YO­GA XL

Esprit Yoga - - Sommaire - Texte : Ma­ri­na Na­si et Ge­ne­viève De­la­cour

Elles sont fortes et elles pra­tiquent le yo­ga

Le corps lé­gè­re­ment vê­tu d'une jeune et jo­lie femme en­ga­gée dans un flow de pos­tures par­fai­te­ment exé­cu­tées at­tire l'oeil. La mu­sique rythme les mou­ve­ments souples de la yo­gi­ni, pen­dant que les rayons du so­leil qui pé­nètrent par les baies vi­trées éclairent un corps to­nique et sculp­tu­ral. Cette pu­bli­ci­té d'une salle de sport de New York re­çoit tou­jours des mil­liers de vi­sites sur You­tube (cher­chez « yo­ga by equi­nox »). Une vi­déo sans doute plai­sante à re­gar­der, mais aus­si le re­flet d'une cer­taine vi­sion, très oc­ci­den­tale, du yo­ga : es­thé­tique, gla­mour, et fi­na­le­ment as­sez su­per­fi­cielle. Au point qu'au­jourd'hui cer­tains pra­ti­quants s'ap­prochent du yo­ga dans le seul but d'ob­te­nir une sil­houette fine et to­nique, en ou­bliant que le vé­ri­table es­prit du yo­ga est ailleurs.

Tous les yogis ne font pas une taille 36. Heu­reu­se­ment. Le yo­ga est une pra­tique ou­verte à tous, donc aus­si aux per­sonnes cor­pu­lentes. Fau­til pour au­tant leur consa­crer des cours spé­ci­fiques ?

UNE QUES­TION D'AT­TI­TUDE

Aux États-unis, où l'obé­si­té est de­ve­nue un pro­blème de san­té pu­blique, on voit ap­pa­raître, peu­têtre aus­si en ré­ac­tion à l'im­pé­ra­tif de la taille 36, des cours de yo­ga pour per­sonnes cor­pu­lentes. Des cours qui tiennent compte non seule­ment des contraintes phy­siques et de mou­ve­ment de ce type de corps, mais aus­si des pro­blèmes d'au­to-es­time sou­vent pré­sents chez les pra­ti­quants de taille king size. C'est un nou­veau phé­no­mène qui a dé­jà ses écoles et ses en­sei­gnants. « Tous les corps ne sont pas né­ces­sai­re­ment les bien­ve­nus dans les salles de yo­ga, parce que la plu­part des en­sei­gnants n'ont pas ap­pris grand chose sur la ma­nière de tra­vailler avec des corps en sur­poids, voire obèses » ex­plique An­na Guest-jel­ly, fon­da­trice de Cur­vy Yo­ga, un ré­seau de salles dont le nom in­dique clai­re­ment le po­si­tion­ne­ment. L'idée de fon­der l'école lui est ve­nue tout sim­ple­ment en s'ob­ser­vant. « Pen­dant des an­nées j'ai pra­ti­qué avec mon corps rond, tou­jours avec la sen­sa­tion que, si je ne me sen­tais pas à l'aise, c'était en rai­son de ma cor­pu­lence. Puis, en pro­gres­sant dans mon par­cours d'ac­cep­ta­tion de moi-même, j'ai com­pris que le pro­blème n'était pas mon corps, mais sur­tout le fait que mes en­sei­gnants ne savaient pas comme le faire tra­vailler. Ain­si, j'ai dé­ci­dé de trou­ver une so­lu­tion par moi-même et de mon­trer aux autres pra­ti­quants un peu forts que le yo­ga est aus­si fait pour eux ! ». En dé­pla­çant les masses cor­po­relles, en écar­tant da­van­tage les pieds, en uti­li­sant de fa­çon adap­tée sangles et briques, les pra­ti­quants XL peuvent pra­ti­quer de fa­çon confor­table et réa­li­ser en toute sécurité la plu­part des pos­tures ».

UNE PRA­TIQUE ADAP­TÉE

Quand on parle de per­sonnes en sur­poids, il est op­por­tun de faire une dis­tinc­tion entre obs­tacles d'ordre pra­tique et vé­ri­tables pro­blèmes de san­té. Quand un corps est gros mais sain et qu'il n'est pas han­di­ca­pé par une vie trop sé­den­taire (faible to­nus mus­cu­laire, manque de souffle) les éven­tuelles dif­fi­cul­tés de la pra­tique peuvent être as­sez fa­ci­le­ment contour­nées. Par exemple en Uttanasana (flexion avant de­bout) ou Pa­schi­mot­ta­na­sa­na (pince au sol), on peut écar­ter les jambes, et dans les tor­sions, en par­ti­cu­lier celles plus éla­bo­rées, comme Pa­ri­vrit­ta Tri­ko­na­sa­na (tri­angle en tor­sion) on peut s'ai­der en dé­pla­çant le ventre avec les mains pour que la pos­ture soit plus confor­table. Écar­ter les ge­noux et po­ser des cou­ver­tures pliées sous le vi­sage peut ai­der à se dé­tendre en Ba­la­sa­na (pos­ture de l'en­fant). Il est aus­si im­por­tant ne pas for­cer la fente dans des pos­tures comme le Guer­rier I (Vi­rabha­dra­sa­na I)

pour ne pas trop sol­li­ci­ter les ge­noux. Pour les in­ver­sions, on peut s'ai­der d'un mur, en gar­dant le dos au sol, les fes­siers très près du mur de ma­nière à faire en sorte de le mur sou­tienne le poids des jambes. Les yogis cor­pu­lents les plus aguer­ris peuvent néan­moins pra­ti­quer un grand nombre de pos­tures « clas­siques », no­tam­ment les in­ver­sions. Comme tou­jours, il est es­sen­tiel de s'écou­ter et de res­pec­ter les li­mites de son corps, en de­man­dant con­seil à l'en­sei­gnant, afin que la pos­ture reste ac­ces­sible et confor­table.

LE POIDS, LA FORME ET LA SAN­TÉ

Res­pec­ter sa cor­pu­lence ne si­gni­fie pas pour au­tant né­gli­ger la san­té au nom du « je m'aime tel que je suis ». Quand le sur­poids est la consé­quence d'un style de vie ex­ces­si­ve­ment sé­den­taire et d'une ali­men­ta­tion peu équi­li­brée et trop abon­dante, il fi­nit par mettre en dan­ger la san­té (dia­bète, pro­blèmes car­diaques, hy­per­ten­sion, dé­faillances ar­ti­cu­laires). Dans ces cas l'en­sei­gnant doit ai­der l'élève à faire face à sa si­tua­tion de ma­nière bien­veillante et res­pon­sable. Ceux qui ont des pro­blèmes de ten­sion ar­té­rielle doivent être at­ten­tifs dans toutes les pos­tures où la tête se trouve plus bas que le coeur (in­ver­sion, flexions). Re­te­nir le souffle dans les in­ver­sions peut être dan­ge­reux pour ceux qui souffrent d'une pa­tho­lo­gie car­diaque. Le dia­bète peut cau­ser des pro­blèmes dans les pos­tures d'équi­libre. Ceux qui manquent to­ta­le­ment de forme phy­sique doivent com­men­cer de ma­nière très soft et pro­gres­sive et sur­tout ré­ap­prendre à écou­ter leurs corps.

OU­VER­TURE,

FILON MAR­KE­TING OU GHETTO ?

L'ap­pa­ri­tion de for­ma­tions pour en­sei­gnants et de cours de yo­ga pour per­sonnes en sur­poids, phé­no­mène pour l'ins­tant ab­sent en

France, sou­lève une ques­tion éthique.

Et si tout ce­ci n'était qu'un ju­teux filon mar­ke­ting, une ma­nière d'ex­ploi­ter une niche de mar­ché ? La fon­da­trice de

Cur­vy Yo­ga rap­pelle la ques­tion clé de l'as­pect psy­cho­lo­gique : « Quand une per­sonne a at­teint un poids qui l'amène à avoir honte de son corps, il est peu pro­bable qu'elle ar­rive à trou­ver, seule, la dé­ter­mi­na­tion d'adop­ter un style de vie et ali­men­taire plus équi­li­bré. Notre ob­jec­tif est de pro­po­ser un ac­cueil sans ju­ge­ment et d'ai­der la per­sonne à se re­con­nec­ter avec son corps, sans honte. D'au­tant plus que la fo­ca­li­sa­tion sur la seule ques­tion du poids est contre-pro­duc­tive ». Le risque d'ex­ploi­ta­tion com­mer­ciale d'un « bon filon » est évident, tout comme ce­lui d'en­fer­mer les per­sonnes dans un « confor­table » ghetto, où tout le monde se res­semble. Tout est donc ques­tion d'éthique et de sin­cé­ri­té de la dé­marche de l'en­sei­gnant. S'il adapte son cours pour ai­der des per­sonnes à pra­ti­quer mal­gré leur cor­pu­lence et si cette pra­tique peut les ai­der à ren­for­cer leur au­to-es­time et à adop­ter un style de vie plus dy­na­mique, plus sain et plus équi­li­bré, les avan­tages de cette dé­marche semblent in­dé­niables. Par­fois, le fait même de se sen­tir ac­cep­tés tels qu'on est, est le pre­mier dé­clen­cheur d'un che­min de chan­ge­ment.

Nos re­mer­cie­ments à Ma­nue­la Waf­zig, créa­trice du site au­tri­chien YO­GA XL (www.yo­ga-xl.at) qui nous a mis à dis­po­si­tion ses photos.

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