La nou­velle voix du Sexe Libre

Glamour (France) - - Glamourismes -

Si­vous ne vous re­trou­vez pas dans les dis­cours fé­mi­nistes ac­tuels, es­sayez de lire Ca­mille Em­ma­nuelle. A tra­vers son ex­pé­rience de « fille née en 1980 » cu­rieuse de la sexua­li­té qui vous parle comme une co­pine avec les ré­fé­rences qui sont les nôtres (de Ch­ris­tiane F. aux Kar­da­shian) et en une ving­taine de cha­pitres sur les poils, le cuir, le viol, le dé­sir, la masturbation, ou le por­no, son Sex­po­werment est un genre de ma­nuel de dés­in­toxi­ca­tion des idées toutes faites sur le sexe, qui au­rait pour but de « li­bé­rer la pa­role et dé­cons­truire les sté­réo­types de genre », condi­tions sine qua non se­lon elle pour at­teindre l’éga­li­té homme-femme. Mais pas seule­ment. Alors que la sexua­li­té contem­po­raine pro­fite de la re­dé­fi­ni­tion des iden­ti­tés, mais su­bit à la fois les as­sauts de l’in­té­grisme re­li­gieux et d’un re­tour de la pu­di­bon­de­rie par­fois por­té par les fé­mi­nistes elles-mêmes, Ca­mille Em­ma­nuelle exa­mine

Mi­li­tante du « cul Ma­gni­fique » Fu­ture sexo­thé­ra­peute (elle est en for­ma­tion) Ca­mille Em­ma­nuelle pense que « le dis­cours qui li­bé­re­rait beau­coup d’hommes et de femmes, ce se­rait : sexe = ce que vous vou­lez, amu­sez-vous ! Le cul ma­gni­fique, ce­lui qui nous em­mène dans des sphères ex­ta­tiques in­croyables, ce n’est pas une to-do-list à rem­plir, bor­del ! » Elle s’in­surge contre le fait que la res­pon­sa­bi­li­té éro­tique du couple pèse sur­tout sur la femme, le cô­té : « Faites un ef­fort pour chou­chou le sa­me­di soir » ; « Ache­tez de la belle lin­ge­rie ! » ; « C’est in­sup­por­table parce que ça crée une culpa­bi­li­té chez les femmes, nous dit- elle. On ne dit ja­mais aux hommes “chan­gez de slip !” ou “al­lez vers l’autre”, “in­té­res­sez-vous à dif­fé­rentes pra­tiques.” Alors que la ques­tion du dé­sir doit aus­si in­té­grer l’homme. Je connais beau­coup de couples où c’est l’homme qui a une li­bi­do qui change, qui est pro­blé­ma­tique… »

Le dé­sir comme re­mède ul­time Ac­ces­soi­re­ment, la com­pagne du des­si­na­teur Luz, Ca­mille Em­ma­nuelle est bien pla­cée pour par­ler de la sexua­li­té li­bé­rée comme une forme de ré­sis­tance. Le livre s’achève sur le ré­cit émou­vant de son re­tour à la vie par le sexe, après des mois de té­nèbres et de peur. Dans la joie. Elle com­prend alors que « le dé­sir, c’est l’une des seules choses qui n’a pas chan­gé dans ma vie. Tout le reste a chan­gé, vrai­ment. Mais l’éro­tisme, l’en­vie d’une sexua­li­té libre, joyeuse, éman­ci­pa­trice, ils n’ont pas gâ­ché ça. Donc c’est un pe­tit fuck per­son­nel que je vou­lais aus­si adres­ser dans ce livre ! » n

Que ce mot fasse l’una­ni­mi­té ou non, reste à lui don­ner corps. « Pas ques­tion qu’il de­vienne un simple ha­sh­tag ! », af­firme Laure Go­mez Mon­toya. Pour le faire exis­ter au-de­là du vir­tuel, une pla­te­forme ar­tis­tique a vu le jour en mars sur le site de l’opé­ra­tion, l’équi­valent d’un agré­ga­teur de conte­nu ar­tis­tique (vi­déos, pho­tos…) au­tour de la dé­fense des droits des femmes, le tout sou­te­nu mé­dia­ti­que­ment par un concours ci­né­ma­to­gra­phique et un prix re­mis lors du pro­chain fes­ti­val de Cannes. Un livre col­lec­tif En­semble contre la gy­no­pho­bie (Stock) si­gné de plumes re­con­nues – Jacques At­ta­li, Ma­rie Dar­rieus­secq, Sa­muel Ben­che­trit, Plantu… – se­ra éga­le­ment pu­blié en mai. « A terme, je sou­haite créer un ob­ser­va­toire qui au­ra pour mis­sion de re­grou­per les in­for­ma­tions re­la­tives aux actes gy­no­phobes ici, comme par­tout dans le monde, pour­suit Li­sa Azue­los, ain­si qu’un in­dice de me­sure des actes gy­no­phobes pour les états et les en­tre­prises. » Mais pour vrai­ment trans­for­mer l’es­sai, il fau­dra aus­si que pro­fes­sion­nels, as­so­cia­tions et ins­ti­tu­tions s’em­parent de ce mot. « Nous es­pé­rons le faire ren­trer dans le dic­tion­naire d’ici deux ans, confirme Laure Go­mez Mon­toya. Il faut pour ce­la 500 000 oc­cur­rences. » Isa­belle Steyer-bra­niste, avo­cate spé­cia­li­sée dans les vio­lences faites aux femmes et re­pré­sen­tante de vic­times dans les af­faires Guy Georges, Ou­treau ou Four­ni­ret, croit éga­le­ment à l’im­pact du terme gy­no­pho­bie au sein des tri­bu­naux. « En France, nous n’avons pas de lois de genre – comme en Es­pagne – qui pro­tègent spé­ci­fi­que­ment les femmes en tant que groupe. Par exemple, un pro­pos ra­ciste est un dé­lit, un pro­pos ho­mo­phobe est un dé­lit, mais se faire trai­ter de “sale pute”, c’est une in­sulte pri­vée qui re­lève d’une simple contra­ven­tion. Ce mot, même s’il n’est pas dans le code pé­nal pour­rait ser­vir à dé­si­gner cette in­jus­tice, à dé­non­cer éga­le­ment le sys­tème qui fait peu de cas de la pa­role des femmes, no­tam­ment dans les faits de viols ou de vio­lences conju­gales. Et de­vant un ju­ry d’as­sises, gy­no­pho­bie peut être très im­pac­tant et très clair. » Rap­pe­lez-vous, le poids des mots… n * Au­teure de Sexy Cor­pus (Lemieux). ** Au­teure de La Do­mi­na­tion Mas­cu­line n’existe pas (Anne Car­rière).

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