DA­VID HO­CK­NEY

ELLE (France) - - CULTURE - PAR SOLINE DELOS « Je pré­fère vivre en cou­leur. »

À l’aube de ses 80 ans, Da­vid Ho­ck­ney se voit consa­crer une ré­tros­pec­tive au Centre Pom­pi­dou à Pa­ris, comme un bain de jou­vence. Une ex­po à dé­cryp­ter à tra­vers quatre ci­ta­tions du peintre.

De son ha­bi­tude très dan­dy de por­ter des chaus­settes dé­pa­reillées aux tons cha­mar­rés à l’éclat vi­vi­fiant de ses der­nières toiles peintes (3), l’en­fant de Brad­ford, éle­vé dans l’Angleterre plu­vieuse, s’em­pare des cou­leurs pour cé­lé­brer la joie de vivre, à la ma­nière d’un Ma­tisse. Ré­sul­tat, elles flam­boient dans les grands ca­nyons, exultent dans les pay­sages de son York­shire na­tal, ou nous plongent dans des eaux tur­quoise et des jar­dins pas­tel (5). Du plai­sir à l’état pur.

« Dans mon esprit, la Ca­li­for­nie était le dé­cor idyl­lique des stu­dios de ci­né­ma et des gens à moi­tié nus. »

Dans l’Angleterre des an­nées 1960 où l’ho­mo­sexua­li­té est consi­dé­rée comme un dé­lit, Ho­ck­ney fan­tasme sur une Ca­li­for­nie hé­do­niste et « gay friend­ly ». Il s’y ins­talle en 1964, dé­cou­vrant une réa­li­té à la hau­teur de ses rêves. C’est le temps des mâles bron­zés, des pis­cines et du « big­ger splash » (2 et 4). Une icône est née.

« Il n’existe rien de plus in­té­res­sant qu’un vi­sage. » Peindre la fi­gure hu­maine, su­jet de fas­ci­na­tion in­épui­sable et source d’in­son­dable mys­tère, est pour Ho­ck­ney le meilleur moyen d’ap­pro­cher la vé­ri­té de son mo­dèle. Tous, ou presque, sont ses in­times, à com­men­cer par le cou­tu­rier Os­sie Clark, l’amie de tou­jours Ce­lia Birt­well, son amant Pe­ter Schle­sin­ger… Il les croque dans ses des­sins à l’encre et au crayon, dans des as­sem­blages de po­la fa­çon cu­biste ou dans ses doubles por­traits ma­gis­traux (6). À tra­vers moult dé­tails si­byl­lins, le peintre sait ré­vé­ler le lien des couples. Quand l’art re­joint la vie.

« La créa­tion ar­tis­tique est un acte de par­tage. » Fin des an­nées 1980, Da­vid Ho­ck­ney dé­couvre le fax. Tou­jours prompt à com­mu­ni­quer avec ses proches, et fai­sant fi du mar­ché de l’art, il en­voie ses des­sins à tout-va. Plus de vingt ans plus tard, le sep­tua­gé­naire ré­ci­dive avec l’iPad, fai­sant éclore des bou­quets de lys, roses ou pi­voines qu’il dis­sé­mine. Une mo­der­ni­té ab­so­lue, à 50 comme à 80 ans.

« DA­VID HO­CK­NEY », du 21 juin au 23 octobre, Centre Pom­pi­dou, Pa­ris-4e.

1. « Self Portrait », 1954. 2. « Portrait of an Ar­tist (Pool with Two Fi­gures) », 1972. 3. « Gar­den », 2015. 4. « Do­mes­tic Scene, Los An­geles », 1963.

5. « Contre-jour in the French Style (Against the Day dans le Style Fran­çais) », 1974 6. « Hen­ry Geld­zah­ler and Ch­ris­to­pher Scott », 1969.

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