Comment se dé­ve­loppe le can­cer

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Le can­cer prend gé­né­ra­le­ment des an­nées à se dé­ve­lop­per et ce, en dif­fé­rentes étapes: l’ini­tia­tion, la pro­mo­tion et la pro­gres­sion. D’abord, une lé­sion ma­jeure se pro­duit au sein de l’ADN d’une cel­lule qui s’en trouve ain­si trans­for­mée. Ses gènes sont en­dom­ma­gés, un phé­no­mène fré­quent. Les sub­stances can­cé­ri­gènes qui com­posent la fu­mée de ci­ga­rette, par exemple, peuvent pro­vo­quer ces dom­mages. La plu­part du temps, la cel­lule ré­pare l’er­reur et si celle-ci n’est pas ré­pa­rable, la cel­lule se sui­cide gé­né­ra­le­ment ou est dé­tec­tée par des «cel­lules tueuses» du sys­tème im­mu­ni­taire qui l’éli­mine. Lorsque la ré­pa­ra­tion ou la des­truc­tion n’ont pas lieu, la cel­lule de­meure en­dom­ma­gée et passe à l’étape sui­vante. Elle se dé­ve­loppe et pro­li­fère en for­mant un groupe de cel­lules qui lui sont iden­tiques. Des fac­teurs ex­té­rieurs peuvent sti­mu­ler le pro­ces­sus, des ha­bi­tudes de vie comme le ta­ba­gisme, le manque d’ac­ti­vi­té phy­sique ou une mau­vaise ali­men­ta­tion, par exemple. Par la suite, le désordre sur­git, les cel­lules se mul­ti­plient de fa­çon anar­chique, en per­dant par­tiel­le­ment leur ca­rac­tère dif­fé­ren­cié, cette iden­ti­té spé­ci­fique au tis­su au­quel elle ap­par­te­nait. Notre corps est en ef­fet consti­tué d’en­vi­ron 200 types de cel­lules dif­fé­rentes de par leur fonc­tion ou leur spé­cia­li­té. Une cel­lule de la peau, par exemple, ne pré­sente pas les mêmes ca­rac­té­ris­tiques qu’une cel­lule du foie. Les ano­ma­lies gé­né­tiques ré­pé­tées à l’ori­gine du can­cer trans­forment les cel­lules de telle fa­çon qu’elles perdent par­tiel­le­ment leurs ca­rac­té­ris­tiques ini­tiales. Les cel­lules can­cé­reuses ont la ca­pa­ci­té de cor­rompre les cel­lules saines qui les en­tourent et de les uti­li­ser à leur avan­tage. La tu­meur com­mence à se for­mer, com­po­sée de cel­lules can­cé­reuses et de cel­lules nor­males. Les cel­lules can­cé­reuses réus­si­ront à pro­vo­quer la for­ma­tion de nou­veaux vais­seaux san­guins qui ir­ri­gue­ront la tu­meur et l’ali­men­te­ront en nu­tri­ments et en oxy­gène. Un pro­ces­sus nom­mé an­gio­ge­nèse. Sans ce­lui-ci la tu­meur ne pour­rait croître au-de­là d’un dixième de

mil­li­mètre. L’évo­lu­tion est d’abord lo­cale, puis les cel­lules de­viennent ca­pables de s’in­si­nuer dans les tis­sus sains voi­sins et de mi­grer via le sang et la lymphe à d’autres en­droits de l’or­ga­nisme pour créer des mé­ta­stases. Le can­cer porte le nom de la par­tie du corps où il prend nais­sance. Par exemple, un can­cer dé­bu­tant dans l’uté­rus et se pro­pa­geant au pou­mon est un can­cer de l’uté­rus avec mé­ta­stases au pou­mon. Les can­cers du sein, de la pros­tate, du cô­lon et du rec­tum ain­si que ce­lui du pou­mon étaient les plus cou­rants entre 1997 et 2006 et re­pré­sen­taient près de 60% de tous les cas de can­cer. Il existe tou­te­fois près d’une cen­taine de types de can­cer qui peuvent nous en­va­hir.

Les can­cers sont des ma­la­dies gé­né­tiques

D'un point de vue pa­tho­lo­gique, les can­cers sont des ma­la­dies gé­né­tiques, c’est-à-dire qu’ils ont pour ori­gine une mo­di­fi­ca­tion quan­ti­ta­tive et/ou qua­li­ta­tive de nos gènes. Comme il s’agit d’al­té­ra­tions gé­né­tiques so­ma­tiques qui ne sont pré­sentes que dans le tis­su ma­lade, la plu­part des can­cers ne sont donc pas eux­mêmes hé­ré­di­taires, seul un ter­rain plus ou moins fa­vo­rable pou­vant l'être. Les can­cers fa­mi­liaux (10 % des can­cers hu­mains) sont as­so­ciés à une al­té­ra­tion consti­tu­tion­nelle (ou ger­mi­nale) d’un gène. Cette al­té­ra­tion est donc pré­sente dans toutes les cel­lules de l'or­ga- nisme, ga­mètes in­cluses. Elle peut être trans­mise à la des­cen­dance. Il y a trois grandes ca­té­go­ries de gènes as­so­ciés aux ma­la­dies can­cé­reuses : les on­co­gènes, les gènes sup­pres­seurs de tu­meurs et les gènes de ré­pa­ra­tion de l’ADN.

1.Les on­co­gènes (ap­pe­lés pro­to-on­co­gènes lors­qu'ils sont dans leur état nor­mal et on­co­gènes lors­qu'ils sont mu­tés, ou c-onc) sont les ré­gu­la­teurs po­si­tifs de la pro­li­fé­ra­tion cel­lu­laire. Ils de­viennent hy­per­ac­tifs et leur mo­di­fi­ca­tion est do­mi­nante car il suf­fit qu'une des deux co­pies du gène soit mo­di­fiée. On a iden­ti­fié ac­tuel­le­ment plus de cent on­co­gènes. Les plus connus sont les gènes Ha-ras, myc, ou abl.

2.La se­conde ca­té­go­rie com­prend les gènes sup­pres­seurs de tu­meurs qui sont des ré­gu­la­teurs né­ga­tifs de la pro­li­fé­ra­tion cel­lu­laire (les freins). Les deux co­pies de ces gènes sont in­ac­ti­vées dans les can­cers.

3.La troi­sième ca­té­go­rie cor­res­pond aux gènes des mul­tiples sys­tèmes de ré­pa­ra­tion qui sont ca­pables de dé­tec­ter et de ré­pa­rer les lé­sions de l’ADN qui ont mo­di­fié les on­co­gènes ou les gènes sup­pres­seurs de tu­meur. Ces sys­tèmes de ré­pa­ra­tion sont éga­le­ment in­ac­ti­vés dans les cel­lules can­cé­reuses.

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