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Glamour (France) - - Planete Mode -

in­fluen­ceuses en bom­bers bro­dés à leur nom, une it girl chi­noise ex­hi­bant un sac aux cou­leurs in­édites, une liane ar­bo­rant un jean cou­su pour elle… Ces séries ex­clu­sives se­raient-elles ré­ser­vées à une poi­gnée d’élues ? Plus vrai­ment. Si le sur-me­sure et la pose d’ini­tiales ont tou­jours exis­té pour quelques pri­vi­lé­giés, de plus en plus de marques dé­mo­cra­tisent ces ser­vices. La sai­son der­nière, Guc­ci a inau­gu­ré son concept « Do it your­self » en lan­çant la cus­to­mi­sa­tion de sacs en ligne. Plus ré­cem­ment, la mai­son a même im­plan­té dans son flag­ship mi­la­nais un es­pace en­tier dé­dié à la per­son­na­li­sa­tion du prêt-à-por­ter et des chaus­sures.

RE­NOU­VE­LER LE DÉ­SIR « En­cou­ra­ger les clients à in­ter­pré­ter l’es­thé­tique Guc­ci tout en res­tant fi­dèle à la vi­sion du di­rec­teur ar­tis­tique Ales­san­dro Mi­chele », tel est le mes­sage de la griffe ita­lienne. Im­pli­quer les con­som­ma­teurs dans le pro­ces­sus créa­tif se­rait donc la der­nière trou­vaille des marques pour re­nou­ve­ler le dé­sir. D’au­tant que l’évo­lu­tion des ou­tils de pro­duc­tion a ren­du pos­sible cette « per­son­na­li­sa­tion de masse », concept pa­ra­doxal s’il en est. Si Nike fut pré­cur­seur avec Ni­keid, en 2001, 2016 a vu naître Long­champ Pliage Per­son­na­li­sé, Do it your­self by Le Tan­neur, Pepe Jeans Cus­tom Stu­dio, Akris Create your Ai­den­ti­ty, Fur­la Made for you ou en­core UGG Cus­to­mize Your Clas­sic. Entre autres. Pour Jeanne Si­gnoles, créa­trice des sacs L/ Uni­form, cette ten­dance ré­pond à une réelle mo­di­fi­ca­tion des modes de consom­ma­tion : « Il y a quelques an­nées, nous vou­lions un it bag. Au­jourd’hui, les clients sou­haitent se dif­fé­ren­cier. »

DIY & MAINSTREAM Ch­loé Gray, chef de pro­jet chez Pro­mos­tyl constate aus­si que « notre époque très di­gi­ta­li­sée a en­traî­né une en­vie de re­ve­nir à un ves­tiaire plus per­son­nel ». C’est d’ailleurs en voyant sur Ins­ta­gram com­ment les fans de GAS s’ap­pro­prient les bi­joux, qu’oli­vier Gas, di­rec­teur gé­né­ral de la griffe a eu l’idée de lan­cer un ser­vice « per­so ». Les ré­seaux so­ciaux et les par­tages fré­né­tiques au­raient-ils dé­ve­lop­pé notre sin­gu­la­ri­té ? Be­noît Heil­brunn, au­teur de La Consom­ma­tion et ses so­cio­lo­gies (Ar­mand Co­lin), dresse un constat plus nuan­cé : « Face à une mode qui s’ho­mo­gé­néise, pro­po­ser du sur-me­sure de masse est un en­jeu ma­jeur. Il est fon­da­men­tal que les marques re­nouent un lien avec leurs clients en of­frant des pro­duits à fort pou­voir émo­tion­nel – c’est moi qui l’ai fait –, mais tou­jours re­con­nais­sables – L’ADN de la mai­son reste in­tact. N’ou­blions pas que la mode vend es­sen­tiel­le­ment de la re­con­nais­sance et des moyens de s’of­frir un style qui soit à la fois sin­gu­lier et par­ta­gé. » Ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre. n

e 22 avril der­nier, Fré­dé­ric Tad­deï re­grou­pait un pa­nel fé­mi­niste pour un nu­mé­ro de son émis­sion Ce soir ou Ja­mais ayant pour thème « Le fé­mi­nisme et la nou­velle gé­né­ra­tion ». Sur le pla­teau, que des femmes jeunes, cen­sées re­pré­sen­ter la re­lève du fé­mi­nisme. Par­mi elles, Peg­gy Sastre, au­teure de La do­mi­na­tion mas­cu­line n’existe pas (Anne Car­rière), Ca­mille Em­ma­nuelle, es­sayiste « pro-sexe », Eu­gé­nie Bas­tié, nou­velle ve­nue ten­dance ca­tho qui fus­tige les « néo- fé­mi­nistes » en bloc et tourne à trois tweets clash par jour, ou en­core Claire Serre-combe, d’osez le Fé­mi­nisme ! pour le ca­nal of­fi­ciel. L’émis­sion est struc­tu­rée au­tour des su­jets qui fâchent : voile, pros­ti­tu­tion, « taxe tam­pon », per­sis­tance des sté­réo­types… et comme pré­vu, elles ne sont pas d’ac­cord. Dans le même temps sur Twit­ter, tout le monde semble d’ac­cord pour dire « on n’est pas d’ac­cord », tan­dis que de­vant notre écran, on at­tend en vain l’émer­gence d’une ve­dette, avec une ques­tion en tête : cette frag­men­ta­tion du pay­sage fé­mi­niste fran­çais, si elle n’est pas neuve, est-elle le signe d’un dy­na­misme ou une gan­grène qui fi­nit par pa­ra­ly­ser le mou­ve­ment ? Nous avons po­sé la ques­tion à plus de mille femmes de 18 ans et plus. Et le ré­sul­tat vient confir­mer que dans cette « nou­velle gé­né­ra­tion », au­cune ne semble en po­si­tion d’être la « fi­gure » du mou­ve­ment, loin s’en faut. 80 % des femmes dé­clarent en ef­fet ne pas se sen­tir re­pré­sen­tées au­jourd’hui par une per­son­na­li­té ou une as­so­cia­tion fé­mi­niste. Si on leur sou­met une liste de per­son­na­li­tés « les plus à même de por­ter les dos­siers prio­ri­taires du fé­mi­nisme », les Fran­çaises sont 85 % à ci­ter en pre­mier Si­mone Veil, 88 ans, re­ti­rée de la vie po­li­tique de­puis 2007. Der­rière elle, Eli­sa­beth Ba­din­ter, sui­vie par Na­ta­cha Po­lo­ny. La mi­nistre des Droits des femmes Lau­rence Ros­si­gnol est en queue de pe­lo­ton, ci­tée par moins de 7 % des femmes. Du cô­té des as­so­cia­tions, Osez le Fé­mi­nisme ! ar­rive en tête. Eloquent, si l’on en juge par ses 1 500 membres… Pour­tant, comme l’ex­plique l’his­to­rienne Ch­ris­tine Bard, au­teure du Fé­mi­nisme au-de­là des idées re­çues (Le Ca­va­lier Bleu) : « Le fé­mi­nisme a de nom­breux dé­fis à re­le­ver. La pé­riode est très dif­fi­cile sur tous les plans, éco­no­mique, po­li­tique, in­ter­na­tio­nal, et beau­coup d’in­di­ca­teurs nous alertent sur de graves dan­gers de ré­gres­sion pour les femmes. » Et de fait, 64 % des femmes, et 84 % des jeunes (18-24 ans) se dé­clarent fé­mi­nistes. « Je pense qu’il y a un re­nou­veau gé­né­ra­tion­nel de­puis l’af­faire DSK, es­time la jour­na­liste et mi­li­tante Ro­khaya Dial­lo. Des fé­mi­nistes plus jeunes se sont em­pa­rées des ré­seaux so­ciaux pour faire vivre leurs convic­tions et par­ler des sou­cis d’au­jourd’hui. Elles ont réus­si à en­rô­ler des femmes qui ne se dé­fi­nis­saient pas comme des fé­mi­nistes. » Le fé­mi­nisme connaît un nou­veau souffle. Mais il part dans toutes les di­rec­tions. Et 64 % des femmes trouvent que les fé­mi­nistes sont trop di­vi­sées entre elles.

Quel(s) fé­mi­nisme(s) ? Il faut dire que l’an­née écou­lée a mis en lu­mière des di­vi­sions fon­da­men­tales : pé­na­li­sa­tion des clients de pros­ti­tuées, mode is­la­mique, Co­logne, af­faire Bau­pin. Seule Jac­que­line Sau­vage semble avoir mis tout le monde d’ac­cord, aus­si bien chez les fé­mi­nistes qu’à tra­vers le spectre po­li­tique – d’anne Hi­dal­go à Ma­rine Le Pen, une una­ni­mi­té re­trou­vée dans le son­dage. Pour le reste, ces faits de so­cié­té ont cha­cun ré­vé­lé des concep­tions ra­di­ca­le­ment dif­fé­rentes de la femme libre : est-elle libre de se voi­ler ? De se pros­ti­tuer ? De louer son ventre ? Ré­sul­tat : de part et d’autre du spectre, on se conteste le titre même de fé­mi­niste. « Il y a une ten­dance chez les fé­mi­nistes fran­çaises à prendre la pa­role à la place des per­sonnes concer­nées, pour­suit Ro­khaya Dial­lo. C’est un fé­mi­nisme très blanc et très bour­geois qui ne tient pas compte de plu­sieurs ca­té­go­ries de la po­pu­la­tion. Il y a une en­vie aus­si de la part des per­sonnes concer­nées d’in­ves­tir le dé­bat pu­blic : les fé­mi­nistes mu­sul­manes voi­lées, les pros­ti­tuées, etc. Elles se sont or­ga­ni­sées pour re­con­qué­rir une pa­role qui ne leur était pas for­cé­ment don­née. » D’où l’émer­gence d’un afro-fé­mi­nisme, dont se ré­clame Ro­khaya Dial­lo, ou d’un fé­mi­nisme is­la­mique, qui af­firme le port du voile comme un geste non seule­ment li­bre­ment consen­ti, mais aus­si vec­teur d’éman­ci­pa­tion.

Le pro­cès en sou­mis­sion Port du voile et éman­ci­pa­tion ? Une hé­ré­sie pour les « uni­ver­sa­listes » comme Eli­sa­beth Ba­din­ter, pour qui les deux termes ac­co­lés tiennent for­cé­ment de l’oxy­more, et qui ren­voie ces mi­li­tantes voi­lées à al­ler voir du cô­té des condi­tions féminines en Iran. Va­lé­rie To­ra­nian, an­cienne di­rec­trice de la ré­dac­tion de Elle, au­jourd’hui a la tête de La Re­vue des deux mondes, a réa­li­sé un en­tre­tien avec Eli­sa­beth Ba­din­ter, et abonde : « Tout ça se fait au nom d’un li­bé­ra­lisme qui nous piège, parce qu’il nous im­pose, au nom de nos propres va­leurs, des va­leurs qui sont fon­da­men­ta­le­ment op­po­sées. » Mais quand les unes disent « uni­ver­sa­lisme », les autres ré­pondent

CH­RIS­TINE BARD, his­to­rienne

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