I DISSIPER LE STRESS

Une des prin­ci­pales sources du stress, c'est le sen­ti­ment de ne pas pou­voir maî­tri­ser son temps. Voi­ci une sé­quence qui vous ai­de­ra à lâ­cher-prise et à vous amé­na­ger un temps pour dé­com­pres­ser. Texte : Lio­nel Cou­dron ; Pos­tures : Co­rinne Mié­ville ; Pho­to

Esprit Yoga - - SOMMAIRE -

Une sé­quence pour s'amé­na­ger des temps de dé­com­pres­sion

mMa­rion, la qua­ran­taine, ar­rive af­fo­lée et en re­tard à sa pre­mière consul­ta­tion : « Je suis vrai­ment dé­so­lée, mais vous sa­vez ce que c'est à Pa­ris, et en­core je n'ai pas trou­vé de place… ». Après avoir créé son dos­sier, cinq mi­nutes se sont écou­lées et elle s'est apai­sée. Sans se faire prier, elle me dé­crit ses symp­tômes : « Je ne dors plus bien de­puis quelques mois, je me ré­veille, j'ai des es­souf­fle­ments, le coeur qui bat la cha­made ré­gu­liè­re­ment, des dou­leurs dans les épaules, la nuque. De temps en temps j'ai mal au ventre avec des crises de bru­lures uri­naires. J'ai l'im­pres­sion d'être com­plè­te­ment dé­ré­glée… Je suis stres­sée ». Le mot est lâ­ché. En ef­fet Ma­rion a lis­té presque tous les maux que l'on peut avoir avec le stress. Elle m'ex­plique qu'elle res­sent ce­la de­puis que son ma­ri, man­da­té pour par­tir à l'étran­ger, n'est plus là que quelques jours par mois et qu'elle doit as­su­rer seule l'édu­ca­tion de ses deux filles de 11 et 13 ans, qui entrent dans l'ado­les­cence. « Et ce n'est pas simple ! » me confie-t-elle dans un large sou­pir. « Sans par­ler de mon tra­vail qui me donne du fil à re­tordre ac­tuel­le­ment, car nous avons ou­vert un nou­veau sec­teur sans avoir re­cru­té, à cause de la si­tua­tion in­cer­taine ». Une des prin­ci­pales sources du stress, c'est le sen­ti­ment de ne pas pou­voir maî­tri­ser son temps. On se sent dé­pas­sé par les évé­ne­ments et on a le sen­ti­ment de n'avoir ja­mais as­sez de temps. J'ex­plique à Ma­rion que le yo­ga peut l'ai­der gran­de­ment à se ré­ap­pro­prier son temps. Elle doit al­lu­mer un « contre­feu » pour ne pas se lais­ser em­por­ter par cette ava­lanche. Elle doit être ca­pable d'ou­vrir un pe­tit es­pace-temps pour soi, avec une courte pra­tique à réa­li­ser quo­ti­dien­ne­ment. J'an­ti­cipe l'ob­jec­tion du manque de temps en lui ex­pli­quant : « Dites-vous que ce mo­ment que vous consa­cre­rez à la pra­tique vous ren­dra dix fois plus ef­fi­cace. Car plus vous au­rez ces troubles du som­meil, ces dou­leurs mul­tiples, moins vous se­rez bien et moins vous pour­rez en faire. Le pa­ra­doxe, c'est que plus vous pren­drez votre temps, moins vous en per­drez ! ». « Oui, mais alors com­ment faire », lâ­cha-t-elle en bais­sant les épaules et la tête, comme si elle s'ef­fon­drait.

Tout d'abord je lui dis d'ins­pi­rer pro­fon­dé­ment, de re­te­nir le souffle, de s'ins­tal­ler dans sa poi­trine, en ac­cueillant l'air agréa­ble­ment dans le torse. Puis je

l'in­vite à ex­pi­rer lar­ge­ment, len­te­ment, en ima­gi­nant que sa poi­trine se dé­gonfle comme un bal­lon qui se vide de toutes les ten­sions. Après deux ou trois res­pi­ra­tions de ce type, Ma­rion se sent plus dé­ten­due. « Je sens que ça cir­cule mieux. C'est plus fluide… » me dit-elle dans une voix apai­sée.

Je lui montre com­ment pra­ti­quer la pos­ture du chat (Mar­ja­ra­sa­na) en lui ex­pli­quant que cet exer­cice va équi­li­brer les deux ver­sants du sys­tème neu­ro­vé­gé­ta­tif. Le sym­pa­thique à l'ins­pi­ra­tion en ex­ten­sion et le pa­ra­sym­pa­thique à l'ex­pi­ra­tion en flexion. L'or­ga­nisme a be­soin de « dé­bran­cher », de se res­sour­cer. Puis, je la fais s'al­lon­ger sur le dos pour la pos­ture du de­mi-pont (Ardha Se­tu Band­ha) pour dé­cris­per toute la ré­gion des tra­pèzes, là où se concentrent le stress et les dou­leurs ; pour éti­rer le plexus so­laire, là où se concentrent les ten­sions émo­tion­nelles ; pour in­ver­ser et ren­for­cer le tube di­ges­tif et pour ren­for­cer la mus­cu­la­ture pro­fonde du ra­chis.

En fin de consul­ta­tion, Ma­rion est as­sise en lo­tus et je la guide dans une pe­tite mé­di­ta­tion qu'elle en­re­gistre sur son té­lé­phone. Une vi­sua­li­sa­tion qui as­so­cie res­pi­ra­tion et apai­se­ment sur l'ins­tant pré­sent, avec un san­kal­pa adap­té à son stress : « j'ai le droit de prendre mon temps ». Ce se­ra son pe­tit antidote pour contre­car­rer l'ac­cé­lé­ra­tion de son temps.

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