ON CHANTE EN CHOEUR… Ô LORDE !

LA JEUNE POP STAR NÉO-ZÉLANDAISE FAIT UN RE­TOUR AT­TEN­DU AVEC UN DEUXIÈME AL­BUM AUX HAR­MO­NIES ENTÊTANTES.

ELLE (France) - - CULTURE - PAR FLORENCE TRÉDEZ PHO­TO­GRAPHE FRAN­ÇOIS COQUEREL

On l’avait quit­tée ado­les­cente pro­dige et om­bra­geuse, ré­vé­la­tion 2013 avec son ren­ver­sant « Pure He­roine », ven­du à 3 mil­lions d’exem­plaires à tra­vers le monde. On re­trouve El­la Ye­lich-O’Con­nor, 20 ans, dé­ten­due et bla­gueuse, ve­nue pré­sen­ter à Pa­ris un al­bum plus ma­ture, aux ar­ran­ge­ments so­phis­ti­qués. Il y a du « Me­lo­dra­ma » dans l’air. ELLE. Vous n’êtes à pré­sent plus une ado… Re­gret­tez-vous d’avoir sou­vent le­vé les yeux au ciel quand un adulte vous par­lait ? LORDE. [Rires.] Lors­qu’on est ado­les­cent, on vit une

ex­pé­rience si sin­gu­lière que c’est presque comme si on était seul sur une île dé­serte. L’en­fance vous semble très loin. Et en même temps, le monde des adultes est comme une terre ferme dont on ne dis­tingue pas les contours. Ce n’est pas tel­le­ment qu’on trouve les adultes idiots, c’est juste qu’on a du mal à com­mu­ni­quer avec les autres. De­puis que je n’ai plus 16 ans, tout me semble com­plè­te­ment dif­fé­rent.

ELLE. Gran­dir sous l’oeil du pu­blic, c’est com­pli­qué ? L.

Non, j’ai tou­jours sui­vi mes propres règles. Pop star, c’est un mé­tier de fou, mais per­sonne ne m’a obli­gée à écrire. J’en avais be­soin, c’est tout. Si j’avais conti­nué mes études, j’au­rais eu le sen­ti­ment de perdre mon temps. On va dire que ces « ac­ti­vi­tés pa­ra­sco­laires » très tour­nées vers l’ex­té­rieur m’ont fait du bien. [Rires.]

ELLE. Dans les deux pre­miers mor­ceaux dé­voi­lés, « Green Light » et « Lia­bi­li­ty », vous ex­pri­mez deux cô­tés, rebelle et vul­né­rable. Quelle fa­cette res­sort le plus dans l’al­bum ?

L.

Avec « Me­lo­dra­ma », je vou­lais illus­trer tout le spectre d’émo­tions fortes qu’on vit à mon âge. On peut s’amu­ser comme une folle en boîte avec ses amis, et la mi­nute d’après cou­rir se ré­fu­gier aux toi­lettes pour pleu­rer, puis en­core après ri­go­ler en cher­chant une autre boîte. On passe son temps à se dire que c’est la fin du monde ou, au contraire, que tout com­mence. C’est un ter­ri­toire émo­tion­nel si dé­me­su­ré et bouillon­nant que ça en de­vient presque drôle. Je n’ai ja­mais été aus­si heu­reuse et mal­heu­reuse qu’en 2016. Ça col­lait bien à l’ar­rière-plan po­li­tique d’une an­née conclue par l’élec­tion de Trump.

ELLE. Vous vous êtes sé­pa­rée de votre boy­friend, James Lowe… Cet al­bum n’a-t-il pas aus­si pour thème la perte des illu­sions amou­reuses ?

L.

[Rires.] Car­ré­ment, oui ! Ça fai­sait long­temps que j’avais en­vie de dé­crire d’une ma­nière in­té­res­sante, mais sans l’avoir vrai­ment vé­cue, la rup­ture amou­reuse. Et paf, ça m’est tom­bé des­sus ! En fait, ce­la fait tel­le­ment mal, un cha­grin d’amour, que je pense creu­ser en­core ce su­jet à l’ave­nir.

ELLE. Pour­quoi avoir co­écrit l’al­bum avec Jack An­to­noff, mu­si­cien et fian­cé de Le­na Dun­ham ?

L.

Je connais Le­na de­puis des an­nées et je les adore, c’est un su­per­couple. Entre Jack et moi, il y a eu une en­tente im­mé­diate. Et une al­chi­mie ar­tis­tique. On a écrit l’al­bum de­vant son pia­no, dans leur ap­par­te­ment new-yor­kais. J’ar­ri­vais le ma­tin, il me pré­pa­rait des oeufs brouillés. L’après-mi­di, Le­na ve­nait écou­ter un mor­ceau, puis re­par­tait.

ELLE. Il est bon cui­si­nier ?

L. Non, mais pour les oeufs, ça va ! J’avais be­soin de col­la­bo­rer avec quel­qu’un de confiance. Pour écrire, il faut pou­voir se lais­ser al­ler, la plu­part des mu­si­ciens y ar­rivent sans pro­blème, mais moi je suis bien trop ti­mide et in­tro­ver­tie. Je n’ai au­cun se­cret pour Jack, ça m’a per­mis d’écrire une chan­son comme « Lia­bi­li­ty » où je dé­voile mes fra­gi­li­tés.

ELLE. Sur Instagram, Le­na Dun­ham a dé­crit l’al­bum comme « la bande-son ima­gi­naire d’un tee­nage mo­vie des 80’s »…

L.

Je pense qu’elle veut par­ler de l’ADN émo­tion­nel de films pour ados comme « Break­fast Club », mais mu­si­ca­le­ment, ça ne sonne pas du tout 80’s, c’est plu­tôt du pia­no, de la musique élec­tro­nique, des har­mo­nies vo­cales. ELLE. Êtes-vous en­ga­gée po­li­ti­que­ment ? L. Les jeunes le sont de plus en plus, et moi aus­si. On ne peut pas res­ter in­dif­fé­rents au monde dans le­quel on vit.

ELLE. Vous êtes fé­mi­niste… Quels sont vos com­bats au quo­ti­dien ? L.

J’es­saie de m’en­tou­rer au maxi­mum de filles, in­tel­li­gentes et in­té­res­santes, comme mes amies de Nou­velle-Zé­lande, des mu­si­ciennes, des ac­trices que je ren­contre un peu par­tout. C’est gé­nial de pou­voir se consti­tuer une com­mu­nau­té de femmes.

ELLE. D’où vient ce cô­té éche­ve­lé « je lâche tout en dan­sant » ? L.

Mon cô­té « din­go », vous vou­lez dire ? On est comme ça, quand on est jeune, pas fi­ni, brut, spon­ta­né, désor­don­né. Dans le clip de « Green Light », c’était la pre­mière fois que j’osais dan­ser dans les rues, faire la folle. Je pense que je danse de­vant les ca­mé­ras comme les gens le font seuls dans leur chambre. J’adore pas­ser pour une dé­mente ou une idiote de­vant une foule que je ne connais pas.

ELLE. C’est votre cô­té « sor­cière » ? L.

Oui, j’es­saie de faire s’ex­pri­mer la sor­cière uni­ver­selle qui ha­bite mon cerveau. Je n’y peux rien, je suis faite comme ça.

ELLE. Vous qui êtes si fu­tée, vous n’au­riez pas pré­fé­ré être mathématicienne plu­tôt que pop star ?

L.

Je ne suis pas sûre d’être aus­si fu­tée ! Et puis, la pop me per­met d’ex­pri­mer des sen­ti­ments com­plexes d’une ma­nière simple. Plus jeune, j’ai tou­jours dé­tes­té les gens qui se croient ma­lins parce qu’ils aiment des groupes in­tel­los ou poin­tus et qui te mé­prisent parce que tu écoutes de la pop. J’ai en­vie de faire tom­ber les bar­rières entre l’in­dé et le mains­tream. Il n’y a pas de honte à faire de la pop, même

si j’écri­rai peut-être un jour d’une autre fa­çon.

ELLE. Et ça n’est pas difficile d’es­sayer de res­ter au­then­tique dans une in­dus­trie pop un peu « fake » ? L.

Non, j’ai été éle­vée par une mère puis­sante, je n’ai au­cun pro­blème à dire non, je suis une dure à cuire !

« ME­LO­DRA­MA » (Mer­cu­ry).

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