FORD GT

EVO (France) - - Sommaire - Par STEVE SUTCLIFFE ET PA­TRICK GARCIA

Elle pos­sède un look bes­tial mais elle offre un ca­rac­tère en rap­port ! Voi­ci notre tout pre­mier es­sai d’une au­to ab­so­lu­ment unique.

La Ford GT a rem­por­té en piste sa confron­ta­tion avec “l’es­ta­bli­she­ment” de l’en­du­rance, mais sa nou­velle ver­sion rou­tière va de­voir li­vrer une ba­taille beau­coup plus com­pli­quée.

CE SE­RAIT TROP FA­CILE DE PRÉ­SEN­TER la nou­velle su­per­car Ford en fai­sant ré­fé­rence au pas­sé car nous tous ici sa­vons où a dé­bu­té l'his­toire de la Ford GT… Hen­ry Ford sou­hai­tait ac­qué­rir Fer­ra­ri pour pou­voir s'ali­gner aux 24 Heures du Mans dans les an­nées 60. En­zo le ra­broua sans prendre de gants, Hen­ry construi­sit sa propre voi­ture de course pour faire le job à la place de Fer­ra­ri, il l'ap­pe­la GT40, et avec elle il hu­mi­lia Fer­ra­ri. Fin de l'his­toire.

Sauf qu'une nou­velle his­toire quelque peu in­tri­gante s'est éga­le­ment dé­rou­lée au­tour de la nais­sance de cette Ford GT de der­nière gé­né­ra­tion. His­toire qui est sor­tie au grand jour lors du lan­ce­ment de l'au­to aux USA. Au dé­part, il semble que Ford n'avait pas du tout l'in­ten­tion de construire une nou­velle GT. Le construc­teur pré­fé­rait re­ve­nir au Mans avec une Mus­tang puis dé­ri­ver une ver­sion rou­tière de ce mo­dèle de course pour ai­der au dé­ve­lop­pe­ment com­mer­cial de la Mus­tang dans le monde. Du­rant une an­née com­plète, Ford au­rait es­sayé de pro­duire une Mus­tang de com­pé­ti­tion ca­pable de s'op­po­ser aux Porsche, Cor­vette, Fer­ra­ri et As­ton qui par­ti­cipent à l'épreuve chaque an­née. Dans le même temps, ils ten­tèrent de conce­voir la ver­sion rou­tière dont

La ques­tion est celle-ci : est-elle aus­si bien à conduire qu’elle est belle à re­gar­der ?

la sor­tie de­vait coïn­ci­der avec l'en­ga­ge­ment aux 24H du Mans 2016 qui cé­lé­brait les 50 ans de leur vic­toire en GT40.

Puis quelque chose d'autre est ap­pa­ru, ap­pe­lé Pro­jet Sil­ver. Après une an­née, Ford s'est aper­çu que la voi­ture qu'ils es­sayaient de conce­voir dans la dou­leur ne res­sem­blait plus vrai­ment à une Mus­tang. Le mar­ke­ting ris­quait fort de ne pas ap­pré­cier. Dès lors, cette idée d'un re­tour au Mans en Mus­tang a lais­sé place à un autre pro­jet, beau­coup plus se­cret (le fa­meux Pro­jet Sil­ver), qui consis­tait à pro­duire une toute nou­velle GT des­ti­née aux courses d'en­du­rance et sa ver­sion rou­tière. Voi­là comment, fin 2013, le pro­jet d'une nou­velle Ford GT s'est concré­ti­sé.

La voi­ture de route que nous condui­sons au­jourd'hui a pris son temps pour voir le jour, si bien que cer­tains es­prits cha­grins l'ac­cusent d'être dé­jà sup­plan­tée par la Mcla­ren 720S (cf. en p. 56) dont le prix de base est deux fois in­fé­rieur. Soit, peut-être qu'il se­rait bon de re­don­ner quelques in­di­ca­tions sur cette Ford GT pas si vieille que ça. Sans au­cun ordre d'im­por­tance, voi­là quelques élé­ments clés.

Mo­teur : V6 bi­tur­bo 3,5 litres de 656 ch à 6 250 tr/mn et 745 Nm de couple à 5 900 tr/mn. Poids à sec : 1 385 kg. Boîte : double em­brayage 7 rap­ports avec pa­lettes au vo­lant. Car­ros­se­rie et châs­sis : car­bone. Frei­nage :

car­bone-cé­ra­mique. Roues : 8,5x20 pouces à l'avant et 11,5x20 pouces à l'ar­rière, jantes for­gées de sé­rie ou en car­bone en op­tion. Pneus : Mi­che­lin Pi­lot Sport Cup2, 325/30 à l'ar­rière et 245/35 à l'avant. Per­for­mances ? 0 à 100 km/h en moins de 3 se­condes, vi­tesse maxi­male de 348 km/h. Modes de conduite ? 5 au to­tal, à ré­gler comme bon vous semble et se­lon les condi­tions dans les­quelles vous la pi­lo­tez.

Voi­là pour le prin­ci­pal. Im­pres­sion­nant mais comment est réel­le­ment cette Ford GT ? Pour­quoi Ford a-t-il dé­pen­sé tant d'ar­gent pour dé­ve­lop­per une au­to au po­ten­tiel com­mer­cial si li­mi­té alors qu'il existe par ailleurs énor­mé­ment de voi­tures moins chères mais éven­tuel­le­ment plus ra­pide pour ri­va­li­ser avec elle en 2017 ? La ré­ponse est : construc­tion d'image, tout sim­ple­ment. Et du point de vue de l'in­gé­nieur, n'est-il pas pré­fé­rable de tra­vailler sur une su­per­car de haut rang plu­tôt que sur une énième spor­tive de pro­duc­tion de masse, aus­si ico­nique soit-elle ?

L'ob­jec­tif as­si­gné à la ver­sion de course fut de rem­por­ter les 24 Heures du Mans puis le cham­pion­nat du monde d'en­du­rance (WEC). Mis­sion ac­com­plie à tous les ni­veaux. Mais le rôle de la ver­sion rou­tière est de cha­peau­ter la di­vi­sion Ford Per­for­mance en em­bar­quant toutes sortes de tech­no­lo­gies qui pour­raient en­suite équi­per les autres membres de la fa­mille, comme l'élar­gis­se­ment de l'uti­li­sa­tion de la fibre de car­bone et le dé­ve­lop­pe­ment de la tech­no­lo­gie de mo­teur Eco­boost.

La GT est donc une voi­ture d'image, il suf­fit d'y je­ter un ra­pide coup d'oeil pour se convaincre de son sta­tut qua­si di­vin. Elle est dou­lou­reu­se­ment belle à re­gar­der sous n'im­porte quel angle et en même temps, pro­fon­dé­ment co­hé­rente et tech­no­lo­gi­que­ment plai­sante. Elle n'a rien à en­vier à une La­fer­ra­ri du point de vue es­thé­tique.

Mais la ques­tion qui se pose alors est simple : est-elle aus­si bien à conduire qu'elle est belle à re­gar­der ? La plu­part du temps, oui, mais d'une cer­taine fa­çon, non. Com­men­çons par les bons cô­tés, nom­breux, dont le meilleur est sans conteste le châs­sis. Avec sa struc­ture car­bone et ses sus­pen­sions à pous­soirs, la GT se montre ex­trê­me­ment lé­gère et ri­gide. Ses disques car­bo­ne­cé­ra­mique pa­raissent énormes tan­dis que l'in­tel­li­gence de concep­tion de ses res­sorts, de ses amor­tis­seurs et de son dif­fé­ren­tiel trans­pire dans leur in­ha­bi­tuelle lé­gè­re­té de construc­tion.

Tous les bons in­gré­dients sont pré­sents pour s'as­su­rer qu'elle se­ra une arme re­dou­table en piste. Cette GT est une vé­ri­table voi­ture de course. Ford a ef­fec­ti­ve­ment des­si­né en pre­mier lieu la ver­sion de com­pé­ti­tion avant de cher­cher en­suite à ho­mo­lo­guer cette der­nière pour un usage rou­tier. C'est évident lors­qu'on l'a sous le nez. La di­rec­tion est lourde mais ul­tra-di­recte, même lors­qu'il

s'agit de sor­tir des stands et de s'élan­cer dans la pit-lane pour la pre­mière fois. Même en mode Sport, la ré­ponse mo­teur est dense et ins­tan­ta­née. Il existe aus­si un mode Track dans le­quel la sus­pen­sion s'af­fer­mit de… 100 %, mais nous y re­vien­drons plus tard.

Dès les tout pre­miers mètres, la Ford GT gi­gote et vous en­voie des tonnes d'in­for­ma­tion dans le creux des reins comme seules des voi­tures de course savent le faire. L'amor­tis­se­ment se montre ferme et par­fai­te­ment contrô­lé mais mal­gré tout conci­liant. Ra­pi­de­ment, vous dé­cou­vrez l'im­mense puis­sance de frei­nage. Le bruit du V6 bi­tur­bo et l'ac­cé­lé­ra­tion qu'il est ca­pable de pro­duire dans l'ins­tant pro­viennent aus­si du monde de la course. À bas ré­gime, il grogne, re­nâcle dans un gron­de­ment aux to­na­li­tés in­dus­trielles pas par­ti­cu­liè­re­ment plai­santes. Mais avec le ré­gime qui dé­passe les 2 500 tr/mn, le son change, l'ac­cé­lé­ra­tion se ren­force quand le V6 entre dans la plage de son pic de couple (entre 3 200 et 5 800 tr/mn en fait) et l'ef­fet cu­mu­lé vire très vite au théâ­tral.

Et puis il y a la fa­çon dont fonc­tionne la boîte, sau­tant ins­tan­ta­né­ment avec ra­pi­di­té et pré­ci­sion d'un rap­port à l'autre, à la mon­tée comme à la des­cente. N'es­pé­rez pas faire mieux avec une troi­sième pé­dale et un le­vier conven­tion­nel. Après cinq tours me­nés à bonne vi­tesse, les pi­lotes les plus ha­biles vou­draient pro­ba­ble­ment se cal­mer un peu et faire une pause car l'au­to reste scot­chée au sol dans les courbes, dans les lignes droites, sur les re­mises de gaz, par­tout. Après cinq autres tours, vous avez dé­fi­ni­ti­ve­ment be­soin de faire une cou­pure afin d'avoir une ré­flexion po­sée sur la per­for­mance que pro­duit cette au­to, sur la fa­çon dont elle la pro­duit, et comment ob­te­nir en­core plus d'elle. C'est là qu'entre en jeu le mode Track.

Pour l'en­ga­ger, il faut stop­per l'au­to, bas­cu­ler un bou­ton sur le vo­lant et en­suite, boum, la voi­ture chute ins­tan­ta­né­ment de 5 cm et ré­duit la garde au sol à tout juste 7 cm. Du coup, vous en sor­tez pour ad­mi­rer le ré­sul­tat puis ren­trez de nou­veau à bord et c'est à ce mo­ment que le monstre qui vit dans les en­trailles de la Ford GT se ré­vèle en­fin dans toute sa splen­deur. En mode Track, la GT ne pa­raît pas plus ra­pide en ligne droite (ça n'est ef­fec­ti­ve­ment pas le cas) et les chan­ge­ments de vi­tesse ne semblent pas plus agres­sifs qu'en mode Sport qui bé­né­fi­cie dé­jà de l'an­ti­lag. Ce­pen­dant, la vi­va­ci­té à l'ins­crip­tion en courbe, le contrôle de caisse, la per­cep­tion du grip et, sur­tout, la sen­sa­tion sub­jec­tive de puis­sance de frei­nage, tout ce­la se hisse à un autre ni­veau.

Dé­sor­mais, la fa­çon dont la GT ra­len­tit et s'engage en vi­rage confine au ri­di­cule. Vrai­ment. Vous notez éga­le­ment l'ab­sence d'iner­tie et l'ab­so­lue pré­ci­sion qui ac­com­pagne tous ses mou­ve­ments. En mode Track, il est juste de dire que la GT de­vient ab­so­lu­ment spec­ta­cu­laire

à pi­lo­ter. En fait, elle res­semble beau­coup à une bonne voi­ture de course, ce que ses concep­teurs ad­mettent sans trop de re­te­nue.

Alors quel est le pro­blème avec cette Ford GT ? Et quels sont les points “pas si ex­tra­or­di­naires” men­tion­nés en pré­am­bule ? Al­lons-y… Et dé­so­lé de dire ça, Ford, mais je pense que vous sa­vez dé­jà au plus pro­fond de vous-même ce que je vais écrire main­te­nant… Sur la route, la GT se montre un brin ru­gueuse à la li­mite, plu­tôt bru­tale et pas aus­si raf­fi­née mé­ca­ni­que­ment que ce que l'on pou­vait es­pé­rer.

Sur cir­cuit, en at­taque maxi­mum, toutes les vi­bra­tions, les bruits et les bour­don­ne­ments ré­sonnent dans la struc­ture car­bone. Ce n'est pas un pro­blème à ce mo­ment car l'ob­jec­tif est d'al­ler le plus vite pos­sible. Mais sur la route, ce­la de­vient vite ir­ri­tant. Et sur un grand par­cours, je pense que ça pour­rait vous rendre fou.

Au­cune conver­sa­tion n'est pos­sible au-de­là de 80 km/h tant le bou­can à bord couvre tout le reste. À par­tir de 110-120 km/h, c'est si bruyant qu'il faut hur­ler pour être en­ten­du par son pas­sa­ger. La GT semble éga­le­ment im­men­sé­ment large et très im­po­sante sur les routes pu­bliques, elle est in­ti­mi­dante en de très nom­breuses oc­ca­sions. L'au­to­no­mie ne dé­passe pas 320 km puis­qu'avec votre ré­ser­voir de 57,5 litres, vous de­vez com­po­ser avec une consom­ma­tion de près de 17 l/100 km.

Il y a vingt ans tout ce­la au­rait été hau­te­ment ap­pré­cié et la ru­go­si­té brute de la GT au­rait été par­fai­te­ment ac­cep­tée. Elle au­rait même été très sé­dui­sante, avec cette ap­proche vi­rile. Mais tout ce­la a dis­pa­ru de­puis bien long­temps sur le seg­ment des su­per­cars et en 2017, de ce point de vue, la Ford GT est à des an­nées-lu­mière de ses plus proches ri­vales. Et son coffre est juste mi­nus­cule.

Son com­por­te­ment, d'un autre cô­té, reste ac­cep­table sur la route du mo­ment que vous rou­lez sur le mode Confort de la sus­pen­sion pi­lo­tée. Mais mal­gré ce­la, il faut tout de même com­po­ser avec un frei­nage trop mor­dant dif­fi­cile à do­ser cor­rec­te­ment sur de lé­gers ra­len­tis­se­ments. Il y a aus­si la di­rec­tion qui souffre de gros re­tours sur re­vê­te­ment dé­gra­dé et les routes pas très planes . Et puis il y a le bruit, im­por­tant et puis­sant, tou­jours très présent à bord et qu'il n'est ja­mais pos­sible de ré­duire. De plus, il manque de raffinement à mi-ré­gime, ce qui n'est pas vrai­ment per­cep­tible en cir­cuit.

Au fi­nal, conduire une Ford GT consti­tue une ex­pé­rience épique en cir­cuit car, elle est fon­da­men­ta­le­ment et in­trin­sè­que­ment une au­to de course. Rien à re­dire à ce­la. Mais sur route, ce n'est pas la même chan­son. Mais comme il s'agit sans doute d'un dé­tail pour les 1 000 pro­prié­taires qui pren­dront pos­ses­sion de cette voi­ture ex­tra­or­di­naire du­rant les trois pro­chaines an­nées, ce n'est même pas la peine d'en dé­battre. D'au­tant plus qu'il y a de grandes chances pour qu'en fait, ils s'en moquent to­ta­le­ment.l

La conduire sur cir­cuit est une ex­pé­rience épique car il s’agit d’une vraie voi­ture de course

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Tout à gauche : la GT est réel­le­ment spec­ta­cu­laire à voir sur route. Et semble au vo­lant aus­si large qu’elle pa­raît l’être en pho­to.

En haut : dé­tail ad­mi­rable, les pa­lettes per­cées en alu ano­di­sé.

Ci-des­sus : la voi­ture s’étale jusque très loin der­rière le pi­lote. En mode Track, peu d’air cir­cule entre les arches et les pneus.

À gauche et en bas : l’ha­bi­tacle rap­pelle un peu ce­lui des concept cars des an­nées

70. Tout en bas, de gauche à droite : l’ai­le­ron ar­rière en ac­tion et en pause. Les portes pa­pillon re­quièrent des char­nières consé­quentes.

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