Les EN­FANTS, c’est pour QUAND ?

Vous pen­siez pou­voir faire ce que vous vou­liez de votre uté­rus ? Onze femmes nous ra­content que la li­ber­té d’en­fan­ter (ou pas), ce n’est pas en­core ga­gné.

Glamour (France) - - Glam Magazine - Par Co­line Cla­vaud-mé­ge­vand, Ju­lie Ram­bal et Cé­line Puer­tas

Dclé en France 1967 et la lé­ga­li­sa­tion de la pi­lule contra­cep­tive. De­puis, cin­quante ans ont pas­sé, entre pro­grès scien­ti­fiques et évo­lu­tion des men­ta­li­tés : loi Veil, fé­con­da­tion in vi­tro, re­con­nais­sance des fa­milles ho­mo­pa­ren­tales… Fin juin, le Co­mi­té consul­ta­tif na­tio­nal d’éthique s’est dé­cla­ré fa­vo­rable à l’ou­ver­ture de la pro­créa­tion mé­di­ca­le­ment as­sis­tée pour les couples les­biens et les femmes cé­li­ba­taires (voir en­ca­dré p. sui­vante). Ini­ma­gi­nable il y a quelques an­nées. Ré­sul­tat, on n’a ja­mais été aus­si cer­taines d’avoir les cartes en main cô­té ma­ter­ni­té. Pour­tant, vous avez sû­re­ment été confron­tée au point God­win des conver­sa­tions de tren­te­naires : la ques­tion « c’est pour quand ? » vous a don­né l’im­pres­sion d’être Jen­ni­fer Anis­ton (en moins bien coif­fée). Alors, en avoir ou pas, com­ment et avec qui ? Des femmes nous confient leurs choix.

« J’ADORE MON QUO­TI­DIEN SANS EN­FANT »

Ha­wa, 31 ans, en couple « Je tra­vaille dans un sec­teur très com­pé­ti­tif qui me pas­sionne. Deux bonnes rai­sons d’at­tendre ! J’ai vu des col­lègues très mal vivre leur re­tour de congé ma­ter­ni­té : cer­taines se sen­taient me­na­cées par les autres membres de l’équipe ou par la hié­rar­chie, d’autres étaient cre­vées de gé­rer à la fois leur taf et un bé­bé. Ça fait ré­flé­chir. Et puis, j’adore mon quo­ti­dien avec mon mec : si on veut pas­ser le week-end de­vant Net­flix ou s’en­vo­ler pour Lis­bonne, on peut. Dans ma bande de co­pines, quelques-unes ont eu leur pre­mier en­fant ré­cem­ment, mais les autres ne sont pas pres­sées – mal­gré leurs mères qui, pour cer­taines, les bas­sinent avec l’hor­loge bio­lo­gique. Je me laisse du temps, on ver­ra bien ! »

« POUR­QUOI PAS L’ADOP­TION ? »

Pau­line, 31 ans, en couple « J’ai tou­jours vou­lu des en­fants et au­jourd’hui, c’est dé­ci­dé, j’ai en­vie d’adop­ter. Ça cor­res­pond à mes idéaux, et par chance, à ceux de mon par­te­naire. Pou­voir ai­der un ou deux en­fants sans fa­mille me ren­drait plus heu­reuse que de les avoir na­tu­rel­le­ment. Ça ne pren­dra pas neuf mois mais cer­tai­ne­ment plu­sieurs an­nées. Ce qui me fait vrai­ment peur, c’est que les couples sté­riles soient prio­ri­taires. Des proches nous ont dit que notre pro­jet était égoïste, qu’on al­lait “prendre” un en­fant à un couple qui ne peut pas en avoir et les gens ont tous un avis, ou une his­toire à ra­con­ter sur une adop­tion qui s’est mal pas­sée mais on est prêts. Je n’ai pas de cri­tère de sexe, de pays ni d’âge, même si on se­rait contents d’avoir un bé­bé. La seule li­mite, c’est qu’il ait un han­di­cap phy­sique lourd. Mais cette ques­tion se pose aus­si pour une ma­ter­ni­té na­tu­relle. Si on ne peut pas adop­ter, j’ai­me­rais qu’on soit fa­mille d’ac­cueil, je trouve ça très beau aus­si. »

« J’AI ÉTÉ MÈRE À 18 ANS »

An­na­belle, 30 ans, ma­riée, deux en­fants « J’ai ren­con­tré mon ma­ri au col­lège, on s’est ma­riés quatre ans plus tard et notre pre­mier bé­bé est ar­ri­vé dans la fou­lée. On en­ten­dait : “Ils sont trop jeunes, ça ne mar­che­ra ja­mais.” Au­jourd’hui, c’est plu­tôt : “Re­gar­dez cette jo­lie pe­tite fa­mille !” J’ai tou­jours vou­lu avoir des en­fants jeune – mon père et ma mère ont fait pa­reil. Il y a plein de cli­chés sur le su­jet, mais on est à l’op­po­sé de ça : je suis au­teure, mon ma­ri est avo­cat et nous avions tout pla­ni­fié. D’ac­cord, j’ai man­qué des tas de trucs, comme les soi­rées avec mes co­pines, et j’étais la seule de ma fac à suivre les cours avec un bé­bé sur la poi­trine, mais je n’ai au­cun re­gret. Mes amies com­mencent seule­ment à pen­ser ma­ter­ni­té, quand j’ai la sen­sa­tion que ma tren­taine va me per­mettre de gé­rer ma car­rière exac­te­ment comme je l’en­tends. »

« J’AI DÉ­CI­DÉ DE SÉPARER MA­TER­NI­TÉ ET VIE DE COUPLE EN FAI­SANT AP­PEL À UN DON­NEUR DE SPERME. » Ré­bec­ca

« MON COPAIN VEUT UN EN­FANT, ET VITE »

Nao­mi, 34 ans, en couple « C’est simple, il m’en parle tout le temps et il rêve d’être père de­puis long­temps. Même si je veux des en­fants un jour, je le sais, je suis beau­coup moins pres­sée. Et comme il a bien­tôt 38 ans, il pa­nique d’être un “vieux pa­pa”. J’ai donc ac­cep­té de com­men­cer à “es­sayer”, j’ai ar­rê­té la pi­lule, mais il est très im­pa­tient. Il com­mence à me po­ser des ques­tions pour cal­cu­ler mes ovu­la­tions, il veut faire l’amour tout le temps pour se don­ner le plus de chances pos­sible, il a in­ves­ti dans un stock de tests de gros­sesse et, six mois après, il vou­drait dé­jà que je file chez la gy­né­co pour faire des exa­mens. Bref, il me stresse, et je suis tou­jours un peu sou­la­gée quand mes règles ar­rivent. »

« PLUS JA­MAIS EN­CEINTE SI JE VEUX »

Aman­dine, 44 ans, ma­riée « Après 40 ans et deux en­fants, je ne sup­por­tais plus de prendre la pi­lule, que je go­bais de­puis mes 16 ans. Je n’avais pas sup­por­té le sté­ri­let clas­sique, et pas ques­tion d’un sté­ri­let hor­mo­né puisque je ne vou­lais plus im­po­ser de la chi­mie à mon corps. J’ai par­lé avec mon gy­né­co­logue-obs­té­tri­cien de la sté­ri­li­sa­tion dé­fi­ni­tive. Il a ré­pon­du que si mes en­fants mou­raient, j’en vou­drais d’autres. J’ai trou­vé ça pa­ter­na­liste et mé­pri­sant, et j’ai dé­ci­dé de ne plus confier mes or­ganes gé­ni­taux à un homme. J’ai ga­lé­ré avant de trou­ver une gy­né­co à l’écoute. Elle m’a sug­gé­ré la pose d’un im­plant, mais j’en ai eu marre de tout ça. Et aus­si que la contra­cep­tion soit tou­jours le pro­blème des femmes. Ma gy­né­co­logue m’a en­voyée dans une cli­nique et après le dé­lai de ré­flexion de quatre mois, je suis pas­sée au bloc. En­fin, je n’ai plus à me de­man­der si je ne bou­sille pas mon corps. J’ai lu qu’en An­gle­terre, plein de femmes se font sté­ri­li­ser sans sou­ci. Ici, on pré­fère fa­ci­li­ter l’avor­te­ment et faire la mo­rale aux femmes qui veulent ré­gler le pro­blème. C’est idiot. »

« JE LUI AI FAIT UN EN­FANT DANS LE DOS »

Cas­sandre, 42 ans, mère cé­li­ba­taire « J’avais 36 ans, très en­vie d’un en­fant, mais pas de mec sé­rieux. Alors j’ai en­le­vé mon sté­ri­let sans en par­ler à mon amant ré­gu­lier, et au bout de quelques mois, un pe­tit + bleu est ap­pa­ru sur mon test. J’étais folle de joie et pa­ni­quée – à rai­son : il a cla­qué la porte. Après des se­maines de si­lence, il a de­man­dé à re­con­naître sa fille à la nais­sance. Au­jourd’hui, Léo­nie a 6 ans, elle ne voit pas son père, mais elle sait qu’il existe et pour­quoi il ne vit pas avec nous. Je suis tou­jours cé­li­ba­taire, mais on a trou­vé notre équi­libre. »

« FAIRE UN BÉ­BÉ TOUTE SEULE »

Ré­bec­ca, 36 ans, cé­li­ba­taire « J’étais déses­pé­rée de ne pas avoir d’en­fant et ça pour­ris­sait ma vie sen­ti­men­tale. Alors j’ai dé­ci­dé de séparer ma­ter­ni­té et vie de couple, en fai­sant ap­pel à un don­neur de sperme. En France, cette pro­cé­dure est ré­ser­vée aux femmes en couple avec un homme sté­rile ou at­teint d’une ma­la­die gé­né­ti­que­ment trans­mis­sible. J’ai pen­sé al­ler en Es­pagne, où ça ne coûte pas cher. Mais je vou­lais un don­neur qui ne soit pas ano­nyme, pour que mon en­fant puisse connaître son père bio­lo­gique à sa ma­jo­ri­té s’il le sou­hai­tait. Cette so­lu­tion n’existe que dans quelques pays eu­ro­péens, comme le Da­ne­mark et l’an­gle­terre, où c’est beau­coup plus cher (une paillette de sperme conge­lé peut mon­ter jus­qu’à 600 eu­ros). J’ai choi­si de me faire in­sé­mi­ner à Londres – il y a des vols di­rects de­puis ma ville – et je suis en­ceinte de cinq mois. »

« LE DEUIL DE LA MA­TER­NI­TÉ »

Eri­ka, 37 ans, sans en­fant « A 29 ans – et en couple de­puis douze ans – on s’est dit avec mon ma­ri que c’était le mo­ment. Mais après huit mois sans ré­sul­tat, on s’est mis à se ren­sei­gner sur les cycles, les as­tuces, etc. Quand tu com­mences à sor­tir ton ther­mo­mètre avant de faire l’amour, tu sais que tu entres dans une nou­velle phase. Comme ça ne ve­nait tou­jours pas, on a fait des tests. C’est là qu’on nous a conseillé l’in­sé­mi­na­tion ar­ti­fi­cielle. Mais ça n’a pas mar­ché, alors on est pas­sés à la fé­con­da­tion in vi­tro. Nou­vel échec : mon corps n’a pas sup­por­té la pre­mière FIV. On en a quand même fait trois autres. Chaque fois que mes règles ar­ri­vaient, j’étais anéan­tie, sans par­ler des gros­sesses de mes amies… J’ai fi­ni par dire à mon ma­ri que j’ar­rê­tais tout et qu’on pou­vait adop­ter, mais il a re­fu­sé. J’ai fait une dé­pres­sion, nous avons di­vor­cé… Je m’en suis sor­tie grâce à l’as­so­cia­tion Col­lec­tif BAMP (qui ac­com­pagne des per­sonnes in­fer­tiles) et à mes amies, qui ont été hon­nêtes sur les bons et aus­si les mau­vais cô­tés de la ma­ter­ni­té. Et oui, con­trai­re­ment à ce qu’on veut nous faire croire, on peut avoir une vie riche et heu­reuse sans en­fant. »

« LES GOSSES, C’EST PAS MON TRUC »

Elise, 29 ans, cé­li­ba­taire « Avoir des ga­mins ne m’a tout sim­ple­ment ja­mais bran­chée et je ne vois pas pour­quoi ça chan­ge­rait. Ma mère a eu cinq en­fants et elle parle beau­coup du fait qu’elle fe­rait les choses dif­fé­rem­ment si elle pou­vait re­ve­nir en ar­rière, même si elle nous aime tous énor­mé­ment. Elle a dû re­non­cer à ses rêves et a in­ves­ti tout son temps, son éner­gie et son ar­gent dans notre éducation. Mon choix com­plique ma vie sen­ti­men­tale : la plu­part des hommes que je ren­contre veulent des gosses et je me sens ra­pi­de­ment obli­gée de leur ex­pli­quer la si­tua­tion, sa­chant que ni l’un ni l’autre ne fe­ra de com­pro­mis. Ça dé­bouche sur pas mal de conver­sa­tions ma­lai­santes dans les bars. Une fois, j’ai par­lé de ma dé­ci­sion à un ren­card Tin­der. Le mec est par­ti di­rect. Les gens sont hy­per don­neurs de le­çons : on me dit que je suis égoïste, ou pire, que c’est parce que je n’ai pas en­core “trou­vé le bon”. »

« MES OVULES M’AT­TENDENT »

Fan­ny, 37 ans, cé­li­ba­taire « A 36 ans, j’ai flip­pé. Toutes mes co­pines avaient dé­jà un ou deux bé­bés, moi j’en­chaî­nais les re­la­tions com­pli­quées. J’ai très en­vie d’avoir un en­fant et quand je les vois pou­pon­ner, j’en ai mal aux ovaires… Alors j’ai par­lé de mes an­goisses à ma gy­né­co, fé­mi­niste de la pre­mière heure. Elle trouve in­juste que les hommes puissent faire des en­fants à pas d’âge, et pas les femmes. Elle m’a par­lé d’une cli­nique pri­vée en Es­pagne avec un tel en­thou­siasme qu’on au­rait dit qu’elle m’en­voyait dans un club de va­cances ! Sauf que, même si le per­son­nel est ado­rable, ce n’est pas une par­tie de plai­sir. Il y a des pi­qûres pour la sti­mu­la­tion hor­mo­nale et plu­sieurs sé­jours à payer. Ça m’a coû­té 10 000 eu­ros. Mais je ne le re­grette pas. De­puis que j’ai mes ovules qui m’at­tendent, je suis beau­coup moins stres­sée avec les mecs. Je me dis que j’ai en­core un peu de marge. Et j’ai re­trou­vé l’es­poir d’avoir un jour un bé­bé. »

« NOTRE FILS A DEUX MAMANS »

Jade, 37 ans, en couple « Je suis en couple avec ma co­pine de­puis six ans et elle a tou­jours par­lé d’avoir un en­fant un jour. J’étais beau­coup moins mo­ti­vée, mais elle a fi­ni par me convaincre. C’est elle qui al­lait le por­ter. Comme nous vou­lions ab­so­lu­ment évi­ter le par­cours du com­bat­tant im­po­sé à tous les couples gays – trou­ver une mère por­teuse à l’étran­ger ou se faire in­sé­mi­ner en Belgique avec un don­neur ano­nyme – nous avons op­té pour une mé­thode plus ar­ti­sa­nale. Grâce à des tu­tos sur In­ter­net et des sites avec des conseils pré­cis, du style “com­ment choi­sir la bonne se­ringue”, on est de­ve­nues des ex­pertes de l’au­to-in­sé­mi­na­tion. C’est son meilleur ami qui a fait of­fice de don­neur, et ma co­pine s’est in­sé­mi­née elle-même. Après plu­sieurs ten­ta­tives, ça a fonc­tion­né. Notre fils a 2 ans au­jourd’hui et j’ai fait une pro­cé­dure d’adop­tion pour avoir les mêmes droits que sa “vraie” mère sur lui. » n

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