A THÈNES, la nou­velle Olympe du co­ol De­puis

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q u’athènes ins­pire… » Pour­quoi ? Des loyers bas, une vie noc­turne en pleine ef­fer­ves­cence (no­tam­ment au­tour du quar­tier de Psi­ri, et du Six D.o.g.s, temple du co­ol), des concerts dans des ap­par­te­ments vides, des quar­tiers ba­rio­lés et sau­vages en­core pré­ser­vés de l’uni­for­mi­sa­tion brook­ly­nienne, des pro­jets au­to­gé­rés à la pelle, un mode de vie « pop-up » où des squats ouvrent, ferment, dé­mé­nagent, comme le dé­sor­mais culte théâtre Em­bros ou au­jourd’hui Green Park, ins­tal­lé dans un ca­fé aban­don­né… Entre mi­sère qua­si tiers-mon­diste, so­phis­ti­ca­tion eu­ro­péenne et dou­ceur mé­di­ter­ra­néenne, Athènes ai­mante et s’offre comme un la­bo cultu­rel, so­cial, po­li­tique à ciel ou­vert.

En­tre­prendre à échelle hu­maine « Je crois vrai­ment qu’en fai­sant de cette éner­gie un pro­duit com­mer­cial, c’est le dé­but de la fin, mais en même temps, il fau­drait être aveugle pour ne pas no­ter qu’il se passe au­jourd’hui quelque chose d’ex­cep­tion­nel à Athènes », ad­met Ma­ria­flo­ra P. Le­hec. En 2008, cette sty­liste jusque-là ba­sée à Londres (elle tra­vaillait pour Ch­ris­to­pher Kane) a dé­ci­dé de ren­trer pour dé­ve­lop­per sa marque SOMF et sou­te­nir l’in­dus­trie lo­cale au mo­ment où les bou­tiques fa­shion fer­maient les unes après les autres. Re­par­tir, elle y pense « cent fois par sai­son », mais veut te­nir bon. « Ça im­plique de tra­vailler deux fois plus dur, ex­plique-t-elle. C’est un achar­ne­ment un peu ro­man­tique, mais j’ai pu ou­vrir ma bou­tique en ligne, avec des pro­duits 100 % grecs, ins­pi­rés de l’état d’es­prit “bit­ter et sweet” de l’athènes ac­tuelle. » Elle par­tage le diag­nos­tic du tan­dem Kas­san­dras : « Avec la flam­bée des loyers dans les ca­pi­tales eu­ro­péennes mais aus­si l’ex­pan­sion des mul­ti­na­tio­nales, cer­tains trouvent ici ce qu’ils ont per­du ailleurs : la pos­si­bi­li­té de tra­vailler avec des sa­voir-faire lo­caux, de ma­nière in­dé­pen­dante, à échelle hu­maine », ex­plique-t-elle. Une vague in­ter­na­tio­nale est- elle en train de se pro­fi­ler à Athènes ? Les si­gnaux sont forts : la di­rec­tion du Fes­ti­val d’athènes et d’epi­daure

( 250 000 spec­ta­teurs, la prin­ci­pale lo­co­mo­tive ar­tis­tique lo­cale) vient d’être confiée à l’ar­tiste fla­mand Jan Fabre, la fon­da­tion lo­cale Onas­sis vient d’em­bau­cher le ca­bi­net d’ur­ba­nisme néer­lan­dais Okra pour ré­in­ves­tir les im­meubles-sque­lettes d’athènes.

Fan­tasmes et vrais pro­jets Quant à l’évé­ne­ment qui est sur toutes les lèvres, c’est la ve­nue, en 2017, de la quin­quen­nale d’art Contem­po­rain Documenta, pour la pre­mière fois par­ta­gée entre Kas­sel et Athènes et di­ri­gée par le cu­ra­teur po­lo­nais Adam Szymc­zyk. Sa com­pagne Alexan­dra Ba­ch­zet­sis, cho­ré­graphe gré­co-suisse dé­sor­mais ins­tal­lée au coeur du quar­tier anar­chiste Exar­chia, îlot des pro­jets so­ciaux au­to­gé­rés et du street art contes­taire, s’en­thou­siasme : « Ici, tu ne sais ja­mais si au pro­chain car­re­four tu vas croi­ser la fête ou la vio­lence, c’est par­ti­cu­lier. Mais pour nous, ça a du sens, po­li­ti­que­ment, de ve­nir tra­vailler ici. » De son cô­té, Kas­san­dras se tient prêt pour l’évé­ne­ment et mul­ti­plie les dis­cus­sions avec les créa­teurs lo­caux, au rang des­quels Za­chos Var­fis, un jeune ar­chi­tecte qui s’est lan­cé dans la construc­tion d’un skate park en bois raf­fi­né, avec les ha­bi­tants du quar­tier de Ke­ra­mi­kos : « C’est ty­pi­que­ment pour ce genre de pro­jet qu’on tra­vaille, re­prennent Mat­thieu Prat et Anne Da­vi­dian. Un pro­jet in­ven­tif, cou­ra­geux, exem­plaire de l’éner­gie ac­tuelle qui se li­bère à Athènes. » De quoi at­ti­ser les fan­tasmes teen-age du « poor but sexy » (la de­vise of­fi­cieuse de Ber­lin). Ce dont ne se prive pas la presse in­ter­na­tio­nale qui, du New York Times à Die Zeit, vante le nou­veau souffle un­der­ground de la ville. On n’au­rait pas eu l’an­gé­lisme in­dé­cent de com­pa­rer… Si quelques jeunes Grecs, conscients de l’ap­pât mar­ke­ting, ne ces­saient eux-mêmes de cla­mer : « Athens is the new Ber­lin ! »  n

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