LA SEN­NA, DANS SON DO­MAINE

Aus­si sur­pre­nante soit-elle sur la route, la Sen­na se montre en­core plus à son aise en piste.

EVO (France) - - Mclaren Senna - Adam Towler et Cé­dric Pi­na­tel

Nous voi­là au-de­là du point de non­re­tour. Si je rate le point de frei­nage main­te­nant, nous ter­mi­nons la­men­ta­ble­ment le nez dans les bar­rières de pneus. Mais je ne m’en fais pas tant que ça. Comme j’ai dé­jà conduit un pro­to­type de la Sen­na à Sil­vers­tone (evo n° 134), je sais bien que sa puis­sance de frei­nage n’a rien à voir avec celle des autres voi­tures. Grâce à son ap­pui sur­na­tu­rel, ses pneus tendres comme du beurre et ses énormes freins en car­bone-cé­ra­mique, je sais qu’elle peut s’ar­rê­ter de­puis de hautes vi­tesses comme un avion de chasse à l’ap­pon­tage. “JE LE SAIS”, lance si­len­cieu­se­ment une par­tie de mon cer­veau à son ho­mo­logue en pa­nique alors que j’ap­proche du pan­neau 200 m à 290 km/h. Le tour pré­cé­dent, j’ai écra­sé les freins au pan­neau 300 m avec l’im­pres­sion de frei­ner très tard. Puis je me suis sen­ti ri­di­cule en de­vant fi­na­le­ment ré­ac­cé­lé­rer avant de né­go­cier le lent vi­rage nu­mé­ro 1 à 90 de­grés. Alors cette fois, mal­gré la cris­pa­tion de tous mes muscles de la jambe qui vou­draient ta­per tout de suite dans les freins, je vais at­tendre le pan­neau 200. Oui oui.

Sur cir­cuit, la Sen­na se dé­fi­nit par la ré­éva­lua­tion per­ma­nente de ce qu’il est pos­sible de faire. Elle dé­cé­lère de 290 à 60 km/h en seule­ment 200 m, soit exac­te­ment la dis­tance après cette marque au sol. Je garde du frein jus­qu’à l’ins­crip­tion pour la faire pi­vo­ter avant de nous ca­ta­pul­ter vers la sor­tie. Un temps de res­pi­ra­tion plus tard, j’ap­plique un peu de vo­lant dans la très couillue courbe nu­mé­ro 2, avant le gros frei­nage du vi­rage 3. Sa sor­tie en mon­tée est le seul en­droit où L’ESP (sou­la­gé en mode Track) se ma­ni­feste, et seule­ment si vous vous mon­trez trop bru­tal avec l’ac­cé­lé­ra­teur. Les fa­cul­tés aé­ro­dy­na­miques hors du com­mun de la Sen­na se res­sentent par­ti­cu­liè­re­ment dans le vi­rage 5. Quelques mi­nutes plus tôt en 720S, ce droite im­po­sait de le­ver le pied en qua­trième ain­si qu’une bonne dose de cou­rage. Avec la Sen­na, il passe à fond de cinq et pro­cure cette sen­sa­tion exal­tante de le tra­ver­ser de­puis le cha­riot d’un Grand 8, ri­vé à son rail. Sa sta­bi­li­té per­met des im­pul­sions au vo­lant d’une grande fi­nesse.

Vous res­sen­tez aus­si cet ap­pui co­los­sal dans la grande courbe fi­nale, la bien nom­mée Pa­ra­bo­li­ca Sen­na, un droite qui semble du­rer une éter­ni­té. Mais cet ap­pui ne joue pas au dé­tri­ment de la mo­bi­li­té de l’au­to, car un lé­ger le­ver de pied suf­fit à y anéan­tir toute forme de sous-vi­rage. Avec tout ça, je ne prê­tais même plus at­ten­tion aux per­for­mances de la voi­ture en ligne droite, elle qui peut pour­tant écra­ser vos or­ganes dans le fond de votre dos à pleine charge. Une spor­tive de 800 ch dont les per­for­mances en ligne droite consti­tuent la qua­li­té la moins épous­tou­flante, voi­là com­ment dé­crire au mieux ce dont est ca­pable la Sen­na sur cir­cuit.

JE PEN­SAIS FREI­NER TROP TARD, MAIS JE ME SUIS COU­VERT DE RI­DI­CULE

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