FLIC, c’est chic !

Glamour (France) - - Glamourismes -

C’est

un rôle mo­teur qui fait vrom­bir une car­rière ( juste de­vant la pros­ti­tuée, la nonne et la sor­cière) et peut rap­por­ter gros ! Un os­car à Jo­die Fos­ter, jeune sta­giaire du F.B.I. dans Le Si­lence des agneaux, en 1992, un Cé­sar à Na­tha­lie Baye, com­man­dant dans Le Pe­tit Lieu­te­nant, en 2006, et des tro­phées en pa­gaille à l’an­glaise He­len Mir­ren pour son nu­mé­ro d’ins­pec­trice in­tègre et al­coo­lique dans la sé­rie Sus­pect N° 1. Pour l’in­car­ner, cer­taines ac­trices n’at­tendent pas que le pis­to­let Sig Sauer leur tombe tout fu­mant dans la main : « Quand j’ai dé­ci­dé de pro­duire Shades of Blue, il était ques­tion de quel­qu’un d’autre pour le rôle d’har­lee San­tos, a dé­cla­ré ré­cem­ment Jen­ni­fer Lo­pez, hé­roïne de cette sé­rie dif­fu­sée en fé­vrier der­nier sur NBC et bien­tôt pro­gram­mée sur France 2. Mais mon en­tou­rage a com­men­cé à me dire : “Et pour­quoi tu ne le fe­rais pas, toi ?” Alors je me suis po­sé la ques­tion : “Un flic, moi ? Tiens, c’est vrai, pour­quoi pas ?” » Trêve de mi­nau­de­ries ! Voyant qu’on ne lui of­frait pas de rôles d’en­ver­gure, J. LO s’est donc co­pieu­se­ment ser­vie. Mais peut-être au­rait-elle dû, par la même oc­ca­sion, s’of­frir les ser­vices d’une conseillère en ba­lis­tique ju­di­ciaire qui lui au­rait fait re­mar­quer qu’on ne court pas après des mé­chants, un pis­to­let à la main, avec un dé­col­le­té af­frio­lant et une coif­fure sa­vam­ment mé­chée (voir le tea­ser sur You­tube). écus­son au cein­tu­ron, est une ins­pec­trice en quête de ven­geance dans le film Aux yeux de tous (voir nos pages cul­ture). Et les Fran­çaises ne sont pas les der­nières à dé­gai­ner : la sai­son 2 de Tun­nel vient de s’ache­ver sur Ca­nal +, avec une Clé­mence Poé­sy énig­ma­tique dans le rôle de l’en­quê­trice Elise Was­ser­mann. Et Ca­ro­line Proust s’ap­prête à ar­bo­rer de nou­veau une mine dé­faite dans la sixième sai­son d’en­gre­nages. Si la ten­dance « fli­quette », boos­tée par le suc­cès des sé­ries scan­di­naves telles que The Killing, s’am­pli­fie, elle prend ses ra­cines au cours des an­nées 1970, quand la lé­gis­la­tion a en­fin per­mis aux femmes d’in­té­grer la po­lice na­tio­nale : « Ce­la fait qua­rante ans qu’il y a des femmes flics dans les sé­ries amé­ri­caines et près de vingt-cinq ans dans des sé­ries fran­çaises comme Ju­lie Les­caut, Une femme d’hon­neur ou Diane, femme flic, pré­cise Ge­ne­viève Sel­lier, his­to­rienne du ci­né­ma et co-au­teure de La Drôle de Guerre des sexes du ci­né­ma fran­çais (Ar­mand Colin). La rai­son en est simple : le pu­blic des sé­ries té­lé est ma­jo­ri­tai­re­ment fé­mi­nin. Et la té­lé est bien obli­gée de se pré­oc­cu­per de son pu­blic, le­quel com­men­çait à en avoir sé­rieu­se­ment marre de voir les femmes can­ton­nées à des rôles de faire-va­loir. » Lors d’une confé­rence au Fo­rum UNE VER­SION FÉ­MI­NINE

DU COW-BOY Le pu­blic l’aime donc, la po­li­cière de fic­tion. Une mère tape-dur, certes, mais qui ne va pas jus­qu’à faire avouer le pré­su­mé cou­pable à coups de Bot­tin sur la tête. In­sen­sible à la cor­rup­tion (ex­cep­té J. Lo, la vi­laine, dans Shades of Blue), une femme d’ac­tion res­pon­sable, qua­li­fiée, at­ten­tive à son en­tou­rage mais dont la vie pri­vée dif­fère se­lon qu’elle est re­pré­sen­tée sur une chaîne na­tio­nale ou une chaîne payante : « Dans les sé­ries po­li­cières po­pu­laires, c’est une mère de fa­mille, éle­vant par­fois seule ses en­fants et as­su­mant de front tra­vail, re­la­tions amou­reuses et édu­ca­tion, donc en phase avec la réa­li­té psy­cho­lo­gique

des femmes fran­çaises, ana­lyse Ge­ne­viève Sel­lier. Le pu­blic des chaînes pri­vées telles que Ca­nal + est ma­jo­ri­tai­re­ment mas­cu­lin. C’est une élite culti­vée qui ap­pré­cie les conduites sub­ver­sives, les femmes – souvent mas­cu­li­ni­sées – qui sortent de la norme, ont une vie sexuelle aven­tu­reuse, et sont donc at­ti­rantes à ses yeux. » Des sté­réo­types, rien que des sté­réo­types ces femmes flics de la té­lé ? Ma­thieu Arbogast abonde dans ce sens. Lors d’une confé­rence don­née dans le cadre du fes­ti­val Sé­ries Ma­nia, le sociologue poin­tait une asy­mé­trie d’âge et de corps entre les flics mas­cu­lins et fé­mi­nins (co­mé­diennes plus jeunes que les co­mé­diens d’en moyenne six ans, re­pré­sen­ta­tion de leurs corps beau­coup moins va­riée que chez les hommes), le rôle de faire-va­loir de la co-équi­pière des sé­ries po­li­cières (comme dans The Men­ta­list) et es­ti­mait que le plus grand sté­réo­type de per­son­nage fé­mi­nin po­li­cier avait tous les at­tri­buts… d’un homme. « La ver­sion fé­mi­nine du cow- boy – comme Roxane dans Bra­quo. » Un constat que ne par­tage pas Ge­ne­viève Sel­lier : « Les re­pré­sen­ta­tions de la cul­ture sont for­cé­ment un peu sté­réo­ty­pées. Et rien n’est plus sté­réo­ty­pé que la femme ob­jet sexuel. Je trouve que la fi­gure ac­tuelle de la femme po­li­cière in­dique une plu­ra­li­té des normes. L’en­quê­trice jouée par Do­mi­nique La­va­nant dans Soeur Thé­rèse.com, par exemple, est for­mi­dable. Elle se fout d’être dé­si­rable, elle est so­li­daire des autres femmes et échappe au pou­voir pa­triar­cal. J’aime aus­si l’hé­roïne d’en­gre­nages car elle ex­prime une forme d’in­dé­pen­dance, elle est in­tel­li­gente et par sa vie amou­reuse dé­glin­guée, cor­res­pond à une réa­li­té. A un mo­ment de ma vie, j’ai été comme elle ! [rires]. »

DES RÔLES FORTS ÉCRITS

PAR DES FEMMES « La po­lice, un mé­tier d’homme », pou­vait-on lire sur les af­fiches du mé­tro au dé­but des an­nées 1980. Pas éton­nant que la sor­tie de La Femme flic avec Miou-miou dans le rôle prin­ci­pal en 1980 fasse l’ef­fet d’une bombe. Le film fut un grand suc­cès po­pu­laire – deux mil­lions d’en­trées – les cri­tiques sou­li­gnant « le vi­sage hu­main » de l’hé­roïne, sa pro­pen­sion à l’em­pa­thie

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