S.O.S. Ami­tié : quand un nou­vel amour éloigne les vieux co­pains

Votre crew est au bord de l’im­plo­sion de­puis qu’un de vos potes a ra­me­né sa meuf toxique ? Votre meilleure amie ne vous cal­cule plus, en fu­sion to­tale avec sa nou­velle conquête ? Ne cher­chez plus, ils sont vic­times du syn­drome Yo­ko Ono. Mais qui sont ces

Glamour (France) - - SOMMAIRE SEPTEMBRE 2017 - Par Ka­rine Charpentier

An­née­sombre pour les Beatles : 1968. John Len­non vient de rompre avec sa femme Cyn­thia et of­fi­cia­lise sa re­la­tion avec l’ar­tiste ja­po­naise Yo­ko Ono. De­puis deux ans, la rock star s’est em­bar­quée dans une re­la­tion fu­sion­nelle qui éclipse le reste de l’uni­vers, Beatles com­pris. Le groupe est alors en stu­dio pour en­re­gis­trer son grand oeuvre, le my­thique White Al­bum. Mais Len­non im­pose sa com­pagne à chaque séance, et elle ne se prive pas pour don­ner son avis sur chaque prise. L’am­biance est atroce, le groupe ne s’en re­met­tra ja­mais : la sé­pa­ra­tion est of­fi­cia­li­sée un an plus tard, Yo­ko Ono de­ve­nant ins­tan­ta­né­ment la femme la plus haïe de l’his­toire de la pop. Elle n’est pour­tant pas un cas unique, d’autres Yo­ko ayant de­puis sé­vi dans le show-bu­si­ness : Court­ney Love, te­nue res­pon­sable de la descente aux enfers de Kurt Co­bain, Vic­to­ria Beck­ham trans­for­mant le plus ta­len­tueux foot­bal­leur de son époque, le roi Da­vid, en pé­tasse in­té­grale, ou en­core Kim Kar­da­shian fou­tant la zone entre Ka­nye West et son bud­dy Jay-z, comme ce der­nier le ré­vèle dans son nou­vel al­bum 4:44.

d’un gou­rou Des sphères de la pop au pa­lier de votre porte, il n’y a qu’un pas. « Quand j’ai vu dé­bar­quer Marianne au bras d’an­toine, j’ai eu une im­pres­sion étrange », se sou­vient San­drine, qua­dra pa­ri­sienne. « Elle avait avec lui ce com­por­te­ment ex­clu­sif, ul­tra-pos­ses­sif, qui fai­sait le vide au­tour d’eux. » An­toine est alors le boss de San­drine et di­rige une pe­tite boîte conce­vant des des­sins ani­més pour en­fants. « On était sou­dés par un pro­jet col­lec­tif, mais très vite, l’ar­ri­vée de Marianne a tout chan­gé : An­toine se com­por­tait dé­sor­mais comme un vrai pa­tron. Dis­tant, il ne man­geait plus ja­mais avec nous, pré­fé­rant sa com­pa­gnie à elle, mais sur­tout, il ne pre­nait plus au­cune dé­ci­sion sans consul­ter celle qui était de­ve­nue son gou­rou. » Le syn­drome Yo­ko Ono fi­ni­ra par dé­truire leur cercle : « Au­jourd’hui, ils di­rigent la boîte à deux et pro­duisent des films d’ani­ma­tion ins­pi­rés de man­gas éro­tiques », ra­conte San­drine, en­core af­fec­tée par cette ex­pé­rience. Re­gar­dez bien au­tour de vous, les Yo­ko Ono sont par­tout. Chaque groupe d’in­di­vi­dus a un jour croi­sé la route de cette créa­ture d’ap­pa­rence innocente, mais qui se ré­vèle aus­si fa­tale qu’un croisement gé­né­tique entre une mère poule et un cobra, entre Oui-oui et un se­rial killer.

Car­nage à tous les étages Mais quels sont les des­seins de cet être ma­chia­vé­lique ? Pour la psy­cha­na­lyste San­dra Ro­zen­berg, « on ren­contre sou­vent des Yo­ko Ono qui s’unissent amou­reu­se­ment à une puis­sance créa­trice pour mieux ré­gner sur elle à la ma­nière d’une muse ». Il s’agit alors pour la vic­time de se plier à ses dé­si­rs, sous peine que l’his­toire d’amour ne dé­truise tout sur son pas­sage. C’est ce qui est ar­ri­vé à Tho­mas, des­si­na­teur de 38 ans, lors­qu’il est tom­bé « raide dingue» d’edouard dans un bar gay. « On ve­nait de mi­lieux com­plè­te­ment dif­fé­rents : lui était un fils à papa désoeu­vré et moi, un ar­tiste éle­vé par des profs. J’ai vu en lui une ou­ver­ture sur un monde in­con­nu, une forme d’ins­pi­ra­tion, sans par­ler de notre pas­sion phy­sique très forte… Mais lorsque je l’ai pré­sen­té à mon groupe d’amis, ça a été un car­nage : il est très sé­dui­sant et a réus­si à cou­cher avec tout le monde, créant le chaos et le vide au­tour de moi. Comme j’étais amou­reux, je lui ai par­don­né et très vite, nos week- ends à deux se sont mués en ma­ra­thons du sexe, mon ap­par­te­ment de­ve­nant un bai­so­drome peu­plé d’in­con­nus pre­nant des drogues, sim­ple­ment vê­tus de chaus­settes. Ré­sul­tat, en quelques mois, je me suis re­trou­vé à l’hos­to pour

UNE CRÉA­TURE D’AP­PA­RENCE INNOCENTE, QUI SE RÉ­VÈLE AUS­SI FA­TALE QU’UN CROISEMENT ENTRE UNE MÈRE POULE ET UN COBRA.

« EN TRANS­FOR­MANT L’INTRUS EN BOUC ÉMISSAIRE, LE GROUPE REN­FORCE AU FI­NAL SON EM­PRISE. » San­dra Ro­zen­berg, psy­cha­na­lyste

ner­veuse. Edouard, lui, s’est ra­bat­tu sur une nou­velle proie. Heu­reu­se­ment, mes amis sont re­ve­nus pour m’ai­der à m’en sor­tir. » Et la bande, unie à nou­veau, se res­soude, mal­gré les stig­mates.

Un(e) cou­pable idéal(e)

Si le groupe est jus­te­ment si una­nime pour dé­non­cer l’em­prise ma­lé­fique de la Yo­ko ( homme ou femme), n’est-ce pas le signe de la fa­ci­li­té ? Après tout, la « vic­time » est en ef­fet une per­sonne ma­jeure, vac­ci­née… et consen­tante. Mais dans un monde où notre ré­sis­tance à la frus­tra­tion est proche de celle d’un en­fant de ma­ter­nelle, on a plus vite fait de dé­si­gner des res­pon­sables (de la peste bu­bo­nique à la batterie en rade de votre iphone) que de se po­ser des ques­tions de fond. Ré­sul­tat : au lieu de tra­vailler sur votre fu­sion mal­saine avec votre amie d’en­fance, vous pré­fé­rez cla­mer que c’est la faute à son Yo­ko si elle aime dé­sor­mais faire du yo­ga au lieu de se po­che­tron­ner avec vous dans un bar à vin… Et si votre meilleur pote ul­tra-li­bé­ral – ten­dance pull-over rose sur les épaules à l’île de Ré – ne jure plus dé­sor­mais que par Mé­len­chon, c’est de la faute de sa Yo­ko.

Un « vam­pire » ta­len­tueux

Cette forme de dé­ni se­rait en plus contre-pro­duc­tive se­lon San­dra Ro­zen­berg, qui dé­taille : « En trans­for­mant l’intrus en bouc émissaire, le groupe ren­force au fi­nal son em­prise. Plus rien ne peut alors en­tra­ver la vé­ri­té dé­ran­geante qu’il ou elle a contri­bué à ré­vé­ler. » Ain­si, l’ar­ri­vée de Yo­ko au sein des Beatles au­ra dé­voi­lé leurs dys­fonc­tion­ne­ments – ri­va­li­tés nar­cis­siques, com­mu­ni­ca­tion va­seuse, mé­ga­lo­ma­nie ga­lo­pante… Mieux : elle per­met­tra à Len­non de com­po­ser

Plas­tic Ono Band, pre­mier al­bum so­lo in­tros­pec­tif. Sur le titre God, il énu­mère d’ailleurs ceux en qui il ne croit pas ( Hit­ler, Jé­sus, El­vis, Les Beatles…) avant d’af­fir­mer : « Je ne crois qu’en moi, Yo­ko et moi, et c’est la réa­li­té.» Car il ne fau­drait pas ou­blier que ces êtres pos­ses­sifs sont aus­si ta­len­tueux : Yo­ko Ono vient en­fin d’être re­con­nue comme co­au­teure du tube Ima­gine, Court­ney Love reste une icône du rock et Kim Kar­da­shian, une bu­si­ness­wo­man qui pèse plus que la moi­tié du rap game US. Des pro­fils forts en lea­der­ship pour créer de l’ému­la­tion au sein du couple et ai­der l’autre à se ré­vé­ler, fa­çon deuxième nais­sance, loin des sco­ries du pas­sé. Len­non po­sait d’ailleurs vo­lon­tiers nu en po­si­tion foe­tale dans les bras de sa bien-ai­mée. n

Len­non et Yo­ko Ono : seuls avec le reste du monde.

Court­ney et Kurt, pas­sion fa­tale

Da­vid et Vic­to­ria, in­sé­pa­rables de­puis 1997

Jay-z et Ka­nye pé­riode bro­mance

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