« L’EU­ROPE EST BIEN PLA­CÉE SUR LES MAR­CHÉS DE LA MI­CRO­ÉLEC­TRO­NIQUE POUR L’IoT »

Ma­rie-Noëlle Semeria, di­rec­trice du Le­ti

Electronique S - - La Une - MA­RIE-NOËLLE SEMERIA Di­rec­trice du Le­ti PRO­POS RE­CUEILLIS PAR JACQUES MAROUANI

Nos or­ga­nismes de re­cherche et d’in­no­va­tions doivent ai­der l’in­dus­trie Eu­rope.” à main­te­nir une pro­duc­tion en

Com­ment évo­lue la mi­cro­élec­tro­nique eu­ro­péenne?

MA­RIE-NOËLLE SEMERIA La mi­cro­élec­tro­nique dans son en­semble est une ac­ti­vi­té clé pour l’in­dus­trie eu­ro­péenne. Il y a quelques an­nées, la mi­cro­élec­tro­nique était prin­ci­pa­le­ment cen­trée sur le Cmos. Au­jourd’hui ce n’est plus le cas, no­tam­ment en Eu­rope, parce que nous avons di­ver­si­fié de fa­çon im­por­tante le por­te­feuille de tech­no­lo­gies. Nous ac­cor­dons de plus en plus d’im­por­tance aux tech­no­lo­gies « More than Moore ». Et les or­ga­nismes de re­cherche tech­no­lo­giques que sont le Le­ti et le Fraun­ho­fer sont to­ta­le­ment im­pli­qués dans le dé­ve­lop­pe­ment de ces tech­no­lo­gies. Nous consi­dé­rons le sec­teur des se­mi­con­duc­teurs comme stra­té­gique, car nous de­vons re­le­ver un double dé­fi de sou­ve­rai­ne­té. Tout d’abord un dé­fi de sou­ve­rai­ne­té éco­no­mique, car la mi­cro­élec­tro­nique dif­fu­se­ra dans les tech­no­lo­gies les plus pro­met­teuses telles que l’IoT et l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle. Elle consti­tue un le­vier bien plus im­por­tant que par le pas­sé pour l’éco­no­mie glo­bale, par exemple avec la voi­ture au­to­nome et connec­tée. C’est aus­si une ques­tion de sou­ve­rai­ne­té stra­té­gique, d’in­dé­pen­dance et d’ac­cès à des composants cri­tiques, no­tam­ment pour la sé­cu­ri­té et la dé­fense.

Com­ment l’Eu­rope doit-elle s’y prendre pour ré­pondre à cet im­pé­ra­tif de sou­ve­rai­ne­té?

MA­RIE-NOËLLE SEMERIA Nos or­ga­nismes de re­cherche et d’in­no­va­tion doivent ai­der l’in­dus­trie à main­te­nir une pro­duc­tion en Eu­rope afin de ser­vir des mar­chés es­sen­tiels tels que ceux de l’au­to­mo­bile et de l’IoT, en fa­vo­ri­sant les trans­ferts de la re­cherche vers l’in­dus­trie. C’est un éco­sys­tème com­plet où les ac­teurs doivent tra­vailler en­semble qui doit se mettre en place. À un ni­veau na­tio­nal et eu­ro­péen, nous de­vons construire de grandes ini­tia­tives, comme ce­la est en train de se pro­duire avec les pro­jets im­por­tants d’in­té­rêt com­mun - IPCEI - en mi­cro­élec­tro- nique. Il s’agit de lier les dif­fé­rentes tech­no­lo­gies où l’Eu­rope est bien pla­cée: en élec­tro­nique de puis­sance, dans les cap­teurs, le FD-SOI, les mé­moires em­bar­quées, pour les ap­pli­ca­tions de com­mu­ni­ca­tion, l’au­to­mo­bile, l’IoT ou en­core la san­té. C’est un double dé­fi: à la fois pour l’in­dus­trie eu­ro­péenne et les or­ga­nismes de re­cherche.

D’où est par­tie cette idée de co­opé­ra­tion entre le Le­ti et le Fraun­ho­fer?

MA­RIE-NOËLLE SEMERIA La rai­son du ren­for­ce­ment de notre co­opé­ra­tion est ba­sée sur l’ob­ser­va­tion que l’Eu­rope a des atouts dans ces do­maines. Nous avons la pos­si­bi­li­té de faire mieux en termes de ca­pa­ci­té de pro­duc­tion. Nous nous sommes en­ga­gés à sup­por­ter notre in­dus­trie eu­ro­péenne. À cette fin, nous avons adap­té notre or­ga­ni­sa­tion et nos in­fra­struc­tures de re­cherche. Nous avons mis à jour notre parc d’équi­pe­ments. Grâce à cette co­opé­ra­tion, les pla­te­formes tech­no­lo­giques peuvent être mieux uti­li­sées et nous sommes à même de mieux ré­pondre aux at­tentes des PME et des start-up, pour ga­gner du temps et al­ler de l’avant. Le gou­ver­ne­ment al­le­mand est dé­jà prêt à in­ves­tir. Et en France, c’est en cours de dis­cus­sion. Nos deux pays ont le même agen­da eu­ro­péen, et nous de­vons faire conver­ger nos pro­grammes lors d’un som­met entre la France et l’Al­le­magne. D’autres pays sont im­pli­qués: l’Ita­lie, l’Au­triche, peut-être le Royaume-Uni, mais ce­la dé­pen­dra de l’is­sue du Brexit.

Quel de­vrait être le conte­nu des pro­jets IPCEI?

MA­RIE-NOËLLE SEMERIA L’ob­jec­tif prin­ci­pal de ces grands pro­jets eu­ro­péens est d’adap­ter la ré­gle­men­ta­tion eu­ro­péenne à notre in­dus­trie et à notre re­cherche. Le deuxième ob­jec­tif et d’ali­gner l’in­dus­trie eu­ro­péenne et les or­ga­nismes de re­cherche sur plu­sieurs pi­liers. Le pre­mier pi­lier est dé­dié au FD-SOI, avec ST, Soi­tec, Glo­bal­foun­dries. Nous avons là une tech­no­lo­gie clé dif­fé­ren­cia­trice. Le deuxième pi­lier concerne les cap­teurs, car l’IoT re­pose sur les cap­teurs. L’élec­tro­nique de puis­sance est le troi­sième pi­lier, parce que nous avons be­soin d’un nombre crois­sant de composants de puis­sance pour la voi­ture au­to­nome. En­fin, il y a un pi­lier dé­dié aux équi­pe­ments, parce que nous avons be­soin de ma­té­riaux, d’ou­tils, de pro­cess, afin de fa­bri­quer les composants.

Quelle se­ra l’am­pleur du pro­gramme en termes de mon­tant de fi­nan­ce­ment?

MA­RIE-NOËLLE SEMERIA Le mon­tant consa­cré au pro­gramme se­ra l’ad­di­tion des contri­bu­tions de cha­cun des états par­ti­ci­pants. En France, nous avons un nou­veau gou­ver­ne­ment. Le but est d’avoir une idée du fi­nan­ce­ment avant la fin de l’an­née. Le gou­ver­ne­ment al­le­mand a, quant à lui, dé­ci­dé de four­nir un mil­liard d’eu­ros, qui au­ra un ef­fet de le­vier de 3 ou 4 mil­liards avec la mise des in­dus­triels. Il a pris le risque d’an­ti­ci­per le feu vert de l’Eu­rope.

MA­RIE- NOËLLE SEMERIA, di­rec­trice de Le­ti

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.