Af­faire Gré­go­ry, frères Me­rah… L’ar­naque des re­pen­tis

Les af­faires ju­di­ciaires re­gorgent de té­moins et d’in­cul­pés cher­chant, à coups de livres, in­ter­views et pla­teaux té­lé, à se re­faire une vir­gi­ni­té. Per­son­na­li­tés in­sai­sis­sables qui as­surent s’être trom­pées, avoir chan­gé. On les croit ?

Glamour (France) - - Sommaire septembre 2017 - Par Stéphanie Mar­teau

De­puis que la vie saine est de­ve­nue une re­li­gion glo­ba­li­sée, vos amis s’en­filent des jus verts plu­tôt que des shots de vod­kas comme au­tre­fois. Mais chan­ger brus­que­ment de mode de vie n’est pas à la por­tée du pre­mier ve­nu. Des re­pen­tis nous ra­content leur par­cours du com­bat­tant.

Long­temps je me suis ré­veillé com­plè­te­ment je me suis cuit : le ré­veil son­nait et il fal­lait que j’amène ma fille de 5 ans à l’école. Mon pre­mier geste était de vé­ri­fier qui était dans mon lit. Si je par­ve­nais à me sou­ve­nir de son pré­nom, j’étais sou­la­gé. Puis j’ha­billais ma fille n’im­porte com­ment, lui ache­tais un pain au cho­co­lat sur la route de l’école et la dé­po­sais dans sa classe en évi­tant soi­gneu­se­ment le re­gard des pa­rents et de sa maî­tresse, puis je ren­trais me re­cou­cher ». L’homme qui nous ra­conte sa « vie d’avant » s’ap­pelle Sé­bas­tien, c’est un beau tren­te­naire à l’ac­cent chan­tant qui gère plu­sieurs bars et res­tau­rants à Pa­ris. A l’in­té­rieur de son poi­gnet, il porte un étrange ta­touage, une date en chiffres ro­mains : « X/ X/ XII, c’est la date à la­quelle j’ai dé­ci­dé de tout ar­rê­ter, l’al­cool, la drogue et les coups d’un soir. Ce jour-là, je m’étais ré­veillé dans les bras de la ba­by-sit­ter de Mila et j’ai réa­li­sé qui si je conti­nuais comme ça, j’al­lais perdre ma fille après avoir per­du sa mère. J’ai eu be­soin de cet élec­tro­choc pour re­prendre ma vie en main. » Pour Va­lé­rie, qua­dra pé­tillante qui tra­vaille comme mon­teuse pour la té­lé­vi­sion, c’est l’ap­proche de ses 40 ans qui a ser­vi de dé­clic : « Ça fai­sait un mo­ment que ma vie tour­nait en rond », nous ra­conte-t-elle en bu­vant un Co­ca Zé­ro, « je me re­trou­vais dans des soi­rées d’où je ne par­tais plus parce que j’avais trop bu ; et quand tu as trop bu, tu ap­pelles un dea­ler et tu restes là à ta­per de la coke et à boire avec des dé­biles tout en te de­man­dant ce que tu fous là. J’étais dans un ri­tuel heb­do­ma­daire où je me mur­geais, j’avais la gueule de bois, je me re­pen­tais et puis je re­met­tais ça. Le jour de mon an­ni­ver­saire, j’ai dé­ci­dé de cas­ser ce cycle. Ce­la fait sept mois main­te­nant. »

SPI­RALE INFERNALE

Sé­bas­tien et Va­lé­rie ne sont pas des cas iso­lés. Ob­ser­vez bien au­tour de vous, les « re­pen­tis » sont de plus en plus nom­breux : votre col­lègue qui dé­cline une cou­pette lors d’un pot de dé­part, votre co­pine qui ne vous suit plus en club, votre beau-frère qui ne boit que de l’eau plate au res­to alors qu’il fai­sait val­ser les grands crus… Dans un pays qui a éri­gé la pi­cole en vé­ri­table culture de masse, in­dis­so­ciable d’une cer­taine idée bien fran­çaise de la convi­via­li­té sur l’air d’« Al­lez viens boire un p’tit coup à la mai­son », 86 % des per­sonnes âgées de 15 à 75 ans dé­clarent avoir bu de l’al­cool au cours des douze der­niers mois, se­lon l’étude réa­li­sée en 2014 par l’ob­ser­va­toire fran­çais des drogues et des toxi­co­ma­nies. Par­mi ces bu­veurs, 31 % sont consi­dé­rés à risque ponc­tuel, 8 % à risque chro­nique. Et si l’usage de la co­caïne ne concerne que 5,6 % de la po­pu­la­tion fran­çaise, il s’est ba­na­li­sé en mi­lieu ur­bain chez les jeunes di­plô­més, comme l’ecs­ta­sy (1,7 %) et les am­phé­ta­mines (4,3 %), voire l’hé­roïne (1,5 %). On ob­serve pour­tant un phé­no­mène pa­ra­doxal : « Si la consom­ma­tion quo­ti­dienne d’al­cool a bais­sé en France (24 % de la po­pu­la­tion en 1992 contre 10 % au­jourd’hui), épi­dé­mio­lo­gi­que­ment par­lant, on est beau­coup plus dans des in­ges­tions mas­sives ponc­tuelles, en fin de se­maine no­tam­ment », nous ex­plique la psy­chiatre- ad­dic­to­logue Bea­trice Ba­din de Mont­joye : « on consomme de fa­çon très très ex­ces­sive, sou­vent à jeun, d’où une mise en dan­ger beau­coup plus forte. » C’est le fa­meux « binge drin­king » (bi­ture ex­press en VF), terme ap­pa­ru il y a quelques an­nées mais qui ne semble pas fai­blir, sou­vent ac­com­pa­gné de stu­pé­fiants : « On parle en ef­fet dé­sor­mais de co- ad­dic­tions, qui sont beau­coup mieux re­pé­rées », pré­cise le doc­teur Ba­din de Mont­joye. Cette pra­tique ne concerne pas que les ados et vous amène tou­jours à des­ti­na­tion : la tête dans le ca­ni­veau et le cul dans le pieu de Qua­si­mo­do.

DICTATURE DE LA BONNE SAN­TÉ

Les len­de­mains sont en gé­né­ral très dif­fi­ciles, comme en té­moigne Va­lé­rie : « Le jour où je me suis ré­veillée dans les bras de mon li­braire, je me suis dit que j’étais al­lée une fois de plus trop loin. Je me­nais ce train de vie de­puis mes 20 ans, j’étais tout le temps épui­sée, les traits ti­rés, le vi­sage bouf­fi… et le bou­lot ce n’était pas ça : les jours de gueule de bois, je de­vais in­ven­ter des ex­cuses bi­dons pour re­pous­ser une réunion. » Un mode de vie qui a coû­té cher à Sé­bas­tien : « Je tra­vaillais le soir

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.