Le Con­seil de l’in­no­va­tion voit le jour et dé­voile sa feuille de route

Le Con­seil de l’in­no­va­tion va oc­troyer 70 M d’aides in­di­vi­duelles dans le cadre du plan « deep tech », en­vi­ron 150 M pour re­le­ver des grands dé­fis tech­no­lo­giques, et 25 M au plan Na­no 2022 dé­dié à la na­noé­léc­tro­nique.

Electronique S - - Sommaire - JACQUES MAROUANI

In­ves­tir dans l’in­no­va­tion au­jourd’hui, c’est construire la crois­sance de de­main ». C’est en pré­am­bule ce que le Con­seil de l’in­no­va­tion a mis en exergue lors de sa séance inau­gu­rale, le 18 juillet der­nier, avant de dé­voi­ler sa feuille de route et les mon­tants des aides qu’il va al­louer à des pro­jets stra­té­giques d’in­no­va­tion. L’in­no­va­tion né­ces­site un in­ves­tis­se­ment per­ma­nent, sou­ligne-t-il. C’est un ca­pi­tal qu’il faut faire fruc­ti­fier, sur­tout à l’heure où émergent de nou­velles puis­sances qui as­sument d’in­ves­tir mas­si­ve­ment dans les sec­teurs de très haute tech­no­lo­gie. Pour orien­ter l’ac­tion du gou­ver­ne­ment, le Con­seil de l’in­no­va­tion au­ra deux prio­ri­tés prin­ci­pales : en­cou­ra­ger le dé­ve­lop­pe­ment d’in­no­va­tions de rup­tures et pi­lo­ter la sim­pli­fi­ca­tion d’un sys­tème d’aides de­ve­nu trop com­plexe. Il s’est fixé une feuille de route, qui am­bi­tionne de po­si­tion­ner la France en tant que puis­sance de pre­mier plan en ma­tière d’in­no­va­tion de rup­ture.

Sou­te­nir l’in­no­va­tion de rup­ture

Pre­mière prio­ri­té : sou­te­nir l’in­no­va­tion de rup­ture. Au­de­là de l’éco­sys­tème de star­tup créé de­puis cinq ans, la France dis­pose d’atouts re­con­nus au tra­vers d’une re­cherche aca­dé­mique d’ex­cel­lence. La France se place ain­si au 7e rang mon­dial en termes de pu­bli­ca­tions scien­ti­fiques, consacre 2,24 % de son PIB à la R&D, et pos­sède des ins­ti­tuts de re­cherche et des uni­ver­si­tés de re­nom­mée mon­diale : CNRS, CEA, In­serm, In­ria, In­ra, Ins­ti­tut Pas­teur, Sor­bonne Uni­ver- si­té, Uni­ver­si­té Pa­ris-Sa­clay, ENS, etc. Ces atouts fran­çais conduisent 88 % des in­ves­tis­seurs à ju­ger que les pers­pec­tives de crois­sance « deep tech » en France sont su­pé­rieures à celles des autres pays eu­ro­péens ( 1). Le Fonds pour l’in­no­va­tion et l’in­dus­trie (FII) vient ca­pi­ta­li­ser sur les atouts na­tio­naux pour ap­por­ter des moyens nou­veaux qui se­ront spé­ci­fi­que­ment dé­diés au fi­nan­ce­ment de l’in­no­va­tion de rup­ture. Il a vo­ca­tion à ga­ran­tir la souveraineté tech­no­lo­gique de notre pays et son dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique. Il vise no­tam­ment à fa­vo­ri­ser l’émer­gence des sec­teurs d’ave­nir dans le cadre de l’ac­tion « grands dé­fis ». Ces grands dé­fis per­met­tront de créer ou d’orien­ter les fi­lières vers des sec­teurs à forts en­jeux tech­no­lo­giques et so­cié­taux (in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, mo­bi­li­té, san­té, cy­ber-sé­cu­ri­té). En­vi­ron 150 M par an du FII y se­ront consa­crés. Le plan an­non­cé par le pré­sident de la Ré­pu­blique lors du som­met « AI For Hu­ma­ni­ty » pré­voit qu’au moins 100 M sur trois ans soient dé­diés à des su­jets tou­chant à l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle. En pa­ral­lèle, la France pro­meut la créa­tion d’une Agence eu­ro­péenne d’in­no­va­tion de rup­ture pour sou­te­nir les pro­grammes plus glo­baux, se concré­ti­sant à l’échelle eu­ro­péenne. La France ap­porte ain­si son ex­per­tise et ses am­bi­tions au pro­jet de l’Eu­ro­pean In­no­va­tion Coun­cil (EIC), por­té par le com­mis­saire eu­ro­péen Car­los Moe­das. Autre prio­ri­té de ce fonds : sou­te­nir la crois­sance et l’émer­gence des start-up tech­no­lo- giques, via le plan « deep tech », opé­ré par Bpi­france. L’ob­jec­tif est de dou­bler la créa­tion an­nuelle de start-up « deep tech » et de leur per­mettre de gran­dir suf­fi­sam­ment pour de­ve­nir lea­der sur leur mar­ché. Le plan « deep tech » s’ap­puie­ra sur une en­ve­loppe de 70 M par an qui per­met­tra d’of­frir à ces start-up un conti­nuum de fi­nan­ce­ments en re­va­lo­ri­sant les Bourses French Tech Emer­gence, dont le mon­tant pour­ra al­ler jus­qu’à 90 k (10 M y se­ront consa­crés chaque an­née), en aug­men­tant la do­ta- tion des con­cours, no­tam­ment le con­cours d’en­tre­prises tech­no­lo­giques i-Lab, à hau­teur de 15 M sup­plé­men­taires chaque an­née ; en ren­for­çant les aides in­di­vi­duelles à la R&D pour les en­tre­prises for­te­ment tech­no­lo­giques, ver­sées par Bpi­france à hau­teur de 45 M par an. Le plan « deep tech » com­prend éga­le­ment un vo­let ac­com­pa­gne­ment des en­tre­pre­neurs. Les en­tre­prises de la « deep tech » trouvent le plus souvent leur ori­gine et leurs re­lais de crois­sance dans la re­cherche conduite dans les la­bo­ra­toires

aca­dé­miques. Les ac­teurs du trans­fert de tech­no­lo­gies sont donc des maillons in­dis­pen­sables au suc­cès de ce plan ; l’ac­tion de pro­mo­tion et d’ac­com­pa­gne­ment de la French Tech se­ra élar­gie à l’en­semble des start-up « deep tech ». Tous dis­po­si­tifs confon­dus, l’État va in­ves­tir 4,5 Md (3,5 Md en sub­ven­tions et un mil­liard d’eu­ros en fonds propres) dans le fi­nan­ce­ment de l’in­no­va­tion de rup­ture ces cinq pro­chaines an­nées, dont 1,6 Md de nou­veaux moyens (1,25 Md de sub­ven­tions pour le Fonds pour l’In­no­va­tion et l’In­dus­trie et 400 M en fonds propres pour le fonds « French Tech Seed » du Pro­gramme d’in­ves­tis­se­ments d’ave­nir). Créé le 15 jan­vier 2018, le Fonds pour l’in­no­va­tion et l’in­dus­trie est do­té de 10 Md , grâce à des ces­sions d’ac­tifs d’En­gie et de Re­nault (1,6 Md ) et à des ap­ports en titres d’EDF et de Thales (en­vi­ron 8,4 Md ). L’État de­vrait pro­cé­der à de nou­velles ces­sions de par­ti­ci­pa­tions afin de rem­pla­cer ces titres. Le ren­de­ment de ce fonds se­ra de 2,5 % à terme, ce qui per­met­tra de gé­né­rer 250 M par an, qui se­ront dé­diés au fi­nan­ce­ment de l’in­no­va­tion de rup­ture : outre les 70 M d’aides in­di­vi­duelles dans le cadre du plan « deep tech » por­té par Bpi­france et en­vi­ron 150 M pour les grands dé­fis, 25 M se­ront ac­cor­dés au plan Na­no 2022 dé­dié à la mi­cro­élec­tro­nique eu­ro­péenne et en­vi­ron 5 M dont l’em­ploi reste sou­mis à l’ap­pré­cia­tion du Con­seil. Afin de don­ner un im­pact plus im­por­tant à la po­li­tique d’in­no­va­tion et fa­ci­li­ter son ap­pro­pria­tion par les ac­teurs, tout en re­cher­chant en per­ma­nence le mo­dèle le plus ef­fi­cient, le gou­ver­ne­ment en­tre­prend en pa­ral­lèle plu­sieurs sim­pli­fi­ca­tions : ac­crois­se­ment de la li­si­bi­li­té des aides à l’in­no­va­tion ; meilleure ar­ti­cu­la­tion des aides aux dif­fé­rents éche­lons al­lant du ni­veau ré­gio­nal au ni­veau eu­ro­péen ; lan­ce­ment de la phase 4 des pôles de com­pé­ti­ti­vi­té et rap­pro­che­ment des pro­cé­dures du Fonds unique in­ter­mi­nis­té­riel (FUI) et des Pro­jets struc­tu­rants pour la com­pé­ti­ti­vi­té (PSPC) pour ac­cé­lé­rer le trai­te­ment des dos­siers et aug­men­ter le sou­tien aux pro­jets des PME ; créa­tion d’une seule com­mu­nau­té d’Ins­ti­tuts de re­cherche tech­no­lo­gique et pour la tran­si­tion éner­gé­tique ; ren­for­ce­ment de l’ar­ti­cu­la­tion des con­cours d’in­no­va­tion ; amé­lio­ra­tion des synergies entre l’in­no­va­tion ci­vile et mi­li­taire. Les grands dé­fis doivent per­mettre de créer de nou­veaux mar­chés, où la France pour­rait prendre une po­si­tion de lea­der, et d’y ac­com­pa­gner la crois­sance d’un éco­sys­tème de la­bo­ra­toires, star­tup, PME et grands groupes. Les thé­ma­tiques des grands dé­fis se­ront choi­sis par le Con­seil de l’In­no­va­tion, com­po­sé de per­son­na­li­tés re­pré­sen­tant les en­tre­prises, le monde aca­dé­mique et les in­ves­tis­seurs, et pré­si­dé par le mi­nistre de l’Éco­no­mie et des Fi­nances et la mi­nistre de l’En­sei­gne­ment su­pé­rieur, de la Re­cherche et de l’In­no­va­tion. Ces dé­fis so­cié­taux conju­gue­ront les ca­rac­té­ris­tiques sui­vantes : avoir une por­tée tech­no­lo­gique et scien­ti­fique ; s’at­ta­quer à des ver­rous tech­no­lo­giques et des champs peu ex­plo­rés jus­qu’ici ; pré­sen­ter un en­jeu so­cié­tal, c’est- à- dire ré­pondre aux at­tentes des conci­toyens en termes de san­té, sé­cu­ri­té, mo­bi­li­té et de dé­ve­lop­pe­ment du­rable ; of­frir des pers­pec­tives de dé­bou­chés com­mer­ciaux, dans une op­tique de mise sur le mar­ché d’un pro­duit ou ser- vice in­no­vant, en prou­vant la fai­sa­bi­li­té tech­ni­co-éco­no­mique du pro­jet ; s’ap­puyer sur l’exis­tence d’un vi­vier d’ex­cel­lence d’en­tre­prises et de la­bo­ra­toires fran­çais en pro­fi­tant sur les avan­tages com­pa­ra­tifs de l’offre fran­çaise. Pour le lan­ce­ment des pre­miers grands dé­fis, le gou­ver­ne­ment s’est ap­puyé sur les consultations ayant eu lieu pour la réa­li­sa­tion du rap­port de Cé­dric Villa­ni sur l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle. Pour les pro­chaines oc­cur­rences, des consultations larges se­ront ef­fec­tuées et tous les sec­teurs i ndus­triels pour­ront être concer­nés. Pre­mier grand dé­fi re­te­nu : « com­ment amé­lio­rer les diag­nos­tics mé­di­caux par

l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle ? » Les don­nées de san­té sont, en ef­fet, ap­pe­lées à jouer un rôle cen­tral dans la ré­vo­lu­tion mé­di­cale en cours. Is­sues du sec­teur mé­di­cal (hô­pi­taux pu­blics et pri­vés, mé­de­cins, la­bo­ra­toires d’ana­lyse) et des pa­tients, avec l’avè­ne­ment des ob­jets connec­tés de san­té, les don­nées de san­té per­mettent d’amé­lio­rer consi­dé­ra­ble­ment les diag­nos­tics d’un très vaste pa­nel de pa­tho­lo­gies. En cer­nant mieux le par­cours de san­té de cha­cun, les don­nées et les pré­dic­tions qui en dé­coulent, grâce à l’iden­ti­fi­ca­tion de mar­queurs pré­coces, ouvrent la voie à une mé­de­cine non plus seule­ment cu­ra­tive, mais éga­le­ment pré­dic­tive et per­son­na­li­sée. Dans ce contexte, les ex­ploi­tants de don­nées se po­si­tionnent pour re­cueillir, trai­ter et uti­li­ser les don­nées de san­té et am­bi­tionnent d’im­po­ser leurs stan­dards. L’in­dé­pen­dance nu­mé­rique de la France dans ce do­maine est donc un vé­ri­table en­jeu et im­pose d’im­por­tantes per­cées tech­no­lo­giques pour main­te­nir une po­si­tion forte. Ce dé­fi vise à ac­cé­lé­rer le dé­ve­lop­pe­ment de nou­veaux pro­duits et à fa­vo­ri­ser l’ar­ri­vée d’une prise en charge in­di­vi­dua­li­sée des pa­tients. Se­cond grand dé­fi re­te­nu : « com­ment sé­cu­ri­ser, cer­ti­fier et fia­bi­li­ser les sys­tèmes qui ont re­cours à l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle ? ». La ques­tion du fonc­tion­ne­ment sûr des lo­gi­ciels est au coeur de nom­breuses ap­pli­ca­tions de tous les jours, qu’il s’agisse du trans­port (au­to­mo­bile, avia­tion, rail…), des dis­po­si­tifs de san­té, des opé­ra­teurs d’in­té­rêt vi­tal. Les ac­teurs fran­çais sont très per­for­mants dans ce do­maine.

(1) Source : Wa­ves­tone Deep tech Glo­bal In­ves­tor Sur­vey 2017 (2) Il est pos­sible de dé­po­ser des pro­po­si­tions sur les pages sui­vantes : - www.eco­no­mie.gouv.fr/grand­sde­fis - www.grands-de­fis.gouv.fr

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