Le­frand joue son va-tout

Ra­chat des Usines de Na­varre

Eure Infos - - La Une - Ch.G.

Ce n’est pas nou­veau, le maire d’Évreux Guy Le­frand sou­haite ra­che­ter l’an­cienne fon­de­rie de­puis son ar­ri­vée à la mai­rie en mars 2014 pour le trans­for­mer en parc lu­do-pé­da­go­gique ou centre des mé­tiers d’art.

An­non­cé dans son pro­gramme de cam­pagne, le ra­chat de l’an­cien site in­dus­triel, ven­du à un pro­mo­teur pri­vé - la So­cié­té d’Amé­na­ge­ment du Do­maine de Na­varre (SADN), qui n’en a rien fait en 10 ans - est sur la table du maire de­puis le dé­but du man­dat.

Un ra­chat, mais pas à n’im­porte quel prix

« Ce dos­sier a trop traî­né, toutes les mu­ni­ci­pa­li­tés pré­cé­dentes ont fait des er­reurs, toutes ont cru bien faire et pou­voir réus­sir mais, de­puis 10 ans, c’est tou­jours le même qui a ces ter­rains et qui n’en a rien fait », dé­cla­rait le maire de la ville la pre­mière an­née de son man­dat. Fa­rou­che­ment op­po­sé au pro­jet im­mo­bi­lier pré­vu sur le site (299 lo­ge­ments dont 150 à ca­rac­tère so­cial), Guy Le­frand avait en­ta­mé des dis­cus­sions avec la SADN pour ra­che­ter l’en­semble des ter­rains. Il était en né­go­cia­tion mais avait af­faire « à quel­qu’un d’as­sez re­tors et dur dans les né­go­cia­tions ». « Je lui ai clai­re­ment dit qu’il était hors de ques­tion qu’on ne re­de­vienne pas pro­prié­taire de ce site et pas à n’im­porte quel prix. Il sait qu’il doit vendre car le su­jet est de­ve­nu tel­le­ment po­li­tique, mi­né, qu’il a com­pris que dé­sor­mais il ne pour­ra rien faire. »

La SADN li­qui­dée

Les pour­par­lers en­ga­gés avec la SADN se sont bru­ta­le­ment ar­rê­tés en avril 2015 avec le pla­ce­ment en li­qui­da­tion ju­di­ciaire de la so­cié­té d’amé­na­ge­ment. Un dé­but de vic­toire pour Guy Le­frand qui, en juillet 2015, se dé­cla­rait « heu­reux » alors que le li­qui­da­teur ve­nait d’en­té­ri­ner le prin­cipe d’une vente aux en­chères an­non­cée le mois sui­vant. « Et si per­sonne ne sur­en­ché­rit, les Usines de Na­varre tom­be­ront dans le gi­ron de la Ville d’Évreux : à ce jour, en ef­fet, au­cun autre ache­teur po­ten­tiel ne s’est ma­ni­fes­té ». Con­fiant, le maire es­pé­rait ra­pi­de­ment dé­cro­cher les 3 ha pour 150 000 €. C’était sans comp­ter les créan­ciers de la SADN. Par­mi eux, Ch­ris­tian Pi­cois, l’ar­chi­tecte du pro­jet im­mo­bi­lier, qui a dé­ci­dé d’en­ché­rir à hau­teur de 550 000 € pour ré­cu­pé­rer le ter­rain. De­puis, plus rien.

Une séance de con­seil ex­tra­or­di­naire de­vant les Usines

Pour dé­blo­quer la si­tua­tion, Guy Le­frand a dé­ci­dé d’em­ployer la ma­nière forte. Après avoir bran­di la me­nace d’une Dé­cla­ra­tion d’Uti­li­té Pu­blique (DUP) avec une ex­pro­pria­tion à la clé ou la ré­vi­sion du Plan Lo­cal d’Ur­ba­nisme (PLU) qui re­ver­ra de fa­çon dras­tique les pos­si­bi­li­tés de construc­tion sur ce ter­rain, il de­vrait convo­quer le con­seil de­vant les grilles de l’an­cienne usine pour vo­ter une mo­tion des­ti­née à faire plier le li­qui­da­teur en fa­veur de la Ville.

Si cette mo­tion reste sans ef­fet, les ser­vices ju­ri­diques de la Ville se­ront prêts à en­ga­ger une pro­cé­dure ad­mi­nis­tra­tive pour ten­ter de ré­cu­pé­rer le site. Au nom de la sé­cu­ri­té et de la san­té des ha­bi­tants (le site pol­lué est de­ve­nu le ter­rain de jeu des en­fants du quar­tier), une DUP se­rait alors lan­cée pour per­mettre à la mu­ni­ci­pa­li­té de lan­cer son pro­jet d’amé­na­ge­ment. Qu’il s’agisse du centre d’in­ter­pré­ta­tion des mé­tiers de l’art et de l’in­dus­trie, évo­qué dans le contrat d’ag­glo­mé­ra­tion signé en no­vembre 2015, ou d’un parc lu­do-pé­da­go­gique, il fau­dra sans doute en­core plu­sieurs an­nées et une en­quête pu­blique pour que ce pro­jet sorte de terre, une fois que la mu­ni­ci­pa­li­té au­ra ré­cu­pé­ré un ter­rain qu’elle au­rait dû pré­emp­ter lors de la fer­me­ture des Usines de Na­varre, il y a plus de dix ans.

À l’aban­don de­puis 15 ans, la friche in­dus­trielle s’est consi­dé­ra­ble­ment dé­gra­dée.

Sur la fa­çade ins­crite à l’in­ven­taire des mo­nu­ments his­to­riques, les abeilles de l’an­cienne fon­de­rie at­tendent tou­jours un nou­vel ave­nir.

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