AUX RACINES DE LA SOUL

ELLE (France) - - LIVRES - CLÉMENTINE GOLDSZAL PAR

On croit connaître l’his­toire de James Brown. Son as­cen­sion et son règne, son dé­clin dans les an­nées 1980, les femmes mal­trai­tées, les drogues, la fo­lie, jus­qu’à sa mort le 25 dé­cembre 2006. Mais James McB­ride, écri­vain new-yor­kais et jazz­man re­con­nu, a des ob­jec­tions à faire. Sous sa plume, l’his­toire d’un mythe ré­vèle l’his­toire d’un homme, d’une com­mu­nau­té et d’un pays. Les souf­frances de Brown, ses né­vroses, ses failles et ses suc­cès deviennent au­tant de fils nar­ra­tifs qui ra­mènent McB­ride en Géor­gie, dans le Sud, ce « pays de dis­si­mu­la­tion » qui vit naître tant d’icônes de la culture noire amé­ri­caine. « Ses propres racines plon­geaient dans la par­tie la plus ter­rible de l’his­toire de la na­tion », écrit-il. Deux ans du­rant, il a me­né l’en­quête, al­lant à la ren­contre de ceux qui ont le mieux connu Brown, et fai­sant de sa bio­gra­phie un as­sem­blage ka­léi­do­sco­pique des des­ti­nées noires au XXe siècle. Dans son en­tre­prise de ré­ha­bi­li­ta­tion, McB­ride fait sou­vent preuve de mau­vaise foi, par­donne par l’ex­pli­ca­tion tous les tra­vers d’une pop star au­to­ri­taire qui ter­ro­ri­sait ses col­la­bo­ra­teurs et ses amis, ca­chait des liasses de billets dans les en­droits les plus in­at­ten­dus, et est morte seule, re­tran­chée dans sa fo­lie. Mais son livre est un tré­sor pour qui s’in­té­resse à la musique, à l’Amé­rique et à ce qu’a été l’exis­tence du « par­rain de la soul », un chan­teur « plus homme du Sud qu’il a été noir ou blanc, plus ar­tiste à la sen­si­bi­li­té exa­cer­bée que su­per­star ».

« METS LE FEU ET TIRE-TOI », de James McB­ride, tra­duit de l’an­glais par Fran­çois Happe (Gall­meis­ter, 310 p.).

James Brown en 1969.

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