« SE METTRE EN DRAG, C’EST UNE CRÉA­TION, UNE PER­FOR­MANCE ET UNE EX­PÉ­RIENCE QUI REND HEU­REUX. »

Glamour (France) - - Glam Magazine -

Pro­non­cer

leur nom est aus­si dé­li­cieux que de cro­quer un bon­bon : En­za Fra­go­la, Co­okie Kun­ty, Yo­shi­hua­hua, Jes­si­ca Triss ou Ma­ris­ka Star­dust, pour ne ci­ter, en France, que les plus in­ven­tives. Les voir en chair et en paillettes n’est pas mal non plus. C’est lors d’une soi­rée cos­tu­mée dans la ban­lieue pa­ri­sienne que l’on re­père Ma­ris­ka Star­dust. Rien de bien com­pli­qué : au mi­lieu d’une horde d’épou­van­tails à moi­neaux (dont l’au­teur de ces lignes), on ne voit qu’elle : su­blime, an­dro­gyne, sans même de « pad­dings » ou cous­si­nets sur la poi­trine. Alors que les re­gards convergent vers elle, une voix de femme com­mente d’un ton rê­veur à cô­té de nous : « C’est la femme idéale avec une bite. J’ado­re­rais cou­cher avec elle. » Lorsque, quelques jours plus tard, on rap­porte l’anec­dote à Vincent, alias En­za Fra­go­la, dans un ca­fé pa­ri­sien, il se marre : « En gé­né­ral, ce sont les mecs qui sexua­lisent les drags. Les femmes, elles, sont plus dans le dé­tail. Elles de­mandent : “Mais com­ment tu fais ? Tu peux marcher avec ça ?” Par­fois elles en­foncent un doigt dans mon ma­quillage que j’ai mis des heures à peau­fi­ner. » A en croire cet in­gé­nieur tren­te­naire, la plu­part des femmes se sen­ti­raient étran­gères à la fé­mi­ni­té exa­cer­bée des drag queens. Pour­tant, elles trouvent chez elles des al­liées in­at­ten­dues et des té­moins de ce qu’elles su­bissent par­fois au quo­ti­dien. « Quand je prends le mé­tro en drag, je constate que ce n’est pas seule­ment ma fé­mi­ni­té fan­tas­mée, vo­lon­tai­re­ment exa­gé­rée, qui dé­range, mais la fé­mi­ni­té tout court, ana­lyse Vincent/en­za. Ré­cem­ment je me suis fait em­mer­der par des mecs. Comme je sais à quoi m’at­tendre, j’ai pu trou­ver une pa­rade. Alors ils s’en sont pris à la fille à cô­té de moi qui n’avait rien de­man­dé et sor­tait juste de son bou­lot. Ça m’a fait sor­tir de mes gonds. » En pleine pé­riode #ba­lan­ce­ton­porc, les drag queens – des hommes, ma­jo­ri­tai­re­ment gays, qui, rap­pe­lons-le, se tra­ves­tissent uni­que­ment dans un cadre lu­dique – ont donc leur mot à dire sur la ques­tion.

la vieille garde a un peu pris la pous­sière, re­lé­guée dans les pe­tites dis­co­thèques de pro­vince suite à l’ef­fri­te­ment pro­gres­sif des grands clubs tels que le Queen dans les an­nées 2000, la nou­velle gé­né­ra­tion, elle, fait des étin­celles de­puis quatre ou cinq ans : « Le suc­cès des soi­rées pour les club kids, comme la Flash co­cotte, où tout le monde se dé­guise, a fait beau­coup pour la drag queen, ex­plique Paul-hen­ry, alias Jes­si­ca Triss, co-créa­teur de Paillettes, un col­lec­tif de drags queer et ar­ty. A leur contact, elle s’est to­ta­le­ment ré­in­ven­tée. » Ul­tra-créa­tive, gra­phique, hy­bride, à l’ins­tar de Co­okie Kun­ty ou Le fi­lip, elle trouve son ins­pi­ra­tion dans les man­gas, les co­mics et tous les car­toons an­glo-saxons. On la croise à la Jeu­di­bar­ré du bar Street Art, à la Drag Me de La Mu­ti­ne­rie, à l’iti­né­rante House of Mo­da, à l’ex­tra­va­gan­za des Souf­fleurs ou au ca­ba­ret du Man­ko, à Pa­ris. Dans les grandes villes de pro­vince aus­si, et par­ti­cu­liè­re­ment à Lyon, où la scène drag est la plus punk. « On a re­te­nu les le­çons du pas­sé », pré­cise Ro­main, alias Co­okie Kun­ty, qui, re­ca­lé un soir dans un club bran­ché, s’est mis pour la pre­mière fois en drag pour ob­te­nir le pré­cieux sé­same. « Les drags étaient de­ve­nues désa­gréables à une époque. Les gens ne sup­por­taient plus leur at­ti­tude de di­va. Mais on doit in­ter­agir avec les autres car sou­vent, notre pré­sence dans les soi­rées s’ap­pa­rente à de la com’. On est

ma­ma Ru ! 1,93 m sans ta­lons, un seul tube à son ac­tif – « Su­per­mo­del » (1992) –, et une émis­sion de té­lé­réa­li­té – Ru­paul’s Drag Race – qui, en neuf sai­sons, a ex­trait la drag queen de sa niche sul­fu­reuse pour la pro­je­ter dans la culture po­pu­laire. A la ré­dac­tion de Gla­mour, on est cinq – quatre filles et un gar­çon – à avoir ver­sé une larme quand Pearl, fi­na­liste de la sep­tième sai­son, s’est adres­sée sur scène au pe­tit gar­çon qu’elle a été. « Si les gens aiment au­tant les drag queens, c’est parce que ce sont des per­son­nages ex­trêmes qui vivent dans un “dra­ma” permanent, ana­lyse Vincent/ En­za. Elles se mettent en scène, et c’est di­ver­tis­sant. » Avec le per­son­nage de la drag queen, l’his­toire, tou­jours ga­gnante, du vi­lain ca­ne­ton mé­ta­mor­pho­sé en cygne a trou­vé sa quin­tes­sence. A la moulinette de Ru­paul’s Drag Race sont pas­sées, de­puis la pre­mière sai­son en 2006, près de 115 can­di­dates dont les ga­gnantes sont au­jourd’hui des stars à qui le monde de la mode fait des ap­pels du pied. Qui était in­vi­té en oc­tobre der­nier, au Grand Pa­lais à Pa­ris, à la soi­rée du Vogue fran­çais ? Vio­let Cha­ch­ki et Miss Fame, la ga­gnante et l’une des fi­na­listes de la sep­tième sai­son. Deux drags « pa­geant », nom don­né à celles qui sont « chics et belles », en op­po­si­tion à la « co­me­dy queen », moins jo­lie mais plus drôle, et à la « bus­ted queen », celle qui a to­ta­le­ment ra­té son look. Car le mi­lieu a aus­si ses codes et ses éti­quettes, que cer­taines, en France, n’hé­sitent plus à en­voyer val­ser. Vincent garde sa mous­tache lors­qu’il se trans­forme en En­za Fra­go­la, ce qui lui a va­lu cette scène mé­mo­rable dans le mé­tro : « Un pa­pa m’a mon­tré à sa pe­tite fille en di­sant : “Re­garde la jo­lie si­rène !” La pe­tite a fait la moue : “Mais non, elle a de la mous­tache.” Je me suis alors ap­pro­ché pour lui ex­pli­quer qu’à cause de la pol­lu­tion à Pa­ris, les si­rènes avaient des poils. Elle a été ra­vie de l’ex­pli­ca­tion. Jus­qu’à 6 ans, les ga­mins se foutent com­plè­te­ment de la ques­tion du genre. Vers 8 ans, ils com­mencent à po­ser des ques­tions. A 10 ans, les pe­tits gar­çons disent “Beurk !” quand ils nous voient. »

LES FILLES

C’est jus­te­ment pour ac­cli­ma­ter très tôt les en­fants à la di­ver­si­té que l’au­teure et édi­trice queer de San Fran­cis­co Mi­chelle Tea a eu l’idée d’en­ga­ger des drag queens pour lire des contes aux en­fants. Une ini­tia­tive qui est en train d’être re­prise dans les grandes villes eu­ro­péennes, dont Pa­ris et Lyon. Après tout, les

en­fants et les drags ont en com­mun le goût pour le dé­gui­se­ment et les uni­vers fa­bu­leux. A Pa­ris, ce sont des séances de lec­ture pour adultes qu’a mises en place Paul-hen­ry/jes­si­ca Triss avec son col­lec­tif Paillettes. « Etre drag, ça ne veut pas sim­ple­ment dire être belle. J’y vois une di­men­sion mi­li­tante. Après le dé­bat sur le ma­riage gay, re­ve­nir à la culture queer était im­por­tant. On est une sorte de ca­ba­ret lit­té­raire. On lit des textes de Si­mone de Beau­voir, de Vir­gi­nie Des­pentes ou de la poé­sie… » A la soi­rée Jeu­di­bar­ré, où ses mi­ni-shows mettent la salle en liesse, Co­okie Kun­ty, en bonne mar­raine, nous a pré­sen­té son « ba­by drag », Cher­ry Kun­ty, non pas un jeune homme flam­boyant mais une jeune femme hé­té­ro de 24 ans à qui elle a ap­pris l’art du « contou­ring ». Car c’est une nou­velle donne : de plus en plus de femmes aiment jouer les drag queens. Une dé­marche qui sou­lève une ques­tion : au­jourd’hui, la fé­mi­ni­té se­rait-elle à ce point contrainte, ba­li­sée, qu’elle ne pour­rait plus être libérée qu’en étant sur­jouée ? Cher­ry, jo­lie blonde aux courbes sexy, ba­laye l’hy­po­thèse d’un re­vers de main : « Moi, ce qui me plaît sur­tout, c’est quand les gens se de­mandent, au bout du compte, si je suis un gar­çon ou une fille. » Ce concept qui consiste à mixer les genres et se­mer le doute dans les es­prits a un nom, le « gen­der­fuck » et il est sou­vent pro­non­cé par nos in­ter­lo­cu­teurs . « J’aime que les bio queens ( les femmes bio­lo­giques, ndlr) nous aient re­jointes, confirme Ma­ris­ka Star­dust/ale­jan­dro, ki­né dans la vie. Je leur dis qu’on ne se met pas en femme, on se met en drag. C’est une créa­tion, une per­for­mance et une ex­pé­rience qui rend heu­reux. » Si Do­nald Trump et Kim Jong-un pou­vaient faire un tour à l’ate­lier Ni­que­ton­genre… voi­là qui les ren­drait peut-être moins bel­li­queux. n

2017 au­ra été une grande an­née pour votre #pas­sion­ma­riah­ca­rey. L’été der­nier, la chan­teuse dé­clen­chait l’hi­la­ri­té avec un live digne de la Rome an­tique – cho­ré­gra­phie pa­res­seu­se­ment es­quis­sée, puis fi­nal al­lon­gée sur ses dan­seurs. Re­be­lote en oc­tobre : lors d’une interview dans l’émis­sion Good Mor­ning Bri­tain, la chan­teuse ré­agis­sait à l’an­nonce de la tue­rie de Las Ve­gas… alan­guie dans un so­fa. Abu­sé ? Oui. Mais aus­si, pile dans la ten­dance. De­puis quelques mois, les di­vas misent sur le ca­sual et l’in­do­lence, de Ri­han­na et ses out­fits XXL à Rita Ora en pei­gnoir éponge sur ta­pis rouge, en pas­sant par Car­di b dé­cla­rant sur Ins­ta­gram qu’en­fin, « la sai­son des UGG est ou­verte ». La nou­velle star du rap US ap­pa­raît d’ailleurs ré­gu­liè­re­ment sur les ré­seaux so­ciaux en cla­quettes mou­mou­tées et a mul­ti­plié cet au­tomne les « sto­ries » dans les­quelles elle pleu­rait la perte de sa « cou­ver­ture fé­tiche » (un af­freux mor­ceau de polaire mauve dans le­quel elle po­sait ré­gu­liè­re­ment). Et il n’y a pas que le gra­tin de la pop qui s’ava­chit. Cô­té dé­co, c’est la dé­bauche de plaids dou­dous, de poufs en ve­lours et autres ban­quettes douillettes. Sur la Toile, on se pas­sionne pour le « slime », cette pâte vis­queuse qui dé­tend quand on la ma­laxe et qui compte près de cinq mil­lions de ha­sh­tags sur Ins­ta. Ou en­core pour les vi­déos de re­cettes à base de fro­me­ton chaud dé­gou­li­nant par­tout sur Fa­ce­book (« Tague ton pote qui ven­drait sa mère contre cette es­ca­lope four­rée au ched­dar »).

le mou fait du clic, il in­fuse aus­si dans notre quo­ti­dien, comme en té­moigne Pau­line, 33 ans : « Après des an­nées à teu­fer dans des bars, je pré­fère au­jourd’hui les soi­rées à la mai­son, avec mes potes. Entre nous, on se sur­nomme “les cha­ren­taises”… » La faute à la tren­taine ? Pas seule­ment se­lon le Guar­dian, qui ex­pli­quait dans une en­quête de 2016 que le club­bing était en perte de vi­tesse chez les mil­len­nials. Brie, 21 ans, té­moi­gnait alors : « Une tasse de thé et des bis­cuits de­vant la té­lé, c’est beau­coup plus confor­table que d’at­tendre d’être ser­vi dans un club. » Mais pour­quoi a-t-on au­tant en­vie de se ra­ta­ti­ner fa­çon es­car­got ?

les études le montrent : mal­gré l’aug­men­ta­tion du pou­voir d’achat, nous nous sen­tons fau­chés – se­lon Na­tixis, 51 % des Fran­çais es­ti­maient fin 2017 que le leur avait re­cu­lé. Nos dé­penses en ma­tière de loi­sirs ont donc chan­gé, comme l’ex­plique Gé­ral­dine Bou­chot, di­rec­trice ten­dance et pros­pec­tive chez Car­lin. « Au­jourd’hui, on va avoir ten­dance à pri­vi­lé­gier l’achat d’un té­lé­phone ou d’un or­di­na­teur qui ser­vi­ra dans plu­sieurs do­maines, plu­tôt qu’un voyage ou une sor­tie. » Ré­sul­tat : notre bud­get high-tech n’a eu de cesse d’aug­men­ter ces trois der­nières an­nées, tan­dis que les dé­briefs du lun­di ma­tin à la ma­chine à ca­fé se font de plus en plus mo­no­tones – la dif­fé­rence entre vos week-ends et ceux de vos col­lègues étant que vous les pas­sez de­vant Al­te­red Car­bon et eux, de­vant Ame­ri­can Crime Sto­ry. Et plus ques­tion de culpabiliser : en dé­cembre der­nier, Net­flix ré­vé­lait que 76 % des Fran­çais binge-watchent sans re­mords, 32 % d’entre

eux al­lant même jus­qu’à men­tir à leurs proches pour pou­voir le faire pei­nard… Mais l’hy­per-pré­sence des écrans n’est pas le seul fac­teur qui nous a trans­for­més en mol­lusques dé­com­plexés. Jawad, 31 ans, se jus­ti­fie : « Je suis pres­su­ré toute la se­maine par ma boîte. Je ne vois pas pour­quoi je de­vrais en plus être pro­duc­tif sur mon temps per­so. » Un ra­pide tour en li­brai­rie confirme qu’on ne nous a ja­mais au­tant de­man­dé d’ex­plo­ser nos per­for­mances… et nos repères sé­cu­ri­sants au pas­sage. Que ce soit au rayon fic­tion ( La Ma­lé­dic­tion de la zone de con­fort, de Ma­rianne Le­vy, Pyg­ma­lion), coa­ching ( Ré­in­ven­ter sa vie pro­fes­sion­nelle… quand on vient de la com­men­cer, de Ma­rion de La Fo­rest-di­vonne, Ey­rolles, Sor­ties de zone, de Da­niel Blouin, Le Dau­phin blanc), ou art ( En de­hors de la zone de con­fort, de Mas­sive At­tack à Bank­sy, de Me­lis­sa Che­mam), nos « safe spaces » sont au­jourd’hui pré­sen­tés comme nui­sibles. Pour­tant, se­lon le doc­teur An­dy Mo­lins­ky, au­teur de Reach : A New Stra­te­gy to Help You Step Out­side Your Com­fort Zone, l’in­jonc­tion à fuir ce qui nous ras­sure peut s’avé­rer contre-pro­duc­tive. « C’est un bon moyen de gran­dir et d’ap­prendre. Mais on ne doit en au­cun cas sys­té­ma­ti­ser ce pro­ces­sus : si nous étions constam­ment en de­hors de notre zone de con­fort, nous se­rions dé­pas­sés », pré­cise-t-il. Ju­lie, 28 ans, en a fait l’ex­pé­rience lors d’un sé­mi­naire : « Les boss de mon agence nous ont en­fer­més dans un hô­tel, avec en prime des jeux de rôles et des exer­cices che­lous. Le brief : “cas­ser nos repères” pour “boos­ter notre créa­ti­vi­té”. Sauf qu’on était tous mal à l’aise et in­fou­tus de sor­tir une idée va­lable. » « Re­non­cer à sa rou­tine n’est pas fa­cile, confirme An­dy Mo­lins­ky. Ce­la de­mande du temps, de la pré­pa­ra­tion et de la concen­tra­tion. » Le risque ? Ce­lui d’un épui­se­ment émo­tion­nel et in­tel­lec­tuel qui gri­gnote notre éner­gie. A com­men­cer par celle de vou­loir chan­ger ce monde dé­sor­mais trop hard pour nous.

Dé­but 2017, deux jeunes Fran­çais lan­çaient la start-up Co­me­to­mys­pot.com. Le prin­cipe : ce­lui d’un Airbnb du ca­na­pé, per­met­tant de louer un coin de son sa­lon à des par­ti­cu­liers puis de pas­ser la soi­rée à loo­ser avec eux. Pra­tique pour lut­ter contre l’âpre­té du quo­ti­dien dans les villes, mais aus­si pour mas­quer nos scru­pules, comme l’ex­plique le psy­cha­na­lyste Jean-pierre Win­ter. « Au re­gard de l’his­toire, ceux qui jouissent du con­fort pro­fitent de l’in­égale ré­par­ti­tion des ri­chesses dans notre so­cié­té. Et puis pour­quoi ne pas uti­li­ser ce temps libre pour s’in­ves­tir dans l’hu­ma­ni­taire ? Re­créer du col­lec­tif, même si c’est pour ne rien faire, per­met d’éva­cuer le sen­ti­ment la­tent qu’on se montre égoïstes. » Ces der­nières an­nées, être mous à plu­sieurs est d’ailleurs de­ve­nu une forme d’en­ga­ge­ment po­li­tique : le slack­ti­visme ( lit­té­ra­le­ment, « l’ac­ti­visme mou »). Un concept for­gé en 2011 par l’in­tel­lec­tuel amé­ri­cain d’ori­gine bié­lo­russe Ev­ge­ny Mo­ro­zov, qui a don­né lieu à des mil­lions de pé­ti­tions en ligne, pho­tos de pro­fil cus­to­mi­sées et autres ha­sh­tags in­sur­rec­tion­nels. Mais dont les dé­trac­teurs et les li­mites sont vite ap­pa­rus : au­cun de nos sta­tuts Fa­ce­book de 2014 n’a réel­le­ment ser­vi à #bring­ba­ckour­girls et 131 col­lé­giennes ni­gé­rianes sont tou­jours aux mains des is­la­mistes. Faut-il pour au­tant je­ter nos chaus­settes en pi­lou avec l’eau du bain ? Pas pour Gé­ral­dine Bou­chot, se­lon qui le mou garde cer­taines ver­tus. « Les der­nières élec­tions, no­tam­ment celle de Trump, se sont fon­dées sur un chaos émo­tion­nel permanent. Se mettre en re­trait du monde, c’est aus­si lais­ser place à une ré­flexion plus apai­sée, lire et cher­cher à com­plexi­fier son point de vue. » Jean-pierre Win­ter, lui, rap­pelle qu’un pro­fond chan­ge­ment a eu lieu en ma­tière de slack­ti­visme : les cam­pagnes # me­too et #ba­lan­ce­ton­porc. « On est loin des grands mou­ve­ments col­lec­tifs des an­nées 1960 et 1970. On reste sur de l’en­voi de tweets et de mes­sages per­son­nels. Mais ce mou­ve­ment dif­fère aus­si de l’in­di­vi­dua­lisme for­ce­né des an­nées pas­sées. Je par­le­rais “d’in­di­vi­dua­lisme col­lec­tif”, une troi­sième voie po­li­tique dont on ver­ra dans les mois à ve­nir si elle a un im­pact du­rable ». Faites le mou, pas la guerre ?

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