LE NOMBRIL DE LA CAGOLE QUAND L’AU­DACE PRIME SUR L’ÉLÉ­GANCE

Glamour (France) - - Glam Magazine -

que dans les mee­tings : les lignes bougent, les lea­der­ships s’étiolent, les out­si­ders gagnent du ter­rain. Tremble, Pa­ri­sienne ! La bous­sole du cool, dé­sor­mais, pointe aus­si vers la cagole.

Un signe ? C’est après avoir fi­ni un do­cu­men­taire sur les hips­ters que Sé­bas­tian Had­douk, réa­li­sa­teur du très ap­plau­di

Cagole fo­re­ver dif­fu­sé dé­but 2017 sur Ca­nal +, a eu l’idée de ce su­jet pla­qué or. Deux tri­bus de l’ex­trême et aux an­ti­podes, de la plus snob à la plus gouailleuse. Pro­pos du réal : re­do­rer le bla­son, pré­ci­sé­ment, de cette mi­no­ri­té dé­criée en lui don­nant la pa­role et en lui jux­ta­po­sant celles d’in­tel­lec­tuelles qui, sans trop ti­rer sur la fi­celle, éta­blissent des ponts entre « ca­go­li­tude » et fé­mi­nisme : même ap­ti­tude, pra­ti­quée au quo­ti­dien, à ra­battre le ca­quet du ma­chisme. Et même re­ven­di­ca­tion du droit à dis­po­ser de son corps. Pa­ra­doxe : la cagole, que l’on di­rait af­fu­blée fa­çon fan­tasme am­bu­lant, et donc sou­mise au dé­sir du mâle, se sé­duit elle-même avant tout. C’est son re­flet qu’elle kiffe, plus que le re­gard d’au­trui. D’ailleurs, elle se sel­fise beau­coup (mais, re­con­nais­sons-le, nous avons toutes et tous une cagole qui s’éveille en nous dès lors que nous cé­dons à ce jeu de flash). Pour elle, jouer des ma­nettes du sexy, c’est comme res­pi­rer : na­tu­rel, plu­tôt que su­per­fi­ciel. Bin­go, bim­bo ! A force de s’as­su­mer et de la jouer cash, ça fi­nit par payer : la cagole af­fole la fa­shion.

Les ten­dances fortes de la sai­son pro­chaine en at­testent. Du rose à go­go – bubble-gum (qu’elle sait mâ­cher comme per­sonne), lait fraise, fluo (son truc). De l’ar­gent qui brille en to­tal look. Et de la mi­ni mi­ni­robe. Voi­là pour chauf­fer l’am­biance. Et puis : cuis­sardes rouges ( Fen­di), to­tal look léo­pard ( Dolce & Gab­ba­na), jean dé­la­vé all-over ( Yee­zy), paillettes (Saint Laurent), den­telle ( Ni­na Ric­ci), four­rure (sou­vent fausse) de toutes les cou­leurs (Miu Miu). Sans ou­blier les mules, les com­pen­sées, les gros bi­joux, les T-shirts à mes­sages. Que les choses soient claires, si tous les codes de la cagole sont convo­qués par les créa­teurs, les sil­houettes qu’ils pro­posent, elles, n’ont rien de pre­mier de­gré. Mixés à d’autres in­fluences, et fil­trés par l’oeil du de­si­gner, ces in­gré­dients qui font le sel de la cagole abou­tissent à une dé­gaine créa­tive et cool. Pas si éloi­gnée, au fond, de celle de la ba­dass, sa cou­sine gar­çon man­qué qui parle aus­si fort qu’elle et n’en fait qu’à sa forte tête. Chez elles, la loi de l’au­dace prime sur les dé­crets d’élé­gance. Leur idée du style ? Le même que celle de Dia­na Vree­land, ré­dac­trice en chef my­thique de Vogue US : « La vul­ga­ri­té est un in­gré­dient très im­por­tant dans la vie. J’y crois fer­me­ment tant qu’elle a de la vi­ta­li­té. Je pense que nous de­vrions en faire da­van­tage usage. Ce que je com­bats, c’est le non goût. » On a beau croire la voir par­tout, cet été, avec foule de maillots dé­struc­tu­rés ul­tra-hot et de robes à la Pret­ty Wo­man ( le stock de celle si­gnée Asos a été épui­sé en une se­maine), elle vient de loin, la cagole. Et doit beau­coup à des Kim Kar­da­shian et Ri­han­na, pre­mières à avoir su pro­je­ter ses va­leurs sty­lis­tiques dé­criées dans la cour des grands et de ses créa­teurs men­tors (Oli­vier Rou­steing chez Bal­main, Ver­sace, Phil­lip Plein). Sous ou­blier les pion­niers comme Jean Paul Gaul­tier, BFF de la cagole (de Ma­don­na époque Like a Vir­gin à Na­billa). Si les soeurs Ha­did, Jen­ner, Jag­ger, ou les filles Moss, Jack­son, Ci­conne peuvent se la jouer pouf sans com­plexe en même temps que rock, bo­hème et tut­ti quan­ti, c’est grâce à ce tra­vail dé­fri­cheur. Reste le cas Bri­gitte. Loin de nous l’idée de trai­ter notre pre­mière dame de cagole, con­trai­re­ment au Fi­nan­cial Times, qui a osé. Trop blonde, trop bron­zée, oui, et alors ? La ré­vo­lu­tion (de la vi­sion de la) Fran­çaise est en marche.

de­vient-on di­rec­teur Etam est une en­tre­prise fa­mi­liale lan­cée par mon grand-père il y a cent ans. Mon évo­lu­tion s’est faite à l’en­vie et au mé­rite. En dix-neuf ans, j’ai tra­vaillé à plein de postes dif­fé­rents – ven­deur, res­pon­sable de ma­ga­sin, di­rec­teur com­mer­cial, di­rec­teur du prêt-à-por­ter…

Quelle est la pre­mière chose que vous faites quand vous ar­ri­vez au bu­reau ?

Je dé­marre mes jour­nées vers 8 h 30. Je monte à pied les six étages, comme mon père l’a fait avant moi (et il conti­nue d’ailleurs), je me sers un ca­fé, j’al­lume mon or­di et com­mence par mes pre­mières réunions.

Est-ce que la porte de votre bu­reau est ou­verte ?

Elle est su­per-ou­verte, ce qui fait que je suis dé­ran­gé en per­ma­nence, mais ça me per­met de res­ter au contact des sa­la­riés.

Com­ment avez- vous per­son­na­li­sé votre es­pace de tra­vail ?

Comme j’y passe plus de douze heures par jour, j’avais be­soin que la dé­co soit pro et qu’elle se dé­marque de mon es­pace de vie per­so. J’ai des pho­tos de notre an­cienne égé­rie, Na­ta­lia Vo­dia­no­va, et de Cons­tance Ja­blons­ki, la nou­velle. Quelques sou­ve­nirs, et beau­coup de pa­piers qui de­vraient al­ler à la pou­belle. J’es­saie de tout dé­ma­té­ria­li­ser.

Com­bien de mails re­ce­vez- vous par jour, et à com­bien ré­pon­dez- vous ?

Je ré­ponds à tous, j’en re­çois entre cent et deux cents par jour. Je n’en ef­face au­cun, un jour ma boîte va bug­ger, c’est sûr.

Vos signes ex­té­rieurs de pa­tro­nat ? Au­cun, à part ma montre [il sou­rit, un peu gê­né, NDLR]. C’est une Ro­lex, qui a dix-sept ans, la seule que j’ai, et elle re­tarde ! J’en­file par­fois un cos­tume, pour dî­ner avec nos ban­quiers ou pour notre dé­fi­lé an­nuel pen­dant la Fa­shion Week. Mon uni­forme c’est jean- bas­kets-t-shirt, au­jourd’hui je porte une veste, mais c’est pour la pho­to.

Chez vous, qui porte la cu­lotte ?

Il n’y a pas de chef à la mai­son, il y a deux pa­rents qui tra­vaillent, deux en­fants, et on se par­tage les tâches, c’est nor­mal.

A quoi servent vrai­ment les réunions ?

A perdre du temps. On es­saie d’en faire le moins pos­sible, et qu’elles soient courtes. Lors d’une jour­née type, j’ai en­vi­ron sept points ca­lés dès le pe­tit déj, des réunions en pe­tit co­mi­té. Si je suis libre pour le dé­jeu­ner, c’est que ma jour­née est light, et c’est plu­tôt rare.

Fer­ra­gni Chia­ra

Mules, Marc Ja­cobs,

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