L’amour,

Glamour (France) - - Glamourismes -

une at­trac­tion ir­ré­sis­tible entre deux âmes conçues l’une pour l’autre ? Pour les so­cio­logues, la réa­li­té est plus pro­saïque puisque le C.V. dé­ter­mine la for­ma­tion du couple : c’est ce qu’ils nomment l’ho­mo­ga­mie… Car mal­gré la mort du ma­riage de rai­son, les amants conti­nuent de s’élire dans leur mi­lieu so­cio-éco­no­mique. Se­lon l’ob­ser­va­toire des in­éga­li­tés, seuls 2,2 % des ou­vriers vivent avec une cadre sup, alors que 83 % par­tagent leur vie avec une ou­vrière ou une em­ployée, et 29 % des cadres font leur vie en­semble, tan­dis que seuls 4 % des bac + 5 co­ha­bitent avec une femme sans di­plôme. « On aime vivre avec une per­sonne qui par­tage un mode de vie si­mi­laire, de mêmes ha­bi­tudes de loi­sirs, des centres d’in­té­rêts com­muns, une même fa­çon de par­ler », constate l’étude. Les grandes écoles sont même ré­pu­tées pour être des agences ma­tri­mo­niales, et 26,5 % des femmes y trouvent leur conjoint, prêtes à for­mer un « po­wer couple » qui in­flue­ra sur le Cac 40 (cf. les énarques Sé­go­lène Royal et Fran­çois Hol­lande, et tous leurs sem­blables). Sans par­ler du show-biz, où l’on n’a en­core ja­mais vu d’ac­trice pa­ra­der au bras d’un comp­table sur le ta­pis rouge… Mais ces af­fi­ni­tés sé­lec­tives ne ga­ran­tissent pas la pé­ré­ni­té puisque le taux de di­vorce à Hol­ly­wood avoi­sine les 99 %. Vi­si­ble­ment, un même C.V. so­cio-éco­no­mique n’est pas le ga­rant d’une com­pa­ti­bi­li­té exacte. Alors qu’est-ce qui fait qu’on est com­pa­tibles ? Des ex­pé­riences per­son­nelles sem­blables ? La po­si­tion des astres ? La chi­mie ? Nos pa­rents ? Nous avons de­man­dé à des pro­fes­sion­nels du couple leur dé­fi­ni­tion de l’adé­qua­tion amou­reuse pour sa­voir s’il exis­tait une for­mule ma­gique. Il en res­sort une vi­sion très prag­ma­tique… loin, si loin du mythe de la pas­sion.

SYL­VIE AN­GEL, PSY­CHIATRE Syl­vie An­gel, psy­chiatre thé­ra­peute fa­mi­liale, au­teure de Réfléchissez avant de di­vor­cer ! (Odile Ja­cob) « Au dé­but d’une re­la­tion, tous les points com­muns sont va­lo­ri­sés, on s’ex­ta­sie en choeur : “Ah, toi aus­si, tu aimes les voyages ? Toi aus­si, tes pa­rents sont di­vor­cés ?” On veut que tout converge, et pour ce­la, on fait beau­coup de com­pro­mis… qui de­viennent dif­fi­ciles à te­nir sur la du­rée. Car pour vivre vrai­ment en har­mo­nie, il faut par­ta­ger des va­leurs com­munes : sur la ges­tion de l’ar­gent d’abord, qui est un cri­tère de com­pa­ti­bi­li­té presque plus im­por­tant que le sexe car vec­teur de ses propres va­leurs fa­mi­liales, mais éga­le­ment sur les rythmes de vie, car on fi­nit par se dis­pu­ter sur le moindre pro­jet, jusque sur la cou­leur du pro­chain ca­na­pé. Mais si un couple n’a pas de rythmes com­muns, il peut s’en ac­com­mo­der quand l’un des deux ac­cepte de lais­ser l’autre avoir le der­nier mot. Même si, à la longue, ce­lui qui re­nonce ac­cu­mule les frus­tra­tions… La com­pa­ti­bi­li­té est éga­le­ment beau­coup su­jette au nombre de mètres car­rés : vivre à deux dans un ap­par­te­ment trop pe­tit fait souvent ex­plo­ser les couples. Et si les rythmes de som­meil sont in­com­pa­tibles, par exemple un lève-tôt et une couche-tard, cha­cun fi­nit par s’épui­ser mu­tuel­le­ment et le quo­ti­dien de­vient dif­fi­cile… »

Ro­sine Bram­ly, as­tro­logue « Se tour­ner vers l’as­tro­lo­gie pour trou­ver des ré­ponses à ses doutes amou­reux est un ré­flexe an­ces­tral puisque, dé­jà, les fa­milles hin­doues ne ma­riaient ja­mais leurs en­fants sans avoir préa­la­ble­ment consul­té un as­tro­logue pour sa­voir si les fu­turs conjoints étaient com­pa­tibles… L’as­tro­lo­gie af­firme que la po­si­tion des pla­nètes à la nais­sance dé­ter­mine le ca­rac­tère de cha­cun : il existe des signes de terre (prag­ma­tisme, ri­gueur), de feu (pas­sion, fougue), d’air ( li­ber­té, com­mu­ni­ca­tion), et d’eau (émo­tions, in­té­rio­ri­té). Dans une re­la­tion amou­reuse, en cas de doutes, on re­garde la com­pa­ti­bi­li­té des pla­nètes pour voir si l’his­toire est as­tro­lo- gi­que­ment bonne ou vouée aux conflits. Ain­si, on dit que les signes de feu ( bé­lier, lion, sagittaire) s’ac­cordent idéa­le­ment avec les signes d’air ( gé­meaux, ba­lance, verseau), car les pre­miers ap­portent un sup­plé­ment de dy­na­misme, et les se­conds de la fan­tai­sie, tan­dis que les signes de terre (tau­reau, vierge, capricorne) vont mieux avec des signes d’eau (can­cer, scor­pion, pois­sons). Il y a en re­vanche des fa­ci­li­tés évi­dentes dès le dé­but, tel le bé­lier avec le verseau, qui se re­con­naissent et ont beau­coup en com­mun. Et les meilleures com­pa­ti­bi­li­tés res­tent les signes de feu (pas­sion, fougue…) en­semble, ou avec des signes d’air ( li­ber­té, com­mu­ni­ca­tion), et les signes de terre (prag­ma­tisme, ri­gueur, confort ma­té­riel) avec les signes d’eau (émo­tions, ti­mi­di­té). A cha­cun de voir s’il veut écou­ter ces com­pa­ti­bi­li­tés pla­né­taires, ou pas… » Fran­çois Perl­mut­ter, psy­cha­na­lyste « Un pro­jet com­mun, qui per­met de main­te­nir le couple dans une re­cherche com­mune, c’est tout ce qui se dé­roule hors de la vie so­ciale. Ce­la peut être une pas­sion par­ta­gée pour la mu­sique, ou les ba­lades en ra­quettes… Tout ce qui per­met aux en­gueu­lades de ces­ser dès qu’on évoque ce pro­jet, en pas­sant des heures à cher­cher en­semble les bonnes ra­quettes pour la ba­lade, par exemple. Mais at­ten­tion, ce pro­jet com­mun ne peut pas tour­ner au­tour des en­fants, car il met en cause des af­fects pro­fonds, ob­jets de conflits, et puis les en­fants sont voués à par­tir. Le pro­jet com­mun n’est pas non plus le sexe, car il n’existe pas de com­pa­ti­bi­li­té amou­reuse dans la sexua­li­té qui, avec le temps, va s’es­pa­cer. Ceux qui vous disent le contraire sont des men­teurs. Si un couple tient seule­ment sur une com­pa­ti­bi­li­té sexuelle, il re­cher­che­ra une es­ca­lade dans la per­ver­sion, ou n’au­ra plus rien à par­ta­ger à terme. Le pro­jet com­mun est aus­si la com­plé­men­ta­ri­té saine. Lors­qu’on est névrosé, en re­vanche, on cherche in­cons­ciem­ment une com­plé­men­ta­ri­té né­vro­tique. C’est la femme ou l’homme qui aime se plaindre et va trou­ver un par­te­naire qui la ou le mal­traite pour en­tre­te­nir sa plainte, ou une dé­glin­guée qui va trou­ver quel­qu’un pour s’en oc­cu­per comme un pa­rent. La com­plé­men­ta­ri­té né­vro­tique peut du­rer des an­nées si l’on ne fait pas de thé­ra­pie… »

« La com­pa­ti­bi­li­té amou­reuse est chi­mi­que­ment pro­gram­mée. » Jean-di­dier Vincent, neu­ro­psy­chiatre et neu­ro­bio­lo­giste, au­teur de La Bio­lo­gie de la pas­sion (Odile Ja­cob) et La Bio­lo­gie du couple (Ro­bert Laf­font) « C’est d’abord une sé­cré­tion de phé­ro­mones qui dé­clenche le dé­sir, puis la pro­duc­tion d’ocy­to­cine, hor­mone li­bé­rée au cours du coït, qui pro­voque l’at­ta­che­ment. C’est la même qui entre en ligne de compte dans l’at­ta­che­ment de la fe­melle pour son pe­tit. Mais ra­pi­de­ment, hé­las, sur­vient l’ha­bi­tua­tion des ré­cep­teurs aux hor­mones du dé­sir, ce qui pro­voque l’en­nui et la fin du sen­ti­ment de com­pa­ti­bi­li­té… Car bio­lo­gi­que­ment, l’amour n’est pas fait pour du­rer. On peut te­nir le coup trois ans, pas beau­coup plus. La meilleure fa­çon d’en­tre­te­nir la com­pa­ti­bi­li­té est de faire l’amour, car le coït en­traîne une nou­velle li­bé­ra­tion d’ocy­to­cine qui re­lance la ma­chine. Ain­si, dès que la fe­melle ouis­ti­ti aper­çoit une ri­vale tour­ner au­tour de son com­pa­gnon, elle pro­voque un coït et le mâle ne re­marque même plus cette fe­melle. La com­pa­ti­bi­li­té com­mence par la sexua­li­té, et conti­nue par la sexua­li­té. Dès qu’un couple ne fait plus l’amour, il ne se­crète plus d’ocy­to­cine, et fi­nit par se dé­ta­cher. » « Etre com­pa­tible, c’est aus­si sa­voir bien se sé­pa­rer. » Cé­cile de Lorme, avo­cate à la cour spé­cia­li­sée dans le droit fa­mi­lial « Les in­com­pa­ti­bi­li­tés sur­viennent à des mo­ments clés de la vie : ar­ri­vée du pre­mier en­fant, chô­mage… ou sen­ti­ment de dé­lais­se­ment dû au temps, re­proche ex­pri­mé au­tant par les femmes que les hommes – « elle ne me re­garde plus »… Le dés­équi­libre fi­nan­cier est aus­si un gros point de cris­pa­tion, quand l’un a l’im­pres­sion de tou­jours payer pour l’autre. Sa­voir se sé­pa­rer est une vraie com­pa­ti­bi­li­té im­por­tante, mais rare. Il faut avoir par­ta­gé beau­coup d’es­time, de res­pect, et d’au­to­no­mie. On a ain­si des dos­siers de di­vorce qui durent des an­nées parce que cha­cun cherche à gar­der un lien, même dans la haine, prêt à s’échar­per pour des pe­tites cuillères. D’autres ont be­soin d’une re­con­nais­sance des torts, ils veulent ab­so­lu­ment qu’il soit éta­bli et écrit que l’autre a com­mis des fautes… Donc la com­pa­ti­bi­li­té amou­reuse doit sû­re­ment être une très bonne com­mu­ni­ca­tion, jus­qu’au bout, et sa­voir lais­ser par­tir l’autre en met­tant son or­gueil de cô­té… » n

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