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Glamour (France) - - SOCIÉTÉ -

« Black-blanc-beur » que ja­mais après la Coupe du Monde 98, fi­nit par suivre. De quoi a prio­ri conten­ter les fans de rap hard­core, en­fin sor­tis de la niche où ils étaient can­ton­nés… Sauf que, pen­dant que des ar­tistes comme Le 113 ou Di­siz La Peste voient leur car­rière exploser, tout le monde n’est pas in­vi­té à la fête. En 2002, Booba sort ain­si son pre­mier al­bum so­lo, Temps Mort. Si on ne peut qu’ap­pré­cier la qua­li­té d’une pun­chline comme « J’ai ro­té mon pou­let rô­ti et re­cra­ché deux îlo­tiers », cette haine an­ti­flic ne fait pas mar­rer Bou­neau qui, se­lon la lé­gende, qua­li­fie l’oeuvre de « rap de village ». Com­prendre : un son fait par le ghet­to, pour le ghet­to, loin des re­frains r’n’b aci­du­lés que la sta­tion pré­co­nise aux ar­tistes. Le Duc fe­ra sans elle, mi­sant tout sur une cam­pagne d’af­fi­chage XXL et sur le Web, dont on ne connaît pas à l’époque la puis­sance. Suite au suc­cès du disque, Bou­neau fi­nit par dif­fu­ser quelques titres, mais le mal est fait : dans les rues fleu­rissent des sti­ckers « Sky­lope », tan­dis que sur les pre­miers blogs gronde la co­lère des dé­fen­seurs d’un rap pur. Pire : dans la même pé­riode, une nou­velle scène met de l’huile sur le feu…

Ses re­pré­sen­tants ? Ils sont ma­jo­ri­tai­re­ment blancs, écrivent des textes iro­niques sur leur Ver­sailles na­tal et se nomment TTC, Klub des Loo­sers ou en­core James Del­leck. Tous sont pré­sents dans Un jour peut-être, do­cu­men­taire de 2013, dis­po sur You­tube, qui re­trace l’his­toire du cou­rant. Mais si la bande am­biance l’hexa­gone du mi­lieu des an­nées 2000, avec ses ins­trus élec­tro et son es­thé­tique LOL, elle se re­trouve très vite ca­té­go­ri­sée « rap al­ter­na­tif » – un sy­no­nyme d’in­au­then­tique, ex­plique le jour­na­liste rap Oli­vier Ca­chin dans le do­cu. De quoi sus­ci­ter de l’amer­tume chez les ar­tistes, tout en leur per­met­tant quand même d’ac­cé­der à une im­por­tante cou­ver­ture dans les mé­dias gé­né­ra­listes, où le rap tra­di­tion­nel reste tri­card. Pour Ju­liette Fie­vet, jour­na­liste pour RFI et ex-ma­na­geuse de Ke­ry James, c’est la preuve du mé­pris de classe et du ra­cisme qu’il n’a ja­mais ces­sé de su­bir : « On lui re­fuse le sta­tut de pro­duc­tion ar­tis­tique, et donc le re­cul né­ces­saire pour com­prendre son his­toire et ses codes : le fait que l’ar­tiste puisse se créer un per­son­nage, ou faire de l’ego trip, ou por­ter un mes­sage à plu­sieurs ni­veaux… » La jeune rap­peuse Chil­la confirme : « Je peux pas­ser pour une blanche même si je suis mé­tisse. Et puis je suis une fille. Le re­gard por­té sur moi est dif­fé­rent de ce­lui qu’on por­te­rait sur un mec des ci­tés. » Le fait qu’elle parle de la cause des femmes dans cer­tains de ses titres a aus­si ai­dé. « C’est comme si nos dé­trac­teurs n’at­ten­daient que ça : “Re­gar­dez, une fé­mi­niste qui rappe !” Alors que les meufs à poil dans les pubs, ça ne choque per­sonne », dé­plore-t-elle. Pour sé­duire une so­cié­té ob­sé­dée par le concept de li­ber­té d’ex­pres­sion mais in­ca­pable de voir l’hu­mour der­rière une pun­chline, le rap au­rait pu s’as­sa­gir. Après tout, le jazz et le rock ont bien été di­gé­rés par le mains­tream… « La dif­fé­rence,

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