop­tion de cette so­lu­tion par l’uti­li­sa­teur fi­nal et plus par­ti­cu­liè­re­ment par les col­la­bo­ra­teurs des ate­liers. C’est le prin­ci­pal tra­vers de l’in­no­va­tion de rup­ture que de res­ter concen­trée sur l’offre et de croire qu’une pro­po­si­tion de va­leur su­pé­rieure suf­fit au chan­ge­ment. Le choix de la ro­bo­ti­sa­tion in­ter­vient gé­né­ra­le­ment à l’oc­ca­sion d’une ré­or­ga­ni­sa­tion de l’atelier consé­cu­tive à des dé­parts à la re­traite ou à un ac­crois­se­ment de l’ac­ti­vi­té. Il s’agit alors pour l’en­tre­prise de prendre son des­tin d’« usine du fu­tur » en main et d’ins­crire la ro­bo­tique dans une ré­or­ga­ni­sa­tion du tra­vail et, pour­quoi pas, de mettre en place un nou­veau mode de ma­na­ge­ment. La meilleure ap­proche est alors de fonc­tion­ner en mode pro­jet voire d’uti­li­ser les prin­cipes édic­tés par les start-up ca­li­for­niennes. C’est-à-dire qu’il faut ex­pé­ri­men­ter, ne pas hé­si­ter à échouer pour que l’atelier amé­liore sa po­si­tion dans la courbe d’ap­pren­tis­sage. Pour se dif­fé­ren­cier des autres et trou­ver les ap­pli­ca­tions ro­bo­tiques les plus per­ti­nentes pour l’en­tre­prise et les clients, les di­ri­geants doivent aus­si prendre en compte la no­tion de perte ac­cep­table si les gains ne sont pas au ren­dez-vous. C’est à ce prix que l’on dé­gage de nou­veaux bu­si­ness­mo­del­set que l’on ren­force la co­hé­sion des équipes. Bien en­ten­du, la ro­bo­tique est un do­maine en forte évo­lu­tion. Aus­si ne faut-il pas hé­si­ter à re­ve­nir sur les dif­fi­cul­tés ren­con­trées ha­bi­tuel­le­ment à l’ap­pa­ri­tion de toute nou­velle tech­no­lo­gie. On parle alors de pro­ces­sus d’ité­ra­tion. Vous avez men­tion­né ailleurs que l’épine dor­sale de l’usine du fu­tur est le sys­tème in­for­ma­tique de l’en­tre­prise. Que de­vra être ce sys­tème pour une ro­bo­ti­sa­tion op­ti­male de l’usine? ÉRIC BOURRELI L’axiome de base est ici que la « da­ta » est une ri­chesse pour l’en­tre­prise. Reste alors à cette en­tre­prise à re­de­ve­nir pro­prié­taire des don­nées qu’elle uti­lise. La don­née est en réa­li­té for­ma­tée et sto­ckée par des tiers comme l’in­té­gra­teur de l’ERP, et y avoir ac­cès ne se fait pas sim­ple­ment. Pour ex­ploi­ter ses don­nées ain­si que celles de ses four­nis­seurs et de ses clients, l’en­tre­prise peut au­jourd’hui comp­ter sur les API(*). En ef­fet, beau­coup de bases de don­nées sont main­te­nant ac­ces­sibles via les API. Et les in­ter­faces de pro­gram­ma­tion fa­ci­litent la créa­tion de nou­veaux ser­vices. Exemple: la mise à dis­po­si­tion des clients d’un sui­vi en conti­nu de leurs com­mandes. Par ailleurs, les in­dus­triels ont au­jourd’hui à leur dis­po­si­tion des ou­tils évo­lués dans le do­maine du col­la­bo­ra­tif. En ef­fet, pa­ral­lè­le­ment aux ro­bots, se sont dé­ve­lop­pés des sys­tèmes d’in­for­ma­tions col­la­bo­ra­tifs (Of­fice 365…) ain­si que des ser­vices per­met­tant

via le Cloud le par­tage des don­nées, la co­opé­ra­tion et l’uti­li­sa­tion de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle (AWS, pla­te­forme Wat­son d’IBM, Azur Co­gni­tive Ser­vices de Mi­cro­soft…). L’un des dé­fis en­core à re­le­ver au­jourd’hui est ce­lui de l’in­ter­com­mu­ni­ca­tion entre ma­chines (entre ro­bots, entre ro­bots et ma­chines au­to­ma­ti­sées tra­di­tion­nelles, comme les ma­chines pick & place…). Com­ment voyez-vous évo­luer cette in­ter­com­mu­ni­ca­tion?

ÉRIC BOURRELI L’in­ter­com­mu­ni­ca­tion entre ma­chines est d’abord une ques­tion de normes. L’IPC tra­vaille ain­si à une nou­velle mou­ture de sa norme CAMX des­ti­née à l’in­ter­com­mu­ni­ca­tion entre ma­chines de l’atelier dé­diées à l’as­sem­blage de com­po­sants sur les cartes; Men­tor Gra­phics est à l’ori­gine de l’ini­tia­tive OML ( Ope­ra­ting

Ma­nu­fac­tu­ringLan­guage); et, en avril der­nier, dix-sept four­nis­seurs d’équi­pe­ments ont ap­prou­vé le nou­veau stan­dard de com­mu­ni­ca­tion MtoM Hermes, pro­po­sé par ASM As­sem­bly Sys­tems et Asys, et des­ti­né à l’as­sem­blage des com­po­sants sur les cartes élec­tro­niques. D’une ma­nière gé­né­rale, les normes couvrent un nombre tou­jours plus grand de champs. Et les pas­se­relles entre ces champs de­vraient se mul­ti­plier. Ain­si, en ce qui concerne les pro­to­coles de com­mu­ni­ca­tion uti­li­sés dans les ma­chines de l’atelier, les fa­bri­cants d’équi­pe­ments de­vraient, à l’ave­nir, ou­vrir ces pro­to­coles de fa­çon à pri­vi­lé­gier la créa­tion d’éco­sys­tèmes ap­pli­ca­tifs. (*) API : Ap­pli­ca­tion Pro­gram­ming In­ter­face ou in­ter­face de pro­gram­ma­tion ap­pli­ca­tive. Une API per­met à des ap­pli­ca­tions de com­mu­ni­quer entre elles et/ou de s’échan­ger mu­tuel­le­ment des ser­vices.

≥ La ro­bo­ti­sa­tion ne concerne pas que la pro­duc­tion de biens élec­tro­niques. Elle in­té­resse aus­si, par exemple, le re­cy­clage des ma­té­riels: Apple uti­lise ain­si le ro­bot Liam pour re­cy­cler les iP­hone.

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