Ci­ty­zen Science n’a pas su se re­con­ver­tir et a été li­qui­dé

Sa rup­ture avec le sous-trai­tant Eo­lane lui au­ra été fa­tale. Li­qui­dé en oc­tobre 2017, Ci­ty­zen Sciences n’a pas pu trou­ver les fonds né­ces­saires pour conti­nuer seul et pour conqué­rir une clien­tèle in­té­res­sée par son D-Shirt.

Electronique S - - Dossier -

L’élec­tro­nique ves­ti­men­taire est un concept fu­tu­riste dont on parle de­puis plu­sieurs dé­cen­nies, mais qui a du mal à trou­ver con­crè­te­ment des dé­bou­chés. Outre les ap­pli­ca­tions mi­li­taires, c’est dans le do­maine du sport que la start- up Ci­ty­zen Sciences avait cru en sa chance. Après des dé­buts pro­met­teurs en 2012, cette so­cié­té avait conclu un par­te­na­riat avec le sous-trai­tant Eo­lane. Mais ce der­nier a été rom­pu en 2016. N’ayant pu trou­ver de rem­pla­çant, la start-up avait en­vi­sa­gé de se trans­for­mer en un ven­deur de tech­no­lo­gies en lieu et place d’un ven­deur de pro­duits. Mais cette trans­for­ma­tion ne pût s’opé­rer, faute de clients in­té­res­sés par la tech­no­lo­gie de Ci­ty­zen Science. C’est donc en juillet 2017 que l’en­tre­prise a été pla­cée en re­dres­se­ment ju­di­ciaire, puis en oc­tobre 2017 qu’elle a été li­qui­dée. Nous n’avons trou­vé au­cune trace d’une so­cié­té qui au­rait hé­ri­té de son sa­voir-faire. Son Pdg, Jean-Luc Er­rant, au­quel nous avions re­mis un Elec­tron d’or In­no­va­tion dans la

ca­té­go­rie San­té/Bien-être en 2015, est se­lon son pro­fil Lin­kedIn, di­rec­teur gé­né­ral d’une so­cié­té bap­ti­sée Boo­style, mais ce pro­fil semble ob­so­lète car se­lon nos re­cherches, celle-ci a été fer­mée dès 2011, et le nom de do­maine de son site In­ter­net est en vente. Ci­ty­zen Sciences avait pour­tant un pro­duit pro­met­teur au­quel nous n’étions pas les seuls à croire sur le pa­pier. Équi­pé de cap­teurs et d’un GPS, son D-Shirt (Di­gi­tal Shirt) était cen­sé trans­mettre des in­for­ma­tions en Blue­tooth à un smart­phone afin de sur­veiller dif­fé­rents si­gnaux émis par le corps hu­main (dont la fré­quence car­diaque, le rythme res­pi­ra­toire et la tem­pé­ra­ture cor­po­relle) et éla­bo­rer des in­di­ca­teurs de l’ef­fort phy­sique (par exemple en don­nant des pré­ci­sions sur la po­si­tion, l’al­ti­tude et la vi­tesse de l’uti­li­sa­teur). Ce vê­te­ment connec­té était ba­sé sur un « tis­su in­tel­li­gent » is­su de la tech­no­lo­gie bap­ti­sée « SmartSen­sing », fruit des re­cherches d’un consor­tium in­dus­triel fran­çais com­po­sé de Payen (tex­tile), Eo­lane (élec­tro­nique), Té­lé­com Bre­tagne (sciences et tech­no­lo­gie de l’in­for­ma­tion), Cy­cle­lab (vé­lo) et di­ri­gé par Ci­ty­zen Sciences. Le consor­tium était par ailleurs ac­com­pa­gné par l’ENSCI, pre­mière école de design fran­çaise et par le CEA-Le­ti.

Une le­vée de fonds qui n’au­ra ja­mais lieu

Le pro­gramme ISI (Ino­va­tion stra­té­gique in­dus­trielle) d’Oseo (pré­dé­ces­seur de Bpi­france) avait an­non­cé, dès 2012, le fi­nan­ce­ment du pro­jet Smart Sen­sing à hau­teur de 7,2 mil­lions d’eu­ros (pour un coût to­tal de 17,7 M sur 5 ans). Il avait pour am­bi­tion de construire une chaîne in­dus­trielle com­plète al­lant de la R&D à la dis­tri­bu­tion en pas­sant par la pro­duc­tion en France. Ci­ty­zen Sciences avait cher­ché à le­ver un mon­tant très consé­quent. Se­lon des sources proches de l’en­tre­prise, il vou­lait le­ver pas moins de 120 M . La so­cié­té avait rem­por­té un pre­mier suc­cès pour sa tech­no­lo­gie en fin d’an­née 2014 avec le spé­cia­liste ja­po­nais des équi­pe­ments de sport Asics qui pré­voyait que les pro­duits puissent être uti­li­sés pour main­te­nir la forme phy­sique et pour sug­gé­rer un en­traî­ne­ment ap­pro­prié. L’ac­cord entre les deux so­cié­tés com­pre­nait des tra­vaux de R&D et d’in­no­va­tion conjoints sur les tex­tiles in­tel­li­gents pour les vê­te­ments de sport. Le D-Shirt avait aus­si été pri­mé lors du CES, le sa­lon de l’élec­tro­nique grand pu­blic de Las Ve­gas, en jan­vier 2015. L’oc­ca­sion pour Ci­ty­zen Science de mieux se faire connaître aux États-Unis. Après le Ja­pon, le D-Shirt de­vait être ven­du sur le gi­gan­tesque mar­ché du sport aux États-Unis…

Une re­con­ver­sion avor­tée

Mais coup de ton­nerre en dé­cembre 2016. Ci­ty­zen Sciences et Eo­lane se sé­parent d’un com­mun ac­cord, quatre ans après avoir ini­tié leur par­te­na­riat. Cette rup­ture, fut an­non­cée par la start-up lyon­naise elle-même par la voie d’un com­mu­ni­qué de presse. « Nous consi­dé­rons que l’ap­proche tech­no­lo­gique pro­po­sée par Eo­lane n’était pas adap­tée aux at­tentes du mar­ché », ex­pli-

quait alors Jean- Luc Er­rant, fon­da­teur de Ci­ty­zen Sciences, ci­té par L’Usine Nou­velle. « Nous ne vou­lions pas nous re­trou­ver dé­pen­dants d’Eo­lane », jus­ti­fiait-il. Il ne vou­lait pas non plus d’une prise de contrôle de sa so­cié­té par le sous-trai­tant. « J’ai ob­ser­vé un in­té­rêt gran­dis­sant d’Eo­lane pour s’em­pa­rer de la to­ta

li­té des parts de l’en­tre­prise », ex­pli­quait-t-il. Jean-Luc Er­rant avait pré­fé­ré né­go­cier une sé­pa­ra­tion à l’amiable, en ra­che­tant les parts d’Eo­lane qui se mon­taient dé­jà à 45 % du ca­pi­tal de l’en­tre­prise. Il en­ten­dait bé­né­fi­cier de cette nou­velle in­dé­pen­dance fi­nan­cière afin de sai­sir les op­por­tu­ni­tés pré­sentes sur les mar­chés in­ter­na­tio­naux les plus por­teurs, no­tam­ment le Ja­pon et la Chine, mais on sait dé­sor­mais mal­heu­reu­se­ment qu’il n’en se­ra rien. La le­vée de fonds de « plus 100 M », qui avait été pro­je­tée à l’époque, n’au­ra ja­mais lieu et Bpi­france lui avait en outre re­ti­ré son sou­tien, se­lon L’Usine Nou­velle. Ci­ty­zen Sciences avait en­vi­sa­gé une nou­velle stra­té­gie en s’orien­tant vers le B2B en ven­dant des tech­no­lo­gies sous li­cence à d’autres so­cié­tés. Pen­dant 2 ans, les in­gé­nieurs de Ci­ty­zen Sciences avaient tra­vaillé afin de mettre au point le mode d’in­té­gra­tion de cap­teurs « le plus abou­ti du mar­ché », se­lon la start-up : CTZ In­side était cen­sé être la tech­no­lo­gie la plus in­té­grée et la plus com­pé­ti­tive à des­ti­na­tion des en­tre­prises qui sou­hai­taient dé­ve­lop­per leurs propres tex­tiles connec­tés. À notre connais­sance, au­cune en­tre­prise n’a an­non­cé avoir ache­té de li­cence CTZ In­side. Six mois avant sa mise en re­dres­se­ment ju­di­ciaire, Ci­ty­zen Sciences était en­core pré­sent au sa­lon CES de Las Ve­gas, afin de pré­sen­ter sa tech­no­lo­gie et ses tra­vaux, no­tam­ment réa­li­sés en « Fab Lab » qui per­met­taient la ren­contre entre les in­gé­nieurs de Ci­ty­zen Sciences et les ex­perts R&D de ses prin­ci­paux pros­pects et « qua­si clients » (le chi­nois Med­do Me­di­cal De­vices, le ja­po­nais Gold­win, l’al­le­mand Ad­van­sa, le fran­çais Vi­val­to, etc). Ci­ty­zen Sciences avait par ailleurs été sé­lec­tion­née dans le cadre de la mis­sion Proxi­ma par le Centre na­tio­nal d’études spa­tiales (CNES) afin d’équi­per l’as­tro­naute Tho­mas Pes­quet avec un vê­te­ment connec­té per­met­tant la cap­ture et l’ana­lyse d’une grande quan­ti­té de don­nées phy­siques et cor­po­relles. Comme quoi, il ne suf­fit pas d’avoir une tech­no­lo­gie d’avant-garde ! En­core faut-il être ca­pable de la com­mer­cia­li­ser. Ci­ty­zen Sciences réunis­sait un bon pro­duit, des tech­no­lo­gies fu­tu­ristes, mais n’a mal­heu­reu­se­ment pas pu trou­ver son mar­ché.

’ Le D- Shirt ( Di­gi­tal Shirt) était cen­sé trans­mettre des in­for­ma­tions en Blue­tooth à un smart­phone afin de sur­veiller dif­fé­rents si­gnaux émis par le corps hu­main ( dont la fré­quence car­diaque, le rythme res­pi­ra­toire et la tem­pé­ra­ture cor­po­relle).

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